ARTICLE
Classification des progestatifs (figure
1)
Trois groupes de progestatifs ont été successivement synthétisés.
La progestérone naturelle et ses dérivés avec le
groupe particulier de la rétroprogestérone sont des progestomimétiques
purs sans effet antigonadotrope, ni contraceptif. Les dérivés
de la testostérone (série estrane ou androstane à
19 atomes de carbone), ou progestatifs norstéroïdes, sont
les seuls reconnus actuellement comme contraceptifs. Les dérivés
de la 17alpha-hydroxyprogestérone ou pregnanes à 21 atomes
de carbone et de nouvelles molécules dérivées de
la 19-norprogestérone ont une forte activité lutéomimétique
et sont également antigonadotropes.
Dérivés de la 19-nortestostérone
(19-norT)
Les dérivés de la nortestostérone sont les seuls
utilisés dans les pilules contraceptives qui associent à
la nortestostérone de l'éthinyl estradiol. La fixation d'un
radical éthinyl en C17 et la suppression du groupement méthyl
en C19 à la molécule de testostérone, lui confèrent
un pouvoir progestatif, une diminution de l'affinité pour le récepteur
des androgènes et une résistance à la dégradation
hépatique.
La noréthindrone ou noréthistérone fait partie
de la première génération de ces composés
à 18 atomes de carbone. Le norgestrel a été obtenu
par l'adjonction d' un radical éthyl en C13 et appartient aux composés
de 2e génération. Seul l'isomère lévogyre
est actif. Tous ces dérivés se transforment au niveau hépatique
en noréthistérone, avant d'agir au niveau du récepteur
de la progestérone. Ils entraînent une diminution de la
sex-hormone-binding globulin (SHBG) plasmatique en raison de leur
activité androgénique et anti-estrogène. Trois nouveaux
composés dérivés du lévonorgestrel ont été
récemment développés, le désogestrel, le gestodène
et le norgestimate. Ils ont une activité androgénique réduite
et donc moins d'effets métaboliques. Ils ne modifient pas, en particulier,
le HDL cholestérol lorsqu'ils sont associés à l'éthinyl
estradiol.
La contraception microprogestative continue utilise uniquement ces dérivés
norstéroïdes. La contraception progestative discontinue les
utilise aussi.
Dérivés
de la 17alpha-hydroxyprogestérone
Les dérivés de la 17-OHP sont représentés
par l'acétate de chlormadinone (Luteran®), la médrogestone
(Colprone®), l'acétate de médroxyprogestérone
(Farlutal®) et l'acétate de cyprotérone (Androcur®).
Les prégnanes se lient avec une forte affinité au récepteur
de la progestérone et peu aux protéines de transport, SHBG
et transcortine. Leur disparition du plasma est rapide et des taux efficaces
ne sont maintenus que pendant une dizaine d'heures. Ils n'ont pas d'affinité
pour le récepteur de l'estradiol. Au niveau du récepteur
des androgènes, ils se comportent comme des androgènes,
des anti-androgènes (Androcur®) ou des synandrogènes
(Farlutal®) [2]. L'Androcur® (groupement
méthyle en C1-C2) possède une activité anti-androgène
puissante. Il agit par inhibition compétitive de la liaison de
la testostérone à son récepteur. Il est largement
stocké dans le tissu adipeux d'où il est libéré
progressivement. De plus, son activité progestative est 1 000 fois
supérieure à celle de la progestérone. Il est antigonadotrope
et son activité contraceptive a été largement démontrée.
Dérivés de la norprogestérone
Ce sont les progestatifs de la dernière génération,
issus de la progestérone à laquelle on a retiré le
radical méthyl fixé sur le carbone 10. Ils sont tous substitués
en 17-alpha. La démegestone (Lutionex®) est la plus
ancienne. Les deux plus récentes sont la promégestone (Surgestone®)
et l'acétate de nomégestrol (Lutenyl®) qui
se différencie des deux précédents par l'existence
d'un radical méthyl en position 6 [3]. Ces molécules sont
des progestagènes purs en raison de leur liaison exclusive au récepteur
de la progestérone.
