Home > Journals > Medicine > Médecine thérapeutique > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine thérapeutique
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

Inhibiteurs calciques dans l'hypertension artérielle de l'enfant


Médecine thérapeutique. Volume 8, Number 6, 309-16, Novembre - Décembre 2002, Revue : Inhibiteurs calciques


Résumé  

Author(s) : Stéphane Decramer, Jean-Bernard Gouyon, Service de néphrologie pédiatrique, Hôpital des Enfants, 330, avenue de Grande-Bretagne, BP 3119, 31026 Toulouse cedex, France..

Pictures

ARTICLE

L'hypertension artérielle (HTA) de l'enfant est rare et sa prévalence est de l'ordre de 0,5 à 2 % [1-3]. Chez le nouveau-né, l'HTA était une pathologie encore rare il y a quelques années, avec une prévalence d'environ 1,0 à 8,9 % dans les unités de soins intensifs néonatals [4]. Les taux actuellement rapportés sont plus élevés [5, 6] en raison de :

­ l'amélioration du diagnostic de l'HTA néonatale grâce à une surveillance monitorisée plus systématique ;

­ la fréquence croissante des dysplasies bronchopulmonaires (DBP). Même si le mécanisme de l'HTA associée aux DBP n'est pas clairement établi, il est clair que celle-ci complique principalement les DBP les plus sévères [5] ;

­ la fréquence de l'administration de cures de corticoïdes pour traiter des oxygénodépendances qui compliquent l'évolution de détresses respiratoires du prématuré.

Dans la grande majorité des cas, l'HTA de l'enfant est secondaire et sa découverte impose la réalisation d'un bilan étiologique et un bilan de son retentissement viscéral. En période néonatale, les causes prédominantes sont les thromboses aortiques et rénales, la coarctation de l'aorte et les causes parenchymateuses rénales. Chez l'enfant plus grand, l'HTA est secondaire à une pathologie rénale ou réno-vasculaire dans 70 à 80 % des cas [7]. L'HTA essentielle est plus rare chez l'enfant que chez l'adulte. Elle représente 10 à 30 % des cas, avec une fréquence qui augmente avec l'âge (tableau 1).

Mesure de la pression artérielle

Il s'agit d'un acte délicat qui pose le problème de sa reproductibilité et impose des modalités de mesure précises pour pouvoir se référer à des courbes de références [9].

La mesure doit être effectuée après un temps de repos d'au moins 5 min, l'enfant étant allongé et au calme. La largeur du brassard est un élément important, celui-ci devant couvrir au moins les 2/3 du bras. Les dimensions suivantes sont habituellement utilisées :

La méthode auscultatoire est la plus couramment employée. L'apparition des bruits artériels (phase I de Korotkoff) signale la pression systolique et la disparition complète des bruits (phase V de Korotkoff) indique la pression diastolique. Si les chiffres tensionnels paraissent élevés, il faudra refaire 3 contrôles immédiats. Une étude récente ayant pour objectif de tester les nouveaux critères définis par la Task Force [3], et en particulier l'intégration de la taille dans les courbes de référence, a montré que la prévalence de l'HTA systolique était de 2,7 % et celle de l'HTA diastolique de 2 % après un premier dépistage. Ces valeurs chutaient respectivement à 0,8 et 0,4 % après un deuxième contrôle [8].

Chez le nouveau-né et le nourrisson, la méthode de choix est actuellement la méthode oscillométrique automatisée (Dinamap).

Définition de l'hypertension chez l'enfant

La définition de l'HTA n'est pas univoque. Certains considèrent comme hypertendus les enfants dont la pression artérielle dépasse 2 déviations standard au-dessus de la moyenne, le niveau du 95e p (percentile) [2, 3] ou du 97,5e p [9].

* Pour les enfants de 4 à 18 ans, l'HTA est définie par des PAS et/ou PAD supérieures au 97,5e p des valeurs de référence établies en fonction du sexe et de la taille (mesurées à trois reprises espacées) [9]. Trois catégories d'HTA sont distinguées :

­ HTA limite : chiffres n'excédant pas le 97,5e p de plus de 10 mmHg ;

­ HTA confirmée : chiffres compris entre 10 et 30 mmHg au-dessus du 97,5e p ;

­ HTA menaçante : chiffres situés au-delà de 30 mmHg au-dessus du 97,5e p.

* La Task Force [3] définit comme « extrême urgence hypertensive » une PA > 99e p pour l'âge et le sexe en présence de complications neurologiques ou cardiaques mettant immédiatement en jeu le pronostic vital, et « l'urgence hypertensive » par une PA symptomatique > 99e p [3].

