ARTICLE
Phase diagnostique
À chaque consultation pour sciatique, deux questions doivent
être abordées simultanément par le praticien : s'agit-il
d'une sciatique discale ? Quel est le degré d'urgence thérapeutique
?
Définition : sciatique discale et sciatique
d'allure discale
En début d'évolution d'une lombosciatique, il n'est pas
recommandé de pratiquer des examens complémentaires si le
tableau clinique est tout à fait évocateur d'une origine
discale. On parlera de sciatique d'allure discale mais le traitement sera
le même.
Certes, seul un examen d'imagerie (scanner, IRM, saccoradiculographie)
permettrait de certifier ce diagnostic. Cependant, un certain nombre de
signes cliniques permettent d'estimer qu'une sciatique donnée a
une forte probabilité de résulter d'une hernie discale (facteur
déclenchant, douleur d'horaire mécanique, douleur impulsive,
signe de Lasègue, signe de la sonnette). Les signes négatifs,
tout aussi importants, aident à filtrer d'autres types de pathologies
(absence de fièvre, d'altération de l'état général,
d'antécédent néoplasique, d'adénopathie périphérique).
Ce n'est qu'après l'échec du traitement médical
de seconde intention (voir plus loin) que l'examen d'imagerie sera indiqué
pour guider le choix d'un traitement radical. À l'inverse, si certains
signes cliniques ou paracliniques font suspecter une cause autre que discale,
ces examens devront être pratiqués sans délai, a
fortiori si la cause suspectée est une tumeur ou une infection.
Degré d'urgence thérapeutique
Qu'il s'agisse d'une sciatique discale ou non, il importe de se poser
systématiquement la question de l'urgence thérapeutique.
Le patient souffre-t-il d'une sciatique discale banale, d'une sciatique
avec déficit neurologique, ou d'une sciatique hyperalgique ? Bien
entendu, la douleur est une urgence thérapeutique en soit, ce d'autant
qu'elle peut être particulièrement violente au cours de la
sciatique discale. Cependant, on dénomme habituellement urgences
thérapeutiques celles qui justifient un traitement chirurgical
rapide, c'est-à-dire avant le délai habituel de 2 à
3 mois après le début des troubles. La prise en charge de
ces cas particuliers est abordée dans le dernier paragraphe.
Traitement initial :
repos et médicaments
Le repos
Depuis toujours, le repos forcé (une ou deux semaines au lit)
était considéré comme l'un des piliers du traitement
de la lombosciatique. Toutefois, cette notion est actuellement remise
en cause, notamment après la publication d'essais contrôlés
ne mettant pas en évidence d'avantage significatif pour le repos
[1]. En l'absence d'arguments définitifs dans un sens ou dans l'autre,
il reste le bon sens. Il est logique de conseiller le repos au lit aux
patients dont la douleur est déclenchée ou aggravée
par le lever ou la marche. Dans ce cas et s'il existe des facteurs de
risque supplémentaires de thombose veineuse, on prescrira une héparinothérapie
préventive.
Les médicaments
Les antalgiques sont prescrits de façon systématique dès
la première consultation. La classe d'antalgique choisie, en fonction
des paliers de l'OMS, dépend initialement de l'intensité
des douleurs, puis de la réponse au traitement. La morphine est
prescrite de façon de plus en plus large.
L'efficacité des anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS) a été testée dans plusieurs essais randomisés
analysés dans une revue générale récente et
pertinente [2]. Il semblerait que les AINS aient un effet bénéfique
au cours des lombalgies mais pas de la sciatique. Cependant, les auteurs
soulignent eux-mêmes les nombreux biais de ces études dont
l'interprétation est très délicate ; il serait hardi
d'en déduire des attitudes schématiques.
En pratique en France, ils sont prescrits de façon très
large mais leur utilisation doit être limitée dans le temps.
On recommande généralement de ne les utiliser plus de 15
jours que si une fenêtre thérapeutique s'accompagne d'une
recrudescence douloureuse. Leurs contre-indications et effets secondaires
doivent être systématiquement recherchés. Les perfusions
de kétoprofène sont utilisées par certaines équipes
dans les sciatiques aiguës invalidantes, mais il n'est pas prouvé
qu'elles comportent un meilleur rapport bénéfice/risque
que les AINS per os.
Les myorelaxants sont fréquemment prescrits en association avec
les antalgiques et permettraient de jouer sur les contractures paravertébrales
qui accompagnent généralement la lombosciatique discale.
