ARTICLE
La continence urinaire est un équilibre permanent entre le fonctionnement
du réservoir vésical et les mécanismes sphinctériens.
La vessie doit posséder une capacité suffisante et une
bonne compliance (rapport de l'augmentation des volumes aux pressions
intravésicales), sans contraction non inhibée involontaire.
Les mécanismes sphinctériens doivent permettre une clôture
de l'urètre, qu'il s'agisse du col vésical ou de la fermeture
du sphincter strié. Devant une incontinence urinaire féminine,
il est indispensable d'identifier la ou les causes et, donc, le ou les
mécanismes responsables afin de pouvoir proposer à la
patiente le traitement le plus approprié. Au niveau urétral,
l'incontinence peut être liée à une anomalie de
statique, ou hypermobilité, des tissus de soutien sous-urétro-cervicaux
et/ou à une anomalie sphinctérienne, dite insuffisance
sphinctérienne. Le plus souvent, les femmes souffrant d'une incontinence
urinaire d'effort avec insuffisance sphinctérienne ont déjà
subi des interventions chirurgicales ou des traumatismes (fractures
du bassin) de la région urétro-cervico-vésicale.
Elles peuvent également être porteuses d'anomalies neurologiques
acquises (chirurgie pelvienne), traumatiques (traumatismes médullaires)
ou congénitales (spina-bifida). Cliniquement, ces patientes présentent
une incontinence liée au moindre effort. Il n'y a habituellement
pas de fuites nocturnes en décubitus sauf en cas d'insuffisance
sphinctérienne majeure lors des mouvements à vessie pleine.
La cystographie montre un col vésical ouvert au repos, en l'absence
de toute contraction du détrusor, avec ou sans anomalies de mobilité
de la région cervicale. L'objectif du traitement de ce type d'incontinence
est de rétablir un obstacle urétral passif créant
une résistance aux fuites lors de l'effort et rétablissant
des moyens anatomiques de clôture urétro-cervicale. De
nombreuses techniques chirurgicales ont été imaginées
et commencent maintenant à être suffisamment évaluées
pour que leurs résultats et leurs indications puissent être
analysés. Malgré plusieurs tentatives pour standardiser
la définition de l'insuffisance sphinctérienne et classer
les patientes pouvant bénéficier des différentes
techniques chirurgicales, un consensus n'est pas encore établi
sur la définition stricto sensu de l'insuffisance sphinctérienne.
Mécanismes de la continence urinaire féminine
D'après Buzelin et al. [1], l'équilibre vésico-sphinctérien
repose sur quatre
paramètres :
la pression vésicale de remplissage (tonus ou compliance),
qui doit rester basse pour ne pas obliger l'uretère à un
travail excessif ;
la pression vésicale mictionnelle (contractilité
vésicale), qui traduit la qualité du moteur vésical
;
la pression urétrale maximale, qui indique la qualité
de la continence physiologique, c'est-à-dire celle qui, étant
liée au tonus, assure la continence sans la dysurie ;
la résistance urétrale mictionnelle, c'est-à-dire
l'ensemble des forces qui s'opposent à l'écoulement de l'urine
pendant la miction mais aussi durant le remplissage.
La fuite se produit lorsque la pression vésicale dépasse
la somme des forces représentées par la pression urétrale
maximale et la résistance urétrale.
Fonction sphinctérienne
La résistance nécessaire pour obtenir une fermeture étanche
de l'urètre nécessite l'intégrité de la
muqueuse et de la sous-muqueuse urétrale (déficit en cas
d'insuffisance strogénique par exemple), et celle du muscle
lisse du col vésical et de l'urètre (description anatomique
de la disposition des fibres musculaires lisses dans la région
du col vésical et de l'urètre) qui entraînerait
la fermeture du col pendant le remplissage et dont l'ouverture précède
la contraction du détrusor pour la vidange. L'existence d'un
sphincter lisse individualisable sur le plan anatomique est toujours
débattue. La fermeture du col vésical est sous la dépendance
des fibres alpha-adrénergiques du plexus hypogastrique dont le
centre médullaire est située entre T11 et L2.
Sphincter strié urétral
On décrit, à ce niveau, deux régions tout à
fait distinctes. Le rhabdomyosphincter, ou portion para-urétrale,
qui est directement au contact de l'urètre et est fait de fibres
s'intriquant avec les fibres musculaires lisses, elles-mêmes de
deux types : les fibres lentes qui maintiennent une activité
tonique permanente et les fibres rapides capables de produire une compression
volontaire de l'urètre. Ces dernières sont liées
au fonctionnement de la deuxième portion, dite péri-urétrale,
et correspondant à la portion pubo-urétrale des muscles
releveurs de l'anus, éléments du plancher périnéal.
