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Coma hypoglycémique chez le diabétique


Médecine thérapeutique. Volume 8, Number 4, 193-6, Juin - Août 2002, Revue : Comas diabétiques


Résumé  

Author(s) : Henri Gin, Vincent Rigalleau, Laurence Baillet, Service de nutrition de diabétologie, Hôpital Haut-Lévêque, Université 2, 33604 Bordeaux..

ARTICLE

Diagnostic de coma hypoglycémique

Le diagnostic de coma est évident puisque, conduisant par définition, à la perte des fonctions de relation. Le coma hypoglycémique est généralement un coma agité de survenue brutale plus ou moins à l'emporte-pièce.

Interrogatoire

L'interrogatoire de l'entourage, lorsqu'il est possible, est riche de renseignements : le coma s'est installé de façon brutale, il n'est jamais progressif sur plusieurs heures ou plusieurs jours. L'entourage peut parfois décrire des signes annonciateurs d'évolution brève, qui ont précédé la perte de connaissance, à type de pâleur, de troubles de l'élocution, de troubles préalables du comportement, mais ces signes ont toujours une durée courte ; il ne sera jamais rapporté par l'entourage, en cas de coma hypoglycémique, de trouble du comportement sur plusieurs jours auparavant, comme cela est possible dans le cas d'une tumeur cérébrale ou autre syndrome expansif intra-cérébral.

Enfin, l'entourage pourra décrire des manifestations tonico-cloniques évoquant une crise comitiale dont la réalité clinique est une certitude ; celles-ci ne sont pas liées à une maladie comitiale mais enclenchées par la baisse de la glycémie au-dessous du seuil épileptogène.

L'entourage permettra enfin, au cas où le patient n'est pas connu du médecin, de s'informer des consommations médicamenteuses habituelles du patient et de découvrir la notion d'injection d'insuline ou de prise de sulfamides hypoglycémiants ou de glinides.

L'interrogatoire de l'entourage cherchera, à ce moment-là, une irrégularité dans la prise de l'alimentation, dans l'activité physique, avec en particulier la notion d'un repas non pris ou insuffisant, dans les heures précédant le coma, ou d'une activité physique plus intense que d'habitude.

Examen clinique

Il constatera l'état de perte de connaissance avec coma réactif et agité, et pourra même mettre en évidence un signe de Babinski bilatéral qui, présent, témoigne de l'irritation pyramidale diffuse par la chute de la glycémie, mais, absent, n'a aucune valeur. Chez le sujet jeune, l'examen neurologique est sans signe en foyer ; chez le sujet âgé, des signes déficitaires ou irritatifs en foyer peuvent être trouvés ; leur évolution sera rapidement régressive après correction de l'hypoglycémie. Ce tableau doit être connu pour ne pas conclure hâtivement à une pathologie neurologique, certes toujours possible mais qui ne devra être acceptée qu'après injection de glucosé et qu'après s'être assuré de leur persistance alors qu'une glycémie normale est constatée ou qu'un retour à la normoglycémie est affirmé ; si l'hypoglycémie n'a jamais été validée biologiquement, alors il faudra conclure qu'il ne s'agissait pas d'une hypoglycémie mais d'un accident vasculaire cérébral ou autre pathologie neurologique ; si au contraire l'hypoglycémie avait été constatée et validée et que les signes persistent après le retour à la normoglycémie, il faudra alors accepter chez ces sujets âgés que l'hypoglycémie a malheureusement été l'occasion d'un accident neurologique.

Enfin, l'existence d'un état comateux après une crise comitiale peut, certes, correspondre à la phase stertoreuse d'une comitialité vraie, sans hypoglycémie, et le coma n'était donc pas hypoglycémique, ou bien à un coma hypoglycémique survenant chez un comitial vrai, la crise comitiale ayant été engendrée par l'hypoglycémie elle-même. Dans ce cas-là, la réalité de l'hypoglycémie étant confirmée, le coma était d'origine hypoglycémique mais la phase stertoreuse après correction de l'hypoglycémie n'est pas liée à l'hypoglycémie elle-même, mais à la comitialité.

L'examen clinique devra bien entendu être complet, à la recherche de signes cliniques susceptibles d'orienter vers une autre cause de coma ; il fera, par ailleurs, l'étude de l'état végétatif du patient (système respiratoire, tension artérielle, système cardio-vasculaire, position de la langue, position des membres).