Ils auraient de plus un intérêt anxiolytique, du moins en
ce qui concerne les benzodiazépines (diazépam, tétrazépam,
clonazépam). Leur prescription doit être prudente en raison
des risques de somnolence, a fortiori chez les patients qui continuent
à conduire.
Autres traitements
Un lombostat rigide, en plâtre ou mieux en résine, peut
mettre le rachis lombaire au repos, plus par une action dissuasive que
par une réelle immobilisation. Son indication est empirique. En
pratique, on le recommande généralement chez les sujets
souffrant d'une lombosciatique et non d'une sciatalgie pure, soulagée
par le repos et qui persiste au-delà des 15 premiers jours de traitement.
La seule technique de kinésithérapie indiquée durant
l'épisode de sciatique est l'apprentissage de l'hygiène
lombaire, visant à éviter au patient des mouvements délétères
pour le rachis. À distance de l'épisode, c'est-à-dire
généralement 6 semaines après la disparition des
douleurs, on recommande un renforcement de la sangle musculaire abdomino-lombaire
associée à un apprentissage du contrôle lombopelvien.
Ce traitement a pour objectif de prévenir les récidives.
Les manipulations vertébrales jouissent d'une certaine aura auprès
du public car elles s'accompagnent parfois de guérisons spectaculaires.
Elles nous semblent toutefois à éviter car la violence du
mouvement passif imprimée au disque intervertébral dans
certaines techniques de manipulations est capable de rompre ou d'exclure
une hernie discale, transformant un lumbago en sciatique ou une sciatique
commune en sciatique déficitaire [3].
Traitement de seconde intention : les infiltrations
de corticoïdes
Il est habituel de considérer que la phase initiale du traitement
dure une à deux semaines selon l'intensité des douleurs
et leur évolution sous traitement médicamenteux. Passé
ce délai, en cas d'échec, on passe généralement
aux infiltrations cortisoniques. En France, ces dernières représentent
le pilier principal du traitement à cette phase de l'évolution
d'une lombosciatique, même si elles sont l'objet de controverses
au sein de la communauté médicale internationale.
Explorations précédant les infiltrations
cortisoniques
Des radiographies standard du rachis lombaire sont généralement
prescrites avant la réalisation d'infiltrations cortisoniques,
mais leur utilité est discutable. Leur intérêt à
ce stade serait d'éliminer une sciatique d'origine non discale,
mais elles sont infiniment moins sensibles que le scanner lombaire. En
toute logique, c'est le scanner qui devrait être prescrit lorsque
le tableau clinique évoque une origine non discale.
La recherche biologique d'anomalies de la coagulation sanguine (plaquettes,
TP, TCA) est tout aussi controversée. En l'absence de facteur de
risque hémorragique à rechercher cliniquement (antécédent
personnel ou familial de trouble de la coagulation, traitement anticoagulant),
l'indication de ces examens est discutée. Toutefois, nombreux sont
les centres qui les préconisent par prudence. De même, les
équipes sont partagées à propos de la nécessité
d'arrêter un traitement anti-aggrégant plaquettaire (AAP)
avant une infiltration épidurale. Les seuls travaux dont on dispose
à ce sujet concernent les anesthésies péridurales
et ne semblent pas montrer une fréquence plus élevée
de complications hémorragiques sous AAP [4]. Un moyen terme fréquemment
adopté consiste à mesurer le temps de saignement (TS) et
à arrêter l'AAP 10 jours avant l'infiltration si le TS est
allongé.
Les infiltrations de corticoïdes
Divers arguments expérimentaux suggèrent que le nucleus
pulposus a des propriétés pro-inflammatoires [5]. De plus,
les corticoïdes semblent efficaces dans certains modèles de
radiculopathie expérimentale [6]. Leur efficacité clinique
est cependant discutée. Des dizaines d'études ont évalué
l'effet des infiltrations cortisoniques, surtout épidurales mais
aussi intradurales et foraminales. Leurs résultats sont contradictoires.
Les infiltrations épidurales
Treize des essais contrôlés évaluant l'efficacité
des infiltrations épidurales au court de la lombosciatique discale
ont été récemment revus dans une publication française
[7]. Les infiltrations ont été effectuées selon des
modalités très variables (produit, dose, espacement des
gestes) qui, le plus souvent, diffèrent de celles utilisées
couramment en France. Il semble impossible de tirer une conclusion de
ces essais qui donnent des résultats contradictoires. En pratique,
on continue à les faire couramment, l'impression clinique générale
étant qu'elles sont efficaces, du moins à court terme. On
utilise le plus souvent 2 à 5 ml (50 à 125 mg) d'Hydrocortancyl®,
parfois l'acétate de prednisolone, l'acétate d'hydrocortisone,
la dexaméthasone ou le cortivazol. On pratique selon les cas une
à trois infiltrations espacées de 2 à 7 jours.
