ARTICLE
L'éradication du VIH ne peut pas être obtenue avec
les thérapeutiques actuelles, en grande partie du fait de l'inaccessibilité
des antirétroviraux au niveau de réservoirs constitués
de cellules latentes CD4+, persistantes du fait de leur très
longue demi-vie, y compris en cas de suppression maximale de la charge
virale plasmatique [1, 2]. En l'absence d'éradication, les objectifs
du traitement antirétroviral sont une suppression initiale maximale
et durable de la réplication virale, une restauration de l'immunité
quantitative et qualitative, une réduction de la morbidité
et de la mortalité, et une amélioration de la qualité
de vie.
Pourquoi ces objectifs ?
Le niveau de réplication virale mesurée dans le compartiment
plasmatique est un facteur prédictif majeur de la détérioration
des fonctions immunitaires [3]. Le nombre de lymphocytes T CD4 sanguins
reflète l'altération des fonctions immunitaires. Ainsi,
un traitement antirétroviral réduisant de façon maximale
la réplication du VIH bloque le processus de dégradation
immunitaire et permet une restauration quantitative et qualitative (partielle)
des fonctions immunitaires. L'inhibition maximale de la réplication
virale est également garante de la durabilité de l'efficacité
du traitement antirétroviral, car le risque de pression de sélection,
et donc d'émergence de virus résistant, est alors minimal
[4]. Cependant, cet objectif de puissance, si logique qu'il soit, nécessite
dans une stratégie au long cours, de garder à disposition
des options thérapeutiques futures. Les multithérapies permettent,
parallèlement à la diminution de la réplication virale,
une augmentation significative des lymphocytes T CD4, elle-même
corrélée à la réduction de l'incidence des
infections opportunistes [5]. Certaines études montrent qu'une
réponse immunitaire pourrait être obtenue à moyen
terme malgré une suppression incomplète de la charge virale
sans que le pronostic de la maladie n'en soit affecté [6]. Dans
cette étude prospective de 162 patients recevant une trithérapie
comportant une antiprotéase, 21 % des patients présentent
une réponse immuno-virologique dissociée. L'incidence des
événements classants sida dans le groupe des patients présentant
une réponse immunologique isolée est comparable à
celle des patients présentant une réponse à la fois
immunologique et virologique, et inférieure à celle des
patients qui ne présentent qu'une réponse virologique. Ces
résultats doivent être interprétés avec prudence
puisqu'après un suivi prolongé des mêmes patients,
le bénéfice clinique devient moindre que chez les patients
répondeurs sur le plan à la fois immunologique et virologique
[7]. Globalement, les multithérapies ont permis une diminution
très importante de la morbidité et de la mortalité
liées au VIH [4, 8].
Comment atteindre ces objectifs ?
Le moment optimal pour initier un traitement antirétroviral chez
des patients asymptomatiques demeure l'objet de controverse. Jusqu'à
une période récente, les niveaux respectifs des lymphocytes
T CD4 circulants et de la charge virale constituaient conjointement les
critères décisionnels de début du traitement [9].
L'impossibilité d'une éradication, la fréquence des
effets secondaires liés aux antirétroviraux et les inconnues
sur la tolérance au long terme, notamment les conséquences
vasculaires des anomalies métaboliques observées lors des
multithérapies, la possibilité de restaurations immunitaires
y compris lorsque le traitement antirétroviral est débuté
chez des patients dont l'immunodépression est déjà
avancée (lymphocytes T CD4 < 350/mm3) [10] ont conduit
à retarder le début du traitement antirétroviral.
Le niveau de la charge virale n'est plus désormais, en soi, un
critère d'initiation du traitement antirétroviral. Ainsi
les groupes d'experts internationaux et français recommandent l'introduction
du traitement antirétroviral seulement lorsque le nombre de lymphocytes
T CD4 devient inférieur à 350 CD4/mm3.