* Une HTA est confirmée pour des valeurs supérieures à 115/70 mmHg chez les enfants de 2 à 4 ans et supérieures à 110/65 mmHg avant 2 ans.

* Pour le nouveau-né, la définition arbitraire de l'HTA d'Adelman et al. [10], bien qu'ancienne et ne s'appliquant pas aux grands prématurés, reste souvent utilisée. L'HTA est alors définie par une PAS et/ou une PAD respectivement supérieures à 90 et 60 mmHg chez le nouveau-né à terme, 80 et 50 mmHg chez le prématuré.

Une enquête récente conduite auprès de 37 unités françaises de néonatologie a montré que l'HTA était le plus souvent définie par une pression artérielle systolique supérieure à 90-100 mmHg chez l'enfant à terme (23 centres/37) et 80 mmHg chez le prématuré [11].

Manifestations cliniques

L'HTA limite est en général asymptomatique, d'où son nom de maladie « silencieuse ».

L'HTA confirmée peut se révéler par des céphalées matinales en casque, une anorexie, des douleurs abdominales associées ou non à des vomissements, des vertiges, des crampes, des épistaxis, des impressions de brouillard visuel et des bourdonnements d'oreilles.

Une HTA sévère peut être révélée ou compliquée d'une rétinopathie hypertensive (27 %), une encéphalopathie hypertensive (25 %), des convulsions (25 %), une hypertrophie ventriculaire gauche (13 %), une paralysie faciale (12 %), des symptômes visuels (9 %), une hémiplégie (8 %), une atteinte rénale avec protéinurie et syndrome polyuro-polydipsique, une insuffisance cardiaque, une anémie hémolytique par microangiopathie. Parmi les complications ophtalmologiques, l'ischémie de la zone antérieure du nerf optique apparaît essentiellement quand la pression artérielle chute trop rapidement par le traitement [12].

En période néonatale, la perfusion cérébrale est étroitement liée à la pression artérielle systémique en raison d'une limitation des capacités d'autorégulation du débit sanguin cérébral. Cette situation favoriserait les complications neurologiques de l'HTA et notamment les hémorragies intracrâniennes chez le prématuré. D'autres manifestations cliniques (convulsions, encéphalopathie hypertensive, atteintes rétiniennes, insuffisance cardiaque, polyurie) peuvent émailler l'évolution de toutes les HTA néonatales y compris celles observées au cours des DBP traitées par les corticoïdes [13].

Inhibiteurs calciques dans l'HTA de l'enfant en dehors du nouveau-né (tableau 2)

Diltiazem

Peu de publications pédiatriques ont étudié l'effet antihypertensif systémique du diltiazem quand il fut utilisé dans le traitement de l'hypertension artérielle pulmonaire ou des dystrophies musculaires. Les doses variaient de 3 à 6 mg/kg/j et les patients traités par diltiazem présentaient une baisse moyenne de la pression artérielle systolique de 12 % et de la pression diastolique de 20 % en comparaison des sujets non traités [14].

Les arguments sont trop faibles pour préconiser son utilisation en routine.

Vérapamil

Le vérapamil a été utilisé dans les cardiomyopathies hypertrophiques et les arythmies sans que ses effets sur la pression artérielle ne soient rapportés. Ce médicament est donc peu utilisé en pratique courante et il ne doit en aucun cas être associé à un beta-bloquant. Le vérapamil, comme la nifédipine, inhibe le métabolisme de la ciclosporine A (CsA) et permet une baisse des posologies de CsA [15].

Isradipine

Seulement 3 publications font état de son efficacité dans le traitement de l'enfant hypertendu [16-18].

Johnson et al. [16] ont traité 53 enfants hypertendus par des doses moyennes d'isradipine de 0,38 ± 0,22 mg/kg/j. Quarante-trois enfants sur 53 (81 %) ont répondu au traitement. Leur PAS a baissé en moyenne de 11,8 ± 12,5 %, leur PAD de 17,3 ± 19,6 % pour une dose moyenne de 0,4 ± 0,20 mg/kg/j. Les auteurs rapportaient par ailleurs une grande variabilité interindividuelle de la dose efficace qui allait de 0,06 à 0,88 mg/kg/j. Dans une autre étude, la dose initiale utilisée était de 0,1 mg/kg/dose et la dose d'entretien efficace pour contrôler la pression artérielle était variable, en moyenne de 0,6 mg ± 0,3 mg/kg/j (extrêmes de 0,3 à 1,2 mg/kg/j). Une absence de réponse au traitement était signalée chez 1 enfant sur 12 (8,3 %) [18]. Il faut signaler qu'une suspension buvable est disponible et très pratique pour une utilisation chez l'enfant.

