Home > Journals > Medicine > Médecine thérapeutique > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine thérapeutique
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

Anomalies génétiques de la biosynthèse et de la réceptivité à l’oestradiol


Médecine thérapeutique. Volume 4, Number 4, 333-8, Avril 1998, Mécanisme des maladies


Résumé  

Author(s) : Gilbert Schaison.

Pictures

ARTICLE

Il était postulé que les œstrogènes jouaient un rôle critique pour la survie de l'embryon. En 1993, Lubhan et al. ont obtenu une lignée de souris présentant une invalidation du récepteur de l'œstradiol [1]. En 1994, Conte et al. ont rapporté le premier cas de mutation du cytochrome P450 de l'aromatase [2] et Smith et al. une mutation du récepteur de l'œstradiol chez l'homme [3]. L'absence d'œstrogènes n'est donc pas létale. Ces observations obligent à reconsidérer la physiologie des stéroïdes sexuels.

Biosynthèse des œstrogènes

De nombreuses enzymes interviennent dans la biosynthèse des œstrogènes. En dehors de la 3b-hydroxystéroïde déshydrogénase, qui transforme les stéroïdes D5 en stéroïdes D4, et de la 17b-hydroxystéroïde déshydrogénase, qui assure la conversion de l'androstènedione (A) en testostérone (T) et de l'œstrone (E) en œstradiol (E2), les enzymes de la stéroïdogenèse appartiennent à la famille des cytochromes P450.
La P450 SCC clive la chaîne latérale du cholestérol qu'elle transforme en prégnanolone. Les seules mutations décrites portent sur le gène de la protéine STAR (steroidogenic acute regulatory protein) qui assure le transport du cholestérol dans les mitochondries.
La P450 C17 est codée par un gène unique exprimant à la fois les activités 17a-hydroxylase et 17-20 lyase. Cette dernière transforme la 17-hydroxyprégnenolone en déhydroépiandrostérone (DHEA) et la 17-hydroxyprogestérone en D4-androstènedione. La mutation d'un acide aminé dans le site de liaison du partenaire d'oxydo-réduction entraîne la synthèse d'une protéine qui conserve l'activité 17a-hydroxylase mais perd l'activité 17-20 lyase [4].
La P450 aromatase (P450 Arom), qui catalyse la conversion des androgènes en œstrogènes, constitue l'étape clé de la biosynthèse des œstrogènes. Cette enzyme microsomiale est une protéine hémique qui lie les stéroïdes en C19 et conduit à la formation du noyau A phénolique caractéristique des œstrogènes. La réaction est en fait assurée par un complexe enzymatique situé dans le réticulum endoplasmique et associant la P450 Arom et une NADP-cytochrome P450 réductase (NADP ou NADPH : nicotinamide-adénine-dinucléotide phosphate, oxydée ou réduite), flavoprotéine ubiquitaire qui assure l'équilibre d'oxydo-réduction. Ainsi, l'aromatisation utilise trois molécules d'oxygène et trois molécules de NADPH pour chaque molécule en C19 métabolisée.
Le gène de l'aromatase a été cloné. Il est situé sur le chromosome 15 en p21.1. Il est long de 75 kilobases et comprend 10 exons. Mais la région codante commence à l'exon II et se limite à 9 exons. Il y a une seule enzyme codée pour un seul gène CYP 19. Il existe plusieurs promoteurs spécifiques de tissus. Les transcrits dans différents tissus ont donc des terminaisons 5' différentes. Mais la protéine codée par ces transcrits est toujours la même quel que soit le site tissulaire. Le gène est exprimé dans l'ovaire, le placenta, le tissu adipeux, les cellules de Leydig et le cerveau. Les œstrogènes formés dépendent du substrat en C19 et du site d'aromatisation : formation de E2 à partir de la testostérone au niveau de l'ovaire, de E1 à partir de l'androstènedione dans le tissu adipeux, de E3 à partir de la 16a-hydroxy-DHEA dans le placenta.
Dans l'ovaire, l'expression du gène de l'aromatase utilise un promoteur proximal, le promoteur 2. L'aromatase est exprimée dans les cellules de la granulosa des follicules préovulatoires et du corps jaune. Elle est sous contrôle de l'hormone folliculostimulante (FSH, follicle stimulating hormone) qui se lie à son récepteur à 7 domaines transmembranaires et stimule l'adénylcyclase via la protéine GaS. Il en résulte une maturation de la protéine kinase A. Les événements en amont sont moins clairs. Mais la protéine de liaison de l'élément de réponse de l'adénosine monophosphate cyclique (CREB) et le facteur de la stéroïdogenèse SF1 agissent ensemble pour véhiculer l'expression du gène CYP 19. L'activité aromatase des cellules de la granulosa maintient la concentration plasmatique des œstrogènes au cours du cycle menstruel.
Au niveau du placenta, l'expression de l'aromatase dépend du promoteur distal en amont de l'exon 1 non traduit. Cette aromatase placentaire protège la mère et le fœtus féminin de toute imprégnation androgénique.