Les infiltrations foraminales
Les infiltrations dites foraminales ou périradiculaires ont l'avantage
de diffuser le corticoïde à proximité du conflit disco-radiculaire.
Elles sont effectuées sous contrôle radiologique après
injection de produit opaque. On peut y associer l'injection d'un anesthésique
local dans le but de réaliser un test diagnostic, mais il faut
savoir que ce test, peu spécifique, a surtout de la valeur s'il
est négatif [8].
Le seul essai contrôlé les concernant a comparé
les infiltrations foraminales et épidurales ; il n'est pas sorti
de différence significative en terme de douleur [9]. En pratique,
on en prescrit fréquemment une, voire deux, en remplacement ou
plutôt après échec des infiltrations épidurales.
Les infiltrations intradurales
Alors que les complications des infiltrations épidurales et foraminales
sont tout à fait exceptionnelles, plusieurs cas de complications
sévères ont été rapportés avec les
infiltrations intradurales [10]. Cela sans compter les fréquents
syndromes post-rachicentèse qui, s'ils n'ont aucune gravité,
sont fréquents et temporairement invalidants. Pour ces raisons
et en l'absence de preuve de leur efficacité, de nombreux centres
les ont abandonnées. D'autres continuent à les pratiquer,
mais dans des cas bien précis et au cours d'une hospitalisation.
Le traitement médicamenteux
Les antalgiques et parfois les AINS et myorelaxants sont prescrits selon
les modalités énoncées ci-dessus. Les corticoïdes
per os ne sont pas souvent prescrits en France au cours de la lombosciatique
discale banale. Ils s'avèrent cependant d'une aide précieuse
chez les patients sous anticoagulants oraux, représentant une alternative
pratique aux infiltrations qui nécessitent un relai antivitamine
K-héparine. Sauf contre-indication, on les prescrit alors à
une dose d'environ 0,3 mg/kg/j sur une courte durée (environ 8
jours).
Les orthèses lombaires
Dès lors que la lombosciatique persiste malgré la phase
initiale du traitement, il devient tout à fait licite de proposer
la mise en place d'un lombostat moulé sur le patient, a fortiori
si ses douleurs sont soulagées par le repos. Le port du lombostat
est recommandé pour une durée d'un mois en moyenne.
L'hospitalisation
Lorsque la douleur est particulièrement violente et/ou invalidante,
il peut être utile d'hospitaliser le patient pour adapter rapidement
le traitement antalgique, effectuer les infiltrations de façon
rapprochée, initier un apprentissage de l'hygiène lombaire
et mettre en place un lombostat moulé. En cas de déficit
moteur ou sphinctérien, l'indication de l'hospitalisation est urgente
et indicutable, comme nous le verrons plus loin.
Traitement radical : nucléolyse
ou chirurgie
Date du traitement radical : après
au moins 2 mois d'évolution
Il est très fréquent qu'une lombosciatique discale guérisse,
spontanément ou sous traitement conservateur, dans les jours ou
semaines qui suivent son début (95 % de guérison à
3 mois) [11]. Il serait donc illogique de poser trop tôt l'indication
d'un traitement radical. Le problème est de savoir à partir
de quand le proposer. Empiriquement, ce délai est, selon les équipes,
de 2 à 3 mois, et en tout cas pas avant que le traitement médical
ait été complet : au moins 3 infiltrations et un mois de
corset rigide en plus du traitement médicamenteux et du repos.
Prérequis indispensables au traitement
radical
Prérequis clinique
Le diagnostic syndromique de lombosciatique fait appel à des
notions cliniques que nous ne rappellerons pas ici. Notons toutefois que,
même lorsqu'il existe un conflit disco-radiculaire concordant avec
la clinique, il faut rechercher des éléments de mauvais
pronostic qui peuvent modifier la stratégie thérapeutique,
et notamment retarder ou éviter le traitement radical : conflit
social (sécurité sociale, employeur, assurance), syndrome
dépressif, terrain hystérique, surmenage rachidien dans
l'exercice professionnel, prédominance de la lombalgie sur la radiculalgie.