Quelle combinaison thérapeutique utiliser
en première intention ?
Une grande variété de combinaisons antirétrovirales
sont disponibles et sont d'efficacité comparable. Le traitement
initial doit être d'emblée d'efficacité virologique
optimale, afin de ne pas compromettre les options thérapeutiques
futures en cas d'échappement à cette première ligne
de traitement. Parmi les combinaisons possibles, l'association de deux
analogues nucléosidiques et d'un inhibiteur de protéase
est la plus classique. Plusieurs essais ont démontré qu'au
sein de cette trithérapie, le type des deux analogues nucléosidiques
choisis n'influait pas l'efficacité (essais Start 1 et Start 2
[11]), contrairement aux données antérieures portant sur
l'utilisation de bithérapies d'analogues nucléosidiques.
Ainsi au cours de l'essai Albi, l'association d4T/ddI s'était révélée
supérieure à l'association AZT/3TC [12]. Rappelons néanmoins
que le choix des analogues nucléosidiques au sein des trithérapies
doit tenir compte des associations contre-indiquées, telles que
AZT/d4T dont l'antagonisme in vivo a été démontré.
Aucun essai n'avait comparé entre eux les quatre premiers inhibiteurs
de protéase mis sur le marché (ritonavir, saquinavir, indinavir,
nelfinavir). Les critères de choix entre ces inhibiteurs de protéase
de première génération étaient fondés
sur les profils de tolérance et les contraintes de prises médicamenteuses
respectifs de chaque inihibiteur. Les inhibiteurs de protéase plus
récents, amprénavir (Agenerase®) et lopinavir
(Kaletra®) parfois dénommés de seconde génération
ont été évalués versus respectivement indinavir
et nelfinavir. La moindre efficacité de l'amprénavir utilisé
seul, non boosté par le ritonavir, chez des patients prétraités
par nucléosides, mais n'ayant jamais reçu d'IP (essai PRO
AB 3006), a conduit à une autorisation de mise sur le marché
restreinte aux patients ayant déjà reçu un inhibiteur
de protéase où son profil de résistance permet d'obtenir
une efficacité chez des patients dont la protéase virale
est relativement peu mutée. En revanche, le lopinavir (en combinaison
avec de faibles doses de ritonavir, qui agit comme inhibiteur du métabolisme
hépatique du lopinavir) s'est révélé d'une
efficacité supérieure à celle du nelfinavir (83 %
versus 68 % de patients dont la charge virale à la 48e semaine
est inférieure à 50 copies/ml, p < 0,001) [13].
Les inhibiteurs de la protéase pouvant être utilisés
en première ligne à l'heure actuelle sont le nelfinavir,
l'indinavir, le saquinavir SCG, le saquinavir HCG associé au ritonavir
et le lopinavir. En pratique courante, le ritonavir n'est plus à
l'heure actuelle utilisé que pour ses propriétés
pharmacologiques d'inhibition du cytochrome P450 permettant d'améliorer
les caractéristiques pharmacologiques des autres inhibiteurs de
protéase tels que le saquinavir, l'indinavir, l'amprénavir
et le lopinavir (pour ce dernier, le ritonavir est associé au lopinavir
dans la présentation Kaletra®). La coprescription
de ritonavir et d'indinavir permet d'espacer les prises d'indinavir de
3 à 2 prises par jour et n'impose plus les prises à jeun.
Les posologies optimales des deux inhibiteurs de protéase en association
demeurent débattues : elles sont le plus souvent de 100 mg x 2
de ritonavir et de 600 à 800 mg x 2 d'indinavir [14]. Un dosage
plasmatique résiduel d'indinavir est souhaitable afin de s'assurer
de concentrations suffisantes et non toxiques. Le saquinavir HCG (capsules
dures, Invirase®), du fait de sa faible biodisponibilité,
doit impérativement être associé au ritonavir. Les
prescriptions de saquinavir SGC (capsules molles, Fortovase®)
sont devenues marginales à cause du nombre important de gélules
devant être prises trois fois par jour. Des études explorent
actuellement la possibilité d'administrer ce produit en une prise
par jour lorsqu'il est associé au ritonavir.