Progestatifs utilisés
en contraception
Seules les molécules dérivées de la 19-nortestostérone
ont l'AMM dans cette indication. On croyait en effet que l'action antigonadotrope
de ces progestatifs était liée à leur effet androgénique.
Ils peuvent être employés en traitement discontinu à
fortes doses du fait de leur activité antigonadotrope puissante.
Ils peuvent être prescrits à faibles doses de façon
continue (microprogestatifs). L'effet antigonadotrope n'est alors que
partiel et l'action périphérique progestative prédomine.
Contraception dite microprogestative
Les dérivés de la 19-nortestostérone utilisés
à doses faibles sont contraceptifs par leurs effets périphériques
: coagulation de la glaire cervicale, modification de l'endomètre
et de la perméabilité tubaire.
L'activité antigonadotrope n'est que partielle expliquant la
possible survenue de kystes fonctionnels ovariens. Surtout, ils entraînent
souvent des signes d'hyperestrogénie au niveau des seins (mastopathie)
et des signes d'imprégnation progestative excessive au niveau de
l'endomètre (spottings). Ce type de contraception est donc inadapté
en périménopause ainsi qu'en cas de pathologie mammaire
ou endométriale bénigne car elle tend à aggraver
le déséquilibre estroprogestatif. Par ailleurs, malgré
l'utilisation de faibles doses, ils entraînent une formule lipidique
athérogène avec baisse du HDL cholestérol et élévation
du LDL cholestérol.
Les conditions de prescription sont très rigoureuses. L'acétate
de noréthistérone (Milligynon®) à
la dose de 0,6 mg, le lévonorgestrel (Microval®)
à la dose de 0,03 mg et la Norgestriénone (Ogyline®)
à la dose de 0,35 mg doivent être pris tous les jours, à
la même heure et sans interruption. La prise d'inducteurs enzymatiques
(barbituriques, rifampicine) entrave leur activité contraceptive.
L'utilisation des progestatifs dérivés de la 17-hydroxy-
et de la 19-norprogestérone devrait permettre dans l'avenir de
ne plus utiliser ces microprogestatifs, actuellement réservés
aux femmes à risque cardio-vasculaire et/ou métabolique
et dans le post-partum pendant l'allaitement.
Contraception progestative
dite macrodosée
Parmi les 19-norstéroïdes, le lynestrénol (Orgamétril®)
et l'acétate de noréthistérone (Primolut-nor®)
sont très utilisés à la dose de 10 mg/j du 5e
au 25e jour du cycle. Grâce à leur activité
androgénique, ils sont de plus intéressants dans le traitement
des mastopathies bénignes.
Les progestatifs possédant une activité antigonadotrope
puissante sont classiquement ceux possédant une activité
androgénique. C'est pourquoi, les dérivés de la 19-Nortestostérone
sont utilisés en association avec l'éthinyl estradiol dans
la pilule combinée classique ou seuls dans la contraception macroprogestative.
En fait, l'action antigonadotrope des progestatifs ne dépend pas
de leur liaison au récepteur des androgènes [4], mais s'exerce
via le récepteur de la progestérone. Il a en effet
été montré chez des femmes ménopausées
que l'effet antigonadotrope d'un dérivé de la nortestostérone
n'était pas antagonisé par l'adjonction d'un antiandrogène
pur non stéroïdien et non antigonadotrope, le flutamide [4].
De même, chez des patients présentant une insensibilité
complète aux androgènes, les dérivés de la
19-nortestostérone diminuent les concentrations de gonadotrophines
[4].
Les dérivés de la 19-nortestostérone induisent
une prise de poids du fait de leur action anabolisante. Ils entraînent
une diminution du cholestérol total en abaissant le HDL2.
