ARTICLE
L'hypertension artérielle (HTA) de l'enfant est rare et sa
prévalence est de l'ordre de 0,5 à 2 % [1-3]. Chez le nouveau-né,
l'HTA était une pathologie encore rare il y a quelques années,
avec une prévalence d'environ 1,0 à 8,9 % dans les unités
de soins intensifs néonatals [4]. Les taux actuellement rapportés
sont plus élevés [5, 6] en raison de :
l'amélioration du diagnostic de l'HTA néonatale
grâce à une surveillance monitorisée plus systématique
;
la fréquence croissante des dysplasies bronchopulmonaires
(DBP). Même si le mécanisme de l'HTA associée aux
DBP n'est pas clairement établi, il est clair que celle-ci complique
principalement les DBP les plus sévères [5] ;
la fréquence de l'administration de cures de corticoïdes
pour traiter des oxygénodépendances qui compliquent l'évolution
de détresses respiratoires du prématuré.
Dans la grande majorité des cas, l'HTA de l'enfant est secondaire
et sa découverte impose la réalisation d'un bilan étiologique
et un bilan de son retentissement viscéral. En période néonatale,
les causes prédominantes sont les thromboses aortiques et rénales,
la coarctation de l'aorte et les causes parenchymateuses rénales.
Chez l'enfant plus grand, l'HTA est secondaire à une pathologie
rénale ou réno-vasculaire dans 70 à 80 % des cas
[7]. L'HTA essentielle est plus rare chez l'enfant que chez l'adulte.
Elle représente 10 à 30 % des cas, avec une fréquence
qui augmente avec l'âge (tableau
1).
Mesure de la pression artérielle
Il s'agit d'un acte délicat qui pose le problème de sa
reproductibilité et impose des modalités de mesure précises
pour pouvoir se référer à des courbes de références
[9].
La mesure doit être effectuée après un temps de
repos d'au moins 5 min, l'enfant étant allongé et au calme.
La largeur du brassard est un élément important, celui-ci
devant couvrir au moins les 2/3 du bras. Les dimensions suivantes sont
habituellement utilisées :

La méthode auscultatoire est la plus couramment employée.
L'apparition des bruits artériels (phase I de Korotkoff) signale
la pression systolique et la disparition complète des bruits (phase
V de Korotkoff) indique la pression diastolique. Si les chiffres tensionnels
paraissent élevés, il faudra refaire 3 contrôles immédiats.
Une étude récente ayant pour objectif de tester les nouveaux
critères définis par la Task Force [3], et en particulier
l'intégration de la taille dans les courbes de référence,
a montré que la prévalence de l'HTA systolique était
de 2,7 % et celle de l'HTA diastolique de 2 % après un premier
dépistage. Ces valeurs chutaient respectivement à 0,8 et
0,4 % après un deuxième contrôle [8].
Chez le nouveau-né et le nourrisson, la méthode de choix
est actuellement la méthode oscillométrique automatisée
(Dinamap).
Définition de l'hypertension chez l'enfant
La définition de l'HTA n'est pas univoque. Certains considèrent
comme hypertendus les enfants dont la pression artérielle dépasse
2 déviations standard au-dessus de la moyenne, le niveau du 95e
p (percentile) [2, 3] ou du 97,5e p [9].
* Pour les enfants de 4 à 18 ans, l'HTA est définie par
des PAS et/ou PAD supérieures au 97,5e p des valeurs
de référence établies en fonction du sexe et de la
taille (mesurées à trois reprises espacées) [9].
Trois catégories d'HTA sont distinguées :
HTA limite : chiffres n'excédant pas le 97,5e
p de plus de 10 mmHg ;
HTA confirmée : chiffres compris entre 10 et 30 mmHg au-dessus
du 97,5e p ;
HTA menaçante : chiffres situés au-delà
de 30 mmHg au-dessus du 97,5e p.
* La Task Force [3] définit comme « extrême
urgence hypertensive » une PA > 99e p pour l'âge
et le sexe en présence de complications neurologiques ou cardiaques
mettant immédiatement en jeu le pronostic vital, et « l'urgence
hypertensive » par une PA symptomatique > 99e p [3].
* Une HTA est confirmée pour des valeurs supérieures à
115/70 mmHg chez les enfants de 2 à 4 ans et supérieures
à 110/65 mmHg avant 2 ans.
* Pour le nouveau-né, la définition arbitraire de l'HTA
d'Adelman et al. [10], bien qu'ancienne et ne s'appliquant pas
aux grands prématurés, reste souvent utilisée. L'HTA
est alors définie par une PAS et/ou une PAD respectivement supérieures
à 90 et 60 mmHg chez le nouveau-né à terme, 80 et
50 mmHg chez le prématuré.
