ARTICLE
Marqueurs biologiques du
SIADH
En général, la mesure de l'osmolalité sérique
n'est pas nécessaire, pour peu qu'il n'y ait pas d'hyperglycémie.
Nous ne discuterons pas du traitement des hyponatrémies non hypotoniques
[8].
Certains éléments de biologie sérique permettent
d'orienter le diagnostic. Lorsqu'il existe une tendance à l'hypovolémie,
il est classique de voir les taux d'urée et d'acide urique augmenter
dans le sang. Nous savons que la réabsorption tubulaire des électrolytes,
de l'urée et de l'acide urique est influencée par le volume
sanguin « efficace ». On peut aisément apprécier
la réabsorption tubulaire d'une substance par la mesure de sa fraction
d'excrétion filtrée. Ceci est aisé à obtenir,
il suffit de mesurer la créatinine dans le sang et sur un échantillon
d'urine, et de mesurer également la même substance dans le
sang et sur l'échantillon d'urine concomitant (FE.x % = Ux/Px x
PCr/ UCr x 100). Les patients présentant une déplétion
sodée auront en général une clairance de l'urée
et de l'acide urique qui, proportionnellement, aura baissé plus
que la clairance de la créatinine, de sorte que leur fraction d'excrétion
respective sera abaissée (FE urée < 55 % et FE acide
urique < 12 ou 16 % chez les personnes âgées). Cette diminution
de la clairance de l'urée et de l'acide urique reflète l'augmentation
de la réabsorption tubulaire suite à cette baisse du volume
effectif. Il n'est toutefois pas rare d'avoir des patients présentant
une hyponatrémie de déplétion et qui ont également
des taux d'urée et d'acide urique normaux ou bas (troubles de synthèses).
Les fractions d'excrétion d'urée et d'acide urique seront
basses chez ces patients. Lorsque la perte en solutés est d'origine
extrarénale (perte digestive, transpiration abondante), ces pertes
sont hypotoniques et devraient conduire à une hypernatrémie.
Toutefois, les patients compensent souvent cette perte en solutés
par la prise de solutions hypotoniques , voire d'eau pure, et ceci conduira
éventuellement à une hyponatrémie. Si, par exemple,
un patient perd 2 l d'une solution demi-isotonique, il devra retenir 4
l d'eau pure pour normaliser son liquide extracellulaire, mais ceci induira
une hyponatrémie modérée (si nous supposons un sujet
présentant un volume d'eau total de 40 l, la perte de 2 l d'une
solution à 0,45 % NaCl donnera une légère augmentation
de l'osmolalité (40 x 290) - 300 = 11 300/38 = 297,4 mOsm/kg d'eau,
et la rétention de 4 l d'eau abaissera l'osmolalité de 297,4
x 38/42 = 269 mOsm/kg d'eau). On comprend que, si la prise d'eau est importante,
les signes de déplétion du volume extracellulaire peuvent
manquer et que les paramètres cliniques d'azotémie pré-rénale
peuvent également manquer. Un marqueur biologique très typique
du SIADH est l'abaissement de l'uricémie qui est en général
< 4 mg/dl. Les taux d'urée sanguins, en revanche, peuvent parfois
être normaux si les natriuries sont abondantes [9].
La présence d'une hypokaliémie doit faire rechercher une
prise diurétique, et la présence d'une hyperkaliémie
doit faire exclure une maladie d'Addison.
Lorsqu'un patient est suspect de présenter un SIADH, le clinicien
doit toujours écarter un hypocorticisme et une hypothyroïdie.
Dans le SIADH, la rétention d'eau entraîne une dilution du
sodium et du chlore dans la même proportion. La kaliémie,
en revanche, ne baisse pas et le bicarbonate sanguin reste typiquement
normal. Ceci implique un abaissement du trou anionique supérieur
au simple effet de la dilution [10]. En revanche, lorsque le bicarbonate
sanguin est bas (en général entre 15 et 21 mmol/l), il faut
penser à la présence d'un hypocorticisme hypophysaire. Celui-ci
a une biologie de SIADH typique mais présente très souvent
un bicarbonate bas par alcalose respiratoire [11]. Le traitement de ces
patients est bien sûr l'administration de cortisone qui en général
normalisera la natrémie en quelques jours.