L'innervation de ce rhabdomyosphincter est toujours l'objet de discussions
anatomiques mais peut être considérée comme de triple
origine : somatique, parasympathique et sympathique.
Soutien du col vésical et de l'urètre
Plusieurs théories ont été proposées. La
plus connue, la plus ancienne et la plus décriée aujourd'hui
est celle d'Enhorning décrivant l'enceinte de pression abdominale
et la nécessité du maintien du col vésical et de
l'urètre proximal dans cette enceinte pour assurer une continence
à l'effort qui disparaîtrait en cas d'importante cysto-urétrocèle.
La théorie de De Lancey [2], ou théorie du hamac sous-urétral,
comporte un aspect anatomique et un aspect fonctionnel. L'ensemble de
la région urétro-cervicale repose sur un fascia endo-pelvien
servant de support amarré au plancher pelvien (à l'arc
tendineux très exactement). Lors des mouvements et de l'effort,
la stabilité du hamac sous-urétral est nécessaire
pour permettre l'augmentation de la clôture urétrale par
compression de l'urètre sur ce hamac plus que par son réel
maintien dans l'enceinte de pression abdominale. Ces théories
ont été récemment complétées par
Petros et Ulmsten [3, 4]. Ces auteurs supposent que le mouvement du
hamac vaginal vers l'avant, sous l'effet de la contraction de la portion
antérieure du faisceau pubo-coccygien du releveur de l'anus,
serait le premier facteur de fermeture de l'urètre. Une bonne
tenue urétrale par l'intermédiaire des ligaments pubo-urétraux
est nécessaire à cette clôture urétrale d'effort.
Cette théorie est le support d'une nouvelle technique chirurgicale
[3] consistant à mettre en place une bandelette sous-urétrale
distale amarrée à l'aponévrose de la paroi abdominale
antérieure et recréant des éléments d'amarrage
de l'urètre qui pourraient être déficients en cas
d'incontinence urinaire d'effort.
Continence active et passive
Si l'élaboration de ces différentes théories a
permis de voir évoluer les classifications de l'incontinence
urinaire féminine, il reste que les deux grands mécanismes
retenus pour expliquer cette dernière incluent un défaut
de soutien anatomique (quelle que soit la théorie retenue) et
une insuffisance sphinctérienne. La continence est le reflet
d'une double action : continence active liée à la compétence
des éléments de soutien lors des efforts et au renforcement
volontaire de la fermeture du sphincter strié, et continence
passive liée à l'intégrité sphinctérienne
globale au repos. L'insuffisance sphinctérienne est un facteur
pronostique aggravant de l'incontinence dont la présence oblige
à moduler et à modifier les indications thérapeutiques.
Diagnostic de l'insuffisance
sphinctérienne
Diagnostic clinique
L'évaluation de l'état de patientes se plaignant de symptômes
d'incontinence urinaire d'effort commence toujours par un interrogatoire
et un historique des antécédents obstétricaux et
chirurgicaux pelviens. À partir de l'interrogatoire précis
des troubles et des circonstances exactes des fuites, il n'y a qu'un
faisceau d'arguments cliniques qui puisse permettre de suspecter une
insuffisance sphinctérienne sans jamais la confirmer.
Si la patiente souffrant d'une incontinence urinaire par insuffisance
sphinctérienne décrit volontiers des fuites au moindre effort,
à la marche et essentiellement à l'orthostatisme, de nombreux
autres troubles peuvent venir perturber ces données relativement
typiques. Une pollakiurie de précaution peut être apparue
(miction autoprogrammée par la patiente afin de minimiser les fuites
dans sa vie quotidienne). La patiente peut s'être imposé
une réduction de sa vie sexuelle afin d'en limiter les désagréments
urinaires. Sa vie sociale peut s'en trouver limitée au point que
les fuites ne lui paraissent plus que minimes. Il en est de même
de sa consommation d'eau quotidienne. Ainsi, l'interrogatoire seul ne
peut pas permettre au praticien d'évoquer de façon formelle
une insuffisance sphinctérienne et certaines études estiment
qu'il y a jusqu'à 20 % de risques de se tromper sur l'étiologie
d'une incontinence urinaire à partir du seul interrogatoire [5].
Les examens clinique et urodynamique sont aujourd'hui les clés
de voûte du diagnostic du mécanisme d'une incontinence urinaire
féminine.
L'examen clinique est destiné à rechercher des éléments
de prolapsus et les anomalies de la statique pelvienne qui y sont associées,
à confirmer l'existence des fuites d'urine à l'effort sur
table en position d'examen, voire debout, et, surtout, à évaluer
le degré d'hypermobilité du col vésical et de l'urètre.