Une enquête récente conduite auprès de 37 unités
françaises de néonatologie a montré que l'HTA était
le plus souvent définie par une pression artérielle systolique
supérieure à 90-100 mmHg chez l'enfant à terme (23
centres/37) et 80 mmHg chez le prématuré [11].
Manifestations cliniques
L'HTA limite est en général asymptomatique, d'où
son nom de maladie « silencieuse ».
L'HTA confirmée peut se révéler par des céphalées
matinales en casque, une anorexie, des douleurs abdominales associées
ou non à des vomissements, des vertiges, des crampes, des épistaxis,
des impressions de brouillard visuel et des bourdonnements d'oreilles.
Une HTA sévère peut être révélée
ou compliquée d'une rétinopathie hypertensive (27 %), une
encéphalopathie hypertensive (25 %), des convulsions (25 %), une
hypertrophie ventriculaire gauche (13 %), une paralysie faciale (12 %),
des symptômes visuels (9 %), une hémiplégie (8 %),
une atteinte rénale avec protéinurie et syndrome polyuro-polydipsique,
une insuffisance cardiaque, une anémie hémolytique par microangiopathie.
Parmi les complications ophtalmologiques, l'ischémie de la zone
antérieure du nerf optique apparaît essentiellement quand
la pression artérielle chute trop rapidement par le traitement
[12].
En période néonatale, la perfusion cérébrale
est étroitement liée à la pression artérielle
systémique en raison d'une limitation des capacités d'autorégulation
du débit sanguin cérébral. Cette situation favoriserait
les complications neurologiques de l'HTA et notamment les hémorragies
intracrâniennes chez le prématuré. D'autres manifestations
cliniques (convulsions, encéphalopathie hypertensive, atteintes
rétiniennes, insuffisance cardiaque, polyurie) peuvent émailler
l'évolution de toutes les HTA néonatales y compris celles
observées au cours des DBP traitées par les corticoïdes
[13].
Inhibiteurs calciques dans l'HTA de l'enfant
en dehors du nouveau-né (tableau
2)
Diltiazem
Peu de publications pédiatriques ont étudié l'effet
antihypertensif systémique du diltiazem quand il fut utilisé
dans le traitement de l'hypertension artérielle pulmonaire ou des
dystrophies musculaires. Les doses variaient de 3 à 6 mg/kg/j et
les patients traités par diltiazem présentaient une baisse
moyenne de la pression artérielle systolique de 12 % et de la pression
diastolique de 20 % en comparaison des sujets non traités [14].
Les arguments sont trop faibles pour préconiser son utilisation
en routine.
Vérapamil
Le vérapamil a été utilisé dans les cardiomyopathies
hypertrophiques et les arythmies sans que ses effets sur la pression artérielle
ne soient rapportés. Ce médicament est donc peu utilisé
en pratique courante et il ne doit en aucun cas être associé
à un beta-bloquant. Le vérapamil, comme la nifédipine,
inhibe le métabolisme de la ciclosporine A (CsA) et permet une
baisse des posologies de CsA [15].
Isradipine
Seulement 3 publications font état de son efficacité dans
le traitement de l'enfant hypertendu [16-18].
Johnson et al. [16] ont traité 53 enfants hypertendus
par des doses moyennes d'isradipine de 0,38 ± 0,22 mg/kg/j. Quarante-trois
enfants sur 53 (81 %) ont répondu au traitement. Leur PAS a baissé
en moyenne de 11,8 ± 12,5 %, leur PAD de 17,3 ± 19,6 % pour
une dose moyenne de 0,4 ± 0,20 mg/kg/j. Les auteurs rapportaient
par ailleurs une grande variabilité interindividuelle de la dose
efficace qui allait de 0,06 à 0,88 mg/kg/j. Dans une autre étude,
la dose initiale utilisée était de 0,1 mg/kg/dose et la
dose d'entretien efficace pour contrôler la pression artérielle
était variable, en moyenne de 0,6 mg ± 0,3 mg/kg/j (extrêmes
de 0,3 à 1,2 mg/kg/j). Une absence de réponse au traitement
était signalée chez 1 enfant sur 12 (8,3 %) [18]. Il faut
signaler qu'une suspension buvable est disponible et très pratique
pour une utilisation chez l'enfant.
Chez le transplanté rénal, l'isradipine ne modifie pas
le métabolisme de la CsA, n'abaisse pas le flux plasmatique rénal
et la filtration glomérulaire en contrebalançant la vasoconstriction
rénale induite par la CsA [19].