Traitement spécifique des états
d'antidiurèse inappropriée (tableau
2)
Il faut rappeler que la plupart des syndromes de sécrétion
inappropriée d'ADH sont transitoires et ne durent que quelques
jours à quelques semaines (cf. pneumonie, méningite,
tuberculose, etc.). Beaucoup de SIADH sont dus à des médicaments
dont l'arrêt n'est pas toujours facile. La restriction hydrique
est la pierre angulaire du traitement. En milieu hospitalier, beaucoup
d'hyponatrémies apparaissent suite aux apports hydriques excessifs
(perfusion en postopératoire, etc.). Le tableau
2 résume les différents traitements possibles. La restriction
hydrique reste le traitement le plus simple (en général
< 1,2 l/24 h). Toutefois, pour les patients présentant des SIADH
de longue durée, des épisodes d'hyponatrémie sont
fréquents car il est socialement difficile de maintenir une restriction
hydrique. Pour les patients capables de suivre une restriction hydrique,
il est important de leur apprendre à se peser tous les matins.
Une prise de poids d'1 kg entre deux pesées successives de 24 h
reflète en général une non-observance de la restriction
hydrique ainsi que le risque de développer une hyponatrémie.
Cette mesure quotidienne du poids permet au patient d'accroître
sa restriction hydrique le jour suivant afin de revenir à son poids
habituel. Une prise de poids d'1 kg s'accompagnera en général
d'une baisse de la natrémie de l'ordre de 4 à 5 mEq/l. Il
faut rappeler que, dans le SIADH, le volume des urines dépend de
l'apport en solutés. Aussi, il est important de conseiller au patient
de manger suffisamment de protéines (apport en urée) et
de bien saler ses aliments (voir plus loin).
Rappelons ici que près d'un tiers des patients ayant un SIADH
ont des reset osmostats, ce type de SIADH ne nécessitant
en général pas de traitement si du moins le reset
n'est pas trop déplacé. Une hyponatrémie chronique
autour de 128 ne nécessite en général pas de traitement
(sauf peut-être chez les patients épileptiques). Dans le
reset osmostat, une fois que la natrémie baisse suffisamment,
la sécrétion d'ADH s'arrête et le patient est capable
d'émettre des urines hypotoniques abondantes. En revanche, lorsqu'on
essaie de normaliser sa natrémie, il va augmenter sa sécrétion
d'ADH et également stimuler sa soif. Ces patients sont difficiles
à traiter.
La plupart des SIADH ne sont pas dues à une sécrétion
paranéoplasique d'ADH par une tumeur mais sont liées à
une hypersécrétion hypothalamo-hypophysaire. La diphénylhydantoïne
(DPH) a parfois été utilisée comme frénateur
de la sécrétion centrale d'ADH. Deux observations cliniques
ont montré une efficacité de la DPH dans le traitement de
patients présentant un SIADH secondaire à une fracture de
la base du crâne. La grande majorité des patients présentant
des SIADH d'origine neurologique ne sont toutefois pas contrôlés
par la diphénylhydantoïne [12]. La DPH a également
été suggérée comme adjuvant à l'hyponatrémie
induite par la carbamazépine.
Chez l'animal, on a également pu montrer l'efficacité
de la Niravoline (un agoniste des récepteurs kappa opioïdes)
; chez l'homme, son développement a dû être arrêté
suite au risque de dépression respiratoire [13].
Médicaments antagonisant
l'effet de l'ADH sur le tube collecteur
Le lithium et la déméclocycline (DMC) sont connus comme
pouvant induire des diabètes insipides néphrogéniques.
La DMC donne moins d'effets secondaires que le lithium [14]. Son action
rénale peut ne pas apparaître avant plusieurs semaines. Ces
effets toxiques sont avant tout rénaux, ils peuvent également
être associés à une photosensibilité et, chez
les patients présentant une néoplasie, son effet anti-anabolisant
n'est probablement pas une bonne chose. Certains patients ont également
rapidement une intolérance digestive. La DMC, un antibiotique du
groupe des tétracyclines, interfère avec la génération
et l'action de l'AMP cyclique, le médiateur intracellulaire de
l'ADH. Cette molécule est actuellement rarement utilisée,
étant donné l'existence d'alternatives thérapeutiques
moins toxiques (urée, furosémide).
