ARTICLE
L'introduction des antiprotéases (IP) en 1996 a permis
à des milliers de patients des pays occidentaux riches de bénéficier
de traitements combinés associant plusieurs molécules antirétrovirales
avec comme conséquences des progrès cliniques spectaculaires
marqués par une réduction des complications liées
aux infections opportunistes et de la mortalité d'environ 80 %
[1, 2]. Une étape clé de la thérapeutique de cette
maladie était franchie.
Cependant, au cours des années qui ont suivi, l'enthousiasme
parfois excessif qui laissait même certains médecins envisager
l'éradication du virus, a été tempéré
de façon plus réaliste. En effet, on sait maintenant que
l'éradication virale n'est pas possible avec les thérapeutiques
antirétrovirales actuelles, puisque le virus persiste dans les
lymphocytes mémoires à longue durée de vie [3, 4],
nécessitant un traitement prolongé, lequel ne pourra se
compter qu'en décennies. La chronicité de ces traitements
comportant des molécules qui interviennent dans le cycle réplicatif
du virus, mais aussi dans des systèmes enzymatiques cellulaires,
a fait surgir d'autres problèmes :
D'une part, la toxicité des traitements avec des anomalies de
la répartition des graisses de l'organisme, appelée syndrome
de lipodystrophie, associées le plus souvent à des complications
métaboliques telles que des troubles de la régulation lipidique
et glucidique [5]. Ces complications, préoccupantes pour le patient
et le thérapeute démuni, s'associent à des modifications
du métabolisme mitochondrial liées essentiellement aux inhibiteurs
de la transcriptase inverse de type analogues nucléosidiques [6].
Ces complications de la thérapeutique, qui peuvent être également
considérées comme des échecs, sont traitées
ailleurs dans ce numéro (voir article de C. Goujard).
Le second point préoccupant est l'échappement thérapeutique,
c'est-à-dire la réduction ou la perte d'efficacité
des molécules sur la réplication virale. L'objet de cet
article est de caractériser les causes, et la prise en charge de
l'échec thérapeutique.
Définir l'échec thérapeutique
L'échec thérapeutique est une notion large qui peut recouvrir
plusieurs situations.
L'échec clinique peut être caractérisé
par la survenue de manifestations cliniques, témoignant de la progression
de la maladie (nouvelle infection opportuniste ou survenue de tumeurs...).
On peut y rattacher l'intolérance thérapeutique.
L'échec immunologique est défini par l'absence
de remontée du taux des lymphocytes T CD4 habituellement observée
dans les 6 premiers mois de traitement, en particulier chez les patients
ayant initialement un taux de lymphocytes CD4 inférieur à
200 cellules /mm3. Cependant, dans certains cas, cette réponse
immunologique peut être plus lente ou retardée. En pratique,
on peut considérer qu'il y a échec immunologique quand les
lymphocytes T CD4 restent inférieurs à 200 cellules/mm3
exposant au risque d'infections opportunistes. L'intérêt
de l'interleukine 2 a été démontré chez les
patients gardant un taux de lymphocytes T CD4 bas malgré une trithérapie
virologiquement efficace avec une restauration immunitaire induite par
l'IL2 [7].
L'échec virologique constitue en pratique clinique la
situation la plus fréquente ; ses causes sont multiples.
Comment définir l'échec virologique puisque le succès
d'un traitement est défini par toute valeur détectable de
la charge virale ? Cependant, il est difficile en pratique clinique de
définir, contrairement à ce qui se passe dans les essais
cliniques, l'échec virologique comme toute valeur de la charge
virale immédiatement supérieure au seuil de sensibilité
de la technique de mesure. De plus, il a été récemment
montré que la charge virale pouvait augmenter légèrement,
au-delà des valeurs d'indétectabilité, sans pour
autant témoigner d'un échec virologique [8]. En pratique
clinique, l'échec virologique est fréquemment défini
par un taux d'ARN viral plasmatique supérieur à 5 000 copies.
Prévalence et facteurs prédictifs
de l'échec thérapeutique
La prévalence de l'échec thérapeutique est très
dépendante du type de patient traité. Dans les premiers
essais évaluant l'efficacité des IP, même chez des
patients non traités antérieurement, on note de 70 à
80 % de succès thérapeutique (charge virale plasmatique
inférieure au seuil de détection) après 24 semaines
de traitement. Ce pourcentage est de 65 % après 3 ans [9]. En pratique
clinique, chez des patients traités à différents
moments de l'infection, avec des histoires thérapeutiques extrêmement
variables, le taux global de patients ayant une charge virale indétectable
(< 200 copies/ml) varie entre 40 et 60 % [10].