Chez le transplanté rénal, l'isradipine ne modifie pas le métabolisme de la CsA, n'abaisse pas le flux plasmatique rénal et la filtration glomérulaire en contrebalançant la vasoconstriction rénale induite par la CsA [19].

Amlodipine

Cette dihydropyridine est plus largement utilisée en pédiatrie que les thérapeutiques précédentes. Plusieurs travaux ont démonté son efficacité dans le traitement de l'hypertension chez l'enfant [20-23]. Vingt-huit enfants hypertendus dont 8 sous CsA (transplantés rénaux) ont reçu une dose quotidienne de 0,2 à 0,3 mg/kg/j (5 à 10 mg/j) d'amlodipine. Cinq patients ont dû suspendre le traitement en raison de l'apparition d'œdèmes ou d'un flush. Les 23 autres sujets ont vu leurs PAS et PAD baisser en moyenne respectivement de 7 et 5 mmHg après 3 semaines de traitement et 21 et 12 mmHg après 12 semaines. Aucune modification de la fréquence cardiaque et du poids n'était relevée chez ces enfants. Il n'a pas été nécessaire d'ajuster les doses de CsA chez les greffés rénaux.

Dans une étude prospective, randomisée et croisée, Rogan et al. ont montré qu'une dose unique journalière d'amlodipine (dose initiale de 0,1 mg/kg et dose finale moyenne très proche de 0,12 mg/kg/j) chez 11 enfants hypertendus était aussi efficace que la nifédipine ou la félodipine [23].

Certains recommandent de donner l'amlodipine en 2 prises par jour avec des doses quotidiennes rapportées au poids, supérieures à celles conseillées chez l'adulte [21].

Félodipine

Une seule étude pharmacocinétique concerne l'enfant [24]. Six patients ont été étudiés, dont 5 recevaient de façon concomitante de la ciclosporine A. Les paramètres pharmacologiques suivants ont été définis pour l'enfant : un tmax de 3,8 h, une clairance plasmatique totale de 79,8 ml/min/kg, une aire sous la courbe de 747 nmol/l/h et une demi-vie terminale de 21,2 heures. Le seul enfant qui n'était pas sous ciclosporine A avait une demi-vie de la félodipine plus courte de 7,2 heures et une aire sous la courbe nettement plus basse. Les valeurs chez cet enfant pourraient mieux refléter les valeurs réelles chez l'enfant hypertendu. Les doses efficaces se situaient entre 0,18 et 0,56 mg/kg/j.

Moncica et al. ont conduit une étude croisée avec la nifédipine (2 prises/j) chez 21 enfants hypertendus dont 18 avaient reçu une greffe de rein. La dose initiale de félodipine représentait 25 % de la dose quotidienne de nifédipine (maximum 20 mg/j). La pression diastolique diurne moyenne était significativement plus basse chez les sujets traités par félodipine que chez ceux laissés sous nifédipine (77,6 versus 84,4 mmHg). Aucune différence significative n'était retrouvée pour la PAS diurne entre les 2 groupes. En revanche, les PAS et PAD nocturnes étaient plus élevées chez les enfants traités par félodipine, supposant une mauvaise couverture du nycthémère et suggérant la nécessité de donner la félodipine en 2 prises par jour chez l'enfant [25].

Nifédipine

Il n'existe pas d'étude pharmacocinétique chez l'enfant et les posologies proposées sont extrapolées à partir des études réalisées chez l'adulte et des essais cliniques pédiatriques. Il est important de rappeler que, lors d'une administration « sublinguale », l'absorption dans la bouche est négligeable et que celle-ci se fait dans le tractus gastro-intestinal après salivation [26].

Pour la première fois, en 1983, Dilmen et al. rapportent l'utilisation de la nifédipine par voie sublinguale à la dose de 0,25 à 0,5 mg/kg chez 21 enfants hypertendus. Trente minutes après la prise, la PAS avait baissé en moyenne de 26 % et la PAD de 22 %. L'effet maximum était obtenu à 30 min et se prolongeait sur 6 heures [27].

Par la suite, de nombreuses études ont confirmé le bénéfice d'un traitement par nifédipine orale [28, 29]. Certains auteurs insistaient sur l'imprévisibilité de la durée d'action et la nécessité de doses multiples (au moins 1 prise toutes les 4 heures) chez 25 % des sujets [28].