Ils augmentent le LDL cholestérol et diminuent les triglycérides
[5]. Ils modifient l'insulinosensibilité. En dehors du lynestrénol
qui diminue l'antithrombine III, les autres ne semblent pas avoir d'effet
sur l'hémostase [6]. Ils induisent une augmentation de l'angiotensinogène
hépatique et de l'activité rénine plasmatique. Ces
effets délétères en contre-indiquent donc l'utilisation
chez les femmes obèses, diabétiques, hypertendues ou présentant
des accidents thrombo-emboliques. C'est en revanche une bonne contraception
chez les patientes présentant une mastopathie bénigne, une
hyperplasie endométriale et chez les femmes de plus de 40 ans sans
facteur de risque.
Progestatifs par voie parentérale
Les membranes semi-perméables, comme le silastic, permettent
d'obtenir une diffusion prolongée des stéroïdes. Les
progestatifs ont été ainsi utilisés sous forme d'implants
sous-cutanés (Norplant®, 80 µg/j pendant 5
ans), d'anneaux vaginaux laissés en place en permanence (norgestrel,
acétate de chlormadinone, acétate de médroxyprogestérone),
de dispositifs intra-utérins [7, 8].
La voie intramusculaire s'applique aux progestatifs estérifiés
en 17. L'emploi d'une solution huileuse ou d'une suspension aqueuse microcristalline
augmente la durée d'action qui peut se prolonger pendant 3 mois.
L'acétate de médroxyprogestérone (Dépoprovéra®),
250 mg/ampoule) est le plus utilisé par cette voie.
Tous ces systèmes de longue durée sont utilisés
par l'OMS et les organismes impliqués dans la régulation
de la fertilité mondiale dans les pays en voie de développement.
Ils sont également utilisés en milieu psychiatrique.
Les effets secondaires sont essentiellement l'aménorrhée
et les métrorragies par atrophie de l'endomètre. Ils disparaissent
en général après la première année
d'utilisation.
Utilisation contraceptive
possible des autres progestatifs
Les dérivés de la 17-hydroxyprogestérone ou de
la 19-norprogestérone sont dépourvus d'effets métaboliques
et vasculaires et devraient permettre de résoudre le problème
de la contraception chez les femmes présentant des contre-indications
à la fois aux estrogènes et aux progestatifs androgéniques.
Aucun ne dispose encore de l'AMM pour la contraception.
L'acétate de chlormadinone (Luteran 5®) à
la dose de 10 mg/j 21 jours par mois est utilisé depuis longtemps
en France chez la femme présentant une insuffisance rénale
ou une maladie lupique [9].
L'acétate de cyprotérone (Androcur®) à
la dose de 50 mg/jour est un progestatif très antigonadotrope utilisé
pour son action anti-androgène puissante chez les patientes présentant
des signes d'hyperandrogénie. Il doit être associé
au 17 beta-estradiol pour éviter les signes de carence estrogénique.
Plus récemment, les dérivés de la 19-norprogestérone,
acétate de nomegestrol (Lutenyl®) et promégestone
(Surgestone®) ont été proposés comme
contraceptifs en administration orale discontinue 21 jours par mois à
la dose de 5 mg/j et de 0,5 mg/j respectivement.
L'effet lutéomimétique, avec disparition de la glaire
cervicale et atrophie de l'endomètre pour le rendre impropre à
la nidation joue un rôle dans l'efficacité contraceptive
de ces progestatifs administrés de façon discontinue. Mais
ils agissent essentiellement par leur effet antigonadotrope. Ceci est
bien connu pour certains dérivés de la 17-OHP, comme l'acétate
de cyprotérone qui possède une puissante action antigonadotrope.
Les dérivés de la 19-norprogestérone, bien qu'ils
soient dépourvus d'activité androgénique, ont également
une activité antigonadotrope récemment démontrée
[10]. L'affinité de l'acétate de noréthistérone
pour le récepteur des androgènes est de 45 %, alors qu'elle
n'est que de 1 % pour l'acétate de nomégestrol [11].