Dans le département des maladies infectieuses de l'hôpital
Pitié-Salpêtrière, sur une file active de 2 364 patients
à la date d'avril 2001, 54 % ont une charge virale indétectable,
15 % ont une charge virale entre 200 et 10 000 copies/ml et 25 % ont une
charge virale supérieure à 30 000 copies/ml. Dans la cohorte
EUROSIDA qui regroupe 60 centres cliniques d'Europe, le pourcentage de
patients dont la charge virale reste supérieure à 10 000
copies/ml après avoir débuté une trithérapie
de type HAART varie de 10 à 28 % et de 8 à 37 %, respectivement
12 et 48 semaines après le début d'un traitement antirétroviral
comprenant un IP, et selon les pays [11]. Si l'on évalue la résistance
virologique au sein de cette cohorte, celle-ci est de 58 % en définissant
la résistance comme une augmentation de la CI50 d'un facteur 4,
et de 19 % lorsque ce facteur est de 10. Ainsi l'échec du traitement
antirétroviral chronique est une éventualité fréquente.
Plusieurs éléments prédictifs d'un échec
virologique ont été identifiés [12-21] (tableau
1).
Causes de l'échec virologique
L'échec virologique résulte d'une inhibition virale insuffisante
(sub-optimale) de la réplication virale liée :
- soit à une concentration plasmatique ou cellulaire de molécule(s)
antirétrovirale(s) insuffisante du fait d'une adhésion insuffisante
au traitement, d'interactions pharmacocinétiques ;
- soit à une puissance insuffisante du traitement, le plus souvent
en rapport avec une adhésion insuffisante au traitement ou avec
des interactions médicamenteuses ;
- soit au développement de résistance contre une ou plusieurs
des molécules antirétrovirales.
Les mécanismes responsables de l'échec virologique sont
évolutifs dans le temps. L'observation d'un rebond précoce
de la charge virale après introduction du traitement chez des patients
non traités antérieurement correspond plus volontiers à
des problèmes d'observance du traitement avec des concentrations
plasmatiques de molécules antirétrovirales plus basses que
chez les patients ayant des charges virales inférieures à
la limite de détection. Au début de l'échec virologique,
les virus isolés ne présentent d'ailleurs souvent pas de
mutations susceptibles d'expliquer l'échec thérapeutique
en raison d'une pression de sélection médicamenteuse trop
faible. Cependant, la persistance d'une réplication virale en présence
des médicaments va conduire à l'apparition de virus résistants.
À l'opposé, chez des patients multitraités pour
lesquels la succession de traitements n'a pas été (ou seulement
partiellement) efficace, la résistance du virus aux différentes
molécules antirétrovirales prises par le patient, développée
au cours du temps, joue un rôle prépondérant dans
l'échec.
Ceci suggère que lors de l'échec d'un premier traitement,
la cause initiale d'un échappement thérapeutique soit davantage
d'ordre pharmacologique ; secondairement, la poursuite d'une réplication
virale active sous traitement conduit à la sélection de
mutants résistants, d'autant plus importante que la réplication
virale est très active et donc la charge virale plus élevée.
Ce délai de sélection de mutants résistants varie
selon les familles de molécules ; elle est très rapide avec
les INNRT (inhibiteurs non nucléosidiques de la reverse transcriptase)
et les IP (inhibiteurs de protéase) qu'avec les INRT (inhibiteurs
nucléosidiques de la reverse transcriptase) à l'exception
du 3TC.
La valeur minimale (nadir) de la charge virale obtenue sous un traitement
apparaît comme prédictive de l'échec. Ainsi, plus
celle-ci reste élevée, plus le traitement risque d'échouer
à plus long terme. Néanmoins, la valeur idéale à
atteindre (inférieure à 20 ou 200 copies) n'a jamais pu
être clairement définie. Ceci signifie que l'obtention d'une
charge virale indétectable est un objectif à atteindre rapidement,
et que l'intensification précoce du traitement par l'ajout d'une
molécule supplémentaire peut permettre d'atteindre cet objectif,
limitant ainsi l'apparition de résistance virale.
Résistance virale
Le développement de mécanismes de résistance, lorsqu'un
agent pathogène continue de se répliquer en présence
d'une pression médicamenteuse insuffisante, est un phénomène
biologique bien connu ; celui-ci joue un rôle particulièrement
important dans une infection telle que l'infection VIH qui cumule chronicité,
traitements lourds et variabilité importante du virus avec grande
fréquence de mutations spontanées.
Le substratum moléculaire de la résistance virale est
la survenue de mutations d'acides aminés sur des positions clés
des enzymes ciblées par le traitement - transcriptase inverse ou
protéase. En fonction de leur position sur le site catalytique
de l'enzyme, ces mutations gêneront plus ou moins l'inhibition de
celle-ci. La résistance virale peut, dans certains cas, lorsqu'elle
est de faible niveau, être dépassée par l'augmentation
des concentrations plasmatiques des molécules antirétrovirales.
