ARTICLE
En présence d'une baisse d'acuité
visuelle, le contexte clinique et socio-économique doit permettre,
le plus souvent, d'orienter le diagnostic étiologique. Dans les
pays en développement, la cataracte, le trachome, l'onchocercose
et la xérophtalmie en sont les principales causes. Dans les pays
industrialisés, les étiologies majeures de la baisse d'acuité
visuelle sont constituées, chez les sujets âgés de
20 à 60 ans, par la rétinopathie diabétique et, chez
les sujets de plus de 60 ans, par la cataracte, la dégénérescence
maculaire liée à l'âge et le glaucome chronique.
La démarche diagnostique privilégie, dans cet article*,
l'ensemble des données cliniques et environnementales pouvant
être rassemblées par un non-spécialiste (encadré).
Ces données sont parfois suffisantes pour obtenir un diagnostic
étiologique précis mais, dans tous les cas, elles contribuent,
avec l'examen de l'ophtalmologiste (qui est le plus souvent indispensable),
à le préciser.
Baisse d'acuité
visuelle transitoire
En cas de migraine ophtalmique, l'aura visuelle précède,
le plus souvent, les céphalées et est caractérisée
par l'apparition de flashes colorés accompagnés d'un scotome
scintillant s'étendant en fortification dans le champ visuel. L'examen
clinique est normal, la symptomatologie disparaît entre les crises.
La cécité monoculaire transitoire correspond à
la disparition totale ou sub-totale de la vision d'un il, de durée
brève avec récupération progressive intégrale.
L'examen clinique est normal en dehors des crises. Il s'agit d'un signe
prémonitoire majeur, à ne pas négliger, car il peut
aboutir à un accident rétinien ou neurologique définitif.
Il nécessite la réalisation d'un examen cardio-vasculaire
complet. Ce type d'accident doit faire évoquer, en premier lieu,
une pathologie carotidienne, puis une cardiopathie emboligène.
Les dèmes papillaires survenant au décours de l'hypertension
intracrânienne peuvent être responsables d'éclipses
visuelles, spontanément résolutives. Les causes sont le
plus souvent des processus expansifs intracrâniens, mais il peut
aussi s'agir d'une hypertension intracrânienne dite bénigne
ou idiopathique.
Baisse d'acuité
visuelle récente, d'installation brutale ou rapidement progressive
il rouge et douloureux
Il s'agit d'une atteinte du segment antérieur. Trois diagnostics
sont à évoquer : le glaucome par fermeture de l'angle,
l'uvéite antérieure aiguë, ou iridocyclite, et la
kératite.
Glaucome primitif par fermeture de l'angle
Le glaucome primitif par fermeture de l'angle est l'urgence ophtalmologique
majeure. Il met en jeu le pronostic visuel à court terme, en
raison de l'existence d'une hypertonie qui aboutit à la perte
fonctionnelle de l'il par ischémie aiguë du nerf optique
si la crise n'est pas maîtrisée à temps.
Il s'agit d'une affection rare (sa fréquence est estimée
à 0,08 % dans la population générale), essentiellement
observée chez le sujet âgé. Sa prévalence varie
selon l'origine raciale : il existe une nette prédominance féminine
chez les Blancs (dans 3 cas sur 4) et une fréquence identique dans
les deux sexes chez les Noirs.
Sur le plan physiopathologique, le glaucome primitif par fermeture
de l'angle résulte d'un obstacle exercé par l'iris sur les
voies d'évacuation de l'humeur aqueuse, la racine de l'iris venant
bloquer l'angle iridocornéen (figure
3). Deux types de paramètres sont responsables de la survenue
de ce type de glaucome : des conditions anatomiques y prédisposant
un angle irido-cornéen étroit et un facteur
déclenchant la mydriase.
Sur le plan clinique, l'interrogatoire recherche un tel facteur (médicamenteux,
séjour dans l'obscurité, stress...) ainsi que l'existence
de prodromes à type de céphalées ou de halos colorés
autour des sources lumineuses.
La crise associe, typiquement, une baisse d'acuité visuelle,
des douleurs oculaires et péri-orbitaires intenses, des nausées
ou vomissements, une hyperhémie conjonctivale sous la forme d'un
cercle périkératique, une pupille en semi-mydriase et
une hypertonie oculaire à la palpation, la mesure de la tension
oculaire retrouvant souvent un tonus supérieur à 50 mmHg.
