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Le syndrome d'hyperglycémie hyperosmolaire (SHH)


Médecine thérapeutique. Volume 8, Number 4, 181-7, Juin - Août 2002, Revue : Comas diabétiques


Résumé  

Author(s) : Hazem Jaouar, Mike Blay, Marc Raucoules-Aimé, Département d'anesthésie-réanimation Ouest, Hôpital de l'Archet 2, 151, route Saint-Antoine-de-Ginestière, 06202 Nice, cedex 3, France..

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ARTICLE

Hyperglycémie et diurèse osmotique

La diurèse osmotique due à l'hyperglycémie est responsable de pertes majeures de sodium, potassium, phosphore et d'eau dans les urines. Ces pertes seront d'autant plus importantes que le débit de filtration glomérulaire (DFG) du patient sera préservé. Les pertes sodées dans le syndrome d'hyperglycémie hyperosmolaire (SHH) sont estimées en moyenne à 25 % du pool sodé total de l'organisme avec une natriurèse d'environ 50 à 70 mmol.l- 1 [2, 3]. Elles conduisent très rapidement à une contraction du SEC avec hypovolémie parfois sévère. Comme les urines générées par la polyurie osmotique sont hypotoniques, la natrémie s'élève progressivement et l'on passe d'une fausse hyponatrémie à une natrémie normale (figure 1B) ou même élevée (figure 1C). Ainsi, une hypernatrémie traduit toujours un déficit hydrique et une déshydratation intracellulaire sévères.

La déplétion potassique est constante. Elle résulte des pertes urinaires de potassium induites par la polyurie osmotique et par l'hyperaldostéronisme secondaire à l'hypovolémie. La kaliémie initiale masque ou sous-estime la déplétion potassique. L'hyperkaliémie ou la normokaliémie, fréquemment observées au début, témoignent de la sortie de potassium du SIC causée par la carence insulinique.

Hyperglycémie et cerveau

Comme le cerveau est contenu dans une boîte rigide inextensible, les modifications brutales de son volume sont mal tolérées. Le cerveau possède un moyen de lutte appelé « osmorégulation cérébrale » qui lui permet de minimiser ses modifications de volume induites par des variations de tonicité plasmatique. L'osmorégulation cérébrale fait appel à une modulation du contenu intracérébral en substances osmotiques actives appelées molécules osmoprotectrices et qui sont de deux types :

- inorganiques : ce sont des électrolytes,

- organiques : ce sont les osmoles idiogéniques composées d'acides aminés, de polyols et de triéthylamines.

En situation d'hypertonie plasmatique, le contenu intracérébral en osmoles protectrices augmente, de sorte que le gradient osmotique transmembranaire décroît. Ainsi, la déshydratation cérébrale qui devrait en résulter est atténuée [4, 5]. L'osmorégulation cérébrale en termes de moyen et d'efficacité, dépend surtout de la rapidité d'installation de l'hypertonie plasmatique (figure 2). Si l'hypertonie s'installe brutalement en moins de 24 heures, l'osmorégulation cérébrale se met en route rapidement (en moins de 15 min) par l'intermédiaire d'un enrichissement en électrolytes. Mais la régulation de volume reste incomplète et modérée : la déshydratation cérébrale apparaît, mais elle est moins importante que si l'osmorégulation n'existait pas. Si l'hypertonie plasmatique s'installe lentement en plus de 48 heures, l'osmorégulation passe principalement par une augmentation du contenu intracérébral en osmoles idiogéniques. Ce mécanisme est plus lent mais plus complet que le précédent, de sorte que les variations de volume du cerveau sont très faibles. D'autres facteurs, le plus important étant le sexe, peuvent influencer l'efficacité de l'osmorégulation cérébrale. Les œstrogènes et la progestérone inhibent le fonctionnement des pompes Na+-K+-ATPase cérébrales, ce qui limite la régulation du volume cérébral chez les femmes en période d'activité génitale [6].

Au total : lorsqu'il existe une hyperglycémie avec hypertonie plasmatique, l'osmorégulation cérébrale se met en route de façon à réguler le volume cérébral. Son efficacité dépend bien sûr de l'importance de l'hypertonie plasmatique, mais surtout de sa rapidité d'installation qui conditionne la sévérité des troubles neurologiques.

