ARTICLE
La neurofibromatose de type 1 (NF1) est la plus fréquente des
phacomatoses. Son diagnostic est habituellement établi selon les
critères du National Institute of Health (NIH) définis lors
de la conférence de consensus de 1988 [1]. Cependant, ces critères
ne tiennent pas compte des nombreuses lésions que les nouvelles
techniques d'imagerie peuvent mettre en évidence, en particulier
l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Les lésions
observées au cours de la neurofibromatose de type 1 (NF1) peuvent
être séparées en lésions du système
nerveux (les plus fréquentes) et en lésions non neurologiques.
Les principales lésions détectables par l'imagerie sont
résumées dans l'encadré
et seront abordées successivement.
Lésions neurologiques
Système nerveux central
Le bilan des lésions du système nerveux central est effectué
de préférence par IRM, beaucoup plus sensible que le scanner.
Gliomes des voies optiques
Ce sont les lésions tumorales les plus fréquentes du système
nerveux central que l'on retrouve chez 5 à 15 % des patients [2,
3]. Ils entrent dans les critères de NF1 [1]. Ils sont habituellement
de bas grade, plutôt de type pilocytique. Ils atteignent un seul
ou les deux nerfs optiques et tendent à infiltrer le chiasma et
les voies optiques en arrière jusqu'aux corps genouillés
latéraux (figure 1).
Ils ont un signal intermédiaire en IRM sur l'ensemble des séquences
et prennent peu le contraste après injection aussi bien au scanner
qu'en IRM.
Autres gliomes
Il en est d'autres qui intéressent le tronc cérébral
et les régions périventriculaires (figure
2). Ce sont le plus souvent des gliomes de bas grade, mal limités,
ne prenant pas le contraste. La modification de la taille de ces lésions
en imagerie et l'apparition d'une prise de contraste doivent faire suspecter
une dégénérescence en glioblastome.
Hamartomes
Chez environ 80 % des patients présentant une NF1, on retrouve
des hamartomes qui sont des lésions bénignes [3] siégant
dans la région des noyaux gris centraux, au niveau du tronc cérébral
et des pédoncules cérébraux et cérébelleux
[4]. Ils sont essentiellement visibles en IRM en pondération T2
sous la forme de lésions arrondies en hypersignal, bien limitées
et sans effet de masse (figure
3). Ils ne sont pas visibles en pondération T1. Ils prennent
le contraste dans environ 10 % des cas [3]. Enfin, il est possible d'observer
en IRM des lésions en hypersignal en pondération T1 dans
la région des noyaux gris centraux. Ces lésions correspondent
probablement à une hétérotopie de cellules de Schwann
produisant de la myéline (figure
4) [5].
Atteintes méningées
Elles sont rares dans la NF1, et surtout représentées
par des ectasies durales (épaississements localisés de la
dure-mère). Des méningocèles sont possibles (figure
5) et sont surtout évocatrices lorsqu'elles siègent
au niveau du rachis dorsal.
Atteinte de la moelle et des racines
Elle est fréquente et s'observe chez environ 20 % des patients.
Les lésions médullaires (14 % des patients) sont soit des
astrocytomes de bas grade, soit des hamartomes [6]. Les lésions
des racines rachidiennes sont dans la majorité des cas des neurofibromes
qui restent le plus souvent asymptomatiques : ils réalisent le
classique aspect d'élargissement d'un trou de conjugaison sur les
clichés standard (figure
6) et prennent souvent un aspect en sablier au scanner et en IRM
(figure 7) [6].
Système nerveux périphérique
Les lésions du système nerveux périphérique
sont le plus souvent recherchées par le scanner. L'IRM est demandée
en seconde intention, surtout dans le bilan préopératoire
des lésions.
Névromes plexiformes
Ils sont une des lésions pathognomoniques de la NF1 [1]. On les
retrouve chez environ un tiers des patients. Ils atteignent le plus souvent
les nerfs périphériques mais peuvent également atteindre
les nerfs crâniens, en particulier le trijumeau [7]. Les névromes
plexiformes sont développés le long des principaux nerfs
périphériques. Ils sont habituellement mal limités
et tendent à infiltrer les structures adjacentes [8]. Ils ont une
densité plus faible que celle des muscles au scanner (figure
8). En IRM, par rapport au muscle, ils ont un signal identique
en T1, prennent habituellement fortement le contraste après injection
de gadolinium et ont un hypersignal en T2. La dégénérescence
sarcomateuse survient chez 5 à 15 % des patients (figure
9) [3].