La survenue de complications neurologiques sévères [30-32] lors d'une baisse brutale et incontrôlée de la pression artérielle a conduit à ne plus recommander la nifédipine orale comme traitement de la poussée hypertensive [33, 34]. Néanmoins, elle continue d'être largement utilisée comme le soulignent deux publications récentes [35, 36]. La dernière [36], bien que rétrospective, concerne un nombre important de patients (117) et de prises de nifédipine (520). Elle confirme l'efficacité de la nifédipine orale sur les chiffres tensionnels systoliques et diastoliques à des doses moyennes de 0,23 ± 0,12 mg/kg. La baisse rapide et profonde (>= 25 %) de la PAS, PAD ou PAM apparaît respectivement après 24, 43 et 35 % de l'ensemble des doses. Elle n'a pas entraîné d'effets adverses cardio-vasculaires ou neurologiques et n'est observée qu'avec des doses >= 0,25 mg/kg. Les auteurs conseillent donc d'utiliser la nifédipine sublinguale à des doses < 0,25 mg/kg.

Nicardipine

La pharmacocinétique de la nicardipine a été étudiée dans 3 groupes d'enfants [37] : des patients porteurs de pathologies cardio-vasculaires recevant 0,33 mg/kg de nicardipine, des enfants atteints de mucoviscidose recevant la même dose de nicardipine et un troisième groupe d'enfants hypertendus traités par une dose de 1 mg/kg de nicardipine. Les paramètres pharmacocinétiques pédiatriques retrouvés sont : un tmax de 30 à 60 min, un Cmax de 2 à 4 ng/ml, et une demi-vie de 1 à 3 heures (jusqu'à 9 h chez les enfants porteurs de mucoviscidose) [37].

L'efficacité de la nicardipine par voie orale lors des poussées hypertensives est bien établie [38]. Soixante-cinq accès hypertensifs chez 6 enfants ont été traités par des doses moyennes de 1,2 mg/kg/prise (1 à 1,8 mg/kg/prise) de nicardipine. Les chiffres de PAS et PAD baissaient dès la 15e minute (­ 6 et ­ 12 %), avec un maximum d'efficacité à la 90e minute (­ 28 et ­ 38 %). L'effet antihypertenseur se prolongeait jusqu'à la 8e heure après la prise.

Une posologie de 1 mg/kg/prise renouvelée 3 à 4 fois par jour est efficace pour contrôler les poussées hypertensives [38].

Une place de choix est accordée à la nicardipine chez les transplantés rénaux où elle aurait un rôle protecteur vis-à-vis des effets vasculaires délétères des anti-calcineurines. De plus, elle permet de diminuer les doses de ciclosporine.

Par voie intraveineuse, la nicardipine est un excellent traitement de l'hypertension sévère. Treluyer et al. [39] ont rapporté en 1993 la première utilisation de la nicardipine IV chez quatorze enfants hypertendus incluant 7 nouveau-nés à terme (communication Dr Tréluyer). Ils ont reçu une posologie de 1 mug/kg/min qui a parfois été augmentée jusqu'à 2 ou 3 mug/kg/min. La baisse de pression artérielle était significative dès la première heure. Au cours des 24 premières heures de traitement, la diminution moyenne de pression artérielle variait de 9,9 à 13,4 % pour la systolique et de 16,7 à 25,6 % pour la diastolique. Aucun effet secondaire n'a été observé [39].

Les doses moyennes efficaces varient dans la littérature entre 1 et 5 mug/kg/min [39-41]. Dans une étude récente et rétrospective concernant 29 enfants [42], la dose moyenne initiale était de 0,8 ± 0,3 mug/kg/min (extrêmes : 0,2-1,3) et la dose moyenne efficace de 1,8 ± 1 mug/kg/min (extrêmes : 0,3-4). Aucun effet additionnel antihypertensif n'était observé pour des doses > 4 mug/kg/min. L'objectif thérapeutique (PA ¾ 95e p pour l'âge et le sexe) était atteint en 2,7 ± 2,1 heures (extrêmes : 0,5-9 h). Des effets secondaires à type de tachycardie, flush et palpitations sans arythmie furent observés chez 16 % des patients.

Indications des inhibiteurs calciques dans l'HTA de l'enfant

Urgence hypertensive

Devant une HTA maligne avec atteinte d'organe, le but du traitement est de diminuer rapidement les chiffres tensionnels. En cas d'HTA sévère sans atteinte d'organe, l'objectif est de préserver la fonction des organes cibles tout en évitant les complications liées à une baisse trop brutale de la pression sanguine que sont la myélite ischémique aiguë transverse, l'ischémie du nerf optique, l'hypovascularisation rénale et l'ischémie cérébrale.