Pourquoi une hyperglycémie et une hyperosmolarité plasmatiques sévères ?

La pathogénie du SHH reste incomplètement expliquée. De façon schématique, le SHH apparaît en situation de carence relative en insuline, de sorte que le foie est « insuliné » donc ne produit pas de corps cétoniques, alors que le reste de l'organisme se comporte comme s'il était « insulinoprivé » [7].

L'hyperglycémie marquée observée dans le SHH reflète des perturbations majeures et complexes du métabolisme glucidique. Plusieurs anomalies intriquées contribuent au développement de l'hyperglycémie :

- un défaut d'utilisation de glucose par les tissus périphériques ;

- une surproduction hépatique de glucose ;

- un défaut d'excrétion urinaire de glucose.

La seule carence insulinique ou l'apport massif de glucose ne peuvent aboutir à une hyperglycémie sévère si le DFG est normal, puisque les quantités de glucose pouvant être éliminées dans les urines sont normalement très importantes. La carence insulinique (absolue ou relative) d'une part réduit la consommation glucidique périphérique, et d'autre part accroît la néoglucogenèse et la glycogénolyse hépatique [2, 3]. Ces effets sont majorés par la sécrétion de glucagon et des hormones de contre-régulation (catécholamines, glucocorticoïdes et hormone de croissance). Mais le facteur essentiel du développement de l'hyperglycémie est le défaut d'excrétion urinaire de glucose. En effet, initialement, l'hyperglycémie entraîne une diurèse osmotique avec glycosurie, mais aussi perte de sodium et contraction du SEC. Une insuffisance rénale fonctionnelle avec baisse du DFG s'installe. La glycosurie décroît et l'hyperglycémie s'aggrave. Celle-ci peut être exacerbée si le patient étanche sa soif par des boissons sucrées. L'hypertonie plasmatique majore l'hyperglycémie en induisant une insulino-résistance [7]. Pour certains [2, 8], la survenue d'une hyperglycémie sévère nécessiterait la présence d'une faible cétose : l'oxydation cérébrale préférentielle des corps cétoniques en situation d'insulinopénie économise le glucose et aggrave l'hyperglycémie. Finalement, l'hyperglycémie majeure du SHH témoigne surtout d'une déshydratation globale sévère avec défaut d'excrétion urinaire de glucose, majorée par une carence insulinique et éventuellement un apport excessif exogène.

Pourquoi une cétogenèse inhibée ou au moins limitée ?

La production de corps cétoniques nécessite que soient réunies deux conditions :

- une augmentation de la lipolyse par augmentation de l'apport d'acides gras libres au foie. Ceci est stimulé par la carence insulinique, mais aussi par les catécholamines et le cortisol ;

- un métabolisme hépatique de ces acides gras en corps cétoniques. Celui-ci est régulé par la carnitine palmitoyl transférase (CPT) dont l'activité est stimulée par les faibles taux de malonylCoA.

L'absence de corps cétoniques dans le SHH reste mal expliquée et plusieurs mécanismes sont avancés. L'hypothèse la plus communément admise est la baisse de production de corps cétoniques par diminution de la lipolyse. Il existerait une sensibilité différente d'action de l'insuline sur le métabolisme lipidique et glucidique. Le blocage de la lipolyse se produit avec des concentrations d'insuline 10 fois moins importantes que celles nécessaires à l'utilisation de glucose [3]. En d'autres termes, l'insulinémie résiduelle serait suffisante pour permettre la synthèse hépatique de triglycérides à partir des acides gras, empêchant donc la cétogenèse, mais insuffisante pour stimuler la consommation périphérique de glucose. Cependant, cette seule hypothèse pathogénique semble insuffisante puisque l'insulinémie dosée au cours des cétoacidoses diabétiques (CAD) et des SHH s'avère parfois comparable [9]. La seconde hypothèse résiderait dans l'existence d'une concentration en insuline au niveau portal plus importante dans le SHH que dans la CAD : c'est « l'insulinisation relative du foie » [10]. De plus, l'hyperglycémie et l'hyperosmolarité plasmatique seraient anticétogènes [9]. Toutes ces théories étayent la fréquence plus importante du SHH chez les patients diabétiques non insulinodépendants (type II) qui ont une sécrétion résiduelle d'insuline et une résistance au glucagon.