L'examen à la lampe à fente de l'il en crise et
de l'il adelphe recherche, enfin, les conditions anatomiques prédisposant
au développement du glaucome primitif par fermeture de l'angle.
L'interrogatoire et le contexte clinique permettent, le plus souvent,
au praticien de poser le diagnostic. La prise en charge, urgente, comprend
une injection intraveineuse de Diamox®, sans attendre
le transfert en milieu spécialisé.
Uvéite antérieure
L'uvéite antérieure, ou iridocyclite, est une inflammation
de l'uvée, tunique conjonctivo-vasculaire nourricière de
l'il. Elle est habituellement annoncée par un cortège
de signes fonctionnels non spécifiques : baisse d'acuité
visuelle d'importance variable, larmoiement, photophobie, douleurs oculaires
et périorbitaires. L'examen à la lampe à fente retrouve
habituellement la présence d'une hyperhémie conjonctivale
avec cercle périkératique, de précipités rétro-descémétiques,
d'un tyndall (visualisation de particules inflammatoires flottant dans
l'humeur aqueuse) de la chambre antérieure, d'une pupille en myosis
et, de façon plus inconstante, de synéchies iridocristalliniennes
et d'une hypertonie.
Le contexte systémique doit faire évoquer le diagnostic
d'uvéite chez un patient présentant des signes fonctionnels
ophtalmologiques ou un il rouge, traité pour une spondylarthrite
ankylosante, un psoriasis, une sarcoïdose, une maladie de Behçet.
En l'absence de contexte évocateur, une fois le diagnostic
d'uvéite établi, ainsi que sa topographie (antérieure,
postérieure, ou intermédiaire ), un bilan étiologique
orienté sera entrepris (tableaux
1 et 2).
Le pronostic fonctionnel est dominé par la survenue de complications,
au premier rang desquelles viennent la cataracte et les glaucomes secondaires
aigus et chroniques.
Kératite
La kératite se manifeste, sur le plan fonctionnel, par un larmoiement,
une photophobie, une sensation de corps étranger et des douleurs
à type de piqûres. La baisse d'acuité visuelle est
d'intensité variable, d'autant plus marquée que les lésions
cornéennes siègent à proximité de l'axe visuel.
L'examen clinique retrouve une hyperhémie conjonctivale, parfois
sous la forme d'un cercle périkératique. La lésion
cornéenne peut être superficielle, épithéliale
elle est visible au mieux en lumière bleue après
instillation de fluorescéine ou plus profonde, stromale.
L'interrogatoire et le contexte clinique peuvent orienter vers une
étiologie. Chez un travailleur manuel, il faut rechercher un
corps étranger et retourner la paupière supérieure
pour le mettre en évidence dans le cul-de-sac conjonctival. Une
kératite, dans un contexte épidémique, d'autant
plus qu'elle est accompagnée d'un ganglion prétragien
et d'une pharyngite, fait évoquer une étiologie virale
et doit faire prendre des précautions d'hygiène. Une ulcération
d'aspect dendritique est évocatrice d'herpès. Le port
de lentilles de contact fait évoquer une kératite traumatique
ou infectieuse, en particulier amibienne.
il blanc et indolore
Il s'agit d'une atteinte du segment postérieur : vitré,
rétine ou nerf optique.
Hémorragie intravitréenne
L'hémorragie intravitréenne entraîne une baisse
d'acuité rapidement progressive, qui débute sous la forme
d'une impression de pluie ou de suie très vite suivie d'un obscurcissement
plus ou moins complet de la vision. Le contexte évoque soit une
complication d'une néovascularisation (rétinopathie diabétique,
occlusion veineuse, drépanocytose...), soit une déchirure
rétinienne (plus fréquente chez le sujet myope).
L'examen de l'ensemble de la rétine, après dilatation
pupillaire maximum, est indispensable. Lorsque la rétine est
masquée par l'hémorragie, l'échographie, en mode
B, apporte une aide diagnostique importante en permettant, notamment,
de rechercher un décollement de rétine.
Décollement de rétine
Le décollement de rétine peut être idiopathique
(il est dit rhegmatogène et est lié à la présence
d'une déchirure rétinienne) ou secondaire.