Cette hypermobilité peut être appréciée en
retenue et en poussée pour certains, par le test dit « du
coton tige » (Q'tip test) qui permet d'évaluer l'axe
de l'urètre, ou par l'examen de l'urétro-cervico-cystoptose,
une valve vaginale retenant la face postérieure du vagin et réduisant
une rectocèle associée ou un prolapsus du fond vaginal (manuvre
de Bethoux).
La manuvre clinique non pathognomonique qui tente de différencier
les mécanismes de l'incontinence, ou du moins d'en relativiser
l'importance, est celle de Bonney (ou de Marshall dans les publications
anglo-saxonnes). Effectuée en position gynécologique et/ou
en position debout, à vessie remplie au minimum au niveau de
la première sensation de plénitude vésicale, elle
permet de confirmer l'existence des fuites et leur disparition par repositionnement
de la face antérieure du vagin en arrière du pubis à
l'aide de deux doigts ou d'une pince placés sur les culs-de-sac
vaginaux en latéro-urétral à gauche et à
droite. Cette manuvre doit théoriquement permettre de différencier
les fuites qui n'apparaissent que du fait du trouble de la statique
urétro-cervicale, auquel cas la manuvre est positive, de
celles liées à une insuffisance sphinctérienne
prédominante, auquel cas toute tentative de repositionnement
des éléments anatomiques éventuellement défectueux
ne permet pas la disparition des fuites à l'effort. Si cette
manuvre est un élément décisionnel important
pour la plupart des équipes européennes pour définir
s'il existe un élément de perturbation de la statique
pelvienne, elle ne suffit pas pour quantifier ni pour distinguer les
insuffisances sphinctériennes. Les équipes anglo-saxonnes
lui préfèrent d'ailleurs des tests urodynamiques.
Diagnostic uro-dynamique
Les examens urodynamiques (cystométrie), qui permettent d'évaluer
le fonctionnement vésical et urétral en termes de pression
lors du remplissage et lors des manuvres d'effort, peuvent apporter
des éléments diagnostiques et pronostiques importants.
Certaines des données qui en émanent ne sont pas encore
standardisées ni parfaitement évaluées. Nous supposerons,
pour alléger notre propos, que le fonctionnement du réservoir
vésical a déjà été confirmé
comme normal, c'est-à-dire normo-capacitif, normo-compliant (normo-tonique)
et normo-esthésique.
Pression de clôture urétrale maximale
La mesure de la pression de clôture urétrale maximale
est réalisée à l'aide d'un capteur urétral
de pression (à eau ou électronique) mesurant la pression
présente dans l'urètre, en tous points du col vésical
jusqu'au méat urétral, corrélée à celle
de la vessie au même instant. Ce test est reconnu, dans la plupart
des études, comme étant un élément important
de définition de l'insuffisance sphinctérienne. Les résultats
des différentes techniques chirurgicales sont corrélés
à la pression de clôture urétrale maximale de départ.
Il est actuellement admis qu'une pression de clôture urétrale
maximale inférieure à 30 cmH 2O (quel que soit
l'âge) correspond à une insuffisance sphinctérienne
majeure (figure 1). Entre
30 et 50 cmH 2O, l'insuffisance sphinctérienne est avérée
et, au-dessus de 50 cmH 2O, la pression de clôture urétrale
est considérée comme normale. Ce seuil de 30 cmH 2O
est retrouvé dans les diverses publications comme étant
un seuil dans l'appréciation des échecs des différentes
techniques chirurgicales classiques de l'incontinence urinaire d'effort
de la femme (colposuspension) et, donc, comme un facteur prédictif
de mauvais résultat de ces chirurgies à long terme [6].
Si la mesure de la pression de clôture urétrale maximale
sur le profil urétral tel que nous venons de la citer est en
soi un élément urodynamique important de la définition
de l'insuffisance sphinctérienne, il convient d'y associer des
circonstances moins typiques d'insuffisance sphinctérienne intermittente
qu'il faut savoir dépister. La fatigabilité urétrale,
ou relâchement progressif des pressions de clôture urétrale
maximales au cours des efforts répétés, doit être
dépistée pour rechercher le mécanisme de l'incontinence
chez les patientes dont le sphincter strié n'est manifestement
pas capable de soutenir des efforts prolongés, faisant ainsi
apparaître des fuites par fatigue urétrale. De même,
il faut savoir rechercher l'instabilité urétrale, ou perte
brusque et imprévisible des pressions urétrales d'au moins
15 cmH2O qui peut survenir notamment lors du remplissage
vésical par un mécanisme d'ouverture du col. Ces chutes
brutales de la pression sphinctérienne peuvent cliniquement se
présenter comme des insuffisances sphinctériennes tout
en n'étant pas facilement mises en évidence si elles ne
sont pas systématiquement recherchées lors des tests urodynamiques.