Pour certaines molécules comme les IP, cette augmentation est possible,
soit par utilisation de molécules ayant un profil pharmacologique
extrêmement bénéfique et un index thérapeutique
élevé, soit par utilisation d'inhibiteurs du métabolisme
et donc de l'élimination de ces produits, tel le ritonavir sur
la plupart des autres inhibiteurs de protéase (ritonavir booster).
Dans d'autres cas, l'obtention de ces concentrations élevées
n'est pas compatible avec la tolérance du médicament.
Il est à l'heure actuelle possible d'évaluer en pratique
la résistance du VIH aux molécules antirétrovirales.
Schématiquement on peut :
- soit déterminer les mutations qui existent sur la transcriptase
inverse et sur la protéase (résistance génotypique).
En France, le réseau des virologues hospitaliers à travers
l'action coordonnée AC11 de l'ANRS réalise ces tests génotypiques
et propose un algorithme d'interprétation utile pour le clinicien
(voir article de P. Clevenbergh dans ce numéro) connaissant l'impact
de ces mutations sur les concentrations inhibitrices des molécules
;
- soit évaluer directement les concentrations nécessaires
à l'inhibition de la multiplication du VIH. On parle alors de résistance
phénotypique. Les techniques disponibles font appel à des
virus recombinants dans lesquels sont insérées les protéines
- transcriptase inverse et protéase - du virus dont la résistance
est à tester. Ces virus recombinants sont ensuite cultivés
en présence de concentrations croissantes de molécules antirétroviales,
et la cinétique d'inhibition virale est comparée à
celle d'une souche sensible. Ces tests sont compliqués, longs (3
à 4 semaines), coûteux et ne sont donc pas utilisés
en routine.
L'interprétation de ces tests de résistance mérite
d'être réévaluée régulièrement.
On retient habituellement une augmentation de 4 à 10 fois de l'IC50
pour parler respectivement de sensibilité intermédiaire
et de résistance.
Les tests de résistance phénotypique sont davantage utilisés
dans les phases initiales de développement d'une molécule,
lorsque l'on cherche à déterminer in vitro le profil
de résistance, en particulier par rapport aux autres médicaments
de la même classe thérapeutique.
Mécanisme de la résistance
Compte tenu de la variabilité du virus et de la dynamique de
la réplication virale, le VIH existe dans l'organisme d'un sujet
infecté sous forme d'une population hétérogène
de variants viraux ou quasi-espèces.
La variabilité est liée aux erreurs de la transcriptase
inverse lorsqu'elle recopie l'ARN viral en ADN. Le taux d'erreurs par
cycle de réplication est d'environ 1 nucléotide pour 10
000, longueur du génome du VIH. Cette mutation peut être
pour le virus létale ou neutre, c'est-à-dire sans effet
sur ses capacités réplicatives. Elle peut aussi conduire
à des variants dont les capacités sont diminuées
ou, au contraire, avantagées en présence de traitement antirétroviral.
Chez un individu infecté, la production virale moyenne a été
estimée à environ 10 milliards de virus par jour. Parmi
tous les virus produits chaque jour, il existe au moins un variant présentant
une mutation, voire deux, au niveau des gènes de la transcriptase
inverse ou de la protéase, associées à la résistance
à certains antirétroviraux. Les mutations de résistance
sont donc introduites au hasard par la transcriptase inverse au gré
de la copie peu fidèle du génome viral et préexistant
à l'instauration de la thérapeutique. C'est au sein de cette
population hétérogène de variants viraux, tous légèrement
différents les uns des autres, que seront sélectionnés
les virus mutants puisque la thérapeutique reste efficace sur les
virus sauvages. Cependant, si la réplication virale persiste, elle
sélectionnera progressivement les virus mutants qui deviendront
la population virale majoritaire.
La persistance de la réplication virale sous traitement, quelle
qu'en soit la cause (effet antiviral insuffisant, mauvaise observance
du traitement, absorption insuffisante, interactions médicamenteuses)
est donc un point essentiel puisqu'elle va contribuer à l'émergence
de mutants résistants [22].
Pour certains antirétroviraux comme les INNRT (névirapine,
efavirenz) ou pour la lamivudine (3TC), une seule mutation suffit à
conférer au virus un niveau de résistance élevé
et la sélection de virus mutants peut être rapide. Pour d'autres
molécules, plusieurs mutations sont nécessaires pour induire
un phénomène de résistance ; dans ce cas, la sélection
de mutants s'effectue par étapes successives et sera plus longue
à apparaître.
Interruption thérapeutique programmée
Puisque la pression médicamenteuse est à l'origine, en
présence d'une réplication virale persistante, de l'apparition
de mutations de résistance, on peut formuler l'hypothèse
que la suppression de cette pression de sélection, c'est-à-dire
l'arrêt du traitement, peut conduire à la disparition des
mutations.