Le décollement de rétine rhegmatogène est la
conséquence de l'accumulation de liquide entre le neuro-épithélium
et l'éphitélium pigmentaire. Trois conditions prédisposent
à sa survenue : l'aphakie, la sénescence et la myopie.
Sa survenue est annoncée par des prodromes associant myodesopsies,
qui traduisent la survenue d'un décollement postérieur du
vitré, et phosphènes, témoins de tractions s'exerçant
sur la rétine par le vitré en voie de décollement.
Le décollement de rétine se traduit initialement par
une amputation du champ visuel survenant dans le territoire de la rétine
décollée puis par une baisse brutale de l'acuité
visuelle lorsque le décollement atteint la macula.
L'examen ophtalmologique retrouve souvent un tonus oculaire abaissé,
l'examen soigneux du fond d'il apprécie l'étendue
du décollement, le siège des déchirures et l'existence
d'une prolifération vitréo-rétinienne, facteur de
mauvais pronostic, l'examen de l'il adelphe recherche des lésions
favorisant la survenue de déchirures qui peuvent être traitées
de façon préventive par laser.
Les décollements de rétine peuvent être secondaires,
de nature tractionnelle comme au cours du diabète, ou secondaire
à un processus tumoral (mélanome, métastases...).
Occlusion artérielle
En cas d'occlusion du tronc de l'artère centrale de la rétine,
la baisse d'acuité est en règle générale sévère,
brutale et d'emblée maximale, laissant une acuité finale
inférieure à 1/20.
Il existe une abolition unilatérale du réflexe photomoteur
sous la forme d'une mydriase.
L'examen du fond d'il et l'angiographie confirment le diagnostic
: la rétine est pâle, ischémique, contrastant avec
la macula qui apparaît rouge cerise ; les vaisseaux sont grêles
et déshabités.
Il faut, dans tous les cas, évoquer en premier lieu la maladie
de Horton. Les autres étiologies sont représentées
par le diabète, l'hypertension artérielle, l'artériosclérose
et les cardiopathies emboligènes. Un bilan recherchant des facteurs
de risques cardio-vasculaires sera systématiquement réalisé
(tableau 2). Le pronostic
fonctionnel est pauvre et la récupération généralement
médiocre.
Parfois, il ne s'agit que de l'occlusion d'une branche de l'artère
centrale, le tableau clinique est alors celui d'une amputation limitée
du champ visuel dans le territoire de l'artère occluse.
Occlusion veineuse
La baisse d'acuité, due à une occlusion du tronc de
la veine centrale, est d'importance variable, allant d'une acuité
visuelle normale à une simple perception lumineuse. Les signes
rétiniens associent veines tortueuses, dilatées, dème
rétinien et papillaire, et nombreuses hémorragies en flammèches
(figure 4).
On distingue schématiquement trois formes d'occlusions veineuse
selon le degré d'atteinte du lit capillaire rétinien : des
formes démateuses, ischémiques et mixtes.
Les étiologies sont dominées par l'hypertension artérielle,
l'artériosclérose, la contraception orale, les hémopathies
et le glaucome (tableau 2).
Le pronostic fonctionnel est lié aux complications : dème
maculaire dans le cas des formes démateuses, hémorragies
intravitréennes, décollement de rétine tractionnel
et glaucome néovasculaire dans le cas des formes ischémiques.
En cas d'occlusion de branche, la symptomatologie est beaucoup plus
discrète, limitée au territoire d'occlusion, et peut être
parfois révélée par une complication (hémorragies
intravitréennes à partir de néovaisseaux prérétiniens).
Neuropathies optiques
En cas de neuropathie optique, la baisse d'acuité visuelle
est variable et peut aller jusqu'à la cécité. Elle
s'associe à des altérations du réflexe photomoteur
et du champ visuel. Il existe, par ailleurs, une perturbation de la vision
des couleurs, une dyschromatopsie d'axe rouge-vert et des modifications
des potentiels évoqués visuels sous la forme d'allongement
des temps de latence et de diminution des amplitudes. Les signes ophtalmoscopiques
sont variables : dème papillaire, atrophie optique, déficit
fasciculaire, voire papille normale. Les étiologies sont dominées,
chez le sujet âgé, par les causes vasculaires : la neuropathie
optique ischémique antérieure aiguë (NOIAA) correspond
à l'occlusion d'une artère destinée à la tête
du nerf optique. La maladie de Horton est le diagnostic étiologique
à évoquer en première intention devant cette neuropathie,
l'artériosclérose, les vascularites et les maladies hématologiques
en étant d'autres causes possibles. L'enquête étiologique
est la même que pour l'occlusion de l'artère centrale de
la rétine. Les causes inflammatoires sont au premier plan chez
le sujet jeune (sclérose en plaques, virose, causes locorégionales).