Il existe toute une série d'antagonistes non peptidiques spécifiques
du récepteur V2 à l'étude. Le tableau
2 reprend les quatre molécules actuellement en développement.
Beaucoup de ces nouvelles molécules sont dans des phases II. Les
données préliminaires montrent qu'elles sont toutes efficaces
et qu'il n'y a pas de réel problème d'échappement
à leur action. Ces antagonistes sont en général pris
en une ou deux prises et induisent une polyurie hypotonique pendant quelques
heures. Certaines de ces molécules pourront s'administrer en intraveineux.
En ce qui concerne leur utilisation dans le traitement des hyponatrémies
sévères (< 115 mEq/l), ils présentent un réel
risque de correction trop rapide (voir plus loin). Certains antagonistes
non peptidiques en développement ont également une activité
contre le récepteur V1 vasculaire, en plus de leur effet
sur le récepteur V2. Les premiers essais cliniques sont
très prometteurs et montrent une excellente tolérance clinique
[15]. Des médicaments agissant sur l'aquaporine 2 sont également
à l'étude.
Traitement à l'urée
Comme mentionné au début de l'exposé, l'excrétion
rénale des solutés peut influencer le volume des urines.
Il est bien connu que, dans le diabète insipide (central on néphrogénique),
le volume des urines dépend de la charge osmotique excrétée
par le rein. Les régimes pauvres en sels et en protéines
peuvent diminuer le volume urinaire de ces patients. À l'opposé,
lorsque la concentration des urines est chroniquement fixée par
des taux excessifs d'ADH, on peut augmenter la charge en solutés
afin d'augmenter l'excrétion d'eau. Prenons l'exemple d'une personne
âgée qui éliminerait 500 mOsm dans ses urines de 24
h. Si son osmolalité urinaire est fixée à 500 mOsm/kg
H2O, elle aura un volume urinaire d'1 l et on peut estimer
qu'elle pourra boire plus ou moins 1 l d'eau par jour (en estimant que
l'eau des aliments solides et la production d'eau d'endogènes balancent
les pertes insensibles). Si on ajoute 30 g d'urée au régime
alimentaire de cette patiente, cette charge en urée sera en général
éliminée dans les urines en près de 24 h [23]. Trente
grammes d'urée correspondent à 500 mOsm, de sorte que la
patiente pourra boire près de 2 l d'eau par jour. On peut aisément
calculer la dose d'urée nécessaire, pour peu que la concentration
des urines soit fixée et ne varie pas au cours du temps. La plupart
des patients tolèrent très bien l'urée per os.
Celle-ci est en général prescrite sous forme de sachets
dosés à 30 g (ou 0,5 g/kg/j). Elle est diluée dans
100 à 150 ml d'eau couplée à un antacide (Maalox®
par exemple). Certains patients y adjoignent un sirop d'orange pour améliorer
le goût. Il est important que la prise d'urée ait lieu au
milieu du repas ou en post-prandial (afin d'éviter une intolérance
digestive). Afin d'éliminer l'excès d'eau, les patients
suivent une restriction hydrique les 2-3 premiers jours du traitement.
Lorsqu'on utilise de hautes doses d'urée (par exemple 90 g/j),
certains patients développent une diarrhée modérée
[24]. L'utilisation de l'urée est particulièrement utile
dans les unités de soins intensifs [25]. Les perfusions abondantes
pour administrer des antibiotiques, etc. induisent souvent des hyponatrémies.
L'adjonction d'urée dans les gavages ou éventuellement administrée
par sonde gastrique ou même en intraveineux, facilite grandement
le suivi de ces patients. Il est également intéressant de
noter que la normalisation de la natrémie ne se fait pas simplement
par un effet de diurèse osmotique mais également par l'induction
d'une rétention sodée [25]. Nous avons l'expérience
de la prise d'urée pendant de nombreuses années chez certains
patients sans avoir observé d'effets secondaires et avec un contrôle
efficace de la natrémie [15, 26]. Ici aussi, les apports hydriques
ne pourront pas être totalement libres. Le monitoring du
poids corporel du patient lui permet de moduler ses apports hydriques.
Pour certains SIADH peu sévères, des suppléments
de l'ordre de 15 g/j d'urée peuvent suffire. Pour les patients
ne supportant pas l'urée sur l'estomac (± 20 % dans notre
expérience), nous les traitons par des diurétiques de l'anse
ascendante (voir point suivant).