Par rapport à une trithérapie classique de deux analogues
nucléosidiques et d'un inhibiteur de protéase, des données
nombreuses montrent qu'une trithérapie composée de deux
analogues nucléosidiques et d'un inhibiteur non nucléosidique
de la transcriptase inverse possède une efficacité au moins
similaire, y compris chez les patients dont la charge virale plasmatique
est supérieure à 100 000 copies/ml. L'efavirenz (Sustiva®)
et la névirapine (Viramune®) sont les deux inhibiteurs
non nucléosidiques actuellement commercialisés en France.
Dans une large étude comparative, la charge virale plasmatique
après 48 semaines était inférieure à 50 copies/ml
chez 70 % des patients du groupe AZT/3TC/efavirenz versus 48 % chez les
patients du groupe AZT/3TC/indinavir [15]. Actuellement, pour des raisons
de plus grande facilité de prise médicamenteuse, les trithérapies
de première intention font majoritairement appel à ce type
de combinaison. La longue demi-vie des inhibiteurs non nucléosidiques
est compatible avec des prises moins régulières de ces médicaments
par rapport aux inhibiteurs de protéase. À l'inverse, leur
faible barrière génétique constitue un risque d'émergence
plus rapide de résistance de haut niveau dès lors qu'une
réplication du virus reste ou redevient détectable dans
le plasma. Les données d'efficacité sont plus nombreuses
avec l'efavirenz qu'avec la névirapine. La plupart des prescripteurs
privilégie en première intention l'efavirenz du fait des
réactions secondaires cutanées et/ou hépatiques graves,
y compris létales, rapportées avec la névirapine.
D'autres inhibiteurs non nucléosidiques sont en développement.
Des inhibiteurs de protéase administrables une fois par jour devraient
être disponibles prochainement et pourraient refaire passer ce type
de combinaison au premier plan chez les patients naïfs d'antirétroviraux.
La troisième option est de débuter par une association
de trois analogues nucléosidiques (dite « convergente »).
L'abacavir (Ziagen®) a particulièrement été
développé dans cette stratégie. Une efficacité
comparable de la combinaison AZT/3TC/abacavir et de AZT/3TC/indinavir
a été observée après 48 semaines au cours
d'un essai thérapeutique chez des patients dont la charge virale
plasmatique initiale était inférieure à 100 000 copies/ml
[16]. L'efficacité de cette triple association d'analogues nucléosidiques
reste néanmoins inférieure à une trithérapie
avec inhibiteur de protéase chez les patients dont la charge virale
plasmatique initiale est supérieure à 100 000 copies/ml.
Dans l'étude Atlantic comparant d4T/ddI/indinavir versus d4T/ddI/3TC
versus d4T/ddI/névirapine, le pourcentage de patients dont la charge
virale plasmatique est inférieure à 50 copies/ml à
la 48e semaine est respectivement de 57, 49, et 51 % [17].
L'essai Trianon a montré qu'il n'y avait pas de bénéfice
à court terme à débuter par une trithérapie
composée d'antirétroviraux appartenant aux trois classes
(d4T/indinavir/névirapine) par rapport à une trithérapie
épargnant au moins une des classes thérapeutiques d4T/3TC/indinavir
[18]. Des essais de grande envergure sont en cours afin d'explorer sur
le long terme les intérêts respectifs d'une trithérapie
initiale comportant deux analogues nucléosidiques associés
soit à un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase
inverse soit à un inhibiteur de la protéase, soit les deux
(essai international Initio et essai américain ACTG 384).