Un schéma de décroissance progressive, qui consiste à baisser la pression artérielle de 30 % dans les 6 premières heures, d'encore un tiers sur les 24 heures suivantes puis d'atteindre le niveau recherché en 24 heures supplémentaires, paraît recommandable [34].

Le traitement est débuté sous forme d'administration intraveineuse continue de nicardipine. Le labétalol (0,3 mg/kg en charge puis 5 à 20 mg/kg/j) est une bonne alternative thérapeutique [34, 41, 43].

Le diazoxide et le nitroprussiate de Na sont des vasodilatateurs puissants dont la brutalité de la chute de PA et le risque d'hypotension artérielle en période néonatale ont conduit à préférer d'autres anti-hypertenseurs pour diminuer plus progressivement la PA. De plus, l'administration de nitroprussiate de Na est limitée par le risque d'intoxication cyanhydrique.

Thérapie chronique de l'hypertension

Le choix de l'antihypertenseur dépendra de l'étiologie. En cas d'HTA rénale ou réno-vasculaire, le traitement de première intention est un inhibiteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine ou un calcium bloqueur [44], les deux pouvant être associés. Un beta-bloquant peut être rajouté en cas de mauvais contrôle tensionnel. En cas de surcharge volémique avec une diurèse conservée, un diurétique pourra être utilisé.

Inhibiteurs calciques dans l'HTA néonatale

L'administration d'un traitement antihypertenseur est indispensable lorsqu'une HTA néonatale s'associe à des signes cliniques de mauvaise tolérance. Les baisses brutales de pression artérielle sont alors à éviter impérativement pour éviter des accidents d'hypoperfusion cérébrale comme cela a été particulièrement observé avec les inhibiteurs de l'enzyme de conversion [45, 46]. La nécessité d'un traitement pharmacologique des HTA modérées et asymptomatiques est reconnue chez l'adulte et l'enfant [47], mais ne fait pas l'objet d'un consensus en néonatologie, notamment dans les HTA induites par les corticoïdes. Les modalités du traitement pharmacologique des HTA néonatales restent mal précisées car :

­ aucun essai thérapeutique réel n'a été réalisé dans l'HTA néonatale ;

­ c'est l'administration empirique d'antihypertenseurs qui a conduit à rejeter progressivement les médicaments les plus dangereux et notamment ceux qui induisaient le plus d'hypotensions artérielles. Alors que les effets secondaires des antihypertenseurs sont relativement spécifiques de chaque classe chez l'enfant et l'adulte [47], le risque d'hypotension systémique est le dénominateur commun pour toutes les classes d'antihypertenseurs en néonatologie (tableau 3).

La nicardipine se situe actuellement en première place dans la prise en charge de l'urgence hypertensive en néonatologie mais aussi dans le traitement de toutes les HTA du prématuré. En revanche, la nifédipine sublinguale ou orale fait courir des risques d'hypotension artérielle, et les autres inhibiteurs calciques (amlodipine, isradipine, félodipine) n'ont pas fait l'objet d'études spécifiques en néonatologie. Tout au plus peut-on noter que l'isradipine a été administrée à quelques nouveau-nés sans mention d'effets adverses [16].

Nicardipine

La perfusion continue de nicardipine offre la possibilité d'une recherche de posologie adaptée à l'effet recherché, d'autant que sa demi-vie est courte (1,6 à 3,4 h) chez l'enfant hypertendu [37].

La première utilisation chez le nouveau-né à terme date de 1993 [39]. Ces premiers résultats positifs ont ensuite été confirmés chez le prématuré [48].

Une série de 20 nouveau-nés hypertendus (incluant 15 prématurés) traités par nicardipine IV a confirmé l'efficacité et l'innocuité apparentes de ce médicament en néonatologie [49]. L'HTA était imputable à l'administration de corticoïdes (n = 14), une polykystose rénale infantile (n = 1), une thrombose de la veine rénale (n = 1) et une coarctation aortique (n = 1). La cause de l'HTA était indéterminée pour 3 malades. La dose initiale de nicardipine IV était de 0,5 mug/kg/mn chez 17 patients. La dose maximale a varié de 0,5 à 2,0 mug/kg/mn. La durée moyenne de traitement a été de 14,6 ± 11,6 jours. Après 3 heures de traitement, la diminution de PAS était de 20 ± 11 % et s'est maintenue ultérieurement. Aucun effet secondaire n'a été observé.