Pression de fuite lors de la manuvre de Valsalva
Si la mesure des pressions de clôture urétrale permet
d'évaluer la fonction de l'urètre de façon isolée,
elle ne permet pas d'évaluer l'équilibre entre fonctionnement
vésical et fonctionnement sphinctérien lors des efforts.
C'est la raison pour laquelle des tests qui permettent de mesurer la pression
intravésicale à laquelle survient la fuite lors des efforts
ont été mis au point [7]. Encore très débattue
pour des raisons de techniques de réalisation et d'interprétation,
cette mesure n'a actuellement pas trouvé sa place dans l'évaluation
standard d'une incontinence urinaire féminine. L'effort demandé
lors du test (test urodynamique) peut être soit une manuvre
de Valsalva (Valsalva leak point pressure, VLPP), soit une augmentation
standardisée des pressions intra-abdominales. Le remplissage vésical
pour lequel cet effort doit être réalisé par la patiente
n'est pas standardisé (de 150 à 200 ml habituellement).
La façon de repérer la fuite au niveau du méat urétral
pendant le test et à laquelle sera corrélée la pression
intravésicale est également l'objet de discussions.
La VLPP est une méthode indirecte de mesure des forces de clôture
de l'urètre pendant des manuvres de stimulation et d'effort.
Cette manuvre paraît logique en termes physio-pathologiques
et pourrait permettre de différencier les patientes ayant une mauvaise
fonction de fermeture urétrale ou insuffisance sphinctérienne
à l'effort (VLPP inférieure à 60 cmH2O)
de celles pour lequelles il ne semble pas exister d'insuffisance sphinctérienne
(VLPP supérieure à 60 cmH2O). Toutefois, le cathéter
transurétral utilisé pour la mesure de la pression intravésicale
lors de l'effort interfère avec la qualité de la mesure.
Enfin, l'intensité de l'effort réalisé par la patiente
pendant la séance d'urodynamique est également l'objet de
discussions. Certaines patientes ne sont pas capables de réaliser
des efforts qui pourraient correspondre à ceux de la vie quotidienne
en termes de pressions intra-abdominales.
Au total, l'insuffisance sphinctérienne reste aujourd'hui définie
par la pression de clôture urétrale maximale et est confirmée
par les manuvres de l'examen clinique. C'est cette pression de
clôture urétrale maximale qui avait permis à McGuire
d'élaborer sa première classification de l'incontinence
urinaire féminine [8]. Depuis, Blaivas et al. [9] ont
mis au point une autre classification à partir de l'hypermobilité
radiologique de la région urétro-cervicale, mais elle
a pour défaut de ne pas prendre en compte le fonctionnement sphinctérien
propre. C'est la raison pour laquelle une modification récente
de sa classification associe la mesure de la VLPP, permettant ainsi
de déterminer les patientes porteuses d'une hypermobilité
pure, d'une hypermobilité avec insuffisance sphinctérienne
ou d'une insuffisance sphinctérienne pure.
Traitement
Quels qu'ils soient, tous les traitements chirurgicaux qui ont été
élaborés pour traiter une insuffisance sphinctérienne
doivent augmenter les pressions intra-urétrales afin de créer
une résistance passive aux pressions intra-abdominales et, donc,
intravésicales de la vie quotidienne de la patiente, ce qui lui
permet de voir disparaître les fuites urinaires dont elle souffre.
Toute augmentation des pressions intra-urétrales a pour corollaire
le risque d'obtenir l'effet opposé, c'est-à-dire d'aboutir
à l'existence d'une obstruction et sa conséquence clinique
: une rétention. Cette notion est à prendre systématiquement
en compte dans l'évaluation des résultats fonctionnels
des techniques chirurgicales que nous allons passer en revue.
Mise en place de bandelettes; sous-urétro-cervicales
Cette technique, qui consiste à placer une bandelette de matériel
(autologue ou hétérologue) dans la région du col
vésical (figure 2)
afin de le soutenir en le suspendant à la paroi abdominale, aux
ligaments de Cooper ou à la région pubienne, est la plus
ancienne. Décrite en 1910 par Goebell [10], elle consiste à
mettre en place une bandelette aponévrotique de paroi abdominale
antérieure autour du col vésical, pédiculée
à son extrémité dans la région pubienne, et
suturée à elle-même dans cette même région
pubienne. Le reproche rapidement fait à cette intervention est
son taux élevé de rétention aiguë d'urine. Depuis,
alors qu'elle a donné naissance à la colposuspension selon
Marshall et al. [11], qui n'utilisait plus de matériel placé
dans la région postérieure du col vésical, de très
nombreuses modifications ont été imaginées.