Amlodipine
Cette dihydropyridine est plus largement utilisée en pédiatrie
que les thérapeutiques précédentes. Plusieurs travaux
ont démonté son efficacité dans le traitement de
l'hypertension chez l'enfant [20-23]. Vingt-huit enfants hypertendus dont
8 sous CsA (transplantés rénaux) ont reçu une dose
quotidienne de 0,2 à 0,3 mg/kg/j (5 à 10 mg/j) d'amlodipine.
Cinq patients ont dû suspendre le traitement en raison de l'apparition
d'dèmes ou d'un flush. Les 23 autres sujets ont vu leurs
PAS et PAD baisser en moyenne respectivement de 7 et 5 mmHg après
3 semaines de traitement et 21 et 12 mmHg après 12 semaines. Aucune
modification de la fréquence cardiaque et du poids n'était
relevée chez ces enfants. Il n'a pas été nécessaire
d'ajuster les doses de CsA chez les greffés rénaux.
Dans une étude prospective, randomisée et croisée,
Rogan et al. ont montré qu'une dose unique journalière
d'amlodipine (dose initiale de 0,1 mg/kg et dose finale moyenne très
proche de 0,12 mg/kg/j) chez 11 enfants hypertendus était aussi
efficace que la nifédipine ou la félodipine [23].
Certains recommandent de donner l'amlodipine en 2 prises par jour avec
des doses quotidiennes rapportées au poids, supérieures
à celles conseillées chez l'adulte [21].
Félodipine
Une seule étude pharmacocinétique concerne l'enfant [24].
Six patients ont été étudiés, dont 5 recevaient
de façon concomitante de la ciclosporine A. Les paramètres
pharmacologiques suivants ont été définis pour l'enfant
: un tmax de 3,8 h, une clairance plasmatique totale de 79,8
ml/min/kg, une aire sous la courbe de 747 nmol/l/h et une demi-vie terminale
de 21,2 heures. Le seul enfant qui n'était pas sous ciclosporine
A avait une demi-vie de la félodipine plus courte de 7,2 heures
et une aire sous la courbe nettement plus basse. Les valeurs chez cet
enfant pourraient mieux refléter les valeurs réelles chez
l'enfant hypertendu. Les doses efficaces se situaient entre 0,18 et 0,56
mg/kg/j.
Moncica et al. ont conduit une étude croisée avec
la nifédipine (2 prises/j) chez 21 enfants hypertendus dont 18
avaient reçu une greffe de rein. La dose initiale de félodipine
représentait 25 % de la dose quotidienne de nifédipine (maximum
20 mg/j). La pression diastolique diurne moyenne était significativement
plus basse chez les sujets traités par félodipine que chez
ceux laissés sous nifédipine (77,6 versus 84,4 mmHg).
Aucune différence significative n'était retrouvée
pour la PAS diurne entre les 2 groupes. En revanche, les PAS et PAD nocturnes
étaient plus élevées chez les enfants traités
par félodipine, supposant une mauvaise couverture du nycthémère
et suggérant la nécessité de donner la félodipine
en 2 prises par jour chez l'enfant [25].
Nifédipine
Il n'existe pas d'étude pharmacocinétique chez l'enfant
et les posologies proposées sont extrapolées à partir
des études réalisées chez l'adulte et des essais
cliniques pédiatriques. Il est important de rappeler que, lors
d'une administration « sublinguale », l'absorption dans la bouche
est négligeable et que celle-ci se fait dans le tractus gastro-intestinal
après salivation [26].
Pour la première fois, en 1983, Dilmen et al. rapportent
l'utilisation de la nifédipine par voie sublinguale à la
dose de 0,25 à 0,5 mg/kg chez 21 enfants hypertendus. Trente minutes
après la prise, la PAS avait baissé en moyenne de 26 % et
la PAD de 22 %. L'effet maximum était obtenu à 30 min et
se prolongeait sur 6 heures [27].
Par la suite, de nombreuses études ont confirmé le bénéfice
d'un traitement par nifédipine orale [28, 29]. Certains auteurs
insistaient sur l'imprévisibilité de la durée d'action
et la nécessité de doses multiples (au moins 1 prise toutes
les 4 heures) chez 25 % des sujets [28].
La survenue de complications neurologiques sévères [30-32]
lors d'une baisse brutale et incontrôlée de la pression artérielle
a conduit à ne plus recommander la nifédipine orale comme
traitement de la poussée hypertensive [33, 34]. Néanmoins,
elle continue d'être largement utilisée comme le soulignent
deux publications récentes [35, 36]. La dernière [36], bien
que rétrospective, concerne un nombre important de patients (117)
et de prises de nifédipine (520). Elle confirme l'efficacité
de la nifédipine orale sur les chiffres tensionnels systoliques
et diastoliques à des doses moyennes de 0,23 ± 0,12 mg/kg.
