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Les médicaments de l‘arthrose


Médecine thérapeutique. Volume 5, Number 8, 651-3, Octobre 1999, Thérapeutique


Résumé  

Author(s) : Xavier Chevalier.

ARTICLE

L'arthrose des membres inférieurs est une affection fréquente qui touche préférentiellement l'articulation du genou et de la hanche. Il a été montré que la gonarthrose avait une incidence d'environ 2 ‰ par an aux États-Unis. Celle de la coxarthrose est de 0,5 ‰ par an [1]. L'arthrose est caractérisée par une destruction progressive du cartilage qui aboutit, à terme, à une chondrolyse totale. À ce stade, le seul traitement radical est la chirurgie qui consiste à mettre en place une prothèse articulaire.
Le traitement médical est double : d'une part, soulager les symptômes et améliorer la fonction, et, d'autre part, essayer de ralentir le phénomène de destruction du cartilage.
La prise en charge du patient arthrosique, si elle répond à des règles générales, doit avant tout être raisonnée à l'échelon individuel. À cet égard, il sera très important de distinguer les phénomènes douloureux purement mécaniques des douleurs plus inflammatoires associées à une réaction locale de la membrane synoviale qui invite à la prescription d'anti-inflammatoires et d'infiltrations locales de corticoïde.
Enfin, il faut d'emblée insister sur l'importance de la chirurgie préventive, dont il ne faut pas laisser passer l'heure, notamment pour les indications d'ostéotomies du genou pour des gonarthroses unicompartimentales désaxées, douloureuses, sans laxité et avec un cartilage encore en partie préservé. La poursuite « aveugle » du traitement médical en attendant uniquement que soit mise en place une prothèse articulaire risque d'obérer la possibilité de recourir à ce type de chirurgie préventive.
Nous n'envisagerons ici que les traitements médicamenteux, à l'exclusion des traitements locaux qui constituent un chapitre à part dans le traitement de la maladie.
Au préalable, il faut insister sur les traitements adjuvants de l'arthrose qui sont trop souvent négligés. La kinésithérapie de l'articulation douloureuse est indispensable pour entretenir le jeu articulaire, maintenir la trophicité musculaire et lutter contre les attitudes vicieuses [2]. À ces mesures de kinésithérapie, il faut adjoindre les recommandations portant sur la perte de poids, sur le port de chaussures adaptées, sur le maintien d'une pratique de la marche en évitant les efforts trop importants pour l'articulation. La perte de poids est un élément majeur puisque, pour le genou, il a été montré que l'obésité était à la fois un facteur d'aggravation d'une gonarthrose établie et un facteur de risque de l'apparition de l'arthrose [3]. En outre c'est un facteur qui complique la chirurgie et qui augmente le risque d'usure prématurée de la prothèse.

Enfin, le soutien psychologique est primordial pour une pathologie souvent considérée comme bénigne et qui, pourtant, gêne considérablement les patients, par ailleurs le plus souvent en bonne santé. Pour eux, ce handicap fonctionnel est souvent vécu très péniblement. Le seul soutien par appel téléphonique mensuel s'est avéré efficace sur le ressenti douloureux de patients arthrosiques [4].

Antalgiques

Le but des antalgiques est, bien entendu, purement symptomatique. Il n'y a pas d'obstacle à en prescrire dans une première approche. Les publications médicales évaluant leur efficacité contre placebo est remarquablement pauvre. La glafénine et l'acétimophène ont néanmoins démontré une efficacité supérieure au placebo dans des essais randomisés [5, 6]. Les salicylés sont à classer dans la catégorie des anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Il faut éviter le recours aux antalgiques majeurs en raison de l'âge moyen des patients arthrosiques, quoique leur efficacité soit supérieure à celle des antalgiques simples [7]. La prescription de cette catégorie d'antalgiques expose au risque de rétentions urinaires, de sub-occlusions, de complications pulmonaires et de troubles de la vigilance.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens

La règle générale de la prescription des anti-inflammatoires non stéroïdiens au cours de l'arthrose obéit à la mesure du rapport bénéfice/risque de cette classe thérapeutique. On sait que le risque, notamment digestif et rénal, est fonction de la capacité de l'anti-inflammatoire non stéroïdien à inhiber une des deux cyclo-oxygénases : celle de type 1. L'utilisation (bientôt autorisée en France) d'anti-inflammatoires non stéroïdiens sélectifs de la cyclo-oxygénase de type 2 suscite beaucoup d'espoirs en termes de tolérance digestive. Les méta-analyses montrent que le risque d'effets secondaires indésirables est surtout important pour l'indométhacine et pour les salycilates [8, 9]. Il faut cependant rappeler que le risque relatif de complications gastro-duodénales est de 2,47 pour l'ensemble de la population et de 5,52 pour les patients de plus de 65 ans, ce qui correspond à l'âge moyen des patients souffrant d'arthrose [10]. Il est donc recommandé de prescrire les anti-inflammatoires non stéroïdiens au cours de l'arthrose en cure brève avec les règles de prudence d'usage et une cytoprotection systématique chez les patients âgés ou en cas de facteur de risque gastro-duodénal bien identifié. Une étude portant sur 89 patients et ayant duré 2 ans a montré la supériorité du diclofénac (100 mg) sur le placebo en ce qui concerne la consommation de paracétamol mais pas en ce qui concerne les autres paramètres de la douleur et de la fonction [11]. Il n'y a donc pas d'arguments pour une prescription au long cours des anti-inflammatoires non stéroïdiens dans l'arthrose.
On les prescrit plus volontiers lors de poussées inflammatoires de la maladie qui se traduisent par une augmentation des douleurs et/ou par la présence d'un épanchement intra-articulaire. Cependant, il n'a jamais été montré que l'inflammation, sous forme d'un épanchement douloureux, était plus favorablement améliorée par un anti-inflammatoire non stéroïdien que par un antalgique (comparaison de l'ibuprofen et l'acétimophene chez 182 patients avec une gonarthrose) [12].
La majorité des travaux in vitro ne montrent pas d'effets délétères des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur le cartilage [13]. In vivo, seule l'indométhacine a fait l'objet d'une suspicion quant à son rôle délétère vis-à-vis du cartilage, mais ceci reste controversé [13]. Le mécanisme d'action des anti-inflammatoires non stéroïdiens n'est pas aussi clair qu'on le pense. Il est sans doute plus complexe que la seule inhibition de la production de prostaglandines, car cet effet n'est pas suffisant pour expliquer la variabilité des effets des anti-inflammatoires en fonction des différentes classes thérapeutiques. Ils possèdent également un effet antalgique qui rend compte de leur action au cours de l'arthrose.

Deux méta-analyses récentes concordent pour montrer que les anti-inflammatoires ont un effet supérieur au placebo aussi bien dans la gonarthrose que dans la coxarthrose [8, 9]. Cependant, la qualité de la méthodologie de ces essais est très médiocre et il ne s'en dégage pas de supériorité réelle d'un anti-inflammatoire non stéroïdien par rapport à un autre.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens ou antalgiques ?

On ne dispose que de 2 études [15, 16] comparant les anti-inflammatoires non stéroïdiens à un antalgique. Elles vont dans le même sens et montrent que la prescription d'anti-inflammatoires non stéroïdiens offre peu d'avantages sur celle d'un antalgique au cours de la gonarthrose.
Dans la première [15], qui est une étude en double aveugle, il n'a pas été mis en évidence de différences entre l'ibuprofen (750 mg/j) et une forte dose d'acétaminophène (2 et 4 g) [15]. Dans la seconde, qui compare l'administration de 750 mg de naproxène à celle de 650 mg d'acétimophène pendant 2 ans [16], le naproxène s'avère plus efficace que l'antalgique sur la douleur globale seulement au cours des 6 premières semaines du traitement, mais pas au-delà. Cependant, l'anti-inflammatoire non stéroïdien garde un avantage sur la douleur nocturne.