Les différences entre les techniques peuvent être classées
en fonction de l'approche chirurgicale et du matériel utilisé.
L'approche chirurgicale peut comprendre un abord sus-pubien pur avec dissection
du col vésical par voie haute, un abord sus-pubien avec abord vaginal
combiné pour réaliser le tour du col vésical, ou
un abord vaginal pur du col vésical avec dissection a minima
de la région sus-pubienne pour passage de fils de suspension aux
ligaments de Cooper, aux ligaments pubiens ou à des vis placées
dans l'os pubien. Le matériel utilisé peut être de
l'aponévrose de paroi abdominale antérieure, du matériel
hétérologue conservé ou du matériel synthétique
(Gore-Tex, Mersylène, Prolène).
Quelle que soit la technique utilisée, l'objectif est d'obtenir
une remise en place du col vésical et de la région proximale
de l'urètre par le soutènement rétro-urétro-cervical,
sans traction excessive, limitant ainsi le risque de rétention
aiguë d'urine post-opératoire, mais avec une tension minimale
permettant de réduire la mobilité de la région du
col vésical lors des efforts en rétablissant un plan postérieur
d'appui. Une traction exagérée sur une bandelette rétro-cervicale
peut être source de rétention aiguë d'urine permanente
ou d'instabilité vésicale par irritation de la région
trigonale et/ou création d'une obstruction chronique.
Depuis les travaux de De Lancey [2], la physiopathologie de cette
technique commence à être mieux connue et il est maintenant
admis que l'objectif thérapeutique est de permettre une bonne coaptation
de l'urètre à l'effort sur des tissus de soutien urétro-cervicaux
solides et tendus sans créer un obstacle à la vidange vésicale.
Plusieurs équipes ont amélioré la mise en place de
ces bandelettes autologues par une dissection sus-pubienne pure avec contrôle
intravaginal digital du col vésical et du vagin [12, 13]. Certaines
équipes anglo-saxonnes restent attachées à une dissection
de la région du col vésical par voie vaginale pure avec
un abord a minima de la région sus-pubienne. Il est probable
que les variations techniques entre les différentes équipes
sont, entre autres, liées aux antécédents chirurgicaux
des patientes prises en charge. Les patientes multi-opérées
aux régions pelviennes blindées par les dissections antérieures
sont probablement plus à risque que les autres pour des chirurgies
a minima par voie basse. La création récente de kits
de mise en place de bandelettes rétro-cervicales par voie basse
avec suspension par des fils placés en percutané au niveau
de vis prépubiennes (figure
3) est probablement très intéressante mais est en
cours d'évaluation [14].
L'analyse des résultats publiés concernant la mise en
place de ces bandelettes mérite une certaine prudence eu égard
aux différences des populations prises en charge (insuffisance
sphinctérienne ou non), des techniques chirurgicales mises en uvre
et des critères utilisés pour analyser les résultats.
Il paraît indispensable d'évaluer les résultats de
ce type de thérapeutique chirurgicale en tenant compte à
la fois du taux de continence totale obtenu et de la qualité de
vie des patientes en termes de rythme mictionnel. Enfin, les importantes
variations techniques entre les différentes publications n'autorisent
pas toujours une comparaison aisée.
La tendance actuelle est à la multiplication de techniques a
minima sous anesthésie locale réduisant l'hospitalisation.
Ulmsten [3] vient d'en décrire une nouvelle, avec dissection
a minima de la région vaginale rétro-urétrale
et mise en place d'un hamac synthétique péri-urétral
distal, passé sous anesthésie locale et largué
en sus-pubien, avec un taux de guérison à 2 ans de 84
%. Elle mérite d'être suivie [15]. Si nous partageons l'idée
de l'élaboration de telles techniques, les résultats à
long terme doivent en être attendus avant de les appliquer couramment
hors de protocoles de recherche clinique. Leach et al. [16] ont
publié récemment une revue objective des résultats
des diverses techniques chirurgicales de bandelettes. Selon leurs estimations,
de 55 à 96 % des patientes deviennent totalement continentes
(recul de 1 an minimum), de 3 à 15 % d'entre elles sont dysuriques
à long terme et de 6 à 40 % connaissent une instabilité
vésicale post-opératoire de novo.
Sphincter artificiel AMS 800®
Si l'objectif du traitement d'une incontinence par insuffisance sphinctérienne
est de rétablir une résistance passive urétrale lors
des efforts de la vie quotidienne et d'éviter ainsi les fuites,
il doit également permettre une miction dans des conditions correctes
en termes à la fois de qualité de la miction (confort mictionnel
et dysurie) et d'absence de résidu vésical postmictionnel.