Prérequis radiologique
Rechercher la hernie discale : l'examen d'imagerie à effectuer
en première intention est le scanner qui permet, dans la majorité
des cas, de localiser la hernie discale responsable. Les radiographies
standard sont indispensables à ce stade afin de rechercher une
anomalie transitionnelle qui modifierait l'interprétation de l'étage
incriminé sur le scanner. Dans les cas douteux, une IRM est parfois
pratiquée en seconde intention, mais c'est la saccoradiculographie
(SRG) qui est l'examen le plus logique lorsque le scanner ne permet pas
d'objectiver le conflit disco-radiculaire. Contrairement au scanner, la
SRG est pratiquée en position debout et permet parfois de montrer
un conflit disco-radiculaire dynamique. Elle permet une analyse du LCR
qui peut s'avérer très utile dans une sciatique inexpliquée
(découverte d'une méningoradiculite par exemple).
Affirmer la hernie discale : dans la définition de la
hernie discale, il est important de garder à l'esprit qu'il s'agit
d'une saillie discale focale, avec rupture localisée de l'arc de
courbure du disque (figure 2).
Cela permet de distinguer la véritable hernie des saillies discales
globales (souvent appelées protrusions discales) extrêmement
fréquentes en l'absence de tout symptôme (figure
2b).
Affirmer le conflit disco-radiculaire : on peut observer, par
coïncidence, une HD topographiquement concordante avec les symptômes
alors qu'elle n'en est pas responsable. Un moyen de s'affranchir de ce
risque, qui conduirait à un geste inutile, consiste à rechercher
des signes de conflit (figure
2). Parmi ceux-ci, on retiendra le refoulement ou l'effacement
de la racine par la hernie discale (figure
2e, f). En l'absence de tels signes, une saccoradiculographie
est nécessaire pour authentifier le conflit avant un geste radical.
Concordance clinico-radiologique : il va de soi que seules les
hernies discales symptomatiques doivent être traitées. Les
hernies discales asymptomatiques étant très fréquentes,
il est impératif de vérifier la parfaite concordance anatomo-clinique
entre la hernie discale observée, la topographie de la douleur
sciatique et les signes qui l'accompagnent (aréflexie, déficit
sensitif ou moteur).
Traitement radical : nucléolyse ou
chirurgie ?
Arrivé à cette phase du traitement, le choix entre nucléolyse
et chirurgie fait appel à la comparaison du rapport bénéfice/risque
de chacune des techniques. Nous décrirons tout d'abord les techniques,
leurs résultats et complications avant de conclure ce chapitre
par les indications habituellement retenues en France.
La nucléolyse
La nucléolyse se fait sous anesthésie locale et prémédication.
Elle nécessite une hospitalisation de 2 à 5 jours. Son principe
est la dégradation enzymatique du nucleus pulposus par hydrolyse
de ses protéoglycanes, au moyen d'une injection intradiscale radioguidée
de chymopapaïne. Le mécanisme de levée du conflit discoradiculaire
n'est qu'imparfaitement connu.
Outre de nombreuses études ouvertes, plusieurs dizaines d'essais
randomisés ont comparé l'efficacité de la nucléolyse
à la papaïne à celle du placebo, d'injections intradiscales
de dérivés cortisoniques, de la chirurgie discale et de
la nucléotomie percutanée. Il s'avère, d'après
l'ensemble de ces études, que le taux de succès de la nucléolyse
est d'environ 70 % [12-14]. La disparition de la douleur survient après
un délai variable, de quelques jours à 6 semaines. Les résultats
semblent se maintenir à long terme avec un taux de succès
qui reste aux alentours de 70 à 80 % avec un recul de 8 à
20 ans [14-16]. La nucléolyse semble d'autant moins efficace que
la hernie discale est calcifiée ou exclue [11].
Parmi les patients nucléolysés, environ 12 à 31
% seront finalement opérés [14, 16-18], avec un taux de
succès légèrement inférieur à la chirurgie
de première intention : 70 à 77 % de bons et très
bons résultats [17-19].
Durant les premières années d'utilisation de cette technique,
de nombreuses complications graves ont été observées.
La majorité d'entre elles a été recensée dans
4 grandes études publiées entre 1977 et 1993 [20-23]. Il
s'agissait surtout de complications allergiques (et notamment de chocs
anaphylactiques parfois mortels), de complications neurologiques (myélites
transverses, paraplégies, hémorragies méningées,
syndrome de la queue de cheval) et de sepsis (notamment spondylodiscites
infectieuses). Dans une étude portant sur 43 662 patients nucléolysés,
le taux de décès était de 0,019 %, et des complications
sévères étaient observées dans 0,44 % des
cas [22].
