ARTICLE
Hormones sexuelles et lupus
Le lupus atteint beaucoup plus fréquemment les femmes que les
hommes avec un sex-ratio de 15/1 durant la période d'activité
génitale et de 8/1 après la ménopause. Ceci suggère
un effet néfaste des strogènes et/ou protecteur des
androgènes.
Lors des premières études réalisées chez
l'animal, notamment chez les souris hybrides NZB/WF1 qui développent
un lupus, il est apparu que les femelles décédaient plus
rapidement que les mâles, et que la castration provoquait une diminution
de la survie chez les mâles et une prolongation chez les femelles.
Des expériences complémentaires ont confirmé que
l'activité de la maladie était régulée hormonalement.
L'implication des strogènes dans la régulation du
système immunitaire a été largement étudiée,
et il a été démontré qu'ils influencent l'immunité
cellulaire et humorale, affectent la synthèse des immunoglobulines,
la différenciation des cellules B et T, l'activité Natural
killer et la sécrétion de certaines lymphokines. Les
cytokines libérées par les cellules immunes, plus particulièrement
par les lymphocytes T helper, sont variables et modulées
par les taux d'strogènes. Les lymphocytes TH1 sécrètent
des cytokines pro-inflammatoires (IL2, IFNgamma, TNF) qui promeuvent la
réponse immune médiée par les cellules T, alors que
les lymphocytes TH2 sécrètent des cytokines ayant des propriétés
anti-inflammatoires (IL4, IL5, IL6, IL10, TGFbeta) qui stimulent la production
d'anticorps. La progestérone, mais surtout des taux hauts d'strogènes,
stimulent la réponse de type TH2 qui antagonise la réponse
TH1. Les cytokines anti-inflammatoires sont retrouvées durant la
grossesse et chez les patientes lupiques, ce qui pourrait être à
l'origine de l'exacerbation de la maladie durant la grossesse [2].
Des altérations du métabolisme des strogènes
et des androgènes ont été décrites chez les
patientes lupiques résultant en une diminution du ratio androgènes/strogènes
: le métabolisme de l'strone est dévié vers
la production de métabolites 16 alpha hydroxylés plus actifs,
alors que l'oxydation de la testostérone est plus marquée
[3]. Plusieurs études ont rapporté des taux plasmatiques
abaissés de testostérone, DELTA4-androstènedione,
sulfate de déhydroépiandrostérone (S-DHEA) et de
déhydroépiandrostérone (DHEA) chez les femmes ayant
un lupus [4, 5], mais cela n'est pas retrouvé chez les hommes.
Toutefois, ces études ne permettent pas de déterminer avec
certitude si ces anomalies étaient préexistantes et ont
pu jouer un rôle facilitateur dans le développement de la
maladie, ou si elles sont l'une des conséquences de la maladie.
L'élévation des strogènes endogènes
pourrait moduler la réponse immunitaire. En effet, nous avons vu
l'implication des strogènes dans la régulation de
la réponse immune, et dans le syndrome d'hyperstimulation ovarienne,
les patientes développent des manifestations proches de celles
observées dans le lupus, une élévation du risque
thrombogène et l'on observe l'apparition d'autoanticorps [6]. En
ce qui concerne la modulation possible des effets des strogènes
par le biais de l'expression de leur récepteurs (ER), des études
préliminaires suggèrent une différence entre l'expression
de ER chez les souris Balb/c qui ne développent pas de maladies
autoimmunes et chez les modèles murins de lupus NZB/NZW ou MRL/MP-lpr/lpr,
et sur un modèle, la régulation de l'action des strogènes
par la progestérone est modifiée [7, 8]. Cependant, chez
l'homme, des transcrits de ER sont présents dans les cellules T
et B, sans différence d'expression entre les sujets sains ou atteints
de lupus.
Les taux abaissés d'androgènes pourraient également
jouer un rôle dans la pathogenèse du lupus. En effet, les
hommes âgés ayant des taux abaissés de testostérone
sont plus exposés aux maladies autoimmunes [9]. Dans le modèle
murin, les implants de testostérone diminuent la morbidité
et la mortalité. Ces constatations ont conduit à l'administration
chez les hommes atteints de lupus de 19-norstestostérone qui s'est
soldée par un échec [10]. Depuis quelques années,
l'androgénothérapie est à nouveau utilisée
sous forme de déhydroépiandrostérone (DHEA), qui
réduit la production de cytokines TH2 chez la souris, élève
la production d'IL2 chez les patients atteints (à noter que l'administration
d'IL2 chez la souris réduit l'activité de la maladie), et
plusieurs études conduites chez les femmes lupiques, dont une prospective
contre placebo, ont montré que la DHEA apporte des bénéfices
sur l'activité du lupus, tant sur les symptômes spécifiques
que sur les manifestations générales [11].