Ainsi, la perfusion de nicardipine semble être une thérapeutique efficace et sûre de l'HTA néonatale. Cependant, la rareté apparente des effets secondaires ne dispense pas d'une surveillance étroite des enfants traités. En effet, Levene et al. [50] ont observé une chute brutale de la PA en association à une hypoperfusion cérébrale chez 2 nouveau-nés à terme traités par une faible dose de nicardipine (0,33 mug/kg/min) pour rechercher une protection cérébrale dans un contexte d'asphyxie périnatale sévère. Les auteurs ont émis l'hypothèse d'une sensibilité accrue du myocarde à l'effet inotrope négatif de la nicardipine au décours d'une asphyxie périnatale.

Pour la nicardipine per os, aucune étude de biodisponibilité ne permet une utilisation rationnelle.

Nifédipine

Les données pharmacodynamiques sont particulièrement pauvres en néonatologie [4, 51]. L'administration sublinguale de nifédipine à une dose de 0,25 à 1,5 mg/kg, répétée si besoin 4 à 6 fois par jour, a permis de diminuer la pression artérielle systolique de 11 à 35 % chez 4 nouveau-nés hypertendus [52]. L'effet est apparu dès la 10e minute et s'est maintenu 2 à 6 heures. Cependant, l'utilisation de la nifédipine sublinguale a été abandonnée dans le traitement des poussées hypertensives néonatales en raison de la survenue de collapsus sévères, notamment chez le prématuré. Il faut signaler que le risque d'hypotension sous nifédipine est majoré par l'association à la cimétidine.

Au long cours, la nifédipine pourrait être un traitement antihypertenseur de choix chez les enfants hypertendus dans le cadre d'une DBP. En effet, outre son effet sur l'hémodynamique systémique, la nifédipine réduit aussi l'hypertension artérielle pulmonaire de la DBP [53, 54]. Cependant, l'innocuité d'une utilisation à long terme reste aussi à démontrer.

Alternatives aux inhibiteurs calciques dans l'HTA néonatale

Les alternatives aux inhibiteurs calciques sont limitées par les effets adverses qui leur sont associés.

Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC)

Alors que les IEC sont des antihypertenseurs de première intention chez l'enfant et l'adolescent [3], cette classe de médicaments n'a été utilisée que dans les HTA néonatales réfractaires à d'autres anti-hypertenseurs.

Il est important de signaler que l'effet vasorelaxant des IEC s'exerce aussi au niveau rénal. En effet, les IEC vasodilatent l'artériole glomérulaire efférente et altèrent ainsi l'autorégulation du débit sanguin rénal (DSR) et de la filtration glomérulaire. Dans ces conditions, toute altération supplémentaire du DSR (hypovolémie, hypotension artérielle, sténose de l'artère rénale) ne pourra être corrigée par une vasoconstriction de l'artériole glomérulaire efférente et conduira alors à une réduction de la filtration glomérulaire. Ainsi, Tack et al. ont constaté qu'une hypotension artérielle fréquemment associée à des convulsions et/ou une insuffisance rénale oligurique compliquaient l'administration de captopril pour respectivement 35 et 18 % des nouveau-nés traités [46].

Bien que l'index thérapeutique des IEC soit étroit en période néonatale, aucune étude pharmacocinétique n'a été dévolue au nouveau-né, tant pour le captopril que pour l'énalapril ou l'énalaprilate.

Conclusion

Malgré le peu de données pharmacodynamiques, les inhibiteurs calciques sont largement utilisés dans le traitement chronique de l'HTA et dans l'urgence hypertensive, où la nicardipine en perfusion continue trouve une place de choix. Néanmoins, l'innocuité d'une utilisation à long terme, en particulier sur le système cardio-vasculaire, reste à prouver.

En néonatologie, les études pharmacocinétiques sont absentes et les posologies proposées pour la nicardipine IV relèvent de « l'expérience clinique ». Il apparaît donc indispensable de développer des études pharmacocinétiques et pharmacodynamiques ciblées sur les inhibiteurs calciques paraissant les plus sûrs.

La réponse à de telles incertitudes pourrait bénéficier de la mise en place de registres des HTA néonatales pour préciser l'efficacité et les effets adverses des antihypertenseurs en néonatologie.

Références

1. Sadowski R.H., Falkner B. 1996. Hypertension in pediatric patients. Am J Kidney Dis 27 : 305-315.

2. Task force of blood pressure control of children. 1987. Report of the second task force of blood pressure control in children. Pediatrics 79 : 1-25.

