ARTICLE
Les indications de la cholécystectomie
Les indications de la cholécystectomie sont bien codifiées
et ne sont pas source de controverses. La stratégie thérapeutique
dans la lithiase vésiculaire a fait l'objet d'une conférence
européenne de consensus en 1991 sous l'égide de l'Agence
nationale pour le développement de l'évaluation médicale
(Andem) [3]. Cette institution a également constitué un
groupe de travail sur la cholécystectomie dont les conclusions
étaient les suivantes [5] : « Il n'y a pas lieu de faire
une cholécystectomie chez un malade ayant une lithiase vésiculaire
asymptomatique, c'est-à-dire en l'absence de douleur biliaire caractérisée
ou de complications (cholécystite aiguë, lithiase de la voie
biliaire principale, pancréatite aiguë et fistule cholécysto-entérique).
»
Il existe cependant des indications limites chez les malades à
risque (greffés, immunodéprimés) ayant une lithiase
vésiculaire asymptomatique. L'indication opératoire dans
ces cas a été retenue par la conférence de consensus
française malgré l'absence d'évaluation correcte
[3], mais pas par les experts américains [4].
Les alternatives à la
chirurgie
De façon concomitante au développement de la cholécystectomie
par voie clioscopique, les traitements non chirurgicaux ont connu
un certain engouement à la fin des années 80. Le dissolvant
biliaire de référence, l'acide ursodésoxycholique,
n'est indiqué qu'en cas de calculs cholestéroliques radio-transparents,
de petite taille et lorsque la vésicule est fonctionnelle. Ce traitement,
responsable d'effets indésirables à type de diarrhée,
n'est efficace que dans 40 à 60 % des cas et doit être suivi
pendant 1 à 2 ans. La récidive calculeuse survient chez
10 à 15 % des malades chaque année et atteint 50 % à
5 ans. En pratique, compte tenu de ces contraintes d'indication et du
taux de récidive, moins de 5 % des malades ayant une lithiase vésiculaire
symptomatique sont susceptibles de relever de ce traitement ; il s'agit
en général de malades jugés inopérables.
La lithotritie extra- ou intra-corporelle consiste à faire converger
des ondes de choc ultrasoniques sur les calculs. Là encore, ce
type de traitement répond aux même contraintes d'indication
que le traitement dissolvant qui doit l'accompagner et a été
rapidement abandonné au profit du traitement clioscopique.
De plus, la fragmentation des calculs expose le malade à des accidents
de migration avec leurs complications propres (cholécystite, pancréatite
aiguë). Ces techniques gardent de rares indications dans la lithiase
intra-hépatique.
Technique, cholangiographie peropératoire
La cholécystectomie clioscopique s'effectue sous anesthésie
générale. L'opérateur est placé entre les
jambes du malade ou à sa gauche. Après création d'un
pneumopéritoine à 12 mmHg, trois ou quatre trocarts sont
mis en place. Les principes du geste sont les mêmes qu'en chirurgie
ouverte : abord du triangle de Calot et dissection du canal et de l'artère
cystique, réalisation (non systématique) d'une cholangiographie,
occlusion du canal et de l'artère cystique par clips, ligature
ou électrocoagulation et section, cholécystectomie. La pièce
est, en règle générale, introduite à l'intérieur
d'un sac et extériorisée par l'orifice ombilical. La durée
opératoire varie de 45 à 90 minutes. Le taux de conversion
en laparotomie est de l'ordre de 5 % [6]. Dans plus de la moitié
des cas, la conversion est effectuée en raison de difficultés
techniques dues soit à des adhérences, soit à une
inflammation majeure de la vésicule et du pédicule. Les
autres causes de conversion sont dues à des découvertes
peropératoires dans 20 % des cas et à la survenue de complications
peropératoires dans 15 % des cas [6].
La pratique systématique de la cholangiographie peropératoire
est discutée. Le débat ne date pas de l'émergence
de la clioscopie [7, 8], mais il a été reposé
de façon accrue dès la publication de larges séries
[9, 10], essentiellement en raison des problèmes techniques que
soulevait sa réalisation. Aujourd'hui, l'obstacle technique n'est
plus d'actualité. Les détracteurs de la cholangiographie
peropératoire systématique opposent l'existence de faux
positifs, la possibilité de lésions de la voie biliaire
principale avant la réalisation de la cholangiographie ou en raison
de la pratique de cet examen, et son coût supplémentaire
en temps, en personnel et en matériel. Les partisans de la cholangiographie
systématique s'appuient sur l'existence de calculs de la voie biliaire
principale asymptomatique dans environ 5 % des cas et surtout sur la prévention
et la reconnaissance de plaies biliaires grâce à cette opacification.