Diurétiques de l'anse ascendante
Par analogie avec le traitement comportant NaCl hypertonique, furosémide
administré dans le traitement des hyponatrémies sévères
symptomatiques [27], on peut traiter les SIADH chroniques par les diurétiques
de l'anse ascendante [28]. Le principe en est simple. La prise de furosémide
va induire une diurèse abondante (± 1 l) riche en électrolytes
pendant 4 à 6 h. Ces urines seront plus ou moins isotoniques avec
le plasma. Si la perte en électrolytes induite par le furosémide
est compensée par des apports suffisants, le bilan hydrique aura
été négativé d'1 l. La plupart des patients
sont bien contrôlés par une association comportant 40 mg
de furosémide, 3 g de NaCl et un épargnant potassique (Triamtérène,
Amiloride) pour éviter une perte de potassium [29]. Pour certains
patients fort sensibles, 20 mg de furosémide peuvent suffire à
négativer le bilan hydrique. Ce traitement peut également
être administré pendant de nombreuses années sans
difficulté [15]. Il nécessite toutefois une compréhension
du principe thérapeutique par le patient. Celui qui a des apports
en sel spontanés suffisants ne doit pas recevoir de supplément
sous forme de tablettes de NaCl. Celles-ci sont parfois mal tolérées
sur le plan digestif (à prendre en post-prandial).
En général, lorsque la filtration glomérulaire
n'est pas très élevée (40 à 60 ml/min) et
que les urines ne sont pas trop concentrées (± 500 mOsm/kg
d'eau), nous préférons donner de l'urée (situation
fréquente chez les personnes âgées). Les patients
qui ont une filtration glomérulaire et une concentration urinaire
élevées (par exemple 900 mOsm/kg d'eau) seront plus faciles
à traiter avec un diurétique de l'anse. En effet, dans cette
deuxième situation, la dose d'urée à administrer
risque d'être indigeste [29]. L'arrivée proche des antagonistes
des récepteurs V2 va probablement simplifier grandement
le traitement de ces patients. Chez les patients qui présentent
un certain degré de potomanie associé à des osmolalités
urinaires relativement basses (± 300 mOsm/kg), on peut s'attendre
à un meilleur effet de l'urée par rapport aux anti-V2
[15] (données personnelles).
Commentaires concernant les complications
neurologiques liées aux hyponatrémies sévères
et à leurs traitements
Une hyponatrémie aiguë (se développant en moins de
48 h) et symptomatique implique un traitement rapide. Ce tableau est malheureusement
trop souvent observé en postopératoire suite à des
perfusions inadéquates. Les femmes préménopausées
semblent plus sujettes à faire des complications neurologiques
graves [30]. Le cerveau n'ayant pas eu le temps de s'adapter à
l'hypotonicité présente un dème diffus et il
y a risque d'engagement cérébral. Des céphalées,
des nausées précèdent fréquemment des crises
d'épilepsie qui sont rapidement suivies d'un arrêt respiratoire
[31]. Parfois les patients après intubation et correction rapide
de la natrémie voient leur état transitoirement s'améliorer
avant de se redégrader et d'être le plus souvent institutionnalisé
à vie dans un état végétatif [31].
Cette symptomatologie en deux temps ressemble à ce qui est rapporté
dans l'intoxication au CO, les noyades ou dans les arrêts cardiaques
transitoires.
Pour comprendre l'attitude thérapeutique la plus adéquate
en présence d'une hyponatrémie, un bref rappel de la physiopathologie
est nécessaire. Lorsque la tonicité sanguine s'abaisse,
le cerveau voit rapidement diminuer son contenu en électrolytes
du liquide interstitiel (Na et chlore en quelques minutes), puis progressivement
le potassium et les osmolites organiques (du milieu intracellulaire) tels
que les acides aminés (glutamine, glutamate, taurine), le myo-inositol,
la créatine, etc., vont diminuer [32]. Ceci permet d'éviter
un dème cérébral excessif. En effet, l'expansion
du cerveau ne peut dépasser 8 à 10 %, en raison de la rigidité
de la boîte crânienne. Au-delà de ces valeurs, il y
aura engagement cérébral.