La présence d'une faible cétose au cours du SHH est néanmoins classique et même nécessaire pour certains au développement d'une hyperglycémie majeure [8]. Cette production de corps cétoniques serait en rapport avec de fortes concentrations de glucagon qui diminuent la production hépatique de malonylCoA [11].

Diagnostic positif du syndrome d'hyperglycémie hyperosmolaire

Signes cliniques

Classiquement, le SHH se manifeste par des signes non spécifiques de déshydratation globale. La déshydratation intracellulaire se manifeste par la soif avec sécheresse des muqueuses, perte de poids et troubles neurologiques. La polyurie-polydipsie est constante sauf en cas d'insuffisance rénale chronique préexistante. Certaines particularités doivent cependant être notées :

- les troubles neurologiques : le degré d'altération de conscience est variable, allant de la simple obnubilation jusqu'au coma profond. Pour la majorité des auteurs [4, 12-16], il existe une corrélation directe entre le degré d'hypertonie plasmatique et l'importance des troubles neurologiques. Pour un même degré d'hyperglycémie, les manifestations neurologiques sont plus sévères que dans la CAD. Les manifestations convulsives sont fréquentes puisque présentes dans 15 à 20 % des cas, le plus souvent sous forme focale motrice [2, 3]. Elles se caractérisent par une résistance fréquente aux traitements antiépileptiques classiques. Il peut aussi exister des signes de localisation à type d'hémiparésie, d'aphasie, d'amaurose ou de quadriplégie posant un problème de diagnostic différentiel avec une éventuelle pathologie intercurrente telle qu'un accident vasculaire cérébral. Au total, la gravité du tableau neurologique est conditionnée par l'importance de la déshydratation intracellulaire, mais elle est aussi largement influencée par sa rapidité d'installation qui détermine l'efficacité de l'osmorégulation cérébrale [2, 4, 9, 13] (figure 3) ;

- le début : l'installation du SHH est le plus souvent insidieuse et progressive, faisant porter le diagnostic tardivement, quelques jours à plusieurs semaines après le début. La prévention de ce syndrome passe donc par un dépistage précoce grâce à un interrogatoire précis à la recherche d'une polyurie-polydipsie et de signes de déshydratation globale.

Facteurs déclenchants

Un facteur déclenchant est retrouvé dans plus de 60 % des cas. Les deux causes les plus fréquentes sont l'infection, tout particulièrement pulmonaire et urinaire, et la non-compliance au traitement. L'infarctus du myocarde, l'accident vasculaire cérébral, l'insuffisance rénale chronique, l'hémorragie digestive et la pancréatite aiguë sont autant de pathologies pouvant déclencher un SHH.

Signes biologiques

La confirmation du diagnostic repose sur l'association de l'hypertonie plasmatique :

(2 fois la natrémie) (mmol.l- 1) + glycémie (mmol.l- 1) > 300 mOsm.l- 1 (valeur normale : 275-290 mOsm.l- 1) et d'une hyperglycémie sévère sans acidose ni cétose.

Dans la forme classique du SHH, il n'existe pas d'acidose métabolique. Le pH est supérieur à 7,20, les bicarbonates plasmatiques supérieurs à 15 mmol.l- 1 et le trou anionique plasmatique (TA) est normal ou discrètement élevé, inférieur à 17 mmol.l- 1. Cependant, une acidose métabolique modérée peut être présente, retrouvée même par certains dans 50 % des cas [2, 3, 8, 13]. Cette dernière est souvent multifactorielle, attribuée à une élévation modérée des corps cétoniques, des lactates et/ou à l'insuffisance rénale sous-jacente. Une élévation franche du TA doit faire rechercher une autre pathologie surajoutée, en particulier une hyperlactatémie en cas d'état de choc associé (infarctus du myocarde, hémorragie, etc.). Il peut aussi exister une alcalose métabolique associée en cas de vomissements.