Plusieurs études pilotes, ouvertes, le plus souvent non comparatives,
ont permis d'établir les faits suivants :
- l'interruption du traitement pendant 8 à 12 semaines permet
d'obtenir, chez en moyenne 50 % des patients, la disparition de mutations
pour au moins une, voire les trois classes thérapeutiques. Ce phénomène
apparaît lié à la durée de l'arrêt du
traitement (pas de réversion si l'interruption est trop brève)
; - parallèlement, on observe une augmentation de la charge virale,
de l'ordre de 1,5 log10, et une diminution des lymphocytes
CD4 de l'ordre de 30 à 50 % (100 à 150 CD4/mm3)
pour des arrêts d'environ trois mois [23-25].
Ces deux événements - disparition des mutations avec prédominance
d'une population virale sauvage dépourvue de mutations et aggravation
des paramètres viro-immunologiques semblent liés. Deeks
et al. [24] montrent en effet qu'ils sont liés à
une augmentation de la capacité réplicative du virus (en
anglais fitness). Ainsi tout se passe comme si le virus muté
bénéficiait d'une capacité réplicative amoindrie,
responsable de dommages biologiques moindres en comparaison du virus sauvage.
La conséquence clinique est donc de taille, avec une diminution
du nombre des lymphocytes T CD4, paramètre clé de la survie
et de la progression clinique. Cependant la question cruciale est la suivante
: existe-t-il une efficacité supérieure du traitement antirétroviral
institué à nouveau lors de la disparition des mutations
de résistance ? Il n'y a pas à ce jour de réponse
définitive claire à cette interrogation.
Dans une étude pilote réalisée chez 20 patients
en échec thérapeutique sévère (Centre de recherche
intégré sur le VIH- Pitié-Salpêtrière),
nous avons montré qu'une réversion partielle de la population
virale était observée dans 50 % des cas après une
durée médiane d'interruption thérapeutique de 8 semaines.
Cependant, après réinstitution d'un traitement intensif,
de type mégathérapie (6-7 molécules antirétrovirales),
l'efficacité de celui-ci ne s'est pas révélée
différente selon la disparition ou non des mutations de résistance
virales (réduction de la charge virale de l'ordre de 1,5 log10
par rapport à la valeur pré-traitement). En outre, la réintroduction
du traitement s'est accompagnée de la réapparition des mutations
préexistantes chez 7/11 patients.
Une étude randomisée (GIGHAART) en cours, évalue
l'impact d'une gigathérapie (8 à 9 molécules antirétrovirales)
précédée ou non d'une interruption de tout traitement
pendant 8 semaines, chez des patients en situation de multi-échec
ayant une charge virale supérieure à 50 000 copies/ml et
en situation de précarité immunologique (CD4 < 200/mm3).
Celle-ci pourrait apporter des réponses quant au bénéfice
de l'interruption thérapeutique chez des patients en situation
d'échec virologique.
Intérêt du suivi pharmacologique
Le terme anglo-saxon de therapeutic drug monitoring (TDM) consiste
en la surveillance régulière des concentrations plasmatiques
des différentes molécules antirétrovirales au cours
d'un traitement. En effet, il a été clairement établi
que le maintien de concentrations inhibitrices de la réplication
virale était un élément clé pour empêcher
l'apparition de mutations de résistance. La baisse de ces concentrations
conduit à la réduction de la puissance de l'association
thérapeutique et à la reprise de la réplication virale
- compte tenu de la brièveté du cycle du VIH - et plus ou
moins rapidement selon le type de molécule à la sélection
de mutants résistants. Par ailleurs, il existe avec certains antirétroviraux
comme les IP une grande variabilité pharmacocinétique intra-
et inter-individuelle (voir article de J.P. Tréluyer dans ce numéro).
Les concentrations résiduelles sont, chez certains patients, très
proches, voire inférieures, aux concentrations inhibitrices de
virus sensibles. Dans ces cas, tout délai de prise de médicament
peut s'avérer potentiellement délétère puisque
capable de favoriser la survenue de mutants résistants. En outre,
il est possible que certains effets secondaires, en particulier les hyperlipidémies,
lithiases rénales, soient également dépendants des
concentrations plasmatiques. Ces raisons amènent actuellement les
cliniciens à utiliser de plus en plus le dosage plasmatique des
médicaments antirétroviraux dans leur pratique clinique.
La mise en évidence de certains aspects bénéfiques
des interactions, en particulier entre IP, a conduit au concept de molécules
pharmacocinétiquement boostées. Ainsi, le ritonavir à
petites doses (100 ou 200 mg/jour), associé à l'indinavir,
au saquinavir, à l'amprénavir ou au lopinavir, permet d'augmenter
de façon importante les concentrations minimales de ces molécules,
de diminuer les posologies unitaires par réduction des concentrations
maximales. Ainsi, cette approche d'un inhibiteur de protéase boosté
peut permettre :
- l'obtention de concentrations résiduelles (Cmin)
très largement supérieures aux IC50 des virus sauvages mais
aussi des virus résistants ;
- d'augmenter les concentrations maximales (Cmax) et la biodisponibilité
en particulier du saquinavir et du lopinavir ;
- d'augmenter la demi-vie de l'amprénavir, de l'indinavir et
du lopinavir, permettant ainsi l'espacement des prises.