Parmi les autres hormones, le rôle de l'hormone lactotrope, la
prolactine, a été particulièrement étudié.
En effet, elle agit comme une cytokine et stimule le développement
de la maladie chez les souris NZB/NZW ; de plus, l'administration d'un
agoniste dopaminergique (bromocriptine) induit chez ces souris une disparition
des anticorps anti-DNA et prolonge la survie. Chez l'homme, l'hyperprolactinémie
est associée à la production d'autoanticorps ; environ 20
% des patientes atteintes de lupus présentent une hyperprolactinémie,
et plusieurs essais thérapeutiques concluants ont été
conduits avec la bromocriptine [12].
Rôle de la contraception orale stroprogestative
dans l'apparition de la maladie
Les contraceptifs oraux stroprogestatifs peuvent induire des anticorps
anti-nucléaires [13]. Plusieurs cas de lupus diagnostiqués
après quelques semaines de prise d'stroprogestatifs sont
rapportés dans la littérature, suggérant un rôle
déclenchant chez des patientes ayant un terrain favorisant. Les
données épidémiologiques sont rares, mais, dans la
cadre de la Nurses' Health Study, il a été mis en
évidence une élévation du risque relatif (1,9 ; IC
: 1,1-3,3) chez les anciennes utilisatrices de contraceptifs oraux [14].
Rôle de la contraception orale stroprogestative
dans l'évolution de la maladie
On retrouve dans la littérature de nombreux cas cliniques faisant
état d'une association temporelle entre la prise d'une contraception
orale et la survenue de poussées évolutives de la maladie
chez des patientes présentant un lupus. Toutefois, l'évolution
du lupus est imprévisible et cela peut refléter un biais
lié aux publications. Les études rétrospectives disponibles
sont rares et les données peuvent paraître contradictoires.
Jungers et al. [15], lors d'une étude portant sur 26 patientes
présentant un lupus avec atteinte rénale ayant pris une
contraception orale (avec des doses d'éthinyl-stradiol (EE)
entre 30 et 50 mug), rapportent 43 % de poussées évolutives,
contre 0 % dans le groupe témoin, alors que dans l'étude
de Julkunen et al. [16], avec les mêmes doses d'EE, le pourcentage
de poussées n'était que de 13 %, et la différence
avec le groupe témoin n'était pas significative (6 % de
poussées). Lors d'une autre étude, parmi 55 patientes auxquelles
un questionnaire d'auto-évaluation était adressé,
13 % ont rapporté la survenue de poussées sous stroprogestatifs
(dose EE non précisée) [17]. Deux études prospectives
sont actuellement en cours. Les données préliminaires de
l'étude Selena (Safety of estrogen in systemic lupus erythematosus
: national assessment), qui est une étude prospective en double
aveugle contre placebo, 9 poussées sévères et 127
poussées modérées se sont produites durant les 97,8
premières années-patientes de l'étude [18].
Contraception orale stroprogestative et
risque d'accidents artériels chez les patientes lupiques
La survenue d'accidents artériels lors de la prise d'stroprogestatifs
a été considérablement réduite avec les stroprogestatifs
faiblement dosés, et plusieurs études récentes ont
montré que le risque d'accident vasculaire hémorragique
n'était pas modifié, comparativement aux non-utilisatrices
chez les patientes ne présentant pas d'autres facteurs de risque,
et que l'élévation du risque d'infarctus du myocarde et
d'accident vasculaire ischémique était modérée,
avec un risque relatif voisin de 1,5. On ne dispose quasiment pas de données
chez les patientes lupiques ; dans la cohorte suivie par Petri et al.,
la majorité des accidents thrombotiques sont des thromboses artérielles
[19], et plusieurs cas d'hypertension pulmonaire sont rapportés
dans la littérature.
Les stroprogestatifs faiblement dosés élèvent
la pression artérielle et chez les patientes à risque, environ
8 % développent une hypertension artérielle. Un cas d'hypertension
artérielle maligne est rapporté dans la littérature
chez une patiente lupique sous stroprogestatifs [20].
Contraception orale stroprogestative et
risque de thrombose veineuse chez les patientes
lupiques
Rapidement après leur introduction, les contraceptifs oraux combinés
ont été associés à une augmentation substantielle
du risque d'accidents thromboemboliques [21]. Les premières études
étaient fondées sur des CO contenant 50 mug d'EE ou plus.