La baisse rapide et profonde (>= 25 %) de la PAS, PAD ou PAM apparaît
respectivement après 24, 43 et 35 % de l'ensemble des doses. Elle
n'a pas entraîné d'effets adverses cardio-vasculaires ou
neurologiques et n'est observée qu'avec des doses >= 0,25 mg/kg.
Les auteurs conseillent donc d'utiliser la nifédipine sublinguale
à des doses < 0,25 mg/kg.
Nicardipine
La pharmacocinétique de la nicardipine a été étudiée
dans 3 groupes d'enfants [37] : des patients porteurs de pathologies cardio-vasculaires
recevant 0,33 mg/kg de nicardipine, des enfants atteints de mucoviscidose
recevant la même dose de nicardipine et un troisième groupe
d'enfants hypertendus traités par une dose de 1 mg/kg de nicardipine.
Les paramètres pharmacocinétiques pédiatriques retrouvés
sont : un tmax de 30 à 60 min, un Cmax de
2 à 4 ng/ml, et une demi-vie de 1 à 3 heures (jusqu'à
9 h chez les enfants porteurs de mucoviscidose) [37].
L'efficacité de la nicardipine par voie orale lors des poussées
hypertensives est bien établie [38]. Soixante-cinq accès
hypertensifs chez 6 enfants ont été traités par des
doses moyennes de 1,2 mg/kg/prise (1 à 1,8 mg/kg/prise) de nicardipine.
Les chiffres de PAS et PAD baissaient dès la 15e minute
( 6 et 12 %), avec un maximum d'efficacité à
la 90e minute ( 28 et 38 %). L'effet antihypertenseur
se prolongeait jusqu'à la 8e heure après la
prise.
Une posologie de 1 mg/kg/prise renouvelée 3 à 4 fois par
jour est efficace pour contrôler les poussées hypertensives
[38].
Une place de choix est accordée à la nicardipine chez
les transplantés rénaux où elle aurait un rôle
protecteur vis-à-vis des effets vasculaires délétères
des anti-calcineurines. De plus, elle permet de diminuer les doses de
ciclosporine.
Par voie intraveineuse, la nicardipine est un excellent traitement de
l'hypertension sévère. Treluyer et al. [39] ont rapporté
en 1993 la première utilisation de la nicardipine IV chez quatorze
enfants hypertendus incluant 7 nouveau-nés à terme (communication
Dr Tréluyer). Ils ont reçu une posologie de 1 mug/kg/min
qui a parfois été augmentée jusqu'à 2 ou 3
mug/kg/min. La baisse de pression artérielle était significative
dès la première heure. Au cours des 24 premières
heures de traitement, la diminution moyenne de pression artérielle
variait de 9,9 à 13,4 % pour la systolique et de 16,7 à
25,6 % pour la diastolique. Aucun effet secondaire n'a été
observé [39].
Les doses moyennes efficaces varient dans la littérature entre
1 et 5 mug/kg/min [39-41]. Dans une étude récente et rétrospective
concernant 29 enfants [42], la dose moyenne initiale était de 0,8
± 0,3 mug/kg/min (extrêmes : 0,2-1,3) et la dose moyenne efficace
de 1,8 ± 1 mug/kg/min (extrêmes : 0,3-4). Aucun effet additionnel
antihypertensif n'était observé pour des doses > 4 mug/kg/min.
L'objectif thérapeutique (PA ¾ 95e p pour l'âge
et le sexe) était atteint en 2,7 ± 2,1 heures (extrêmes
: 0,5-9 h). Des effets secondaires à type de tachycardie, flush
et palpitations sans arythmie furent observés chez 16 % des patients.
Indications des inhibiteurs calciques dans
l'HTA de l'enfant
Urgence hypertensive
Devant une HTA maligne avec atteinte d'organe, le but du traitement
est de diminuer rapidement les chiffres tensionnels. En cas d'HTA sévère
sans atteinte d'organe, l'objectif est de préserver la fonction
des organes cibles tout en évitant les complications liées
à une baisse trop brutale de la pression sanguine que sont la myélite
ischémique aiguë transverse, l'ischémie du nerf optique,
l'hypovascularisation rénale et l'ischémie cérébrale.
Un schéma de décroissance progressive, qui consiste à
baisser la pression artérielle de 30 % dans les 6 premières
heures, d'encore un tiers sur les 24 heures suivantes puis d'atteindre
le niveau recherché en 24 heures supplémentaires, paraît
recommandable [34].