Au total, chez les patients naïfs dont le déficit immunitaire
est prononcé ou la charge virale élevée, les trithérapies
comportant deux inhibiteurs nucléosidiques avec soit un inhibiteur
de protéase, soit un inhibiteur non nucléosidique de la
transcriptase inverse sont celles dont l'efficacité est la mieux
documentée. Pour les autres, les alternatives citées précédemment
sont largement utilisées actuellement, soit d'emblée (plus
généralement chez des patients ayant une charge virale plasmatique
peu élevée), soit en seconde intention pour simplification
thérapeutique. L'objectif du traitement antirétroviral est
en effet d'allier efficacité, tolérance et observance.
Les effets secondaires de ces multithérapies sont fréquents,
en particulier la survenue des anomalies de répartition des graisses
est liée à la durée d'exposition aux antirétroviraux
[19, 20], laissant présager une fréquence accrue de ces
modifications corporelles particulièrement mal vécues par
les patients et parfois source de symptômes fonctionnels digestifs
et locomoteurs gênants. De plus le risque vasculaire surajouté
des anomalies métaboliques (insulinorésistance, hypertriglycéridémie,
plus rarement hypercholestérolémie) isolées ou associées
aux autres facteurs de risque (tabagisme, antécédents familiaux,
hypertension artérielle...) est encore mal appréhendé
en l'absence d'un recul suffisant pour juger de leur impact sur la morbidité
et la mortalité. Des anomalies métaboliques sont observées
chez jusqu'à 50 % des patients traités par des antirétroviraux
[21]. Il n'est actuellement pas posssible de définir la part respective
des différents antirétroviraux dans la survenue des anomalies
de la répartition des graisses. Néanmoins, les inhibiteurs
de protéase ayant été initialement les plus incriminés,
plusieurs essais dits de transfert consistant à remplacer chez
les patients répondeurs l'inhibiteur de protéase par soit
un analogue nucléosidique (abacavir le plus souvent), soit un inhibiteur
non nucléosidique de la transcriptase inverse, ont été
conduits. En termes d'efficacité, ces transferts (switch des anglo-saxons)
pratiqués chez des patients bien contrôlés sur le
plan virologique montrent une efficacité comparable du traitement
[22, 23]. En revanche, les signes de lipodystrophie, notamment dans leur
expression atrophique, ne régressent pas avec le recul encore limité
(un an maximum) dont on dispose. Les anomalies de la glycorégulation
et les hyperlipidémies pourraient être améliorées
lors de la substitution de l'inhibiteur de protéase par l'abacavir,
et peut-être à un moindre degré, par un inhibiteur
non nucléosidique. Des essais d'interruption thérapeutique
visent à évaluer leur équivalence en termes d'efficacité
par rapport à un schéma continu et leur bénéfice
en termes d'anomalies métaboliques et de lipodystrophie.
Comme souligné précédemment, l'efficacité
du traitement antirétroviral va être appréciée
par la mesure de la charge virale et des lymphocytes T CD4 sanguins. Certaines
études ayant démontré une corrélation entre
les concentrations plasmatiques d'inhibiteur de protéase et l'efficacité
virologique, certains considèrent préférable de vérifier,
dès la phase d'équilibre, que les concentrations plasmatiques
résiduelles sont en zone thérapeutique, afin de proposer
rapidement une adaptation posologique et d'éviter ainsi une trop
longue exposition à des concentrations plasmatiques suboptimales
susceptibles de favoriser l'émergence de souches résistantes.
L'intérêt de cette stratégie, en termes de bénéfice
virologique, n'a pas été mis en évidence dans une
étude prospective récente [24]. Le fait qu'un grand nombre
de patients recevaient une combinaison d'inhibiteurs de protéase
contenant du ritonavir en boosting a considérablement limité
le nombre d'adaptations posologiques nécessaires et est susceptible
d'expliquer ces résultats.
Quelles combinaisons utiliser en cas d'échec
?