Gerstmann et al. [22] ont mis en évidence une relation dose-réponse
entre les strogènes et le risque de survenue d'accidents
thromboemboliques. Les données de l'Oxford family planning study
confirment la réduction des épisodes thromboemboliques avec
les CO faiblement dosées en EE (39 pour 100 000 années-femmes)
comparativement aux CO fortement dosées (62 pour 100 000 années-femmes).
Même les données des études les plus récentes
continuent d'être limitées par les possibilités de
biais diagnostique, le petit nombre de cas rapporté et le manque
d'informations sur le type de contraceptif utilisé. Actuellement,
on estime le risque relatif de thrombose veineuse chez les utilisatrices
de CO faiblement dosés à entre 2 et 4.
Dès octobre 1995, le Committee on safety of medicines in the
United Kingdom alertait les médecins quant à la possibilité
d'une élévation du risque d'accidents thromboemboliques
chez les utilisatrices de CO contenant du désogestrel ou du gestodène.
Plusieurs études récentes suggèrent une élévation
du risque d'approximativement le double de celui des utilisatrices de
lévonorgestrel et donc jusqu'à huit fois celui des femmes
n'utilisant pas de CO. Dans la plupart des cas, l'élévation
du risque persiste après ajustement en fonction des facteurs de
risques de thrombose veineuses associés qui auraient pu influencer
quant au choix de la CO (tels que l'âge, le poids, le tabagisme,
la parité ou les varices). Cette élévation du risque
thrombogène pourrait être expliquée par l'acquisition
d'une résistance à la protéine C activée chez
les utilisatrices de CO contenant un progestatif de troisième génération
comparable à celle observée chez les patientes hétérozygotes
pour la mutation du facteur V Leiden [23, 24].
Les anticorps anticardiolipine et/ou les anticoagulants de type lupus
sont des facteurs de risque de thrombose [25]. Chez ces patientes, le
risque thrombotique sous contraception stroprogestative risque d'être
majoré en raison de cet état d'hypercoagulabilité
basal. Asherson et al. [26] ont rapporté sur une série
de 39 patientes ayant des anticorps anticardiolipine sous contraception
orale, 10 cas de complications thrombotiques (4 thromboses veineuses,
3 thromboses artérielles et 3 chorées). Cependant, dans
l'étude de Bruneau et al. [27], aucun cas d'accident thrombotique
n'est rapporté parmi 16 patientes ayant des anticorps anticardiolipine
sous contraception orale.
Dans la Hopkins Lupus Cohort, 49 % des patientes ont des anticorps
anticardiolipine et/ou un anticoagulant de type lupus. On ne dispose que
de peu de données concernant les accidents thrombotiques chez les
patientes lupiques sous contraception stroprogestative. Plusieurs
cas de thrombose veineuse concomitante de la prise d'stroprogestatifs
sont rapportés, mais l'on ne précise pas toujours l'existence
de facteurs de risques associés. Dans la série de 31 patientes
lupiques sous contraception orale de Julkunen et al., les 2 cas
rapportés de thrombose veineuse périphérique sont
survenus chez des patientes présentant des anticorps antiphospholipides
[16]. Dans cette étude, le risque de développer une thrombose
veineuse est environ 2 fois plus élevé chez les patientes
sous stroprogestatifs que chez celles utilisant un autre mode de
contraception, et est nettement plus élevé que celui observé
dans la population générale (2 cas pour 93 années-femmes
contre 3 cas pour 7 606 années-femmes dans l'étude de Vessey
et al.) [28].
Cependant, parmi les patientes de la Hopkins Lupus Cohort, la
prise antérieure d'stroprogestatifs n'était pas associée
à une majoration du risque de thrombose (61 % des patientes ayant
présenté une thrombose veineuse étaient sous stroprogestatif
versus 67 % des patientes n'ayant pas présenté de
thrombose, p non significatif).
Effets bénéfiques potentiels de
la contraception orale stroprogestative chez les patientes lupiques
La contraception orale stroprogestative offre une excellente efficacité
contraceptive et une très bonne tolérance gynécologique.
Elle pourrait en outre être bénéfique chez les patientes
présentant des phases d'aggravation de la maladie durant le cycle
menstruel en créant un climat hormonal stable [29].
Le risque de développer une ostéoporose chez les patientes
atteintes de lupus est particulièrement élevé du
fait de la maladie et de la perte osseuse induite par les corticoïdes
et les agents cytotoxiques pour les gonades [30]. Certains auteurs ont
préconisé l'usage d'une contraception orale stroprogestative
comme moyen de prévention de l'ostéoporose induite par la
corticothérapie [31], et, dans l'étude prospective de la
Hopkins Lupus Cohort, la contraception orale stroprogestative
joue un rôle protecteur vis-à-vis de l'ostéoporose
[32].