3. National high blood pressure education program working group on hypertension control in children and adolescents. 1996. Update on the 1987 task force report on high blood pressure in children and adolescents : a working group report from the national high blood pressure education program. Pediatrics 98 : 649-658.

4. Rasoulpour M., Marinelli K.A. 1992. Systemic hypertension. Clin Perinatol 19 : 121-135.

5. Johnson V. 1993. Systemic hypertension in infants with severe bronchopulmonary dysplasia. Am J Perinatol 10 : 260-261.

6. Anderson A.H., et al. 1993. Systemic hypertension in infants with severe bronchopulmonary dysplasia : associated clinical factors. Am J Perinatol 10 : 190-193.

7. Arar M.Y., et al. 1994. Etiology of sustained hypertension in children in the Southwestern United States. Pediatr Nephrol 8 : 186-189.

8. Adrogue H.E., Sinaiko A.R. 2001. Prevalence of hypertension in junior high school-aged children : effect of new recommendations in the 1996 updated task force report. Am J Hypertens 14 : 412-414.

9. Andre J.L., Deschamps J.P., Gueguen R. 1980. La tension artérielle chez l'enfant et l'adolescent. Valeurs rapportées à l'âge et à la taille chez 17 067 sujets. Arch Fr Pediatr 37 : 477-482.

10. Adelman R.D. 1978. Neonatal hypertension. Pediatr Clin N Amer 25 : 99-110.

11. Matis J., Gouyon J.B., Guignard J.P., Simeoni U. 2000. Hémodynamique, pression artérielle et rein chez le nouveau-né : enquête sur les pratiques. In : Hémodynamique, pression artérielle et rein chez le nouveau-né. Siméoni U., Gouyon J.B., Guignard J.P., eds. Elsevier, Paris : 121-127.

12. Deal J.E., Barratt T.M., Dillon M.J. 1992. Management of hypertensive emergencies. Arch Dis Child 67 : 1089-1092.

13. Greenough A., Emery E.F., Gamsu H.R. 1992. Dexamethasone and hypertension in preterm infants. Eur J Pediatr 151 : 134-135.

14. Islam S., et al. 1999. Diltiazem reduces pulmonary arterial pressures in recurrent pulmonary hypertension associated with pulmonary hypoplasia. J Pediatr Surg 34 : 712-714.

15. Crocker J.F.S., et al. 1994. The interaction of the calcium channel blockers verapamil and nifedipine with cyclosporin A in pediatric renal transplant patients. Pediatr Nephrol 8 : 408-411.

16. Johnson C.E., Jacobson P.A., Song M.H. 1997. Isradipine therapy in hypertensive pediatric patients. Ann Pharmacother 31 : 704-707.

17. Flynn J.T., et al. 1998. Efficacy of isradipine as an antihypertensive agent in children (abstract). Pediatr Res 43 : 307A.

18. Strauser L.M., et al. 2000. Initial experience with isradipine for the treatment of hypertension in children. South Med J 93 : 287-293.

19. Ahmed K., Michael B., Burke J.F. 1997. Effects of isradipine on renal hemodynamics in renal transplant patients treated with cyclosporine. Clin Nephrol 48 : 307-310.

20. Pfammatter J.F., et al. 1998. Amlodipine once-daily in systemic hypertension. Eur J Pediatr 157 : 618-621.

21. Flynn J.T., Smoyer W.E., Bunchman T.E. 2000. Treatment of hypertensive children with amlodipine. Am J Hypertens 13 : 1061-1066.

22. Tallian K.B., et al. 1999. Efficacy of amlodipine in pediatric patients with hypertension. Pediatr Nephrol 13 : 304-310.

23. Rogan J.W., et al. 2000. A randomized prospective crossover trial of amlodipine in pediatric hypertension. Pediatr Nephrol 14 : 1083-1087.

24. Moncica I., et al. 1995. A crossover comparison of extended release felodipine in hypertension. Arch Dis Child 73 : 154-156.

25. Blowey D.L., et al. 1996. The pharmacokinetics of extended relrease felodipine in children. Eur J Clin Pharmacol 50 : 147-148.

26. Harten J., et al. 1987. Negligible sublingual absorption of nifedipine. Lancet 2 : 1363-1365.

27. Dilmen U., Caglar K., Senses D.A., Kinik E. 1983. Nifedipine in hypertensive emergencies of children. Am J Dis Child 137 : 1162-1165.

28. Siegler R.L., Brewer E.D. 1988. Effect of sublingual or oral nifedipine in the treatment of hypertension. J Pediatr 112 : 811-815.