Si les possibilités en termes de choix des traitements initiaux
sont importantes, il n'en va pas de même au fur et à mesure
que le nombre de lignes thérapeutiques augmentent. Plusieurs stratégies
sont utilisables chez ces patients. Pour les échecs de 2e
et 3e lignes, le traitement est le plus souvent guidé
par l'utilisation d'un test de résistance, même si, dans
une étude récente [25], il n'a pas été mis
en évidence de bénéfice virologique au 3e
mois, c'est-à-dire que le pourcentage de patients ayant une charge
virale inférieure à 200 copies/ml n'était pas différent
selon que le traitement était guidé ou non par un test de
résistance génotypique ou phénotypique.
Bien souvent, au fur et à mesure de l'augmentation du nombre
d'échecs, les possibilités thérapeutiques se restreignent.
Deux types de stratégies ont été récemment
évaluées : les arrêts thérapeutiques (wash
out) et les combinaisons d'un grand nombre d'antirétroviraux (méga-
ou gigathérapies). Le principe des wash-out est qu'en levant la
pression de sélection, le virus sauvage redeviendra majoritaire,
et que les mutations associées à la résistance «
reversent », permettant ainsi de réutiliser des anciennes
molécules qui retrouveraient ainsi une efficacité. Il semble
cependant que la possibilité de réversion des mutations
soit conditionnée par plusieurs facteurs : un nombre de lymphocytes
T CD4 élevé et une charge virale plasmatique relativement
basse [26, 27] et qu'en termes de réponse clinique, ce soit surtout
l'introduction soit d'une nouvelle classe, soit d'un antirétroviral
dont le profil de sensibilité soit favorable qui permettent d'améliorer
la réponse. Les arrêts thérapeutiques chez ces patients
dont l'échec antirétroviral est authentifié par une
charge virale plasmatique élevée, s'accompagnent d'une élévation
de la charge virale (probablement liée à la plus grande
capacité réplicative, fitness, des souches virales sauvages)
et, de façon plus préoccupante car parfois associée
à la survenue d'événements opportunistes, d'une baisse
des lymphocytes T CD4 sanguins [28].
Concernant les mégathérapies [29], une étude pilote
portant sur 106 patients ayant préalablement reçu en moyenne
7 antirétroviraux montre une réduction médiane de
la charge virale de 1,04 log copies/ml sur une période de 15 mois.
En intention de traiter, la charge virale devient inférieure à
400 copies/ml chez 40 % des patients après 57 semaines de suivi.
Ces résultats encourageants doivent néanmoins tenir compte
de la fréquence des effets secondaires sévères (25
%) et du fait qu'environ la moitié des patients n'avaient pas reçu
préalablement d'inihibiteur non-nucléosidique de la transcriptase
inverse, et qu'ils ont ainsi bénéficié de l'apport
de cette nouvelle classe. En effet, l'absence d'exposition antérieure
à cette classe thérapeutique et une charge virale plasmatique
relativement basse étaient des facteurs prédicitifs de réponse.
L'apport des nouveaux antirétroviraux chez les patients en échec
avancé est difficile à apprécier du fait d'absence
d'études randomisées. Certaines stratégies semblent
cependant donner des résultats prometteurs. Dans un essai portant
sur 57 patients en échec des inhibiteurs de protéase (nombre
médian : 3) recevant le lopinavir en association avec l'efavirenz
et deux analogues nucléosidiques, la charge virale plasmatique
était inférieure à 50 copies/ml chez 56 % des patients
à la 48e semaine. Même si l'absence d'exposition
préalable aux inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase
inverse explique partiellement les bons résultats observés
dans cette population de patients en échec avancé, le lopinavir
conserve ainsi une efficacité significative chez des patients préalablement
exposés à des lignes multiples d'inhibiteurs de protéase
[30]. Des antirétroviraux appartenant à la classe des inhibiteurs
de la protéase ou des inihibiteurs non nucléosidiques et
conservant une efficacité in vitro sur des souches résistantes
aux antirétroviraux actuels sont en phase précoce de leur
dévelopement clinique. Un composé nucléotidique,
le PMPA (ténofovir, Viread®), devrait prochainement
être mis sur le marché. Au cours d'essais d'intensification,
il permet une réduction de la charge virale plasmatique de l'ordre
de 0,6 log chez des patients multi- exposés aux analogues nucléosidiques
et dont la charge virale plasmatique était chez la plupart inférieure
à 10 000 copies/ml. Dans un avenir proche, on devrait disposer
d'antirétroviraux agissant aux étapes précoces du
cycle viral. Il s'agit des inhibiteurs de la fusion et des inhibiteurs
des co-récepteurs du VIH. Le T20, oligopeptide inhibiteur de la
fusion administrable par voie sous-cutanée, est actuellement en
phase III et a montré une réduction siginficative de la
réplication virale chez des patients résistants aux thérapeutiques
actuelles.