Parmi les traitements qui permettent d'obtenir un résultat idéal
en termes de continence, de vidange vésicale et d'absence de dysurie,
le sphincter artificiel urinaire AMS 800 ® est actuellement
le seul à atteindre tous ces objectifs. Il est constitué
de trois éléments : une pompe placée dans la grande
lèvre, un ballon placé en intra-abdominal et une manchette
placée dans la région péri-urétrale cervicale.
Le sphincter artificiel permet, lorsque la manchette est pleine à
l'état de repos, une clôture de l'urètre à
des pressions prédéterminées dans le système
(habituellement de 61 à 70 cmH 2O) (figures
4A et
5). Le sphincter artificiel est ouvert par une manipulation
de la pompe dans la grande lèvre, la manchette est alors vide et
la patiente peut uriner au travers d'un urètre qui ne présente
plus aucun obstacle à la vidange vésicale (figure
4B). Le sphincter artificiel est conçu de façon
à se refermer spontanément dans les 3 minutes suivant son
ouverture, redonnant ainsi à la patiente une continence parfaite
en fin de miction.
Il ne faut pas en conclure que cette technique chirurgicale idéale
pour toutes les patientes souffrant d'une incontinence par insuffisance
sphinctérienne. En effet, il s'agit de matériel chirurgical
implantable donc comprenant des risques particuliers liés à
l'implantation (sepsis opératoire, anesthésie, hospitalisation
prolongée). Il nécessite également une dextérité
minimale pour permettre sa manipulation au niveau de la grande lèvre,
une capacité mentale suffisante et une réelle motivation
de la part de la patiente pour qu'elle comprenne le mécanisme de
fonctionnement du sphincter et le fasse fonctionner dans la vie quotidienne.
Les résultats à long terme de l'implantation du sphincter
artificiel AMS 800® commencent maintenant à être
connus [17, 18]. L'analyse des résultats fonctionnels des sphincters
artificiels doit comprendre l'étude des taux de sphincters artificiels
explantés, de révision du sphincter artificiel (panne) et
des autres complications chirurgicales, ainsi que l'étude de la
continence. Celle obtenue par le sphincter artificiel dépasse les
90 % de continence totale chez des patientes retrouvant par ailleurs une
qualité de vie mictionnelle, c'est-à-dire sans résidu
ni dysurie. Le taux de révision des sphincters artificiels urinaires
fonctionnels et en place s'établit à 25 % avec un recul
moyen de 7 ans pour à peu près toutes les équipes.
Les taux d'érosion des tissus urétraux ou vaginaux autour
de la manchette, aboutissant à l'explantation, varient de 5 à
15 % selon les équipes et dépendent du nombre d'interventions
chirurgicales antérieures dans la région pelvienne. Les
résultats fonctionnels du sphincter artificiel urinaire sont nettement
supérieurs à ceux des bandelettes sous-urétro-cervicales.
Leur difficulté d'implantation (dissection de la région
rétro-cervicale chez les patientes souvent multi-opérées)
et leur taux d'explantation expliquent que seules quelques équipes
consentent à l'utiliser, ce qui permet aux patientes à qui
il est proposé d'être assurées de bénéficier
de leur compétence, d'une préparation stricte et d'une sélection
sévère en matière d'indications opératoires.
Enfin, le coût de la prothèse reste un facteur à ne
pas oublier dans la stratégie thérapeutique (environ 28
000 F par prothèse en 1998).
Si la prise en charge chirurgicale de l'incontinence urinaire par insuffisance
sphinctérienne pouvait paraître suffisante avec les bandelettes
et le sphincter artificiel, leurs inconvénients ont poussé
à la création des injections de matériel péri-urétral
afin de tenter de posséder une technique peu invasive et efficace.
Injections péri-urétrales
L'objectif de ces thérapeutiques est d'augmenter la pression
urétrale de clôture en réalisant une fermeture de
la lumière urétrale suffisante pour éviter les fuites
mais minimale pour permettre une miction sans résidu. Ces injections
ne visent pas à traiter une hypermobilité de la région
urétro-cervicale. L'injection de ces produits est réalisée
dans la région sous-muqueuse urétrale par voie transpérinéale
ou transurétrale.
Initialement, des solutions sclérosantes ont été
utilisées, en particulier la pâte de PTFE ou Téflon.