Les conclusions du groupe de travail de l'Andem sur ce sujet indiquaient
qu'aucun argument scientifique ne permettait de recommander une attitude
plus que l'autre [5]. À la lumière des données de
la littérature, il apparaît tout de même que plus de
90 % des patients adressés pour plaie biliaire après cholécystectomie
n'ont pas eu de cholangiographie peropératoire [11, 12] et que
la reconnaissance et la réparation immédiate après
conversion permettent de diminuer de façon très importante
la morbidité, la mortalité et le coût de ce type d'accident
[13]. Un travail récent portant sur 6 ans et concernant plus de
1 900 cholécystectomies estime qu'environ 1/3 des cas de plaie
biliaire auraient pu être évités par la réalisation
d'une cholangiographie peropératoire systématique [14].
La pratique de la cholangiographie peropératoire systématique
dans le but de détecter une lithiase de la voie biliaire principale
asymptomatique est aussi source de controverses et dépend de l'attitude
thérapeutique attentiste, chirurgicale ou endoscopique. Certains
auteurs anglo-saxons n'estiment pas nécessaire la réalisation
d'une cholangiographie de routine si l'on dispose d'un service d'endoscopie
interventionnelle efficace [15]. En France, le débat est encore
largement ouvert et l'Andem ne recommande une exploration systématique
que s'il existe des critères cliniques, biologiques ou échographiques
de lithiase de la voie biliaire principale [5].
Laparo/clio : le débat est-il clos
?
Le développement de la cholécystectomie par voie clioscopique
n'a pas été précédé par la conduite
d'études prospectives randomisées comparant cette technique
à la laparotomie, tant il apparaissait à une grande partie
de la communauté chirurgicale que ses résultats étaient
supérieurs ou au moins équivalents à ceux observés
après laparotomie et tant la demande des patients et des médecins
traitants était forte. Certains auteurs allaient jusqu'à
affirmer qu'il n'était pas éthique de comparer les deux
techniques devant l'évidence des avantages de la clioscopie
[16, 17]. Toutefois, l'augmentation d'incidence des plaies des voies biliaires
observée en début d'expérience dans la première
série prospective rapportée [18] et confirmée ultérieurement
par d'autres séries [6, 19] a alimenté le débat et
conduit à la réalisation d'études comparant la cholécystectomie
clioscopique à la minilaparotomie. Seule une étude
ne retrouvait pas d'avantage à la voie d'abord clioscopique
[20], les autres travaux soulignaient les avantages en terme de diminution
de la douleur postopératoire, de survenue de complications pulmonaires
et de la durée d'hospitalisation [21] ou rapportaient une reprise
d'activité plus précoce avec des scores de qualité
de vie supérieurs [22]. L'augmentation des plaies biliaires a surtout
été observée en début d'expérience,
témoignant de l'importance de la courbe d'apprentissage des techniques
clioscopiques [23, 24] et lorsque les indications se sont progressivement
élargies au traitement des cholécystites [25].
De nombreux travaux ont été menés afin de comparer
les conséquences de la clioscopie et de la laparotomie sur
la réponse inflammatoire et immunitaire susceptible d'influer sur
les suites post-opératoires. Les résultats sont le plus
souvent en faveur de la clioscopie qui entraînerait une moindre
production d'interleukine 6 [26] et une immunodépression post-opératoire
moins importante. Toutefois d'autres résultats suggèrent
que la clioscopie ne diminue pas le stress opératoire, comme
l'atteste une augmentation plus importante de la noradrénaline
après cholécystectomie clioscopique [27], ou qu'il
n'existe pas de différence sur la réponse immunitaire [28].
La plupart de ces études concernent de petits effectifs et ne sont
pas randomisées et il est difficile de tirer des conclusions valides
sur les effets métaboliques de la clioscopie par rapport
à la laparotomie et sur leurs conséquences réelles
en période post-opératoire.
Actuellement, le traitement chirurgical de référence de
la lithiase vésiculaire symptomatique est clioscopique et
ses indications peuvent être étendues aux patients ayant
des antécédents de laparotomie [29], aux cholécystites
[30], aux pancréatites [31] et aux lithiases de la voie biliaire
principale, dans la mesure où le recours à la conversion
en laparotomie est respecté en raison de difficultés opératoires
plus fréquemment observées dans ces indications.
Résultats
Les résultats de la cholécystectomie ont donné
lieu à de très nombreuses publications. En 1996, une méta-analyse,
colligeant 78 747 patients ayant eu une clioscopie et 12 973 patients
opérés par laparotomie, indiquait que les taux de mortalité
observés après clioscopie, de l'ordre de 0,1 %, étaient
6 à 7 fois inférieurs à ceux rapportés après
chirurgie ouverte [6]. Ces données sont toutefois à interpréter
avec prudence en raison de l'abaissement du seuil de décision opératoire
en cas de lithiase vésiculaire paucisymptomatique depuis le développement
de la clioscopie [32, 33] qui peut expliquer les meilleurs résultats
en terme de mortalité de l'abord clioscopique. Un travail
publié en 1993 par Roslyn, portant sur plus de 40 000 patients
opérés par laparotomie, rapportait un taux de mortalité
global de 0,17 % tout à fait similaire à celui observé
en clioscopie, ce taux s'élevant à 0,5% chez les patients
âgés de plus de 65 ans [34]. En 1995, les conclusions du
groupe de travail de l'Andem indiquaient que la mortalité après
clioscopie était équivalente à celle observée
après laparotomie [5].