L'immunothérapie adjuvante a-t-elle une
place ?
Il a été souligné précédemment que
les objectifs du traitement antirétroviral étaient une suppression
aussi complète que possible de la réplication virale et
une restauration immunitaire. Des discordances entre les réponses
virologique et immunologique peuvent être observées. Ainsi,
chez des patients dont le contrôle de la réplication virale
ne s'accompagne pas d'une augmentation significative des lymphocytes T
CD4, il peut être proposé une immunothérapie par interleukine
2 (IL2). L'intérêt de l'IL2 chez les patients présentant
un déficit immunitaire modéré (CD4 de 200 à
500) a été démontré en termes de gain de lymphocytes
T CD4 [31, 32]. Chez les patients présentant un déficit
immunitaire plus avancé (lymphocytes T CD4 < 200/mm3),
l'essai Ilstim a également montré une augmentation significative
des lymphocytes T CD4. L'analyse globale des essais de l'IL2 en association
avec un traitement antirétroviral montre que l'amplitude de l'augmentation
des CD4 est corrélée à leur niveau initial, et que
l'IL2 n'induit pas d'augmentation significative de la réplication
virale. La fréquence des réactions d'intolérance,
généralement non sévères mais source d'inconforts
notables, peut être réduite par l'utilisation systématique
de traitements symptomatiques. L'enjeu majeur actuel est de mieux définir
la place précise de cette immunothérapie. Les larges essais
de phase III de l'IL2 qui évaluent le bénéfice clinique
à long terme devraient constituer à cet égard une
contribution essentielle.
Conclusions
Les objectifs actuels du traitement antirétroviral demeurent
le contrôle de la réplication virale et la restauration immunitaire.
Ces deux objectifs s'inscrivent dans une stratégie au long cours
devant prendre en compte la fréquence des effets secondaires susceptibles
de menacer le pronostic vital (facteurs de risque cardiovasculaire) et
surtout l'adhérence au traitement (lipodystrophie, acidose lactique,
ostéonécroses...).
De ce fait, dans un avenir proche, des stratégies avec pause
thérapeutique vont tenter de démontrer qu'avec une durée
de traitement cumulée moindre, une efficacité immunovirologique
similaire peut être obtenue. L'un des enjeux importants de ces études
sera de s'assurer de l'absence d'augmentation du risque d'émergence
de souches virales résistantes. L'intérêt clinique
de l'immunothérapie conjointement au traitement antirétroviral
ne pourra être déterminé que par les essais thérapeutiques
contrôlés en cours. Une meilleure connaissance des mécanismes
à l'origine des complications engendrées par les traitements
est indispensable afin de les prévenir ou de mieux cibler les populations
les plus à risque de les développer. Les stratégies
de types wash-out ou gigathérapies restent pour l'instant plutôt
décevantes chez les patients en échec avancé, pour
lesquels de nouvelles molécules avec des profils de résistances
différents sont nécessaires.
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Ce numéro a été
coordonné par Yves Lévy et Jean-François Delfraissy
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