Habitudes contraceptives chez les patientes lupiques
Le taux d'interruption volontaire de grossesse est particulièrement
élevé chez les patientes lupiques (environ 23 %), ce qui
souligne les lacunes de leur prise en charge en ce qui concerne le contrôle
des naissances. Au cours de l'enquête menée par Julkunen
et al. [33], 59 % seulement des patientes utilisaient un moyen
de contraception, et le mode de contraception le plus fréquent
était l'usage de préservatifs ou d'autres moyens locaux.
Cela pose un problème compte tenu de leur efficacité contraceptive
incomplète, alors que la planification des grossesses est particulièrement
souhaitable chez les patientes lupiques. En effet, plusieurs études
ont rapporté la survenue de poussées évolutives lors
de la grossesse [34, 35], le risque étant plus élevé
chez les patientes en phase évolutive de la maladie lors de la
conception que chez celles en rémission [36]. D'autre part, des
adaptations thérapeutiques peuvent être nécessaires
afin d'éviter les effets néfastes sur le ftus de certains
traitements. Enfin, il existe un risque d'atteinte du ftus (lupus
néonatal) corrélé à la présence d'autoanticorps
SSA et SSB (10 % d'enfants atteints en cas de positivité), qui
justifie un monitorage échographique durant la grossesse.
Quelles sont les alternatives ?
Compte tenu des anomalies de la coagulation engendrées par les
stroprogestatifs contenant de l'EE, ceux-ci ne peuvent être
prescrits à une femme ayant un risque thromboembolique, des anticorps
anticardiolipine et/ou des anticoagulants de type lupus. De même,
les dérivés de la norméthyltestostérone sont
formellement contre-indiqués (plusieurs accidents thrombotiques
rapportés mais peu d'études sur la coagulation). Les norstéroïdes
peuvent être employés à petites doses sous forme de
pilules microprogestatives. À ces doses, leur mode d'action contraceptive
est périphérique (coagulation de la glaire cervicale, diminution
de la mobilité tubaire et atrophie endométriale). Ils doivent
être prescrits en continu à heure fixe et leur efficacité
est incomplète (index de Pearl 0,7 selon le Vidal). Le premier
mois de traitement n'est pas totalement efficace et il est nécessaire
d'utiliser en association des méthodes mécaniques. Par ailleurs,
cette contraception peut favoriser la survenue d'une grossesse extra-utérine
et ne peut être associée à un traitement inducteur
enzymatique. L'intérêt est qu'à ces doses, ils n'interfèrent
pas avec les protéines de la coagulation [37] et n'ont pas d'effet
métabolique conféré. On ne dispose actuellement que
de peu de données épidémiologiques, mais il semblerait
que l'utilisation des microprogestatifs à visée contraceptive
ne soit pas associée à une élévation du risque
vasculaire [38]. Cependant, du fait de leur faible posologie, l'inhibition
gonadotrope est incomplète, et la persistance d'une sécrétion
de LH et de FSH permet une maturation folliculaire qui crée un
climat d'hyperstrogénie relative conduisant parfois à
des dystrophies ovariennes et pouvant favoriser les mastopathies, l'hyperplasie
endométriale et les fibromes, ce qui rend leur tolérance
gynécologique médiocre. Même si la tolérance
gynécologique du nouveau microprogestatif dérivé
du désogestrel semble meilleure, son utilisation en première
intention chez des femmes à haut risque de thrombose ne peut être
recommandée en l'absence de données suffisantes concernant
le risque thrombotique.
Les dérivés norpregnanes, acétate de nomégestrol
et promégestone sont capables d'exercer une activité antigonadotrope.
Les études portant sur les fractions lipidiques, la tolérance
au glucose et la coagulation chez les femmes normales n'ont pas montré
de variation significative [39]. Cependant, aucune étude n'est
disponible chez les femmes à risque.
Les dérivés de la 17 hydroxyprogestérone, ou prégnanes,
sont utilisés en France dans la contraception des femmes à
risque métabolique et vasculaire. Ils ont une action antigonadotrope
fonction du composé utilisé et de la dose employée.
Il s'agit de l'acétate de cyprotérone (Androcur®)
utilisé à la posologie de 50 mg/j (du 5e au 25e
jour du premier cycle puis 21 jours sur 28) associé à une
substitution strogénique (sous forme de 17beta-stradiol
par voie extra-digestive, percutanée ou transcutanée). Fortement
antigonadotrope à cette posologie, son efficacité contraceptive
ne serait cependant complète qu'après deux mois d'utilisation.