La neuropathie optique peut avoir une origine toxique, fréquemment
secondaire à une intoxication alcoolo-tabagique, mais également
médicamenteuse ou professionnelle. La baisse d'acuité
est réversible si l'arrêt de l'intoxication est précoce
(tableau 2).
Maculopathies
Les maculopathies associent, à une baisse d'acuité visuelle,
la présence de métamorphopsies, de micropsies et d'un
scotome central. L'ensemble constitue le syndrome maculaire.
* Choriorétinopathie séreuse centrale
La choriorétinopathie séreuse centrale est une affection
qui touche le plus souvent les sujets de sexe masculin, souvent dans un
contexte de stress. Elle se caractérise, sur le plan fonctionnel,
par un syndrome maculaire auquel s'ajoute une hypermétropie croissante
en raison de l'apparition d'une bulle de décollement séreux
du neuro-épithélium maculaire, bien visible au fond d'il
et confirmée par l'angiographie qui objective, par ailleurs, le
point de fuite à l'origine du décollement.
L'évolution est en règle générale spontanément
favorable, parfois hâtée par la photocoagulation au laser
du point de fuite, les récidives sont possibles.
* Toxoplasmose oculaire
La toxoplasmose constitue la cause la plus fréquente de maculopathie
inflammatoire du sujet jeune. Il s'agit de toxoplasmose de transmission
materno-ftale. Le fond d'il montre des lésions de
choriorétinite, sous forme de foyers blanchâtres aux bords
estompés et d'autant plus symptomatiques qu'ils sont proches
du pôle postérieur. Le diagnostic est facilité par
la ponction de chambre antérieure avec dosage des anticorps.
L'évolution se fait vers la cicatrisation, sous la forme d'une
cicatrice atrophique.
* Dégénérescence maculaire
liée à l'âge
La dégénérescence maculaire liée à
l'âge est la principale cause de cécité, dans les
pays industrialisés, chez les sujets âgés de plus
de 65 ans. Elle touche de façon équivalente les deux sexes
et sa fréquence augmente avec l'âge atteignant, dans la Framingham
Eye Study, près de 30 % de la population des 75-85 ans. Elle regroupe
un ensemble de formes cliniques qui diffèrent par leur aspect ophtalmoscopique,
angiographique et par leur évolution.
On oppose classiquement les formes dites sèches, ou atrophiques,
aux formes exsudatives, ou néovasculaires. Les formes sèches
comprennent des formes avec drusen et des formes atrophiques. Dans les
formes atrophiques, on note, initialement, une gêne à la
lecture accompagnée d'un besoin croissant d'un éclairage
plus fort, puis la vision devient de plus en plus difficile en raison
de l'apparition de scotomes paracentraux.
Sur le plan visuel, ces formes aboutissent à une perte progressive
de la vision centrale rendant impossible la lecture, la vision périphérique
étant quant à elle, comme dans toutes les formes de dégénérescence
maculaire liée à l'âge, toujours conservée,
préservant les possibilités d'orientation.
Les formes exsudatives de cette dégénérescence
constituent un tournant évolutif de la maladie. L'affection, jusque-là
chronique, devient alors aiguë. L'apparition de néovaisseaux
sous-rétiniens est responsable d'une baisse d'acuité visuelle,
de métamorphopsies et de micropsies. Leur prise en charge constitue
une urgence thérapeutique. À ce jour, le seul traitement
des formes comportant des néovaisseaux individualisés extrafovéolaires
ayant fait preuve de son efficacité est la photocoagulation au
laser. La chirurgie et la radiothérapie sont des soutions de remplacement
en cours d'expérimentation, leur efficacité n'étant
pas validée.