Cependant, le devenir à long terme de ces stratégies en
termes de sécurité, en particulier de tolérance,
doit être évalué.
Nouvelles molécules utilisables en cas
d'échec thérapeutique
Les stratégies de développement de la plupart des nouvelles
molécules visent à augmenter à la fois l'efficacité
des molécules sur les souches résistantes aux composés
de la même classe, et à une simplicité d'utilisation
en limitant le nombre de prises quotidiennes (voir l'article de F. Raffi
dans ce numéro).
Gérer médicalement une situation
d'échec thérapeutique
Plusieurs éléments importants sont à considérer
avant de changer un traitement qui n'est plus efficace : un bilan personnalisé
de l'échec doit être réalisé pour chaque patient
(tableau 2).
Quel type d'échec virologique ?
On peut distinguer deux situations principales :
- la réduction non optimale de la charge virale caractérise
la situation d'un patient pour lequel la charge virale d'un premier traitement
antirétroviral n'a pas atteint l'objectif fixé de l'indétectabilité
virologique ;
- l'échappement virologique (rebond virologique) définit
la situation d'un patient pour lequel la charge virale préalablement
devenue indétectable redevient détectable.
Moment de l'échec virologique
Il peut s'agir de :
- l'échec d'un traitement de première intention, c'est-à-dire
une charge virale qui demeure détectable 6 mois après l'introduction
d'un premier traitement ;
- l'échec d'un traitement de seconde, troisième ou de
énième intention ; on sait que plus l'échec virologique
est installé depuis longtemps, plus nombreuses sont les mutations
associées à la résistance du virus, et donc plus
puissante devra être la nouvelle association d'antirétroviraux
pour obtenir le contrôle maximal de la charge virale.
Niveau de l'échec virologique
Il faut également distinguer le niveau de l'échec virologique,
c'est-à-dire la valeur absolue de la charge virale plasmatique.
L'échec sera qualifié de modéré si la charge
virale plasmatique est inférieure à 10 000 copies/ml, de
moyen si celle-ci est comprise entre 10 000 et 50 000 copies/ml et de
majeur si elle est supérieure à 50 000 copies/ml. Plus la
charge virale est élevée, plus puissante doit être
la thérapeutique de remplacement, c'est-à-dire comporter
un nombre suffisant de molécules efficaces.
Niveau de l'observance
La complexité des traitements, la difficulté pour certains
patients de se projeter dans une thérapeutique de longue durée,
la gêne occasionnée par la prise répétée
de comprimés dans la journée, l'existence de manifestations
d'intolérance, même minimes et parfois non rapportées
au médecin, sont des raisons fréquentes gênant l'observance
du traitement antirétroviral. Le rôle du médecin en
consultation est de savoir dépister ces difficultés avant
que la réplication virale n'ait durablement repris avec le risque
d'apparition de mutations de résistance. La mesure des concentrations
plasmatique des IP ou INNRT peut aider à l'évaluation de
cette question.
Antécédents de la thérapeutique
antirétrovirale
Retracer l'histoire thérapeutique d'un patient est un élément
important, permettant de préciser pour chaque molécule reçue
la dose, la tolérance, les autres antirétroviraux associés.
Évaluer la résistance du virus
Les informations qu'apportent les tests de résistance doivent
permettre de faire le bilan des résistances acquises ; ainsi, le
prescripteur peut, en fonction des données :
- utiliser ou conserver des molécules encore actives ;
- éliminer des molécules pour lesquelles existe une résistance
bien caractérisée ;
- recycler les molécules pourtant déjà utilisées
s'il n'existe pas ou peu de résistance.
L'interprétation des tests génotypiques de résistance
chez un patient donné doit prendre en compte l'évolution
des paramètres biologiques, virologiques et immunologiques, ainsi
que l'ensemble de l'histoire thérapeutique antirétrovirale.
Ceci est réalisé au mieux dans un cadre multidisciplinaire
avec avis virologique et si possible pharmacologique.
Changements thérapeutiques chez un patient
en échec virologique
Échec virologique d'un traitement de
première intention
Le dépistage d'un échec thérapeutique doit être
précoce pour éviter l'installation d'une résistance
du virus. L'institution d'un traitement correctement choisi chez un patient
jamais traité antérieurement doit permettre d'obtenir la
réduction de la charge virale sous le seuil de détection
de 200 copies.