Au niveau du tissu adipeux, l'aromatase est exprimée dans les cellules stromales qui entourent les adipocytes. Les transcrits proviennent de l'exon I4 distal non traduit 20 kb en aval de l'exon I1. Le tissu adipeux contient en plus des transcrits spécifiques du promoteur II et de l'exon I3. L'activité aromatase du tissu adipeux constitue une source principale d'œstrogènes chez la femme après la ménopause et chez l'homme [5]. Les cytokines IL1 (interleukine 1), IL6 et TNF (tumor necrosis factor) stimulent l'expression de l'aromatase dans le tissu adipeux. Elle est corrélée avec l'incidence du cancer de l'endomètre et du sein. Au niveau de la glande mammaire, l'activité aromatase est exprimée de façon plus marquée dans le tissu adipeux péritumoral [6]. Les cytokines IL1, IL6 et TNF stimulent l'expression de l'aromatase dans le tissu adipeux [7].

Anomalies génétiques de la P450 aromatase

L'aromatase ovarienne est sous le contrôle de la FSH (figure 1). Les mutations du gène de la sous-unité b de la FSH [8] de même que les mutations du récepteur de la FSH entraînent une absence de stimulation de l'aromatase et un déficit en œstrogènes [9]. Seules seront étudiées ici les mutations du gène CYP 19 de l'aromatase.
Il s'agit d'une maladie récessive autosomique. Moins de dix observations de mutation de CYP 19 ont été rapportées [7, 10]. Le premier cas est celui d'une femme avec mutation homozygote entre l'exon 6 et l'intron 6. Celle-ci ajoute 87 pb dans la région codante, ce qui entraîne une protéine anormale avec 29 amino-acides additionnels. Le deuxième cas est celui d'un hétérozygote composite avec deux mutations faux sens dans la région liant l'hème au niveau de l'exon 10 [11]. Deux autres cas, chez un frère et une sœur, ont été rapportés avec la même mutation homozygote dans l'exon 9 résultant en une cystéine au lieu d'une arginine en position 375 (R 375 C) [12]. Dans une autre observation, il s'agissait d'une mutation homozygote R457 X, entraînant un codon stop dans l'exon 10. Le cas le plus récent est celui d'une femme hétérozygote composite [13]. La mutation ponctuelle de Pr 408 dans l'exon 9 entraînait un déplacement du cadre de lecture et un codon stop 111 pb en aval. L'autre mutation siégeait entre l'exon 3 et l'intron 3 conduisant à un codon stop 3 pb en aval. Dans tous ces cas, la transfection in vitro dans les cellules Cos de l'ADNc des divers mutants n'a obtenu qu'une activité aromatase inférieure à 1 % du type sauvage.
Les œstrogènes chez la femme sont nécessaires au développement des caractères sexuels secondaires, à la régulation des gonadotrophines, à la préparation des tissus à l'action de la progestérone, au maintien de la masse osseuse, à la régulation de la synthèse des lipoprotéines et à la prévention des maladies cardio-vasculaires. Chez l'homme, leur rôle par rapport aux androgènes n'est pas parfaitement défini.
L'absence d'œstrogènes par déficit en aromatase entraîne, au cours de la grossesse, une virilisation maternelle et, chez le fœtus XX, un pseudo-hermaphrodisme féminin. Le placenta humain est génétiquement du tissu fœtal. Il est seul capable d'aromatiser des quantités massives d'androgènes en œstrogènes. Le rôle physiologique de cette sécrétion placentaire d'œstrogènes n'est pas clair. L'aromatase placentaire, en particulier, n'a pas de rôle déterminant sur l'évolution de la grossesse. Quand il existe une production excessive de stéroïdes en C19, par un lutéome au cours de la grossesse par exemple, la capacité d'aromatisation est dépassée. Une élévation parallèle des androgènes et des œstrogènes se manifeste. À l'inverse, dans les déficits en aromatase placentaire, les œstrogènes, notamment E2 et E3, sont très bas, égaux à environ 0,1 % des valeurs normales. Les androgènes précurseurs d'origine maternelle et, surtout, la DHEA produite par la surrénale fœtale sont convertis en androstènedione et en testostérone dans le placenta. Ces androgènes, non aromatisés, entraînent, à partir de la douzième semaine de grossesse, une virilisation maternelle avec acné, hirsutisme et clitoromégalie. Cette hyperandrogénie s'aggrave puis disparaît progressivement