Seul un traitement précoce des formes exsudatives permet d'éviter
de passer au stade de cicatrice maculaire vascularisée, souvent
au-delà de toutes ressources thérapeutiques. Dans ce cas,
il est tout de même possible de proposer une rééducation
visuelle aux patients, facilitée par l'utilisation d'aides optiques
grossissantes.
Chez le sujet âgé, devant un syndrome maculaire, il faut
avant tout évoquer une complication néovasculaire d'une
dégénérescence maculaire liée à l'âge.
Elle doit être suspectée chez tout sujet de plus de 60
ans, d'autant plus qu'il existe des lésions de dégénérescence
maculaire liée à l'âge connues dans ses antécédents
familiaux. Sa prise en charge thérapeutique constitue une urgence.
* Trou maculaire
Le trou maculaire est la conséquence de traction tangentielle
exercée par le cortex vitréen sur la partie centrale de
la macula : la fovéa. Le cortex vitréen, en se détachant,
emporte avec lui les couches rétiniennes internes, ce qui entraîne
la formation du trou maculaire.
Une prédominance féminine est notée dans plus
de deux tiers des cas, l'âge moyen de survenue étant d'environ
65 ans.
Le trou maculaire est annoncé, initialement, par des troubles
fonctionnels caractéristiques : les métamorphopsies, lors
de la lecture les lettres, paraissent déformées, puis le
patient constate la disparition de lettres dans un mot. Enfin, au stade
du trou maculaire constitué, la baisse d'acuité visuelle
s'installe. Elle est, en règle générale, importante.
Le diagnostic repose sur l'examen biomicroscopique. Il objective le
trou maculaire, en précise l'importance et apprécie les
rapports entre la fovéa et le cortex vitréen. Au terme
de ce bilan, les trous maculaires peuvent être classifiés
en quatre stades. Le stade 1 correspond à une menace de trou
maculaire et justifie l'abstention thérapeutique en raison de
sa fréquente régression spontanée. Le traitement
chirurgical est indiqué pour les autres stades. Il consiste en
une vitrectomie associée à une injection de gaz et à
un positionnement.
* Membrane épi-maculaire
Il s'agit d'une affection fréquente caractérisée
par une prolifération fibrocellulaire se développant à
la surface de la macula.
Les membranes épi-maculaires sont habituellement primitives
et sont liées au décollement du vitré. Toutefois,
dans un certain nombre de cas, elles peuvent être secondaires à
diverses affections rétiniennes : décollement de rétine,
uvéite... Leur retentissement sur la fonction visuelle est habituellement
modéré et associe baisse d'acuité visuelle et métamorphopsies.
Le diagnostic est à la fois ophtalmoscopique et angiographique.
L'examen du fond d'il retrouve un aspect brillant de la rétine
dans la région maculaire, avec des plis rétiniens superficiels,
les vaisseaux rétiniens apparaissent tortueux, attirés vers
la macula.
Le traitement est chirurgical. L'indication est posée lorsque
l'acuité visuelle passe en dessous de 5/10, lorsque les métamorphopsies
deviennent gênantes ou lorsque la vision binoculaire est perturbée.
* Maculopathie démateuse
Il s'agit d'une affection fréquente caractérisée
par l'accumulation de liquide intrarétinien et extracellulaire
dans la région maculaire. Lorsque le liquide s'accumule dans des
cavités pseudokystiques, appelées logettes, l'dème
maculaire est dit cystoïde et il se traduit cliniquement par un syndrome
maculaire typique, comportant une baisse d'acuité visuelle progressive,
portant surtout sur la vision de près. L'examen au biomicroscope
met en évidence l'augmentation d'épaisseur de la rétine
et, parfois, les logettes elles-mêmes.
Le diagnostic clinique est souvent difficile, l'angiographie à
la fluorescéine est donc toujours indiquée, montrant la
diffusion du colorant aux temps tardifs.
Les principales étiologies sont soit vasculaires (rétinopathie
diabétique, occlusion veineuse), soit inflammatoires (uvéite
chronique, chirurgie de la cataracte).
* Maculopathie toxique
Nous ne citerons que l'intoxication aux antipaludéens de synthèse
chez des patients recevant cette thérapeutique au long cours
pour une affection systémique, car ce traitement est en effet
responsable d'une dépigmentation de la région maculaire
aboutissant à une altération définitive de la vision
centrale. Une surveillance ophtalmologique est donc nécessaire
pendant toute sa durée.