En terme de plaies de la voie biliaire principale, le taux observé
après laparotomie est de l'ordre de 0,2 % [6, 34]. Toutes les études
s'accordent sur le fait que ce taux est supérieur après
clioscopie, pratiquement multiplié par deux [5, 6], cela
ne concerne donc qu'un ou deux patients sur 1 000. Le taux de fistule
biliaire est également supérieur après clioscopie,
de l'ordre de 1,8 % versus 0,4 % après laparotomie [5].
Le bénéfice de la clioscopie apparaît clairement
lorsque l'on étudie le taux de complications médicales.
L'abord clioscopique diminue l'incidence des complications respiratoires
[35] et l'ensemble des complications médicales [22]. Dans l'étude
de Roslyn, le taux global de complications après laparotomie était
de 14,7 % [34]. L'expérience européenne, rapportée
en 1991, portant sur 1 236 cholécystectomies par voie clioscopique,
faisait état d'un taux de complications de 1,6 % [36]. Comme indiqué
plus haut, les avantages reconnus de la clioscopie portent également
sur la diminution de la consommation d'antalgiques et sur la diminution
d'intensité de la douleur [21, 22, 37], sur la diminution de la
durée d'hospitalisation, réduite en moyenne de moitié
[21, 22] et sur la reprise plus précoce des activités professionnelles
[21, 37], ce dernier point n'étant pas observé de façon
indiscutable en France. Dans la méta-analyse précédemment
citée [6], la durée moyenne d'hospitalisation après
cholécystectomie par voie clioscopique était de 2
± 0,8 jours.
La question du coût
Les détracteurs des techniques chirurgicales clioscopiques
ont souvent opposé le coût supplémentaire en terme
de matériel à usage unique ou en occupation de salle d'opération.
Les défenseurs soulignent des durées d'hospitalisation plus
courtes et une reprise d'activité professionnelle plus rapide.
La question du coût de la cholécystectomie par voie clioscopique
a fait l'objet de plusieurs travaux rétrospectifs dont les résultats
sont contradictoires et diffèrent selon que l'on s'intéresse
au coût opératoire ou au coût hospitalier total. À
la lumière des rares études prospectives randomisées,
il semble cependant établi que le coût opératoire
de la cholécystectomie par voie clioscopique soit plus élevé
que celui de la cholécystectomie par voie ouverte [38] mais ce
fait peut être opposé à une durée d'hospitalisation
plus courte après clioscopie et donc à un coût
total similaire [38, 39] ou moins élevé [40]. De plus, la
tendance actuelle est de limiter l'utilisation du matériel non
réutilisable, ce qui contribue à diminuer les coûts
opératoires [41] et surtout à développer la cholécystectomie
ambulatoire et la surveillance postopératoire dans des structures
non hospitalières, ce qui pourrait permettre une diminution des
coûts de 25 % [42, 43], cette dernière attitude étant
cependant très peu répandue en France.
CONCLUSION
La cholécystectomie clioscopique est devenue le traitement
de référence de la lithiase vésiculaire symptomatique.
Cette intervention a provoqué un profond changement en chirurgie
en stimulant le développement de la cliochirurgie digestive.
L'effort de formation des chirurgiens et l'engagement de l'industrie qui
a permis la mise au point d'outils de vision et de dissection de plus
en plus performants, ont progressivement conduit à un élargissement
des indications à la cholécystite aiguë et à
la lithiase de la voie biliaire principale [44]. L'adhésion large
des chirurgiens et des patients à cette modalité chirurgicale,
qualifiée de mini-invasive, a également conduit à
la développer dans d'autres indications, déjà admises
comme la chirurgie du reflux gastro-sophagien ou encore source de
controverses et d'évaluation comme l'appendicectomie, la cure de
hernie inguinale et la chirurgie colorectale. La tendance actuelle de
mieux considérer l'information du malade doit faire prendre conscience
que le caractère mini-invasif de la cholécystectomie clioscopique
ne met pas à l'abri de complications biliaires et la nécessité
de recourir à une conversion en laparotomie doit être clairement
expliquée aux patients.
Depuis 10 ans, les techniques de chirurgie clioscopique ont profondément
modifié les pratiques chirurgicales et la cholécystectomie
clioscopique restera l'intervention qui a déclenché
cette révolution. Plus de 10 ans après la première
cholécystectomie clioscopique [45], cette intervention accompagne
encore le développement du progrès en chirurgie puisqu'elle
a été la première intervention de chirurgie digestive
réalisée par télé-chirurgie en 1999 [46].
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