Cette technique a été progressivement abandonnée
du fait de problèmes de migration des particules, de formation
de granulomes inflammatoires autour de leur zone d'injection et en raison
des risques de toxicité générale potentielle non
démontrés chez l'homme. Ensuite, les injections de collagène
ont présenté l'avantage de ne pas migrer et de ne pas former
de granulome inflammatoire sur le site de l'injection. Seul le collagène
dit « gax-collagène » (Contigen®, Bard)
est actuellement utilisable. La graisse autologue a également été
employée. Des études ont montré la nette supériorité
du collagène par rapport à cette dernière [19]. Les
résultats des injections péri-urétrales restent cependant
très décevants, avec un taux de guérison de la continence
de 30 % seulement en moyenne et la nécessité, le plus souvent,
de plusieurs injections à plusieurs mois d'intervalle. Qu'il s'agisse
du collagène ou de la graisse, leur résorption rapide sur
le site d'injection explique probablement une partie de leur manque d'efficacité.
Depuis, une autre substance injectable, appelée macroplastique,
est apparue sur le marché. Il s'agit de billes solides de silicone
de 100 à 400 µm de diamètre, suffisamment larges
pour ne pas être phagocytées et pour ne pas migrer après
leur injection. Des essais sont actuellement en cours en France et à
l'étranger pour étudier l'efficacité du traitement
de l'incontinence par insuffisance sphinctérienne à l'aide
d'injections de macroplastique par voie transurétrale. La bonne
stabilité du produit sur son lieu d'injection, son faible risque
de toxicité générale et la facilité de réalisation
des injections sont des éléments prometteurs. La nécessité
de réinjection est actuellement inconnue. Le risque de rétention
après injection soit parce que celle-ci a été trop
abondante, soit en raison de la formation d'un dème autour
du site d'injection n'est pas encore précisé.
Graciloplasties
Le remplacement d'un muscle strié déficient, le sphincter
urétral, a été imaginé. Afin de le remplacer
par un muscle strié qui pouvait être déplacé
selon une technique de lambeau pédiculé, quelques équipes
ont envisagé d'utiliser le muscle grand droit [20] disséqué
et contourné autour du col vésical. Une autre procédure
intéressante, actuellement en cours d'évaluation, est la
graciloplastie, ou plastie du sphincter urétral strié par
le muscle droit interne dit gracilis. Afin de pouvoir être fonctionnelle
à long terme, cette plastie nécessite à la fois une
transformation de fonctionnalité des fibres musculaires striées
et une commande de la contraction ou de la décontraction de ces
fibres musculaires striées transformées. C'est la raison
pour laquelle les graciloplasties stimulées ont été
mises au point par Janknegt [21]. C'est une technique chirurgicale lourde
nécessitant un abord au niveau de la cuisse pour la dissection
du muscle ainsi qu'un autre, vaginal et sus-pubien, pour transposer ce
muscle pédiculé sur son pédicule vasculo-nerveux
dans la région cervicale. Néanmoins, elle doit pouvoir rendre
des services chez des patientes pour lesquelles les autres thérapeutiques
n'ont pas donné les résultats escomptés ou n'ont
pas pu être utilisées (bassin irradié, patientes multi-opérées,
urètres cicatriciels).
L'objectif de la stimulation continue du muscle transposé (stimulateur
Medtronic) est de transformer les fibres striées rapides en fibres
lentes. La contraction permanente de ces fibres ainsi transformées
par la stimulation continue permet une contraction permanente du muscle
et, donc, une fermeture de l'urètre. L'arrêt du stimulateur
par la patiente relâche le muscle et offre la possibilité
d'une miction dans les mêmes conditions théoriques qu'avec
un sphincter urinaire artificiel. L'apport, par cette technique, de
matériel autologue vascularisé, est un élément
important à prendre en considération dans l'arsenal thérapeutique
de l'incontinence par insuffisance sphinctérienne chez certaines
patientes aux antécédents médico-chirurgicaux particulièrement
chargés et, notamment, aux antécédents d'irradiation
pelvienne pour néoplasie gynécologique. Tout ceci reste
à évaluer, les indications demeurant encore exceptionnelles.
Implantation de microballons péricervicaux
Il s'agit d'une technique dont l'évaluation est en cours. L'implantation
de microballons gonflés in situ dans la région
péricervicale se fait par voie endoscopique. Rejoignant, dans
son mécanisme d'action, les injections péri-urétrales,
cette technique obtiendrait 65 % de patientes sèches et un total
de 80 % de patientes sèches et/ou améliorées. Les
résultats actuels ne sont disponibles que sur le court terme
[22].
Traitement non chirurgical
Si la défaillance du muscle sphinctérien strié
ne paraît pouvoir être traitée que par son remplacement
ou par l'apport de matériaux permettant une obturation de la
lumière urétrale, le manque de motivation de certaines
patientes, la faible gêne qu'elles invoquent malgré l'importance
de leur incontinence ou l'existence d'autres troubles médico-chirurgicaux,
notamment neurologiques généraux, peuvent imposer de n'utiliser
aucune des techniques chirurgicales précédemment citées.