Baisse d'acuité
visuelle ancienne, d'installation lentement progressive et ne pouvant
être améliorée par des verres correcteurs
Dystrophies maculaires héréditaires
Ces dystrophies constituent un groupe hétérogène
d'affections génétiquement déterminées.
Les plus sévères sont responsables d'une très mauvaise
vision dès l'adolescence (maladie de Stargardt, dystrophie des
cônes, rétinoschisis juvénile), d'autres sont compatibles
avec une relative bonne vision (dystrophie vitelliforme, dystrophie
réticulée). Le diagnostic repose sur le contexte familial,
l'aspect biomicroscopique, l'angiographie et les épreuves électrophysiologiques.
Rétinopathies pigmentaires
Les rétinopathies pigmentaires sont des affections d'origine
génétique, caractérisées par une dégénérescence
progressive des photorécepteurs rétiniens et, sur le plan
clinique, par l'existence d'une héméralopie et d'une constriction
progressive du champ visuel périphérique avec préservation
initiale du champ visuel central.
L'examen du fond d'il retrouve des mottes de migrations pigmentaires
associées à une pâleur papillaire et à un rétrécissement
du calibre des artères rétiniennes.
Le diagnostic est clinique, facilité par des éventuels
antécédents familiaux. L'électrorétinogramme
peut être utile dans les cas douteux. Le pronostic visuel dépend
essentiellement du type de transmission génétique.
Glaucome chronique à angle ouvert
Il s'agit d'une affection insidieuse, d'installation lente et asymptomatique,
détruisant de manière irréversible les fibres optiques,
mais n'aboutissant à une baisse d'acuité visuelle pouvant
aller jusqu'à la cécité que dans les stades terminaux.
Le glaucome chronique à angle ouvert est caractérisé,
dans sa forme typique, par l'association de quatre signes cardinaux :
l'hypertonie oculaire, l'existence d'un angle ouvert en gonioscopie, des
altérations du champ visuel et des modifications de la papille
à type d'excavation.
Les altérations du champ visuel font la gravité de l'affection.
Seul le dépistage systématique, par la prise du tonus
oculaire à partir de 40 ans lors de toute consultation ophtalmologique,
permet la prise en charge précoce du glaucome chronique à
angle ouvert.
Atteintes cornéennes
Les baisses d'acuité visuelle liée à une pathologie
cornéenne sont peu fréquentes dans les pays industrialisés.
Les cicatrices cornéennes d'un processus infectieux (herpès
ou autres affections virales), les dystrophies cornéennes isolées
(kératocône) ou familiales et, surtout, les décompensations
cornéennes consécutives à une chirurgie de la cataracte
sont les principales étiologies. Le diagnostic est clinique,
et repose sur l'examen à la lampe à fente.
Cataracte
La cataracte est la principale cause de baisse d'acuité visuelle
chez les sujets âgés : plus de 200 000 cataractes sont opérées
chaque années en France.
Le cristallin est une lentille normalement transparente, avasculaire,
constituée d'une capsule, d'un noyau central et d'un cortex. Son
opacification progressive, ou cataracte, est responsable d'une baisse
d'acuité visuelle, d'installation progressive et d'importance variable
en fonction du degré d'opacification et du siège des opacités
cristalliniennes.
La sénéscence en est la cause principale et on parle
de cataracte sénile après 65 ans. Plus rarement, la cataracte
peut être la conséquence d'un traumatisme, d'une maladie
oculaire (myopie, uvéite...), d'une affection générale
(diabète, sclérodermie...) ou d'une affection congénitale
: embryopathie (rubéolique en particulier), maladie métabolique
(notamment les galactosémies) ou syndrome malformatif (trisomie
21, myopathie de Steinert...).
Les signes fonctionnels de la cataracte consistent en une baisse d'acuité
visuelle, portant, dans un premier temps, essentiellement sur la vision
de loin, associée à un éblouissement en lumière
vive et, parfois, à une diplopie monoculaire. Elle est, en règle
générale, bilatérale, le plus souvent asymétrique.