Neurofibromes
Ils sont fréquents et ont un siège cutané et sous-cutané.
Ils s'observent également dans les muscles, en particulier dans
les psoas (figures 10
et 11). Ce sont habituellement des lésions bien
limitées, moins denses que les muscles au scanner. En IRM, les
neurofibromes sont bien visibles en T1 après injection de gadolinium,
et apparaissent en hypersignal en T2.
Lésions non neurologiques
Lésions osseuses
En dehors des anomalies secondaires à une tumeur nerveuse comme
l'élargissement des trous de conjugaison, il est classique d'observer
des déformations ou malformations osseuses isolées. Au niveau
du crâne, les lésions les plus classiques sont une hypoplasie
ou une dysplasie de la grande aile du sphénoïde, et des défects
au niveau des sutures. Au niveau rachidien, on observe habituellement
une cyphoscoliose (voir article de J. Dubousset dans ce numéro).
La scoliose est soit banale à grand rayon de courbure, soit aiguë
et évolutive à petit rayon de courbure. Un amincissement
des corps vertébraux (scalloping) et des arcs postérieurs
par des ectasies durales est possible (figure
6). Les atteintes extra-axiales comprennent la pseudarthrose congénitale,
des déformations des tibias, des phalanges, des côtes ou
du bassin.
Lésions vasculaires
Les lésions vasculaires sont en rapport avec des lésions
de dysplasie de l'intima et de la média. Ces atteintes sont soit
de nature sténotique ou occlusive, soit de nature malformative
(anévrismes, angiomes). Les artères les plus fréquemment
touchées sont les artères digestives, rénales et
cérébrales [1, 9].
Lésions viscérales
Des tumeurs viscérales endocriniennes comme les adénomes
parathyroïdiens, les phéochromocytomes et les cancers médullaires
de la thyroïde peuvent se développer au cours de la neurofibromatose
de type 1.
CONCLUSION
L'imagerie est capable de mettre en évidence de très nombreuses
lésions, certaines relativement spécifiques de la neurofibromatose
de type 1, même si elles n'appartiennent pas aux critères définissant
la maladie. Cependant, compte tenu du caractère relativement stable
des lésions de la neurofibromatose de type 1 et de l'attitude thérapeutique
souvent peu interventionniste, le dépistage systématique des
lésions par l'imagerie est controversé [4]. La découverte
fortuite d'une de ces anomalies sur un examen radiologique et sa reconnaissance
doivent permettre un diagnostic précoce de la maladie en l'absence
d'antécédents familiaux. REFERENCES
1. National Institute of Health Development Conference. 1988.
Neurofibromatosis conference statement. Arch Neurol 45 : 579-588.
2. Pons M.S., Elster A.D. 1992. Lesions of the skin and brain.
Modern imaging of the neurocutaneous syndromes. Am J Roentgenol
158 : 1193-1203.
3. Osborn A.G. 1994. Disorders of histogenesis : neurocutaneous
syndromes. In Petterson A.S., ed. Diagnostic neuroradiology. Saint-Louis
: Mosby-Year Book, 72-113.
4. Elster A.D. 1992. Radiologic screening in the neurocutaneous
syndromes : strategies and controversies. Am J Neuroradiol 13 :
1078-1082.
5. Mirowitz S.A., Sartor K., Gado M. 1989. High-intensity basal
ganglia lesions on T1-weighted MR images in neurofibromatosis. Am J
Neuroradiol 10 : 1159-1163.
6. Egelhoff J.C., Bates D.J., Ross J.S., Rothner A.D., Cohen
B.H. 1990. Spinal MR findings in neurofibromatosis type 1 and 2. Am
J Neuroradiol 13 : 1071-1077.
7. Beges C., Revel M.P., Gaston A., Meder J.F., Martin N. 1992.
Trigeminal neuromas : assessment of MRI and CT. Neuroradiol 34
: 179-183.
8. Suh J.S., Abenoza P., Galloway H.R., Everson L.I., Griffiths
H.J. 1992. Peripheral (extracranial) nerve tumors : correlation of MR
imaging and histologic findings. Radiology 183 : 341-346.
9. Muhonen M.G., Godersky J.C., VanGilder J.C. 1992. Cerebral
aneurysms associated with neurofibromatosis. Surg Neurol 36 : 470-475.
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