après l'accouchement. En cas de fœtus féminin, le déficit en aromatase entraîne, à la naissance, une ambiguïté sexuelle avec soudure labio-scrotale et hypertrophie clitoridienne. À la puberté, la virilisation s'accentue. Il n'y a pas de développement mammaire ni de poussée de croissance pubertaire. Cependant, en raison de la non-soudure des épiphyses, la taille définitive est supérieure à la normale. À l'échographie, les ovaires sont augmentés de volume et multikystiques. Les androgènes A et T sont élevés, E2 et E1 sont bas. Les gonadotrophines LH (luteinizing hormone) et FSH sont l'une et l'autre augmentées. La biopsie ovarienne, pratiquée dans un cas, a révélé un tableau de dystrophie ovarienne polykystique avec hyperplasie thécale. Le traitement par l'œstradiol est efficace, permettant la puberté.
Il est remarquable que ce tableau de gros ovaires multikystiques puisse être observé dans les premières années de la vie. Surtout, les concentrations de LH et FSH sont mesurables et la réponse à la GnRH (gonadotrophin releasing hormone) est excessive bien avant la puberté. Dans une observation, l'administration de 0,4 milligramme d'œstradiol par jour pendant 50 jours a fait diminuer les gonadotrophines et rétrocéder les kystes ovariens [13]. Le déficit en aromatase et l'absence d'œstrogènes sont donc responsables de l'élévation des gonadotrophines et du développement multikystique des ovaires. Une quantité minime d'E2, mesurable par une méthode ultra-sensible utilisant le récepteur recombinant, est sécrétée par l'ovaire avant la puberté. Celle-ci est nécessaire au maintien des concentrations basses de gonadotrophines, à cette période de la vie où l'existence d'un rétrocontrôle négatif de l'œstradiol n'a pas été établie.
Chez le garçon, la puberté est normale. Le volume testiculaire est variable, inférieur ou supérieur aux normes. Dans les deux cas rapportés, il existait une oligospermie avec mobilité des spermatozoïdes diminuée ou nulle. En raison de la non-soudure des cartilages de conjugaison, la taille est grande, parfois supérieure à 2 mètres, avec importante ostéopénie. Sur le plan biologique, les marqueurs osseux confirment la carence œstrogénique. Il en est de même des concentrations basses de HDL et sans doute de la résistance à l'insuline, avec intolérance au glucose. Surtout, malgré une concentration normale ou élevée de testostérone plasmatique, la LH et la FSH sont élevées. L'augmentation des gonadotrophines est cependant moindre que chez les castrats. Le traitement par l'œstradiol entraîne une maturation osseuse, avec soudure des épiphyses, une élévation des lipoprotéines de haute densité (HDL) et une diminution des lipoprotéines de basse densité (LDL) [14]. Le spermogramme reste inchangé. Mais surtout E2 entraîne une suppression complète de la LH et de la FSH. Aucun de ces effets n'est obtenu par l'administration d'androgènes. Ces résultats prouvent que la régulation de la LH chez l'homme est assurée essentiellement par les œstrogènes circulants ou produits par aromatisation au niveau hypothalamo-hypophysaire. Dans l'un et l'autre sexe, l'absence d'imprégnation œstrogénique ne semble pas intervenir dans le développement psycho-sexuel. L'identification sexuelle, la libido et les rapports sexuels sont normaux.
Ainsi, le déficit en aromatase placentaire est responsable de la virilisation fœtale et celui en aromatase ovarienne de la virilisation pubertaire. Il existe sans doute des mutations de CYP 19 jusqu'ici non décrites, entraînant un déficit partiel en aromatase. De plus, comme l'expression du gène est régulée par des promoteurs tissus spécifiques, la formation d'œstrogènes peut être supprimée dans un seul tissu, placenta, ovaires ou tissu adipeux.

Il n'existe qu'un seul modèle animal d'activité aromatase placentaire très basse. Chez la hyène tachetée, la femelle présente une virilisation fœtale avec soudure labio-scrotale et hypertrophie du clitoris. L'aromatase ovarienne est normale. La hyène tachetée ovule et se reproduit. Il s'agit donc d'un processus physiologique. Il n'a pas été obtenu, jusqu'à présent, de souris avec invalidation du gène CYP 19.