Quoi qu'il en soit, devant un patient diabétique connu, en état de coma, l'attitude médicale ne peut être celle de la décision d'un transport du patient vers un centre d'urgences ; le médecin doit se comporter comme s'il avait la preuve de l'hypoglycémie et traiter le coma comme s'il était d'origine hypoglycémique : soit il dispose d'un lecteur de glycémies digitales ou de celui du patient et il peut réaliser une glycémie digitale pour conforter son hypothèse diagnostique, soit il ne dispose pas de lecteur et il se doit alors de retenir son hypothèse diagnostique et de traiter sans confirmation en injectant un soluté glucosé ou du glucagon. Dans tous les cas, qu'une glycémie digitale ait pu être réalisée ou non, il se doit de prélever du sang sur un tube sec avant toute injection ; ce prélèvement permettra de confirmer en toute certitude ou d'éliminer de façon définitive l'hypothèse du coma hypoglycémique chez un patient diabétique ; cette attitude sera d'une grande utilité en cas d'évolution ultérieure douteuse.

Une fois les solutés thérapeutiques injectés, le réveil est généralement rapide si le coma était d'origine hypoglycémique. En fonction de la situation personnelle du patient et de l'existence ou non d'une explication à ce coma, le patient ne sera pas obligatoirement admis en milieu hospitalier. Un coma hypoglycémique chez un patient diabétique connu se prenant en charge correctement et connaissant sa maladie ne doit pas être la cause d'une hospitalisation systématique, bien au contraire. Il apparaît donc que l'attitude diagnostique et la décision thérapeutique du médecin se trouvant face à un patient diabétique en coma hypoglycémique peuvent orienter de façon différente la vie du patient pour les jours à venir, soit vers la reprise de sa vie usuelle, en corrigeant les facteurs ayant enclenchés l'hypoglycémie, ou, au contraire, en l'orientant vers un milieu hospitalier, soit parce que l'on considère que la prise en charge de la maladie par le patient est insuffisante, soit que l'on estime qu'il faut totalement reprendre ses apprentissages thérapeutiques.

Crise comitiale et pièges diagnostiqués

La crise comitiale peut être rencontrée chez le patient diabétique ; il peut s'agir d'une vraie comitialité indépendante du diabète, mais aggravée par les fluctuations de la glycémie vers des niveaux trop bas qui deviennent des seuils épileptogènes. Cela suppose de porter un diagnostic de comitialité vraie pour la traiter et ne pas la confondre avec de vraies hypoglycémies. Plusieurs situations cliniques sont possibles.

Comitialité réelle

Il s'agit d'une comitialité réelle et les crises ont lieu n'importe quand, parfois au cours d'une hypoglycémie vraie, parfois associée à une glycémie un peu basse mais non susceptible de correspondre à un coma hypoglycémique, parfois associée à des glycémies normales, voire hautes. Si la glycémie n'a jamais été mesurée au cours d'une de ces crises, ou bien, si elle a été trouvée vers des niveaux de 0,50 g/l, il pourrait être conclu à tort qu'il s'agit d'une manifestation comitiale au cours d'une hypoglycémie. Cette situation illustre bien la nécessité d'avoir un diagnostic biologique vrai de coma hypoglycémique associé à une manifestation comitiale, pour ne pas laisser passer de côté une comitialité vraie qui si elle est méconnue amènera l'entourage à conclure que le patient est souvent sujet à des hypoglycémies. Cette situation est d'autant plus fréquente que l'abaissement de la glycémie à des niveaux un peu bas mais ne justifiant pas d'un coma hypoglycémique, est parfois facteur déclenchant de la comitialité. Il s'agit dans ce cas d'une comitialité caractéristique et non d'une hypoglycémie. Cette comitialité caractéristique peut être méconnue car confondue avec l'hypoglycémie qui n'existe pas, et il faut bien se souvenir de la nécessité du prélèvement sanguin qui validera le diagnostic d'hypoglycémie ; il faut savoir exiger des chiffres biologiques donnant des valeurs de glycémie inférieures à 0,40 g/l, voire 0,30 g/l, pour porter le diagnostic de coma hypoglycémique. Dans cette situation, le patient devra être orienté vers une équipe neurologique qui pratiquera les examens nécessaires pour établir le diagnostic de comitialité, qui adaptera un traitement, qui modifiera généralement la vie du patient, faisant disparaître toute une série de manifestations à type de « perte de connaissance » jusqu'à présent étiquetées comme manifestations hypoglycémiques.

Hypoglycémie ou coma hypoglycémique

Le sujet souffre d'hypoglycémie ou sombre dans un coma hypoglycémique et présente une manifestation comitiale contemporaine ; il peut s'agir d'une comitialité vraie, mais aussi d'une manifestation comitiale au cours d'une hypoglycémie sans comitialité vraie, la manifestation comitiale étant simplement liée à un abaissement du seuil épileptogène chez le patient. Un électro-encéphalogramme doit permettre de faire le diagnostic différentiel, cependant l'enregistrement dans les suites du coma hypoglycémique avec manifestation comitiale peut être perturbé. Généralement, la perturbation est diffuse, il n'existe pas de foyer franc ; il faudra savoir répéter cet examen à distance de l'hypoglycémie avant de conclure, et se faire aider d'un avis neurologique.