Ces complications sont devenues tout à fait exceptionnelles.
Il est intéressant, à cet égard, de citer l'article
de Nordby [21] qui notait que 87 % des 121 complications sévères
rapportées à la FDA (Food and drug administration)
entre 1982 et 1991, sont apparues avant 1984. Il est probable que cette
évolution spectaculaire tient à une meilleure connaissance
de la technique (éviction de la voie transdurale), des précautions
nécessaires (prévention de l'allergie, asepsie rigoureuse),
et des contre-indications à respecter (antécédent
de chirurgie discale, de nucléolyse, d'allergie à la papaïne).
La chirurgie conventionnelle
L'intervention consiste à retirer la hernie discale et à
cureter le disque dont elle est issue. Il s'agit actuellement d'une intervention
simple, réalisée sous anesthésie générale
(AG) par un petit abord interlamaire unilatéral. Des gestes complémentaires
peuvent s'avérer nécessaires chez certains patients et seront
alors réalisés dans le même temps : laminectomie (sténose
canalaire associée), foraminotomie (arthrose postérieure
exhubérante), parfois arthrodèse. Le patient se lève
à 48 heures, sort à 5 jours. Il reprend généralement
le travail après 2 mois, délai qui varie selon l'activité
exercée.
Les nombreuses séries chirurgicales font état de 80 à
90 % de bons et très bons résultats [11, 24, 25] qui semblent
se maintenir à long terme [11, 26]. La douleur radiculaire disparaît
habituellement très rapidement, souvent dès le réveil.
Comme pour la nucléolyse, ces résultats concernent la composante
radiculaire de la douleur alors que l'amélioration de la lombalgie
est moins fréquente. Les résultats sont d'autant meilleurs
que la radiculalgie prédomine sur la lombalgie. De même,
un contexte social (accident du travail, conflit avec l'employeur ou la
sécurité sociale), psychiatrique (dépression) ou
professionnel (travailleur de force) sont des facteurs de mauvais pronostic.
Les complications sont bien plus fréquentes avec la chirurgie
qu'avec la nucléolyse. Dans une étude portant sur 2 051
patients opérés par voie interlamaire (résection
de la hernie avec ou sans curetage discal), le taux de mortalité
était de 0,15 % [22]. Les complications sévères (septiques,
neurologiques et dues à l'anesthésie générale)
survenaient dans 4,2 % des cas, chiffre dix fois supérieur à
ceux rapportés après nucléolyse [22]. Une série
de 28 395 patients opérés aux États-Unis fait état
de chiffres moins inquiétants, mais nettement supérieurs
à ceux de la nucléolyse : 0,06 % de mortalité et
1,57 % de complications sévères [27].
Enfin, dans un pourcentage de cas difficile à chiffrer (2 à
7 %), une fibrose épidurale s'installe après l'opération
et rend probablement compte d'une bonne part des échecs observés.
Le tableau clinique est volontiers une récidive progressive de
la sciatique, quelques mois après l'intervention. L'IRM avec injection
de gadolinium est alors l'examen de choix, éliminant une récidive
herniaire et montrant une prise de contraste périradiculaire. Il
est toujours difficile d'attribuer avec certitude la récidive douloureuse
à cette image, fréquemment observée chez des sujets
opérés mais asymptomatiques.
Autres techniques
La microchirurgie, outre l'utilisation d'un microscope, se distingue
principalement de la chirurgie conventionnelle par la taille de la cicatrice.
Les gestes intracanalaires sont réalisés sous AG selon les
mêmes modalités et avec les mêmes instruments (hormis
le microscope) que la discectomie conventionnelle. La microchirurgie n'a
pas fait la preuve de la diminution du risque de fibrose postopératoire
qu'elle visait à éviter [28]. Le taux de succès clinique
n'est pas différent de celui de la discectomie conventionnelle
[29].
La nucléotomie percutanée a été abandonnée,
du moins en France, depuis qu'il a été démontré
que son efficacité est nettement inférieure à celle
de la nucléolyse [30] et proche de celle observée dans d'autres
études avec le placebo. La nucléo-orthèse à
l'Hexatrione® a aussi été abandonnée
: les résultats médiocres avec deux ans de recul et l'apparition
de calcifications de la saillie discale voire de l'espace épidural
(environ 50 % des patients) ont conduit à proscrire ce produit
dans cette indication [31].