Il respecte les marqueurs du risque vasculaire chez les femmes normales.
L'acétate de chlormadinone (Lutéran®) est
utilisé à la dose de 10 mg/j, en deux prises, du 5e
au 25e jour du premier cycle puis 21 jours sur 28. Il est moins
puissamment antigonadotrope que l'acétate de cyprotérone.
Les effets métaboliques et vasculaires ont été étudiés
chez les femmes normales [40] ou à risque [41]. Les études
concordent sur l'absence de modification des marqueurs de risque (cholestérol
total et HDL, triglycérides, glycémie, insulinémie,
fibrinogène et plasminogène) et de la pression artérielle.
Les données épidémiologiques restent très
rares ; lors de l'étude cas-témoins réalisée
sous l'égide de la WHO collaborative study [42], il n'a
pas été mis en évidence d'élévation
significative du risque d'IDM, d'AVC ou de thrombose veineuse chez les
utilisatrices d'acétate de médroxyprogestérone (autre
dérivé de la 17-hydroxyprogestérone) administré
à visée contraceptive sous forme de préparation injectable.
On ne dispose pas à notre connaissance de données épidémiologiques
concernant l'acétate de cyprotérone ou l'acétate
de chlormadinone. Il existe toutefois quelques inconvénients à
ce choix contraceptifs, notamment l'absence d'Autorisation de Mise sur
le Marché de ces produits en tant que contraceptif, l'apparition
de troubles des règles (spotting, métrorragies ou
aménorrhée) liés à l'hypo-strogénie
qui limitent parfois leur utilisation régulière. Ainsi,
lors de l'étude menée par Mintz et al. [43], 1/3
des 25 patientes lupiques utilisant des progestatifs à visée
contraceptive ont interrompu le traitement du fait de la survenue de métrorragies.
De plus, l'hypo-strogénie n'étant pas souhaitable
sur le plan métabolique et osseux, l'évaluation de l'innocuité
d'un traitement substitutif associé doit être évaluée.
Dans le cadre particulier du lupus, au moment des poussées ou
chez les femmes ayant plus de 30 mg/j de prednisone, l'acétate
de cyprotérone peut être prescrit sans substitution strogénique,
un des buts de cette contraception étant de conférer un
climat hypo-strogénique favorable pour l'évolutivité
lupique. Lors d'une série rapportée par Gompel et al.
sur une centaine de patientes lupiques dont certaines (18 avec Androcur®
et 17 avec Lutéran®) avaient un anti-coagulant circulant
et sept des antécédents de phlébite, aucun accident
thromboembolique n'a été observé (moyenne de suivi
49,2 mois) et l'efficacité contraceptive a été complète
[44]. En outre, deux études ont montré que, chez les patientes
bénéficiant d'une contraception progestative pure, le taux
de poussées de la maladie n'était pas modifié [15,
43].
Bien que le stérilet ne semble pas être associé
à une majoration du risque hémorragique ou infectieux chez
les patientes lupiques [33], son usage est limité, dans la mesure
où il ne doit pas être associé à une corticothérapie
ou à la prise d'AINS en raison d'une diminution de son efficacité.
Lorsqu'il n'existe plus de désir de grossesse ou en cas de contre-indication
formelle, notamment en cas d'atteinte rénale sévère,
des solutions radicales comme la ligature tubaire ou la vasectomie chez
le partenaire peuvent être envisagées.
CONCLUSION La
contraception stroprogestative est classiquement contre-indiquée
chez les patientes ayant un lupus, et cette contre-indication doit rester
formelle en cas de positivité des anticorps anticardiolipine ou des
anticoagulant de type lupus en raison du risque de thrombose. Toutefois,
compte tenu des avantages qu'elle présente en termes d'efficacité
contraceptive et de tolérance chez des patientes le plus souvent
jeunes, nécessitant une contraception prolongée et une planification
des grossesses, mais également compte tenu de son effet protecteur
potentiel vis-à-vis de l'ostéoporose, certains auteurs pensent
qu'elle pourrait faire partie des options contraceptives proposées,
sous réserve d'une sélection au cas par cas des patientes,
notamment en fonction de l'évolutivité de la maladie. Les
résultats des études prospectives en cours devraient apporter
des réponses en ce qui concerne le risque de poussées évolutives
sous contraception stroprogestative, et par conséquent, déterminer
si cette attitude est recevable. REFERENCES
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