Quelques thérapeutiques non chirurgicales sont alors appliquées
dans des conditions et des circonstances bien particulières.
Obturateurs urétraux
Il s'agit de petites prothèses mises en place dans l'urètre
afin de l'obturer pendant l'intervalle compris entre deux mictions. Lors
de la miction, la patiente enlève l'obturateur, urine et le remplace
par un nouvel obturateur, chacun étant à usage unique. Plusieurs
modèles ont été décrits (Viva®,
Influence device®, Meatal suction-occlusion device®).
Le plus récent, évalué en France [23], est le modèle
Reliance® qui se présente sous la forme d'une mini-sonde
vésicale à ballon que la patiente place selon la technique
de l'autosondage. Le remplissage du ballon par de l'air permet son maintien
en place, celui-ci n'étant visible au niveau de la vulve que par
une petite plaque en plastique faisant saillie près du méat
urétral. Ces obturateurs autorisent une vie sexuelle normale. Deux
études en ont évalué l'utilisation [23, 24]. Des
difficultés de manipulation de la prothèse semblent rendre
compte d'un taux d'abandon élevé (60 % seulement des patientes
ont pu atteindre les 4 mois de l'étude, les autres ayant abandonné
pour des raisons de manipulation ou d'intolérance à l'utilisation
de ce procédé). Malgré la présence de l'obturateur,
le taux de continence obtenu semble inférieur à 80 %.
Ces thérapeutiques non chirurgicales, qui nécessitent
une collaboration pluriquotidienne directe de la patiente et qui imposent
des risques infectieux locaux, ne semblent pas encore avoir atteint
les possibilités thérapeutiques qu'on pouvait en attendre
dans le traitement de l'incontinence par insuffisance sphinctérienne.
Les obturateurs peuvent, en revanche, rester un procédé
d'appoint pour des incontinences urinaires n'apparaissant que lors d'efforts
majeurs et n'être utilisés que de façon ponctuelle
(sport, gymnastique).
Traitements médicamenteux
Théoriquement, les médicaments alpha-adrénergiques
devraient augmenter la pression de clôture urétrale. Aujourd'hui,
aucun essai clinique n'existe rapportant de tels effets isolés.
Les effets secondaires de ce type de molécule imposent des recherches
en vue d'une uro-sélectivité clinique alpha-adrénergique.
L'utilité de telles substances a été rapportée
dans des incontinences modérées (phénylpropanolamine,
non disponible en France), éventuellement en association aux strogènes.
L'intérêt potentiel de cette classe thérapeutique
mérite certainement d'autres études cliniques.
CONCLUSION Parmi
toutes les thérapeutiques citées, une continence complète
est obtenue pour 80 à 95 % des patientes ayant eu une chirurgie par
bandelette sous-urétro-cervicale, pour plus de 90 % des patientes
ayant subi l'implantation d'un sphincter artificiel urinaire et pour 30
% environ de celles qui ont eu une injection de substance péri-urétrale
[25]. Si ces résultats sont globalement satisfaisants, il ne faut
pas oublier qu'ils ne sont obtenus qu'au prix d'une sélection des
patientes réalisée après analyse du mécanisme
de leur incontinence et choix du traitement à la suite d'une information
précise des avantages et inconvénients de chacune des techniques.
Le caractère durable des résultats est enfin très variable,
le sphincter artificiel étant probablement en tête de liste.
La prise en charge de l'incontinence urinaire par insuffisance sphinctérienne
doit aujourd'hui pouvoir offrir ce panel thérapeutique complet aux
patientes et les équipes urologiques sont formées en ce sens.
Le bilan complet endoscopique, urodynamique, radiographique et clinique
est le seul qui permette de sélectionner les patientes et de comprendre
le trouble invalidant dont elles souffrent. Les progrès récents
dans la compréhension de la physiopathologie de l'incontinence urinaire
et la mise au point de techniques a minima vont dans le même
sens : optimiser l'analyse physiopathologique du trouble, réduire
le coût et la morbidité de la thérapeutique proposée,
obtenir une continence totale et aussi parfaite que possible, réduire
les effets secondaires dont la dysurie et la rétention. Il est important,
actuellement, de concevoir qu'il n'existe pas un traitement pour toutes
les patientes mais plusieurs possibilités thérapeutiques qui
doivent être proposées, discutées et évaluées
de façon prospective et objective. Pour l'ensemble de ces techniques,
l'évaluation de la qualité de vie et de la gêne reste
à préciser dans l'avenir et représente un enjeu important
dans une pathologie au retentissement purement fonctionnel mais particulièrement
invalidant. REFERENCES
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