Mais, l'action antigonadotrope de ces progestatifs s'exerce via
le récepteur de la progestérone et non via le récepteur
des androgènes [4]. Chez des femmes ménopausées,
les progestatifs dérivés de la 19-norprogestérone
effondre les concentrations plasmatiques des gonadotrophines et leur réponse
à la GnRH. La fréquence des pulses de LH est diminuée.
L'effet antigonadotrope est comparable à celui observé avec
les dérivés de la nortestostérone. De plus, cet effet
n'est pas antagonisé par l'adjonction d'un anti-androgène
pur non stéroïdien et non antigonadotrope.
L'effet antigonadotrope des dérivés de la 19-norprogestérone
est tout aussi évident chez les femmes jeunes normalement cyclées
[10]. L'administration pendant 21 jours d'un dérivé de la
19-norprogestérone à la dose de 5 mg/jour entraîne
des cycles tous anovulatoires, avec concentration d'estradiol plasmatique
inférieure à 30 pg/ml, et l'on observe une diminution de
la fréquence et de l'amplitude des pulses de LH sans modification
des concentrations de FSH. De même, il y a diminution de la réponse
de LH à la LHRH et non de FSH. Ce progestatif entraîne donc
une inhibition gonadotrope de type hypothalamique semblable à celle
observée avec la progestérone elle-même. La diminution
majeure des concentrations d'estradiol plasmatique avec augmentation de
celles de FSH pourrait témoigner d'un effet ovarien direct. Cependant,
ces progestatifs sont sans effet chez les femmes présentant une
activité ovarienne autonome gonadotrope-indépendante (syndrome
de McCune Albright) [10].
L'effet hypothalamique n'est cependant pas exclusif. Chez les femmes
présentant un déficit gonadotrope d'origine hypothalamique
et traitées par administration pulsatile de GnRH, l'administration
concomitante d'un dérivé de la 19-norprogestérone
empêche l'apparition de la pulsatilité de LH induite par
la pompe et l'élévation de l'estradiol témoin de
la croissance folliculaire. L'effet antigonadotrope du progestatif s'est
exercé donc non seulement au niveau hypothalamique mais également
au niveau pituitaire. Ceci est en accord avec la mise en évidence
récente du récepteur de la progestérone au niveau
des cellules gonadotropes de l'hypophyse humaine [10].
L'intérêt majeur de ces progestatifs dérivés
de la 19-norprogestérone est représenté par l'absence
de modification des paramètres métaboliques liée
aux androgènes [12, 13]. Ces progestatifs n'ont pas d'effet sur
le HDL cholesterol, l'Apo A1, le LDL cholesterol et l'Apo B. Ils n'antagonisent
pas la diminution bénéfique du LDL cholesterol induite par
les estrogènes oraux [12, 14, 15]. Ils n'altèrent pas la
tolérance au glucose ou l'insulino-sécrétion après
charge en glucose [16].
Les inconvénients, lorsqu'ils sont utilisés seuls, sont
ceux de la carence estrogénique parfois observée. Tous ces
troubles disparaissent par association à l'estradiol 17beta.
CONCLUSION
Les progestatifs ont donc pris, au cours de ces dernières années,
une place de plus en plus importante en contraception. L'effet antigonadotrope
n'est pas lié à leur activité androgénique.
Il s'exerce à la fois au niveau hypothalamique et pituitaire. L'utilisation
de nouveaux composés dérivés de la 17 OHP et surtout
de la 19-norprogestérone devrait permettre de supprimer la quasi-totalité
des effets délétères de la contraception classique
associant 19-nortestostérone et éthinyl-estradiol. Ces progestatifs
n'ont pratiquement aucune contre-indication. Ils permettront donc de régler
les problèmes de contraception dite difficile dans tous les cas
ou presque. Néanmoins leur effet antigonadotrope puissant, rançon
de leur efficacité, peut entraîner des signes de carence
estrogénique. L'association de l'estradiol 17beta per os
ou percutané est toujours possible dans ce cas. C'est vers ce type
d'association estroprogestative (17beta estradiol et progestatif non androgénique)
que devrait s'orienter la contraception hormonale de demain.
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