Le SHH se présente habituellement avec une déshydratation globale. La déshydratation extracellulaire se traduit biologiquement par une hémoconcentration (augmentation de l'hématocrite et de la protidémie), mais celle-ci peut toutefois être masquée par un remplissage vasculaire. La déshydratation intracellulaire est constante et le plus souvent sévère. Elle est affirmée par la mise en évidence d'une hypertonie plasmatique.

Le pool sodé est considérablement diminué du fait des pertes urinaires. Mais la natrémie peut évoluer de différentes façons. Si les pertes urinaires sont réduites, iso- ou faiblement hypotoniques, l'hyperglycémie attire l'eau du SIC vers le SEC et est donc responsable d'une dilution du sodium plasmatique. Dans ce cas, la natrémie sera normale ou abaissée et l'on parle de « fausse hyponatrémie » (figure 1A). Si la diurèse osmotique est importante, les pertes urinaires sont hypotoniques et la natrémie sera élevée (figure 1C). L'association hypernatrémie + hyperglycémie traduit une déshydratation intracellulaire majeure. Dans tous les cas, seule la natrémie corrigée (Na+c) qui est la natrémie que l'on observerait si la glycémie était normale, permet une évaluation précise des pertes hydriques et donc de l'importance de la déshydratation intracellulaire. Cette Na+c est calculée par la formule de Katz [30] : Na+c = Na+ laboratoire (mmol.l- 1) + [glycémie (mmol.l- 1) x 0,3]. Un travail récent semble montrer que ce facteur de correction serait insuffisant et devrait être réajusté au moins à 0,45, surtout lors des hyperglycémies aiguës et sévères [17]. L'hypernatrémie ne peut se développer que si le patient ne peut pas boire (sensation de soif anormale, impossibilité d'ingérer de l'eau, secondaire à des troubles de conscience ou une pathologie digestive) ou s'il existe une rhabdomyolyse. La déshydratation intracellulaire sévère augmente le risque de troubles neurologiques et aggrave le pronostic des patients [2, 3].

Au début la kaliémie peut être normale, diminuée ou augmentée, mais dans tous les cas le pool potassique est, lui, abaissé. Ainsi, même si la kaliémie est normale ou élevée initialement, une hypokaliémie sévère peut apparaître en cours de traitement, si l'apport de potassium n'a pas été réalisé précocement dès l'institution de l'insulinothérapie. Les mêmes anomalies sont présentes avec le phosphore et le magnésium.

L'insuffisance rénale fonctionnelle est le plus souvent responsable d'une élévation de l'urée et de la créatinine plasmatique. L'élévation de la protidémie et de l'hématocrite témoigne de la déshydratation extracellulaire. L'hyperleucocytose n'est pas rare, due soit à un phénomène de démargination, soit à un processus infectieux sous-jacent. Dans les urines, il existe une forte glycosurie sans ou avec une discrète cétonurie. La glycosurie peut être absente en cas d'insuffisance rénale chronique préexistante. Elle ne doit de toute façon jamais être considérée comme un outil de surveillance de la glycémie.

Complications

Les complications du SHH sont le plus souvent imputables à des erreurs thérapeutiques ou à des traitements mal conduits. Les deux complications les plus fréquentes sont les thromboses vasculaires et l'œdème cérébral [2, 3, 12, 13].

Thromboses vasculaires

Il s'agit de thromboses veineuses pouvant atteindre tous les organes, en particulier le cerveau (sinus caverneux), mais aussi de thromboses artérielles. Elles sont attribuées à l'hypercoagulabilité observée dans les hypertonies plasmatiques et aux épisodes hypotensifs [18].

Hémorragies cérébrales

Les hémorragies à type de pétéchies intraparenchymateuses, d'hémorragies ou hématomes sous-duraux sont directement en rapport avec le gradient osmotique transmembranaire et l'issue d'eau des cellules qui entraîne une diminution des pressions intracrâniennes et déchire les parois vasculaires.