Le diagnostic de cataracte est évident lorsque celle-ci est
totale : l'acuité visuelle est réduite à la perception
lumineuse, le réflexe photomoteur est présent et la lueur
pupillaire est blanche. On parle alors de leucocorie.
Un bilan ophtalmologique complet, comprenant examen biomicroscopique,
prise du tonus oculaire et examen soigneux du fond d'il, sera
toujours réalisé afin d'éliminer les autres causes
de baisse d'acuité visuelle qui pourraient compromettre la récupération
fonctionnelle après traitement chirurgical.
Perte de la transparence du vitré
En raison d'une inflammation chronique du vitré, les uvéites
postérieures peuvent être responsables de baisse d'acuité
visuelle d'installation progressive, associant impression de brouillard
et de myodésopsies.
Les hémorragies intravitréennes doivent faire réaliser
un bilan étiologique (à la recherche de déchirures
ou d'une néovascularisation rétinienne).
Baisse d'acuité
visuelle ancienne, prolongée et pouvant être améliorée
par des verres correcteurs
Il existe un trouble réfractif : les rayons lumineux provenant
de l'infini ne se focalisent pas sur la rétine, l'il est
alors dit amétrope. On distingue différents types d'amétropie
:
la myopie, où l'image d'un objet situé à
l'infini se focalise en avant du plan rétinien, le myope a donc
une mauvaise acuité en vision de loin, alors qu'il voit de façon
nette de près. La myopie est due à une longueur excessive
du globe (myopie axile) ou à une augmentation de la puissance du
cristallin (myopie d'indice) ;
l'hypermétropie, où l'image d'un objet situé
à l'infini se focalise en arrière du plan rétinien.
Tant que le pouvoir d'accommodation de l'hypermétrope est satisfaisant,
il peut, en accommodant, refocaliser l'image sur la rétine et neutraliser
son hypermétropie. Mais lorsque l'hypermétropie est trop
forte, ou lorsque le pouvoir d'accommodation devient insuffisant, une
gêne visuelle survient, tout d'abord en vision de près, puis
de loin ;
l'astigmatisme est lié à une différence
de puissance entre deux rayons de courbure cornéens, responsable
d'une vision imparfaite de près et de loin ;
la presbytie atteint tous les sujets après 45 ans, elle
est liée à la réduction progressive de l'accommodation,
à l'origine de difficultés de lecture, le sujet devant progressivement
éloigner de plus en plus son texte de ses yeux.
ENCADRÉ
Méthodes d'exploration de l'acuité
visuelle
L'exploration de l'acuité visuelle permet l'étude de
la vision centrale, ou vision fovéolaire, la fovéa étant
la zone rétinienne centrale où les cellules visuelles
ne sont que des cônes, photorécepteurs les plus sensibles.
L'acuité visuelle est le reflet du pouvoir
séparateur de l'il, c'est-à-dire de sa capacité
à distinguer deux points très proches l'un de l'autre. Cet
écart entre deux points est estimé en angle et constitue
l'unité de mesure des échelles d'acuité visuelle.
Tout trouble de la transparence des milieux, toute
atteinte rétinienne centrale, toute altération de la conduction
nerveuse peuvent modifier l'acuité visuelle.
L'acuité visuelle de loin est mesurée
à l'aide d'optotypes dont le graphisme est variable : l'échelle
de Monoyer est la plus utilisée, elle comprend des lettres alphabétiques
de dimension décroissante, lues à 5 mètres de distance.
En France, les résultats sont exprimés en 10e
selon la ligne de plus petite dimension lue par le sujet. L'acuité
visuelle normale se situe entre 10/10 et 15/10.
Pour les illettrés, une échelle de
chiffres ou l'échelle des E de Snellen (faite de E dont on doit
préciser la position des branches) peut être utilisée.
La vision de près fait intervenir le phénomène
d'accommodation, mécanisme par lequel le cristallin modifie sa
courbure afin que les rayons lumineux restent focalisés sur la
rétine.
Différents tests de lecture sont utilisés
en vision de près : l'échelle de Parinaud est la plus courante,
elle comprend des fragments de texte de dimension décroissante
et est lue à 33 centimètres Le sujet normal peut lire Parinaud
2. Le texte Parinaud 14 correspond à l'acuité visuelle de
près la plus mauvaise.