Existence d'une crise comitiale

Enfin, l'existence d'une crise comitiale chez un patient diabétique en hypoglycémie alors que celui-ci a déjà fait des comas hypoglycémiques sans manifestations comitiales, doit être considérée comme suspecte de pathologie neurologique intercurrente, nouvelle dans la vie du patient. Il s'agit de circonstances diagnostiques fortuites, permettant le diagnostic de tumeur cérébrale ou autre, si l'on sait y penser, et justifant alors, dans cette situation, l'orientation vers une équipe neurologique.

Prise en charge thérapeutique

Prise en charge du coma hypoglycémique

L'utilisation de solutés en perfusion ou en intra-veineux direct est rapidement efficace, bien que parfois difficile lorsque le patient est agité. L'utilisation de glucagon en intra-veineux est aussi rapidement efficace, mais le glucagon intra-musculaire, voire sous-cutané en cas d'agitation extrême, l'est également. L'effet du glucagon est d'un effet rapide, cependant, en intra-veineux, la cinétique du produit est courte, et il faudra ensuite avoir recours à un apport glucidique par voie orale ; cependant, le glucagon a un effet activateur sur la motricité intestinale, et un état nauséeux, voire des vomissements sont toujours possibles après injection. Cette notion doit être connue afin de ne pas croire que l'état nauséeux est lié à l'hypoglycémie ; il n'est que iatrogène ; par ailleurs, cet état nauséeux et les vomissements peuvent gêner la reprise alimentaire et donc être sources de récidive d'hypoglycémie.

Prise en charge du coma hypoglycémique ayant lieu chez un patient traité par insuline

Aussitôt le patient réveillé, il faudra juger avec le patient de la rechute potentielle dans les heures à venir en fonction des insulines utilisées par le patient :

- pour des insulines rapides, le risque de rechute hypoglycémique est bref, surtout si le repas et l'injection suivante sont proches. Dès l'injection suivante, le patient reprendra ses doses et son alimentation habituelles ; une hypoglycémie dans la matinée ne justifie en aucun cas de suspendre l'injection suivante au repas de midi, mais de décider de baisser le lendemain la dose de l'insuline de la piqûre du matin qui avait engendré le coma hypoglycémique de la matinée.

En cas d'utilisation d'insuline de durée dite intermédiaire ou semi-lente : le risque de récidive peut être plus important et il faudra conseiller au patient la vigilance, la pratique de mesures digitales supplémentaires, voire la prise d'une collation supplémentaire ; dans tous les cas, il faudra vérifier le cahier d'auto-surveillance glycémique et analyser avec le patient si les résultats glycémiques des jours antérieurs n'étaient pas annonciateurs de l'hypoglycémie constatée ce jour. Dans l'hypothèse d'une prise en charge correcte du diabète par le patient, une simple correction des doses pour les jours à venir est souhaitable ; en revanche, si la prise en charge est incorrecte, voire mal faite ou inexistante, le coma hypoglycémique sera l'occasion de discuter avec le patient d'une admission en milieu susceptible de parfaire ou de reprendre son éducation diabétologique et de revoir ses comportements.

Dans tous les cas, une hypoglycémie chez un patient traité par insuline justifie de s'assurer et de mettre en évidence une explication à ce coma hypoglycémique ; si celle-ci est trouvée, les choses sont simples car il n'y a plus qu'à la corriger, si elle n'est pas trouvée, elle est susceptible de récidive. Parmi les causes souvent oubliées, l'existence de lipodystrophies, identifiables à l'examen, soit à l'inspection soit à la palpation, peuvent être l'explication le jour où, par hasard, le patient au lieu de piquer dans sa lipodystrophie habituelle, a piqué en dehors, alors l'insuline a une action beaucoup plus intense et conduit au coma hypoglycémique.

Enfin, chez certains patients traités par insuline, la perte de sensation des hypoglycémies (Hypoglycaemic unwareness) survient de façon de plus en plus fréquente chez des sujets diabétiques de type 1 surcorrigés. Favorisée par la survenue d'hypoglycémies répétées , notamment la nuit pendant le sommeil, elle conduit ces patients à ne plus présenter les signes adrénergiques (sueurs, palpitations, fringales, tremblements...) qui précèdent les signes neuroglycopéniques permettant normalement de prendre du sucre avant qu'un coma ne survienne. Ce phénomène est dangereux car il limite parfois la possibilité d'obtenir un excellent équilibre métabolique. En revanche, il est en général réversible : la sensation des hypoglycémies revient progressivement si le patient accepte pendant un certain temps de se fixer des objectifs glycémiques un peu plus élevés.