Œdème cérébral

Il apparaît en cas de correction trop rapide de l'hypertonie plasmatique. Sa prévention passe par la normalisation lente de la glycémie, surtout si les troubles de conscience sont absents. La baisse trop rapide d'osmolarité plasmatique pourrait conduire au développement d'une myélinolyse centropontine. Celle-ci se caractérise par des zones de démyélinisation cérébrale localisées au centre de la base du pont, mais aussi à d'autres zones (substances grises et blanches, thalamus, cervelet).

Rhabdomyolyse

Elle serait observée dans 50 % des SHH. Elle aggrave l'hypertonie plasmatique, les troubles neurologiques, l'hypophosphorémie et l'hypokaliémie, ainsi que le risque d'insuffisance rénale aiguë.

Autres complications

Le collapsus et l'oligurie sont la conséquence d'un remplissage vasculaire insuffisant associé à une décroissance trop rapide de la glycémie. Les pneumopathies d'inhalation peuvent se développer s'il existe des troubles de la déglutition. L'hypokaliémie, l'hypophosphorémie, l'hypoglycémie s'observent en cas d'administration d'insuline à forte dose sans supplémentation suffisante. L'hypophosphorémie expose au risque d'insuffisance cardiaque, respiratoire et de rhabdomyolyse.

Traitement des hypertonies plasmatiques

La priorité dans le traitement du SHH n'est pas de corriger l'hypertonie plasmatique, mais avant tout de restaurer le volume du SEC et tout particulièrement la volémie circulante de façon à préserver l'oxygénation tissulaire. La correction des déficits électrolytiques (potassium, phosphore) est également importante, de même que le traitement du facteur déclenchant. La normalisation de la glycémie n'est pas un objectif prioritaire.

Restauration de l'équilibre hydrosodé

Un traitement précoce de l'hyperglycémie avant d'avoir rétabli la volémie expose à la survenue d'un collapsus sévère (figure 4). Corriger l'hypovolémie est donc la priorité thérapeutique immédiate essentielle chez les patients hypovolémiques. Dans tous les cas, la réexpansion volémique passe par la correction du déficit sodé. Dans cette optique, le choix du soluté et ses modalités d'administration demeurent discutés. Certains [2, 16] débutent le traitement par du sérum salé isotonique (0,9 %), 1 à 2 litres en 1 à 2 heures, de manière à rétablir le pool hydrosodé plasmatique. Ce soluté permet à la fois la réexpansion volémique et la baisse de la tonicité plasmatique, puisqu'en présence d'une hypertonie plasmatique, le sérum salé à 0,9 % n'est plus isotonique mais bien hypotonique. Le relais par du sérum salé hypotonique à 0,45 % est pris dans un second temps, après avoir rétabli une volémie satisfaisante. L'administration exclusive d'emblée de sérum salé hypotonique à 0,45 % n'est envisageable qu'en cas de surcharge hydrosodée chez les patients ayant une insuffisance rénale oligoanurique. D'autres auteurs [19] réalisent l'expansion volémique par des macromolécules associées très rapidement à la perfusion de sérum salé hypotonique. Les deux raisons principales justifiant cette attitude sont que :

- l'utilisation de quantités importantes de cristalloïdes expose au risque d'œdème pulmonaire [19] ;

- l'administration d'emblée de solutés hypotoniques améliore la rhéologie sanguine, donc diminue le risque de thrombose et améliore l'oxygénation tissulaire.

Dans tous les cas, certaines règles de sécurité sont obligatoires :

- ne jamais utiliser de solutés hypotoniques sans avoir rétabli la volémie circulante ;

- contrôler la rapidité de correction des volumes hydriques extra et intracellulaires.