Si tel n'est pas le cas dans un délai de deux à trois
mois, il faut :
- s'assurer de l'observance du traitement avec si possible la mesure
des concentrations d'antirétroviraux ; l'individualisation du traitement,
c'est-à-dire la sélection d'une thérapeutique antivirale
adaptée au mode et au rythme de vie du patient est un point fondamental
de la thérapeutique ;
- dépister les effets secondaires minimes qui peuvent expliquer
une mauvaise adhésion ;
- pratiquer la mesure de la concentration plasmatique - en particulier
résiduelle - des inhibiteurs de protéase ou des INNRT. Bien
que non évalués dans des études contrôlées,
ces dosages permettent d'évaluer la prise régulière
des traitements et, de dépister des interactions médicamenteuses
en cas de concentrations faibles.
L'échec d'un traitement de première intention justifie
une intervention rapide : intensification du traitement ou remplacement
des molécules avant la constitution et l'accumulation de mutations
de résistance. On doit également essayer d'épargner
le maximum de molécules pour les traitements ultérieurs.
Échec virologique d'un traitement de
2e intention et plus
Cette situation est la plus fréquente en pratique clinique.
Lorsqu'il s'agit d'un échec thérapeutique survenant chez
un patient ayant reçu plusieurs traitements antérieurs,
la stratégie devient beaucoup plus variable.
Trois paramètres clés doivent être considérés
: d'une part le niveau de la charge virale, d'autre part celui de l'immunodépression,
et enfin l'évolutivité de ces deux paramètres.
La stabilité du taux des lymphocytes T CD4 malgré une
charge virale détectable est un élément de bon pronostic,
de même que la charge virale détectable mais stable à
des valeurs faibles (< 10 000 copies/ml).
L'existence d'une charge virale faible intermittente (blip) est un événement
fréquent (30-40 % des patients) et n'expose pas obligatoirement
à un échec thérapeutique. Cependant, ces rebonds,
même minimes, de la réplication virale pourraient limiter
la décroissance du virus dans les réservoirs cellulaires.
Le nombre des lymphocytes T CD4 reste à l'heure actuelle le paramètre
pronostique le plus pertinent de la progression de la maladie. S. Grabar
et al. montrent que sur 2 236 patients débutant un traitement
comportant un inhibiteur de protéase, le taux de progression clinique
est plus élevé chez les patients non répondeurs virologiques
(moins de 1 log10 de réduction de la charge virale)
et non répondeurs immunologiques (augmentation inférieure
à 50 CD4/mm3) ou non répondeurs immunologiques,
et ce malgré une réponse virologique, alors que le non contrôle
parfait de la charge virale, pourvu qu'il soit assorti d'une augmentation
des lymphocytes CD4, est un facteur de bon pronostic [26].
Même s'il n'est évidemment pas possible d'énoncer
des recommandations thérapeutiques générales pour
optimiser le choix thérapeutique, quelques éléments
importants doivent être gardés à l'esprit :
- l'accumulation de résistances dans une classe thérapeutique
compromet la puissance d'une molécule antirétrovirale de
cette même classe, même si a priori, il n'existe pas
de résistance croisée in vitro ;
- une molécule nouvelle ne peut conduire à une réduction
massive de charge virale (2 à 3 log10) chez des patients
ayant des charges virales très élevées, même
si elle appartient à une nouvelle classe thérapeutique.
Il est donc important de résister à la tentation d'ajouter
une molécule nouvelle dès qu'elle se présente, si
celle-ci n'est pas associée à d'autres molécules
potentiellement actives pour ne pas risquer de « gâcher »
celle-ci ;
- prendre en compte les données des tests de résistance,
en privilégiant un renouvellement maximal des molécules.
La puissance de l'association antirétrovirale choisie ne doit pas
être surestimée ; plus le nombre d'échecs s'est accumulé,
plus le niveau de résistance du virus s'accroît, sauf en
cas de non observance. Ainsi, l'accumulation des résistances croisées
conduit au fait qu'une association - qui aurait en première intention
une puissance antivirale capable de réduire de 2 à 3 log10
copies - la charge virale plasmatique, aura, selon toute probabilité,
lorsqu'elle est administrée en traitement ultérieur, un
pouvoir antiviral moindre. De ce fait, les thérapeutiques de relais
doivent être puissantes pour permettre d'atteindre l'objectif antiviral
recherché.
L'observance au traitement, malgré ses contraintes et ses éventuels
effets secondaires, devient à ce stade de plus en plus cruciale.
Compte tenu des interactions possibles entre les différentes molécules,
en particulier les IP et les INNRT, il est souhaitable de s'appuyer sur
les dosages plasmatiques au début du nouveau traitement (sans attendre
un 2e ou 3e échec) pour adapter les posologies
de manière optimale.
En cas de multi-échec virologique
Cette situation résulte de la succession d'échecs thérapeutiques.