Chez le rat, après 24 h d'hyponatrémie, la perte de solutés
intracellulaires est telle que l'dème cérébral
a quasiment disparu. Si la vitesse de descente du sodium est trop rapide
(pour certains, chez l'homme ce serait une valeur > 0,5 mEq/l/h), le
cerveau n'a pas le temps de s'adapter et il y a un risque d'dème
cérébral sévère. En revanche, lorsque l'hyponatrémie
est chronique (> 48 à 72 h), sa correction implique pour le
cerveau la recaptation des divers solutés perdus lors de la phase
d'induction de l'hyponatrémie. Toutefois, la normalisation des
solutés intracellulaires et particulièrement des solutés
organiques est un processus lent qui peut prendre de 5 à 7 jours
[33].
Chez le rat, la correction rapide d'une hyponatrémie chronique
s'accompagne d'un dépassement du contenu du cerveau en sodium,
en chlore et en eau à la 24e heure. Ce dépassement
est encore plus marqué à la 48e heure [33].
Cet excès d'électrolytes dans le cerveau est probablement
localisé en partie dans les cellules. L'hyperionisation du milieu
intracellulaire est mal supportée par la cellule en cas de carence
en osmolytes organiques (tel le myo-inositol qui joue un rôle clé
dans l'homéostase du milieu intérieur). Si cette hyperionisation
dure trop longtemps, il est probable que divers dysfonctionnements enzymatiques
vont apparaître et induire les lésions d'ODS [32] (voir plus
loin). Une autre hypothèse sur des mécanismes conduisant
à l'ODS suggère que ce serait l'ouverture de la barrière
hémato-encéphalique et le passage de facteurs neurotoxiques
dans le cerveau qui induiraient les lésions d'ODS. Un stress osmotique
ouvre difficilement la barrière hémato-encéphalique
s'il survient sur une hyponatrémie aiguë, en revanche, la
barrière s'ouvre aisément lorsque le stress survient sur
une hyponatrémie chronique. Le passage de divers facteurs du complément
s'activerait au contact de la myéline [32]. D'autres hypothèses
existent encore.
Dans les jours qui vont suivre une correction trop rapide de la natrémie,
le patient qui, dans un premier temps, voyait son état neurologique
s'améliorer, va à nouveau se dégrader. Dans les formes
sévères, il va développer une quadriparésie
progressive associée à des troubles de la déglutition,
de la parole, et un coma profond peut apparaître. La résonance
magnétique montrera une lésion dans le pont (myélinolyse
centropontine - CPM) anomalie radiologique visible en général
après une dizaine de jours. La CPM dans sa forme la plus classique
ressemble au locketing syndrome (thrombose de l'artère basilaire).
On préfère le terme d'ODS (osmotic demyelinating syndrome)
car les lésions peuvent être extrapontines et s'observer
en dehors de « stress » osmotique.
Lorsqu'un patient présente une hyponatrémie sévère
(< 120 mEq/l, voir plus loin) et que celle-ci est aiguë (<
48 h), un traitement rapide est nécessaire pour diminuer l'dème
cérébral. En revanche, si le patient est asymptomatique
ou paucisymptomatique, le traitement peut avoir des effets délétères.
Un patient présentant une hyponatrémie chronique symptomatique
associe les risques d'un traitement trop tardif (crise d'épilepsie
et arrêt respiratoire) et d'un traitement trop rapide (ODS). La
prise en charge de ces patients est plus délicate. Le facteur de
risque le plus important lié à la myélinolyse est
le dénivelé quotidien du sodium. Par ailleurs, près
de 80 % des cas d'ODS rapportés dans la littérature sont
associés à une hypokaliémie (souvent induite par
les thiazides). La plupart des cas d'ODS observés l'ont été
chez des patients présentant une natrémie sérique
en dessous de 115 mEq/l. Toutefois chez des patients ayant une malnutrition
(éthylisme chronique, cirrhose, grand brûlé), des
cas ont été rapportés pour des hyponatrémies
nettement moins profondes [32].
Chez le rat présentant une hyponatrémie chronique (<
120 mEq/l), une correction quotidienne < 15 mEq/l/24 h et ce, deux
jours de suite, est parfaitement bien supportée par le cerveau,
que cette ascension soit faite en 1 h ou en 24 h. Entre 15 et 20 mEq/l/24
h, 6 % des rats présentent des lésions mineures, entre 20
et 25 mEq/l/24 h, 30 % des rats sont lésés et au-dessus
de 25 mEq/l/24 h, 100 % des rats sont lésés et présentent
des manifestations cliniques (troubles de la marche, ataxie, perte de
poids, etc.). Ces limites du dénivelé quotidien établi
pour le rat ne peuvent probablement pas être simplement étendues
à l'homme.