L'ajustement thérapeutique se fait essentiellement sur la réponse clinique du patient, en surveillant au minimum la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la diurèse horaire et la pression veineuse centrale. Chez des sujets à risque, tels que les insuffisants cardiaques ou rénaux, la mesure de la pression capillaire pulmonaire (cathéter de Swan Ganz) peut devenir utile. La quantité totale de liquide à perfuser dépend du déficit hydrique total du patient (le plus souvent 10 à 15 litres). La moitié sera perfusée dans les 12 premières heures à une vitesse d'environ 500 ml par heure, le restant sur les 24-48 heures suivantes. L'estimation des pertes hydriques par des formules reste imprécise, de sorte que la quantité et la vitesse de perfusion du liquide hypotonique doivent être ajustées sur les données cliniques et biologiques répétées (initialement toutes les 2 heures). Quel que soit le protocole thérapeutique choisi, la décroissance de l'osmolarité plasmatique ne doit pas dépasser 5 mOsm.l- 1.h- 1 s'il existe des troubles neurologiques. Elle doit être encore plus lente, d'environ 2,5 mOsm.l- 1.h- 1, et plus prudente chez le patient sans signes neurologiques, âgé ou avec une pathologie cardiaque sous-jacente [16].

La réhydratation orale n'est jamais suffisante si les perturbations hydroélectrolytiques sont importantes. Elle est dangereuse et contre-indiquée en cas de troubles neurologiques, situation qui nécessite la mise en place d'une sonde gastrique. La voie entérale n'est possible que si le patient est conscient, en complément de la voie veineuse.

Chez les patients avec une insuffisance rénale chronique, la correction des troubles hydrosodés nécessite une technique d'épuration extrarénale.

Restauration du pool potassique et phosphoré

La déplétion potassique est toujours présente, sauf chez l'insuffisant rénal chronique, malgré une kaliémie normale ou élevée initialement comme cela s'observe dans 33 % des cas [3]. La recharge hydrique et l'insulinothérapie induisent une pénétration intracellulaire de potassium aggravant l'hypokaliémie. L'apport de potassium par voie intraveineuse doit donc se faire dès le début du traitement si la kaliémie de départ est normale ou basse, et de toute façon très rapidement dès la mise en route de l'insulinothérapie. La quantité préconisée est de l'ordre de 10 à 30 mmol.l- 1.h- 1, en fonction de l'insulinothérapie [2, 3]. Un des moyens simples de contrôler cette kaliémie est de maintenir dans le temps un rapport quantité totale de potassium en mmol.l- 1 sur quantité totale d'insuline en UI (QK/QI) égal à 1. Pendant les premières heures, la surveillance repose sur un contrôle régulier de la kaliémie et surtout de l'ECG. L'administration de phosphore et de magnésium sera également nécessaire dans un second temps, en surveillant leur concentration plasmatique.

Insulinothérapie

La seule réhydratation corrige déjà en grande partie l'hyperglycémie par le biais d'une dilution, mais aussi en rétablissant la diurèse osmotique avec glycosurie [10, 18]. De ce fait, la persistance de l'hyperglycémie ne reflète pas forcément une « insulino-résistance », mais plutôt une altération du DFG. L'insulinothérapie fait toujours appel à une insuline d'action courte, administrée par voie veineuse à la seringue automatique. Pour la plupart des patients, les faibles doses sont préconisées, en débutant par un bolus initial intra-veineux de 0,1 à 0,2 UI.kg- 1 (soit 5 à 10 UI), suivi d'une administration continue d'environ 0,1 UI.kg- 1.h- 1 (soit 5 à 7 UI.h- 1) [2, 3]. Cette posologie permet une décroissance lente de la glycémie (5,5 mmol.l- 1.h- 1) mettant à l'abri d'un collapsus sévère, d'une hypokaliémie, d'une hypophosphorémie ou d'un œdème cérébral. Tant qu'il existe une hypovolémie franche, l'insulinothérapie ne doit pas être débutée (figure 4). L'insulinothérapie doit être précoce ou utiliser des doses plus importantes dans des situations particulières telles que l'insuffisance rénale chronique pour laquelle la réhydratation est limitée, l'hyperkaliémie sévère ou la cétoacidose associée. La glycémie sera contrôlée de façon horaire. Dès qu'elle atteindra le seuil de 12-15 mmol.l- 1, le débit d'insuline sera diminué à 2-3 UI.h- 1 associé à une perfusion de glucosé 5 %.

Autres traitements

La recherche d'un facteur déclenchant est capitale afin de débuter un traitement spécifique approprié. Un traitement anticoagulant ou tout au moins antithrombotique est préconisé de manière à prévenir la survenue de thromboses.

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