Le traitement est débuté sous forme d'administration intraveineuse
continue de nicardipine. Le labétalol (0,3 mg/kg en charge puis
5 à 20 mg/kg/j) est une bonne alternative thérapeutique
[34, 41, 43].
Le diazoxide et le nitroprussiate de Na sont des vasodilatateurs puissants
dont la brutalité de la chute de PA et le risque d'hypotension
artérielle en période néonatale ont conduit à
préférer d'autres anti-hypertenseurs pour diminuer plus
progressivement la PA. De plus, l'administration de nitroprussiate de
Na est limitée par le risque d'intoxication cyanhydrique.
Thérapie chronique de l'hypertension
Le choix de l'antihypertenseur dépendra de l'étiologie.
En cas d'HTA rénale ou réno-vasculaire, le traitement de
première intention est un inhibiteur de l'enzyme de conversion
de l'angiotensine ou un calcium bloqueur [44], les deux pouvant être
associés. Un beta-bloquant peut être rajouté en cas
de mauvais contrôle tensionnel. En cas de surcharge volémique
avec une diurèse conservée, un diurétique pourra
être utilisé.
Inhibiteurs calciques dans l'HTA néonatale
L'administration d'un traitement antihypertenseur est indispensable
lorsqu'une HTA néonatale s'associe à des signes cliniques
de mauvaise tolérance. Les baisses brutales de pression artérielle
sont alors à éviter impérativement pour éviter
des accidents d'hypoperfusion cérébrale comme cela a été
particulièrement observé avec les inhibiteurs de l'enzyme
de conversion [45, 46]. La nécessité d'un traitement pharmacologique
des HTA modérées et asymptomatiques est reconnue chez l'adulte
et l'enfant [47], mais ne fait pas l'objet d'un consensus en néonatologie,
notamment dans les HTA induites par les corticoïdes. Les modalités
du traitement pharmacologique des HTA néonatales restent mal précisées
car :
aucun essai thérapeutique réel n'a été
réalisé dans l'HTA néonatale ;
c'est l'administration empirique d'antihypertenseurs qui a conduit
à rejeter progressivement les médicaments les plus dangereux
et notamment ceux qui induisaient le plus d'hypotensions artérielles.
Alors que les effets secondaires des antihypertenseurs sont relativement
spécifiques de chaque classe chez l'enfant et l'adulte [47], le
risque d'hypotension systémique est le dénominateur commun
pour toutes les classes d'antihypertenseurs en néonatologie (tableau
3).
La nicardipine se situe actuellement en première place dans la
prise en charge de l'urgence hypertensive en néonatologie mais
aussi dans le traitement de toutes les HTA du prématuré.
En revanche, la nifédipine sublinguale ou orale fait courir des
risques d'hypotension artérielle, et les autres inhibiteurs calciques
(amlodipine, isradipine, félodipine) n'ont pas fait l'objet d'études
spécifiques en néonatologie. Tout au plus peut-on noter
que l'isradipine a été administrée à quelques
nouveau-nés sans mention d'effets adverses [16].
Nicardipine
La perfusion continue de nicardipine offre la possibilité d'une
recherche de posologie adaptée à l'effet recherché,
d'autant que sa demi-vie est courte (1,6 à 3,4 h) chez l'enfant
hypertendu [37].
La première utilisation chez le nouveau-né à terme
date de 1993 [39]. Ces premiers résultats positifs ont ensuite
été confirmés chez le prématuré [48].
Une série de 20 nouveau-nés hypertendus (incluant 15 prématurés)
traités par nicardipine IV a confirmé l'efficacité
et l'innocuité apparentes de ce médicament en néonatologie
[49]. L'HTA était imputable à l'administration de corticoïdes
(n = 14), une polykystose rénale infantile (n = 1), une thrombose
de la veine rénale (n = 1) et une coarctation aortique (n = 1).
La cause de l'HTA était indéterminée pour 3 malades.
La dose initiale de nicardipine IV était de 0,5 mug/kg/mn chez
17 patients. La dose maximale a varié de 0,5 à 2,0 mug/kg/mn.
La durée moyenne de traitement a été de 14,6 ±
11,6 jours. Après 3 heures de traitement, la diminution de PAS
était de 20 ± 11 % et s'est maintenue ultérieurement.
Aucun effet secondaire n'a été observé.