Deux grandes études rétrospectives montrent l'apparition
de cas d'ODS pour des dénivelés compris entre 10 et 12 mEq/l/24
h. D'après ces quelques données, un certain consensus se
dégage dans la littérature [8, 32].
Traitement d'une hyponatrémie
aiguë
Nous ne développerons pas ce point. Le contexte de survenue d'une
hyponatrémie est un élément d'orientation clé
dans le diagnostic différentiel entre une hyponatrémie aiguë
et chronique.
La cause la plus fréquente est un modèle de SIADH «
aigu ». L'hyponatrémie se développe typiquement en
postopératoire lorsque des perfusions hypotoniques abondantes sont
administrées en présence d'une antidiurèse. Le traitement
classique consiste à administrer du NaCl hypertonique avec ou sans
furosémide. La normalisation de la natrémie est en général
sans danger mais rarement nécessaire.
Traitement d'une hyponatrémie symptomatique
chronique (> 48 à 72 h), subaiguë ou de durée indéterminée
La présence de symptômes neurologiques sévères
lors d'une hyponatrémie est un argument pour la présence
d'un dème cérébral. Une hyponatrémie
acquise hors de l'hôpital est en général chronique
(sauf polydipsie et marathonien) ; une hyponatrémie chronique peut
avoir une composante aiguë surajoutée.
Une hyponatrémie de durée indéterminée,
si elle est symptomatique, doit combiner un traitement qui diminue rapidement
l'éventuel dème cérébral sans exposer
le patient au risque de l'ODS. Il faut perfuser une solution de NaCl 3
% à 1 à 2 ml/kg/h durant 2 à 3 heures, arrêter
le traitement dès que les symptômes s'amendent et ne pas
dépasser un dénivelé quotidien de 10 mEq/l/24 h (tableau
3).
S'il s'agit d'une hyponatrémie de déplétion, on
enchaînera par exemple avec une perfusion de sérum physiologique
(en général 2 l de NaCl 0,9 %/24 h). Une alternative à
l'administration de NaCl 3 % est l'administration orale ou intraveineuse
d'urée (0,5 g/kg) à 1 ou 2 reprises, associée à
une perfusion de sérum physiologique [8, 25, 32]. Durant la période
de correction, il est important de mesurer fréquemment la natrémie
(toutes les 1 à 2 h en début de traitement). Si le clinicien
observe que la natrémie monte trop vite, il peut arrêter
son ascension en administrant de la desmopressine et en modifiant les
perfusions (hypotoniques si nécessaire).
En clinique humaine, l'incidence d'ODS post-correction trop rapide n'est
pas déterminée. Il est probable que, pour des natrémies
chroniques inférieures à 115 mEq/l et des delta quotidiens
> 12 à 15 mEq/l/24 h, ils soient de l'ordre de 20 à 30
% [32].
Chez l'animal, le bénéfice de redescendre la natrémie
chez les animaux ayant un dénivelé en sel trop important
a été clairement démontré et ce, même
si les symptômes neurologiques existent depuis quelques heures [34].
En clinique humaine, deux observations ont été publiées
[35, 36]. De même, chez l'animal, la correction rapide de la natrémie
par l'utilisation d'urée montre un effet protecteur contre l'ODS
par rapport à d'autres traitements [32]. Le climat urémique
semble permettre au cerveau de réaccumuler beaucoup plus vite les
osmolytes organiques qu'il a perdus durant la phase d'induction de l'hyponatrémie
[37-39]. Des études prospectives devront être faites comparant
ces traitements.
L'arrivée imminente des anti-V2 en clinique humaine
devra être prudente lors de leurs utilisations chez des patients
présentant des hyponatrémies sévères, situations
souvent liées à des SIADH.
CONCLUSION Remerciements.
Nous remercions le FNRS pour son soutien financier (15 228,90 F/15 204,91
F/15 175,94 F/15 193,96 F/15 198,97 F/15 164,98 F/15 141,00 F/n° 3.4574.01).REFERENCES
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