29. Evans J.H.C., Shaw N.J., Brocklebank J.T. 1988. Sublingual nifedipine in acute severe hypertension. Arch Dis Child 63 : 975-977.

30. Hulse J.A., Taylor D.S., Dillon M.J. 1979. Blindness and paraplegia in severe childhood hypertension. Lancet II : 553-556.

31. Taylor D., Ramsay J., Day S., Dillon M. 1981. Infarction of the optic nerve head in children with accelerated hypertension. Br J Ophtalmol 65 : 153-160.

32. Leonard M.B., et al. 1998. Adverse neurologic events associated with nifedipine use in childhood hypertension. J Am Soc Nephrol 9 : 326A.

33. Truttmann A.C., et al. 1998. A moratorium should be placed on the use of short-acting nifedipine for hypertensive crisis. Pediatr Nephrol 12 : 259.

34. Adelman R.D., Coppo R., Dillon M.J. 2000. The emergency management of severe hypertension. Pediatr Nephrol 14 : 422-427.

35. Gauthier B., Trachtman H. 1997. Short-acting nifedipine. Pediatr Nephrol 11 : 786-787.

36. Blaszak R.T., Savage J.A., Ellis E.N. 2001. The use of short-acting nifedipine in pediatric patients with hypertension. J Pediatr 139 : 34-37.

37. Hubert M., et al. 1992. Pharmacokinetics of oral nicardipine in children with cardiovascular diseases, cystic fibrosis and systemic arterial hypertension. In : Pharmacocinétique : de la recherche à la clinique. Brès J., Panis G., eds. John Libbey, Paris, 513-514.

38. Buttet C., Cochat P., Floret D., Malfroy J., David L. 1988. Traitement des poussées hypertensives de l'enfant par la nicardipine. Pédiatrie 43 : 447-450.

39. Treluyer J.M., et al. 1993. Intravenous nicardipine in hypertensive children. Eur J Pediatr 152 : 712-714.

40. Michael J., Groshong T., Tobias J.D. 1998. Nicardipine for hypertensive emergencies in children with renal disease. Pediatr Nephrol 12 : 40-42.

41. Zampaglion B., et al. 1995. Hypertensive urgencies and emergencies. Prevalence and clinical presentation. Hypertension 27 : 144-147.

42. Flynn J.T., Mottes T.A., Brophy P.D., Kershaw D.B., Smoyer W.E., Bunchman T.E. 2001. Intravenous nicardipine for treatment of severe hypertension in children. J Pediatr 139 : 38-43.

43. Fivush B., Neu A., Furth S. 1996. Acute hypertensive crisis in children : emergencies and urgencies. Currr Opin Pediatr 9 : 233-236.

44. Flynn J.T., Pasko D.A. 2000. Calcium channel blockers : pharmacology and place in therapy of pediatric hypertension. Pediatr Nephrol 15 : 302-316.

45. Perlman J.M., Volpe J.J. 1989. Neurologic complications of captopril treatment of neonatal hypertension. Pediatrics 83 : 47-52.

46. Tack E.D., Perlman J.M. 1988. Renal failure in sick hypertensive premature infants receiving captopril therapy. J Pediatr 112 : 805-812.

47. Guidelines subcommittee. 1999. World health organization-international society of hypertension guidelines for the management of hypertension. J Hypertens 17 : 151-183.

48. Gouyon J.B., et al. 1997. Nicardipine administration in hypertensive preterm infants. Arch Dis Child Fetal Neonatal 76 : F126-127.

49. Milou C., et al. 2000. Intravenous nicardipine as a first-line antihypertensive drug in neonates. Intensive Care Med 26 : 956-958.

50. Levene M.I., et al. 1990. The use of a calcium-channel blocker, nicardipine, for severely asphyxiated newborn infants. Develop Med Child Neurol 32 : 567-574.

51. Lopez-Herce J., et al. 1989. Dosage of nifedipine in hypertensive crises of infants and children. Eur J Pediatr 149 : 136-137.

52. Loirat C. 1988. Hypertension artérielle du nouveau-né. Arch Fr Pediatr 45 : 287-294.

53. BrownLee J.R., et al. 1988. Acute hemodynamic effects of nifedipine in infants with bronchopulmonary dysplasia and pulmonary dysplasia and pulmonary hypertension. Pediatr Res. 24 : 186-190.

54. Johnson C.E., et al. 1991. Pharmacokinetics and pharmacodynamics of nifedipine in children with bronchopulmonary dysplasia and pulmonary hypertension. Pediatr Res 29 : 500-503.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]