Ainsi, la perfusion de nicardipine semble être une thérapeutique
efficace et sûre de l'HTA néonatale. Cependant, la rareté
apparente des effets secondaires ne dispense pas d'une surveillance étroite
des enfants traités. En effet, Levene et al. [50] ont observé
une chute brutale de la PA en association à une hypoperfusion cérébrale
chez 2 nouveau-nés à terme traités par une faible
dose de nicardipine (0,33 mug/kg/min) pour rechercher une protection cérébrale
dans un contexte d'asphyxie périnatale sévère. Les
auteurs ont émis l'hypothèse d'une sensibilité accrue
du myocarde à l'effet inotrope négatif de la nicardipine
au décours d'une asphyxie périnatale.
Pour la nicardipine per os, aucune étude de biodisponibilité
ne permet une utilisation rationnelle.
Nifédipine
Les données pharmacodynamiques sont particulièrement pauvres
en néonatologie [4, 51]. L'administration sublinguale de nifédipine
à une dose de 0,25 à 1,5 mg/kg, répétée
si besoin 4 à 6 fois par jour, a permis de diminuer la pression
artérielle systolique de 11 à 35 % chez 4 nouveau-nés
hypertendus [52]. L'effet est apparu dès la 10e minute
et s'est maintenu 2 à 6 heures. Cependant, l'utilisation de la
nifédipine sublinguale a été abandonnée dans
le traitement des poussées hypertensives néonatales en raison
de la survenue de collapsus sévères, notamment chez le prématuré.
Il faut signaler que le risque d'hypotension sous nifédipine est
majoré par l'association à la cimétidine.
Au long cours, la nifédipine pourrait être un traitement
antihypertenseur de choix chez les enfants hypertendus dans le cadre d'une
DBP. En effet, outre son effet sur l'hémodynamique systémique,
la nifédipine réduit aussi l'hypertension artérielle
pulmonaire de la DBP [53, 54]. Cependant, l'innocuité d'une utilisation
à long terme reste aussi à démontrer.
Alternatives aux inhibiteurs calciques dans l'HTA
néonatale
Les alternatives aux inhibiteurs calciques sont limitées par
les effets adverses qui leur sont associés.
Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC)
Alors que les IEC sont des antihypertenseurs de première intention
chez l'enfant et l'adolescent [3], cette classe de médicaments
n'a été utilisée que dans les HTA néonatales
réfractaires à d'autres anti-hypertenseurs.
Il est important de signaler que l'effet vasorelaxant des IEC s'exerce
aussi au niveau rénal. En effet, les IEC vasodilatent l'artériole
glomérulaire efférente et altèrent ainsi l'autorégulation
du débit sanguin rénal (DSR) et de la filtration glomérulaire.
Dans ces conditions, toute altération supplémentaire du
DSR (hypovolémie, hypotension artérielle, sténose
de l'artère rénale) ne pourra être corrigée
par une vasoconstriction de l'artériole glomérulaire efférente
et conduira alors à une réduction de la filtration glomérulaire.
Ainsi, Tack et al. ont constaté qu'une hypotension artérielle
fréquemment associée à des convulsions et/ou une
insuffisance rénale oligurique compliquaient l'administration de
captopril pour respectivement 35 et 18 % des nouveau-nés traités
[46].
Bien que l'index thérapeutique des IEC soit étroit en
période néonatale, aucune étude pharmacocinétique
n'a été dévolue au nouveau-né, tant pour le
captopril que pour l'énalapril ou l'énalaprilate.
Conclusion
Malgré le peu de données pharmacodynamiques, les inhibiteurs
calciques sont largement utilisés dans le traitement chronique
de l'HTA et dans l'urgence hypertensive, où la nicardipine en perfusion
continue trouve une place de choix. Néanmoins, l'innocuité
d'une utilisation à long terme, en particulier sur le système
cardio-vasculaire, reste à prouver.
En néonatologie, les études pharmacocinétiques
sont absentes et les posologies proposées pour la nicardipine IV
relèvent de « l'expérience clinique ». Il apparaît
donc indispensable de développer des études pharmacocinétiques
et pharmacodynamiques ciblées sur les inhibiteurs calciques paraissant
les plus sûrs.
La réponse à de telles incertitudes pourrait bénéficier
de la mise en place de registres des HTA néonatales pour préciser
l'efficacité et les effets adverses des antihypertenseurs en néonatologie.
Références
1. Sadowski R.H., Falkner B. 1996. Hypertension in pediatric patients.
Am J Kidney Dis 27 : 305-315.
2. Task force of blood pressure control of children. 1987. Report
of the second task force of blood pressure control in children. Pediatrics
79 : 1-25.