Devant toute baisse d'acuité visuelle, on
recherche une anomalie de la réfraction (myopie, hypermétropie,
astigmatisme et presbytie) pouvant être améliorée
par une correction optique.
Dans tous les autres cas, seul un examen ophtalmologique
complet permet l'approche du diagnostic étiologique.
L'interrogatoire précise les antécédents
personnels et familiaux, généraux et ophtalmologiques.
Il précise le type de baisse d'acuité
visuelle, notamment la rapidité évolutive et l'existence
de douleurs associées.
L'examen du segment antérieur sera réalisé
au biomicroscope (ou lampe à fente) avec étude d'avant en
arrière de l'aspect cornéen, de l'état de la chambre
antérieure et de l'iris, du réflexe pupillaire de l'état
du cristallin.
La mesure du tonus oculaire est systématique.
Enfin, l'examen du segment postérieur apprécie la transparence
du vitré et l'état rétinien, notamment l'aspect de
la macula, des vaisseaux et de la papille.
Les examens complémentaires sont orientés
par l'examen clinique. Les plus fréquemment pratiqués sont
l'angiographie rétinienne à la fluorescéine, les
champs visuels, l'échographie et les examens électrophysiologiques.
Au terme de ce bilan initial, on oppose classiquement
les baisses d'acuité visuelle récentes et brutales ou rapidement
progressives aux baisses d'acuité visuelle anciennes et d'installation
lentement progressive (figures
1 et 2).
Cercle périkératique
: hyperhémie conjonctivale
prédominant autour de la cornée. Il s'observe en cas de
glaucome par fermeture de l'angle et de kératite.
Diplopie
: vision double. Lorsqu'elle persiste à l'occlusion d'un
il, elle est dite monoculaire, dans le cas contraire elle est binoculaire.
Emmétropie :
chez le sujet normal, les rayons lumineux venant de l'infini se focalisent
sur la rétine, sans accommodation : l'il est dit emmétrope.
Héméralopie
: mauvaise vision crépusculaire.
Métamorphopsies
: perturbation de la perception
des images qui sont vues déformées, les lignes droites apparaissent
ondulées. Elles sont le témoin d'une atteinte maculaire.
Micropsies :
perception anormale d'une image qui apparaît de très
faible dimension.
Myodésopsies :
impression de corps flottants se déplaçant avec inertie
lors des mouvements du globe. Ils sont particulièrement bien perçus
dans les situations de fort contraste.
Phosphènes :
impression lumineuse survenant sous la forme d'éclairs
dans une partie du champ visuel.
Photophobie :
hypersensibilité douloureuse à la lumière,
elle peut être le témoin d'une atteinte du segment antérieur.
Scotome :
îlot de non-perception dans le champ visuel.
REFERENCES
* Nous ne citerons que quelques ouvrages de référence
dans la bibliographie compte tenu de la diversité des pathologies
traitées ici.
* Chaine G., et al. 1990. Ophtalmologie et pathologie générale.
Paris : Doin, 130 p.
* Cohen S.Y., Quentel G. 1997. Diagnostic angiographique des maladies
rétiniennes. Paris : Elsevier, 309 p.
* Collectif. Encyclopédie médico-chirurgicale. EMSE (6
volumes).
* Flament J., Storck D. 1997. il et pathologie générale.
Rapport de la Société française d'ophtalmologie
1997. Paris : Masson, 822 p.
* Douglas Cullom R. Jr, Chang B. 1994. The Wills eye manual.
Philadelphie : J.B. Lippincott Company, 490 p. (Sur les urgences en
ophtalmologie.)
* Jiménez-Sierra J.M., Ogden T.E., Van Boemel G.B. 1989.
Inherited retinal diseases. Saint-Louis : Mosby, 289 p. (Sur les
affections rétiniennes héréditaires.)
* Krachmer J.H., Palay D. 1995. Cornea, color atlas. Saint-Louis
: Mosby, 306 p.
* Nussenblatt R.B., Whitcup S.M., Palestine A.G. 1989. Uveitis.
Mosby, 447 p.
* Pouliquen Y. 1984. Précis d'ophtalmologie. Paris :
Masson, 637 p.
* Spalton D.J., Hitchings R.A., Hunter P.A. 1986.
Atlas d'ophtalmologie clinique. Paris : MEDSI, 350 p.
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