Hypoglycémies sous anti-diabétiques oraux

Seuls les anti-diabétiques oraux (ADO) insulino-sécréteurs sont susceptibles d'engendrer une hypoglycémie ; il ne s'agit donc que des patients prenant des sulfamides, voire des glinides, bien que ces médicaments soient moins pourvoyeurs d'hypoglycémies que les sulfamides. Il n'est pas envisageable de porter le diagnostic de coma hypoglycémique iatrogène chez un patient ne prenant que des biguanides ou que des inhibiteurs des alpha-glucosidases.

Les hypoglycémies sous glinides sont rares et ne peuvent correspondre qu'à une prise médicamenteuse sans prise de repas. Cette notion doit se trouver à l'interrogatoire de l'entourage ou du patient une fois que celui-ci est réveillé. Les glinides ayant une durée d'action brève, la récidive est improbable et il n'y a aucune raison d'envisager l'admission du patient en milieu hospitalier. Il importera cependant que le médecin se pose la question de la poursuite des glinides à la posologie habituelle, de la diminution de cette posologie. Il faudra par ailleurs, si l'hypoglycémie correspond à un repas sauté, qu'il informe bien le patient que cela ne doit pas se reproduire et qu'il vaut mieux ne pas prendre le médicament si le repas est sauté, que de faire l'inverse.

Les hypoglycémies sous sulfamides doivent conduire à une démarche diagnostique et thérapeutique identique à une hypoglycémie insulinique, mais également à la vigilance médicale une fois le patient réveillé, surtout si les sulfamides utilisés sont des sulfamides à demi-vie longue. En effet, l'hypoglycémie est susceptible de récidiver durant plusieurs heures, voire un à deux jours suivant le coma hypoglycémique. Il importe soit d'obtenir du patient une très grande vigilance en surveillant ses glycémies digitales, soit mieux, de demander une admission en milieu hospitalier pour surveillance sur deux à trois jours. Les causes devront être analysées, avec l'éventualité d'un surdosage, d'un repas sauté, mais aussi de modification de la biologie propre de l'organisme à type d'insuffisance rénale jusqu'à présent méconnue. Si l'on est dans l'hypothèse du surdosage, il faudra savoir diminuer la posologie médicamenteuse ; si l'on est dans l'hypothèse de l'insuffisance rénale, il faudra diminuer de manière importante la posologie, voire changer de modalités thérapeutiques.

Au total, le coma hypoglycémique chez un patient diabétique est une hypothèse diagnostique à évoquer en premier lieu chez tout patient diabétique connu. Cette hypothèse justifie une décision thérapeutique immédiate dès que le médecin est à côté du patient en état de coma. Le médecin doit cependant se donner les moyens d'un diagnostic de certitude ultérieure en prélevant du sang sur tube sec. Il doit réveiller le patient en adoptant l'attitude thérapeutique de choix adaptée. Une fois réveillé, il doit rechercher avec le patient les causes de ce coma hypoglycémique et décider avec lui soit des modifications thérapeutiques, soit des modifications comportementales, soit de la reprise éducationnelle. Il doit, une fois le patient réveillé, le réexaminer complètement et s'assurer de la normalité de l'examen neurologique.

Si en revanche, le patient est insuffisamment réveillé, incomplètement réveillé ou présente des signes neurologiques, il faut savoir se méfier du diagnostic d'hypoglycémie et s'assurer que, derrière cette hypothèse, il n'y a pas un autre diagnostic. La vigilance diagnostique s'impose alors. Enfin, toute hypoglycémie sous antidiabétique oral doit amener à se poser la question de l'éventualité d'une insuffisance rénale sous-jacente.

Remarques

Si certains des facteurs déclenchants et explicatifs à l'hypoglycémie sont bien connus et doivent être analysés (repas sauté, repas insuffisant, activité physique plus importante que d'habitude) il ne faut pas oublier le rôle de l'alcool pris à jeun. Toute consommation d'alcool à jeun exerce en effet un effet inhibiteur de la production hépatique de glucose ; ce chez un patient diabétique traité par antidiabétiques oraux ou par insuline est une des causes de coma hypoglycémique lors des réunions de famille. Il existe en effet un apéritif, un repas pris un peu tard et surtout servi un peu lentement. Le patient prend l'apéritif, s'injecte son insuline ou prend ses antidiabétiques oraux, attend le début du repas et fait son coma hypoglycémique en attendant. Cette circonstance doit être bien connue des médecins qui se trouvent appelés toujours dans un contexte particulier. Elle doit aussi être connue des médecins pour que ceux-ci éduquent correctement leurs patients, les préviennent de cette situation qui, pour une réunion de famille, est toujours désagréable et participe éventuellement à la mauvaise presse du diabète.

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