3. National high blood pressure education program working group
on hypertension control in children and adolescents. 1996. Update on the
1987 task force report on high blood pressure in children and adolescents
: a working group report from the national high blood pressure education
program. Pediatrics 98 : 649-658.
4. Rasoulpour M., Marinelli K.A. 1992. Systemic hypertension.
Clin Perinatol 19 : 121-135.
5. Johnson V. 1993. Systemic hypertension in infants with severe
bronchopulmonary dysplasia. Am J Perinatol 10 : 260-261.
6. Anderson A.H., et al. 1993. Systemic hypertension in
infants with severe bronchopulmonary dysplasia : associated clinical factors.
Am J Perinatol 10 : 190-193.
7. Arar M.Y., et al. 1994. Etiology of sustained hypertension
in children in the Southwestern United States. Pediatr Nephrol
8 : 186-189.
8. Adrogue H.E., Sinaiko A.R. 2001. Prevalence of hypertension
in junior high school-aged children : effect of new recommendations in
the 1996 updated task force report. Am J Hypertens 14 : 412-414.
9. Andre J.L., Deschamps J.P., Gueguen R. 1980. La tension artérielle
chez l'enfant et l'adolescent. Valeurs rapportées à l'âge
et à la taille chez 17 067 sujets. Arch Fr Pediatr 37 :
477-482.
10. Adelman R.D. 1978. Neonatal hypertension. Pediatr Clin
N Amer 25 : 99-110.
11. Matis J., Gouyon J.B., Guignard J.P., Simeoni U. 2000. Hémodynamique,
pression artérielle et rein chez le nouveau-né : enquête
sur les pratiques. In : Hémodynamique, pression artérielle
et rein chez le nouveau-né. Siméoni U., Gouyon J.B.,
Guignard J.P., eds. Elsevier, Paris : 121-127.
12. Deal J.E., Barratt T.M., Dillon M.J. 1992. Management of
hypertensive emergencies. Arch Dis Child 67 : 1089-1092.
13. Greenough A., Emery E.F., Gamsu H.R. 1992. Dexamethasone
and hypertension in preterm infants. Eur J Pediatr 151 : 134-135.
14. Islam S., et al. 1999. Diltiazem reduces pulmonary
arterial pressures in recurrent pulmonary hypertension associated with
pulmonary hypoplasia. J Pediatr Surg 34 : 712-714.
15. Crocker J.F.S., et al. 1994. The interaction of the
calcium channel blockers verapamil and nifedipine with cyclosporin A in
pediatric renal transplant patients. Pediatr Nephrol 8 : 408-411.
16. Johnson C.E., Jacobson P.A., Song M.H. 1997. Isradipine therapy
in hypertensive pediatric patients. Ann Pharmacother 31 : 704-707.
17. Flynn J.T., et al. 1998. Efficacy of isradipine as
an antihypertensive agent in children (abstract). Pediatr Res 43
: 307A.
18. Strauser L.M., et al. 2000. Initial experience with
isradipine for the treatment of hypertension in children. South Med
J 93 : 287-293.
19. Ahmed K., Michael B., Burke J.F. 1997. Effects of isradipine
on renal hemodynamics in renal transplant patients treated with cyclosporine.
Clin Nephrol 48 : 307-310.
20. Pfammatter J.F., et al. 1998. Amlodipine once-daily
in systemic hypertension. Eur J Pediatr 157 : 618-621.
21. Flynn J.T., Smoyer W.E., Bunchman T.E. 2000. Treatment of
hypertensive children with amlodipine. Am J Hypertens 13 : 1061-1066.
22. Tallian K.B., et al. 1999. Efficacy of amlodipine
in pediatric patients with hypertension. Pediatr Nephrol 13 : 304-310.
23. Rogan J.W., et al. 2000. A randomized prospective
crossover trial of amlodipine in pediatric hypertension. Pediatr Nephrol
14 : 1083-1087.
24. Moncica I., et al. 1995. A crossover comparison of
extended release felodipine in hypertension. Arch Dis Child 73
: 154-156.
25. Blowey D.L., et al. 1996. The pharmacokinetics of
extended relrease felodipine in children. Eur J Clin Pharmacol
50 : 147-148.
26. Harten J., et al. 1987. Negligible sublingual absorption
of nifedipine. Lancet 2 : 1363-1365.
27. Dilmen U., Caglar K., Senses D.A., Kinik E. 1983. Nifedipine
in hypertensive emergencies of children. Am J Dis Child 137 : 1162-1165.
28. Siegler R.L., Brewer E.D. 1988. Effect of sublingual or oral
nifedipine in the treatment of hypertension. J Pediatr 112 : 811-815.