Elle concerne environ 5 à 8 % des patients. Elle est grave sur
le plan virologique : la charge virale est supérieure à
50 000 copies et il existe de nombreuses mutations de résistance
concernant les trois classes de molécules (INRT, IP et INNRT).
Ses conséquences cliniques immédiates peuvent être
différentes selon le taux des lymphocytes T CD4 :
- Si les CD4 sont > 200/mm3, l'urgence clinique n'est
pas immédiate. Il est important de ne pas compromettre la thérapeutique
en utilisant une éventuelle molécule nouvelle à mauvais
escient, comme par exemple en situation de quasi-monothérapie,
sans modification des molécules concomitantes. C'est à ce
stade que pourrait se discuter la suspension temporaire du traitement
afin de laisser réapparaître la souche sauvage du virus,
et ainsi espérer être plus actif ultérieurement avec
des molécules pour lesquelles les mutations de résistance
auraient disparu. Une telle stratégie ne saurait être recommandée
actuellement et demande à être validée dans des études
en cours.
- Si les lymphocytes CD4 sont < 200/mul, il existe une relative urgence
à proposer une modification thérapeutique pour contrôler
la réplication virale.
Il est difficile d'établir des recommandations dans cette situation
d'échec virologique souvent sévère ; on peut cependant
considérer certains éléments :
- Les tests de résistance apportent moins d'information utile
compte tenu de la multirésistance des profils à ce stade.
Néanmoins, ils permettent d'éliminer des molécules
inefficaces mais responsables d'effets indésirables. Ils permettent
également d'identifier des molécules non prises par le patient
(problèmes d'adhésion) ou peu prescrites comme la ddC.
- À ce stade, l'objectif thérapeutique est nuancé
: on souhaite obtenir un contrôle, même incomplet, de la réplication
virale, mais surtout maintenir ou récupérer un chiffre de
lymphocytes CD4 > 200/mul.
Des résultats portant sur de petits nombres de patients dans
des études non comparatives suggèrent que deux nouvelles
stratégies méritent d'être considérées
:
- la suspension thérapeutique, qui pourrait permettre de faire
disparaître certaines mutations virologiques avec l'émergence
des souches sauvages suivie d'une nouvelle multithérapie ;
- l'association de plus de 5 molécules (mégathérapies).
Des études non contrôlées et avec un recul encore
faible ont montré que chez des patients ayant des charges virales
élevées (> 100 000 copies/ml) et des profils de résistance
virale multiple, ces mégathérapies pouvaient entraîner
une réduction significative de la charge virale.
Ces stratégies ne sont pas encore validées et doivent
donc être réservées pour l'instant à des études
de cohortes ou à des essais thérapeutiques. En fait, dans
cette situation d'échec sévère, plus que des traitements
de «sauvetage», la véritable stratégie reposera
sur l'utilisation de plusieurs nouvelles molécules associées
entre elles et ayant une activité intrinsèque sur un virus
multirésistant.
Conclusion
L'échec thérapeutique est une éventualité
possible au cours de toute thérapeutique antirétrovirale.
Il est lié initialement à un traitement insuffisamment actif
permettant l'apparition successive de résistances antirétrovirales.
La détection précoce des échecs virologiques doit
permettre d'éviter le développement de résistances
qui réduisent considérablement l'efficacité des antirétroviraux.
C'est donc vers une prévention de ces échecs que doivent
tendre tous les efforts des thérapeutes de l'infection par le VIH.
Cependant il n'existe pas, ou très peu, de situations d'impasse
totale tant que seront maintenus les efforts conjoints de la recherche
fondamentale et clinique, où l'industrie pharmaceutique joue un
rôle majeur.
Références
1. Palella F.J., Delaney K.M., Moorman A.C., et al. 1998.
Declining morbidity and mortality among patients with advanced human immunodeficiency
virus infection. N Engl J Med 338 : 853-860.
2. Mitka M. 1999. Slowing decline in AIDS deaths prompts concern.
JAMA 282 : 1216-1217.
3. Siciliano R. 1999. Latency and reservoirs for HIV-1. AIDS
13 : S49-S58.
4. Perelson A.S., Neuman A.U., Markowitz M., Leonard J.M., et
al. 1996. HIV-1 dynamics in vivo : virion clearance rate, infected
life-span, and viral generation time. Science 271 : 1582-1586.
5. Carr A., Samaras K., Burton S., et al. 1998. A syndrome
of peripheral lipodystrophy, hyperlipidaemia and insulin resistance in
patients receiving HIV protease inhibitors. AIDS 12 : F51-F58.
6. Mallal S., John M., Moore C.B., James I.R., McKinnon E.J.
2000. Contribution of nucleoside analogue reverse transcriptase inhibitors
to subcutaneous fat wasting in patients with HIV infection. AIDS
14 : 1309-1316.