Indications : place respective de la nucléolyse
et de la chirurgie
La nuclolyse est formellement contre-indiquée en cas d'antécédent
d'allergie à la papaïne, de nucléolyse et de chirurgie
au même étage discal (risque de fuite intrathécale).
Hormis les protocoles d'évaluation en cours, elle doit être
évitée lorsque la hernie discale est calcifiée ou
exclue ou encore lorsqu'elle s'accompagne d'une sténose canalaire
ou d'une instabilité rachidienne notable qui pourraient bénéficier
d'un geste chirurgical spécifique.
Hormis ces restrictions, il nous semble logique de préconiser
la nucléolyse de première intention. En effet, même
si la chirurgie est plus souvent efficace, elle comporte un risque plus
élevé de complications graves. De plus, en cas d'échec
de la nucléolyse, une intervention peut encore être pratiquée,
alors que le contraire est impossible.
Toutefois, dans certaines situations, professionnelles notamment, la
reprise d'une activité est urgente (risque de licenciement, sportif
de haut niveau). Il est délicat de prendre le risque de faire perdre
2 mois au patient s'il doit finalement être opéré
après un échec de la nucléolyse. Il s'agit d'une
question éthique qu'il est préférable de ne pas résoudre
seul mais en expliquant au patient les bénéfices et inconvénients
de chaque technique et en le laissant prendre sa décision.
Les urgences chirurgicales
Déficits neurologiques
Troubles sphinctériens : le syndrome de la queue de cheval
représente la véritable urgence qu'il faut systématiquement
rechercher au cours de toute sciatique. L'hospitalisation et l'imagerie
(scanner ou IRM selon les disponibilités) sont indiquées
sans délai. Une fois la hernie discale responsable identifiée
(si c'est le cas), l'intervention chirurgicale doit être pratiquée
très rapidement afin d'éviter les séquelles, notamment
sphinctériennes, fréquentes en l'absence de décompression
très rapide.
Sciatique paralysante : il est fréquent d'observer un
minime déficit moteur au cours d'une lombosciatique discale, a
fortiori lorsqu'elle touche la racine L5. Bien entendu, cette constatation
n'est pas le synonyme d'une indication chirurgicale, loin de là.
Le problème d'une intervention chirurgicale se pose lorsque le
déficit est important, inférieur à 3 au testing.
Dans ces cas, l'hospitalisation est systématique et une imagerie
doit être effectuée immédiatement. On débute
habituellement dès l'entrée du patient un traitement par
prednisone (0,5 mg/kg/j) en surveillant attentivement son état
clinique. La supériorité de la chirurgie sur le traitement
conservateur en terme de récupération d'un déficit
moteur est incertaine, a fortiori si le déficit est ancien
(plus de 2 jours). C'est la raison pour laquelle l'indication chirurgicale
n'est habituellement posée que si le déficit est sévère
et très récent, surtout s'il s'aggrave au cours de la surveillance
rapprochée en milieu hospitalier.
Déficit sensitif : en aucun cas un déficit sensitif
ne doit être considéré comme un critère de
gravité ou d'urgence (sauf déficit sensitif périnéal).
Il s'agit simplement d'un signe habituel au cours de la sciatique qui
a l'avantage d'aider le praticien à définir la topographie
radiculaire de la douleur.
Sciatique hyperalgique : dans l'immense majorité des cas,
le traitement antalgique, au besoin recourant à de fortes doses
de morphine de façon transitoire, permet de régulariser
la situation et de pratiquer sereinement le traitement conservateur selon
les indications énoncées plus haut. Ce n'est qu'exceptionnellement,
lorsque la sciatique reste très douloureuse au repos et malgré
quelques jours de traitement antalgique majeur (critères qui définissent
une réelle sciatique hyperalgique), qu'une indication chirurgicale
sera envisagée.
CONCLUSION Hormis
les antalgiques et le traitement radical (chirurgie ou nucléolyse),
peu de traitements ont prouvé leur efficacité au cours de
la lombosciatique discale. Il est cependant capital de garder à l'esprit
que cette pathologie guérit dans la grande majorité des cas
dans les trois mois suivant son apparition en l'absence de traitement radical.
Ceci justifie l'attitude habituelle qui consiste à résister
à la pression des patients qui désirent se faire opérer
rapidement. Passé un délai de 3 mois et lorsqu'un traitement
conservateur conséquent a été tenté sans succès,
le traitement radical se justifie. Dans ce cas et en l'absence de contre-indication,
notre préférence doit aller à la nucléolyse,
compte tenu de son faible taux de complications par rapport à la
chirurgie. REFERENCES
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