En pratique courante, il est d'usage d'avoir recours aux antalgiques simples associés à des cures courtes d'anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Antiarthrosiques d'action lente

On dispose actuellement de produits qui ont été regroupés dans une nouvelle classe thérapeutique lors de conférences de consensus internationales sur le traitement de l'arthrose des membres inférieurs [17, 18]. Parmi ces médicaments, nous citerons ceux qui sont le plus souvent prescrits : la chondroïtine sulfate (Chondrosulf®, Structum®), les extraits d'avocat et de soja (Piasclédine®), l'oxacéprol (Jonctum®), la diacérhéine (ART 50® ou Zondar®), la superoxide dismutase (Orgotéine®) et, enfin, la glucosamine phosphate ou sulfate (Dora®).
Ces produits ont un certain nombre de points communs : leur mécanisme d'action est variable d'un produit à un autre et est mal élucidé, mais ils peuvent agir en inhibant certaines métalloprotéases, voire (pour la diacérhéine et les dérivés de l'avocat et du soja) en stimulant la production de facteurs de croissance tel que le TGF-b (transforming growth factor beta) ; ils ne sont pas des inhibiteurs de la production des prostaglandines car ils sont dépourvus d'action inhibitrice sur les cyclo-oxygénases et sont donc différents des anti-inflammatoires non stéroïdiens ; ils ont tous montré, dans des études contrôlées avec randomisation, un certain degré d'activité sur les symptômes (douleur et/ou fonction) supérieur au placebo ; cet effet antalgique ne survient en général qu'après un délai de latence de 4 à 8 semaines et est rémanent pendant les 4 à 6 semaines qui suivent l'arrêt du traitement ; ils permettent une épargne de la consommation en anti-inflammatoires non stéroïdiens et en antalgiques ; ils sont remarquablement bien tolérés en dehors de diarrhées (25 %) pour la diacérhéine qui amènent rarement à l'arrêt du traitement (3,5 % dans l'étude de N'Guyen et al.) [19-23].
Il faut retenir que ces produits ont une efficacité réelle, quoique variable, et qu'il convient de ne pas les arrêter avant 1,5 à 2 mois de traitement, délai nécessaire à leur action.
Enfin, reste la question de savoir si les anti-arthrosiques d'action lente sont ou non chondroprotecteurs. Quelques études in vivo dans des modèles d'arthrose expérimentale chez l'animal suggèrent qu'ils le sont à un certain degré. Il faut rappeler la difficulté des études cliniques dont le but est d'observer un effet de ralentissement de la progression anatomique de la maladie arthrosique. En effet, les contraintes sont nombreuses, notamment celle du temps puisqu'une période minimale de 2 ans et un effectif de patients suffisant et homogène sont nécessaires pour les mener à bien [24]. Ceci explique que peu d'études soient disponibles. On ne peut pas, au vu de ces études cliniques trop limitées et critiquables, retenir que, in vivo, ces produits soient chondroprotecteurs [25-27]. Il est nécessaire de disposer de nouvelles études cliniques, telle que celle sur la diacérhéine dans la coxarthrose sur 3 ans dont on attend les résultats.
Les anti-arthrosiques d'action lente peuvent donc être prescrits en traitement d'appoint, à côté des antalgiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens et pour épargner ces derniers.

CONCLUSION

Le traitement de l'arthrose répond à certaines règles invariables : nécessité de la kinésithérapie et de l'entretien du jeu articulaire, de conseils hygiéno-diététiques et de l'utilisation d'antalgiques en première intention. L'utilisation d'anti-inflammatoires non stéroïdiens en cure courte devrait être réservée aux poussées les plus douloureuses de la maladie. Les anti-arthrosiques à action lente peuvent se justifier si on fait le pari de leur action chondromodulatrice et/ou en cas de douleurs au long cours, et ce pour réduire la consommation d'antalgiques et d'anti-inflammatoires non stéroïdiens. L'indication des traitements locaux est fonction de l'évolution de la maladie. Dans tous les cas, il faut être vigilant et ne pas laisser passer l'heure d'une chirurgie préventive.

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