7. Katlama C., Duvivier C., Chouquet C., et al. 2001.
ILSTIM (ANRS 082) A randomized comparative open-label study of interleukin
2 (IL2) in patients with CD4 < 200/mm3 despite effective
HAART. 1st IAS, Buenos-Aires Argentina, abstract 143.
8. Havlir D., Little L., Hwang J., et al. 2001. HIV specific
immune responses in subjects with high level viral suppression with or
without intermittent viremia treated for 3-5 years with HAART. 8th conference
on retroviruses and opportunistic infections, Chicago, abstract 521.
9. Gulick R., Mellors J., Havlir D., et al. 1999. Indinavir
(IDV), zidovudine (ZDV) and lamivudine (3TC) : three-year follow-up. Sixth
conference on retroviruses and opportunistic infections. Chicago, abstract
388.
10. Ledergerber B., Egger M., Opravil M., et al. 1999.
Clinical progression and virological failure on highly active antiretroviral
therapy in HIV-1 patients : a prospective cohort study. Swiss HIV cohort
study. Lancet 353 : 863-868.
11. Mocroft A., Miller V., Chiesi A., et al. 2000. Virological
failure among patients on HAART from across Europe : results from the
EuroSIDA study. Antiviral Therapy 5 : 107-112.
12. Raboud J.M., Montaner J.S., Conway B., et al. 1998.
Suppression of plasma viral load below 20 copies/ml is required to achieve
a long-term response to therapy. AIDS 12 : 1619-1624.
13. Casado J.L., Perez-Elias M.J., Antela A., et al. 1998.
Predictors of long-term response to protease inhibitor therapy in a cohort
of HIV-infected patients. AIDS 12 : F131-F135.
14. Mocroft A., Gill M.J., Davidson W., Phillips A.N. 1998. Predictors
of a viral response and subsequent virological treatment failure in patients
with HIV starting a protease inhibitor. AIDS 12 : 2161-2167.
15. D'Arminio Monforte A., Testa L., Adorni F., et al.
1998. Clinical outcome and predictive factors of failure of highly active
antiretroviral therapy in antiretroviral-experienced patients in advanced
stages of HIV-1 infection. AIDS 12 : 1631-1637.
16. Rabout J.M., Rae S., Hogg R.S., et al. 1999. Suppression
of plasma virus load below the detection limit of a human immunodeficiency
virus kit is associated with longer virologic response than suppression
below the limit of quantitation. J Infect Dis 180 : 1347-1350.
17. Clough L.A., D'Agata E., Raffanti S., Haas D.W. 1999. Factors
that predict incomplete virological response to protease inhibitor-based
antiretroviral therapy. Clin Infect Dis 29 : 75-81.
18. Pilcher C.D., Miller W.C., Beatty Z.A., Eron J.J. 1999. Detectable
HIV-1 RNA at levels below quantifiable limits by amplicator HIV-1 monitor
is associated with virologic relapse on antiretroviral therapy. AIDS
13 : 1337-1342.
19. Valdez H., Lederman M.M., Wooley I., et al. 1999.
Human immunodeficiency virus 1 protease inhibitors in clinical practice
: predictors of virological outcome. Arch Intern Med 159 : 1771-1776.
20. Miller V., Staszewski S., Sabin C., et al. 1999. CD4
lymphocyte count as a predictor of the duration of highly active antiretroviral
therapy-induced suppression of human immunodeficiency virus load. J
Infect Dis 180 : 530-533.
21. Staszewski S., Miller V., Sabin C., et al. 1999. Virological
response to protease inhibitor therapy in an HIV clinic cohort. AIDS
13 : 367-373.
22. Lorenzi P., Opravil M., Hirschel B., et al. 1999.
Impact of drug resistance mutations on virologic response to salvage therapy
Swiss cohort study. AIDS 13 : F17-F21.
23. Deeks S.G., Wring T., Liegler T., et al. 2001. Virologic
and immunologic consequences of discontinuing combination antiretroviral-drug
therapy in HIV-infected patients with detectable viremia. N Engl J
Med : 472-480.
24. Miller V. 2001. Structured treatment interruption in antiretroviral
management of HIV-1. Curr Opin Infect Dis 14 : 29-37.
25. Delaugerre C., Mouroux M., Yvon-Groussin A., et al. 2001.
Prevalence and conditions of selection of E44D/A and V118I human immunodeficiency
virus type 1 reverse transcriptase mutations in clinical practice. Antimicrob
Agent Chemother 45 : 946-948.
26. Grabar S., Le Moing V., Goujard C., et al. 2000. Clinical
outcome of patients with HIV-1 infection according to immunologic response
after 6 months of highly active antiretroviral therapy. Ann Intern
Med 133 : 401-410.
Ce numéro a été
coordonné par Yves Lévy et Jean-François Delfraissy
|