29. Evans J.H.C., Shaw N.J., Brocklebank J.T. 1988. Sublingual
nifedipine in acute severe hypertension. Arch Dis Child 63 : 975-977.
30. Hulse J.A., Taylor D.S., Dillon M.J. 1979. Blindness and
paraplegia in severe childhood hypertension. Lancet II : 553-556.
31. Taylor D., Ramsay J., Day S., Dillon M. 1981. Infarction
of the optic nerve head in children with accelerated hypertension. Br
J Ophtalmol 65 : 153-160.
32. Leonard M.B., et al. 1998. Adverse neurologic events
associated with nifedipine use in childhood hypertension. J Am Soc
Nephrol 9 : 326A.
33. Truttmann A.C., et al. 1998. A moratorium should be
placed on the use of short-acting nifedipine for hypertensive crisis.
Pediatr Nephrol 12 : 259.
34. Adelman R.D., Coppo R., Dillon M.J. 2000. The emergency management
of severe hypertension. Pediatr Nephrol 14 : 422-427.
35. Gauthier B., Trachtman H. 1997. Short-acting nifedipine.
Pediatr Nephrol 11 : 786-787.
36. Blaszak R.T., Savage J.A., Ellis E.N. 2001. The use of short-acting
nifedipine in pediatric patients with hypertension. J Pediatr 139
: 34-37.
37. Hubert M., et al. 1992. Pharmacokinetics of oral nicardipine
in children with cardiovascular diseases, cystic fibrosis and systemic
arterial hypertension. In : Pharmacocinétique : de la recherche
à la clinique. Brès J., Panis G., eds. John Libbey,
Paris, 513-514.
38. Buttet C., Cochat P., Floret D., Malfroy J., David L. 1988.
Traitement des poussées hypertensives de l'enfant par la nicardipine.
Pédiatrie 43 : 447-450.
39. Treluyer J.M., et al. 1993. Intravenous nicardipine
in hypertensive children. Eur J Pediatr 152 : 712-714.
40. Michael J., Groshong T., Tobias J.D. 1998. Nicardipine for
hypertensive emergencies in children with renal disease. Pediatr Nephrol
12 : 40-42.
41. Zampaglion B., et al. 1995. Hypertensive urgencies
and emergencies. Prevalence and clinical presentation. Hypertension
27 : 144-147.
42. Flynn J.T., Mottes T.A., Brophy P.D., Kershaw D.B., Smoyer
W.E., Bunchman T.E. 2001. Intravenous nicardipine for treatment of severe
hypertension in children. J Pediatr 139 : 38-43.
43. Fivush B., Neu A., Furth S. 1996. Acute hypertensive crisis
in children : emergencies and urgencies. Currr Opin Pediatr 9 :
233-236.
44. Flynn J.T., Pasko D.A. 2000. Calcium channel blockers : pharmacology
and place in therapy of pediatric hypertension. Pediatr Nephrol
15 : 302-316.
45. Perlman J.M., Volpe J.J. 1989. Neurologic complications of
captopril treatment of neonatal hypertension. Pediatrics 83 : 47-52.
46. Tack E.D., Perlman J.M. 1988. Renal failure in sick hypertensive
premature infants receiving captopril therapy. J Pediatr 112 :
805-812.
47. Guidelines subcommittee. 1999. World health organization-international
society of hypertension guidelines for the management of hypertension.
J Hypertens 17 : 151-183.
48. Gouyon J.B., et al. 1997. Nicardipine administration
in hypertensive preterm infants. Arch Dis Child Fetal Neonatal
76 : F126-127.
49. Milou C., et al. 2000. Intravenous nicardipine as
a first-line antihypertensive drug in neonates. Intensive Care Med
26 : 956-958.
50. Levene M.I., et al. 1990. The use of a calcium-channel
blocker, nicardipine, for severely asphyxiated newborn infants. Develop
Med Child Neurol 32 : 567-574.
51. Lopez-Herce J., et al. 1989. Dosage of nifedipine
in hypertensive crises of infants and children. Eur J Pediatr 149
: 136-137.
52. Loirat C. 1988. Hypertension artérielle du nouveau-né.
Arch Fr Pediatr 45 : 287-294.
53. BrownLee J.R., et al. 1988. Acute hemodynamic effects
of nifedipine in infants with bronchopulmonary dysplasia and pulmonary
dysplasia and pulmonary hypertension. Pediatr Res. 24 : 186-190.
54. Johnson C.E., et al. 1991. Pharmacokinetics and pharmacodynamics
of nifedipine in children with bronchopulmonary dysplasia and pulmonary
hypertension. Pediatr Res 29 : 500-503.
|