Récepteur de l'œstradiol

Le récepteur de l'œstradiol (ER) est une protéine nucléaire, membre de la famille des récepteurs stéroïdiens, qui fonctionne comme un facteur de transcription et qui est activée par le ligand (figure 2). Ce récepteur possède, dans la région COOH-terminale, un site de liaison de l'hormone qui est également responsable de la dimérisation du récepteur, de la liaison aux protéines de choc thermique (HSP, heat schock proteins) et de la localisation nucléaire. Il contient un facteur d'activation de la transcription (AF2) sur lequel agit l'hormone. Après le domaine de liaison à l'ADN vers la région NH2 terminale, il existe un autre facteur d'activation, ou AF1, qui n'est pas hormono-dépendant et agit de façon constitutive. Le mécanisme d'action moléculaire est donc le suivant : liaison de E2, activation du récepteur par dissociation des protéines de choc thermique, dimérisation et liaison des dimères à l'élément de réponse à E2, ou ERE, dans la région promotrice des gènes. Le complexe
H-ER peut également se lier sur le site AP1 de l'ADN sur lequel se lient les protéines Fos et Jun [15].
Le récepteur de l'œstradiol a été cloné il y a plus de 10 ans. Le gène est situé sur le bras long du chromosome 6 en q24-27. Il a été récemment identifié un ADNc codant pour un deuxième récepteur. Le gène différent est situé sur le chromosome 14q22-24. Ce deuxième récepteur est appelé ERb et le premier récepteur cloné Era [16]. Les deux gènes ont 96 % d'identité dans le site de liaison de l'ADN et 60 % dans le site de liaison de l'hormone. Ils lient E2 avec une affinité semblable. ERa est présent dans presque tous les tissus mâles et femelles [17]. Il prédomine au niveau de l'utérus, de l'hypophyse [18], de l'épididyme et est sans doute exclusif au niveau du rein. ERb est retrouvé surtout au niveau de l'ovaire, de la prostate, du cerveau et de l'os. Les spermatides contiennent exclusivement ERb. Il en est de même des cellules de la granulosa, mais le rôle d'ERb dans la croissance folliculaire est douteux. E2 agit donc via ERa ou ERb dans les cellules exprimant exclusivement les sous-types, par la formation d'un hétérodimère dans les cellules exprimant les deux types de récepteur [19].

La distribution tissulaire différente d'ERa et d'ERb peut contribuer à l'action sélective des agonistes et des antagonistes dans les différents tissus. En fait, l'activité transcriptionnelle du récepteur de l'œstradiol est modulée par plusieurs protéines qui sont des coactivateurs et des corépresseurs [20]. Ceux-ci se lient à AF2 et interagissent avec le récepteur de l'œstradiol à la façon d'un ligand (figures 3 et 4). SRC1 est un coactivateur général de tous les récepteurs des stéroïdes. La protéine de liaison de CREB (protéine régulant le gène activé par l'AMPc), ou CBP, constitue un autre coactivateur. SRC1 et CBP interagissent et augmentent de façon synergique l'activité transcriptionnelle du récepteur de l'œstradiol. De même, des corépresseurs (SMRT et N-CoR) ont été identifiés. Le récepteur lié à E2 a une forte affinité pour les coactivateurs, tandis que la forme non liée en a une pour les corépresseurs. La liaison d'un agoniste aux récepteurs change sa conformation dans le domaine de liaison du stéroïde. Ceci permet le recrutement de coactivateurs qui augmentent l'interaction du récepteur avec la machinerie transcriptionnelle. Dans le cas d'un antagoniste-agoniste, comme le 4OH tamoxifène, l'activation de la transcription dépend des taux relatifs de coactivateur et de corépresseur [21]. Dans une cellule présentant une concentration élevée de corépresseur, l'anti-œstrogène est un bon antagoniste. Dans une cellule avec concentration élevée de coactivateur, le tamoxifène est un agoniste partiel. En revanche, si le récepteur est occupé par un antagoniste pur, comme l'ICI 164 384, l'activité agoniste n'est pas observée en présence d'un coactivateur. Ceci explique que certaines substances puissent agir comme un agoniste dans certains tissus et comme un antagoniste dans d'autres, en fonction de la compétition coactivateur-corépresseur. Ceci permet également d'interpréter la sélectivité tissulaire de certains anti-œstrogènes, comme le raloxifène. Mais, ce dernier interfère également avec la position de l'hélice 12 du domaine de liaison de E2 au niveau du récepteur et bloque la transcription [22].

Anomalies génétiques du récepteur d'E2

Invalidation du gène du récepteur d'E2.
La souris ERKO

Les souris transgéniques ERKO ont une invalidation d'ERa [23, 24]. Les hétérozygotes ont la moitié de la protéine. Les souris mâles ont une atrophie testiculaire avec rétraction au niveau inguinal, altération tubulaire et atteinte de la spermatogenèse. Le nombre de spermatozoïdes et leur mobilité sont diminués. Les glandes sexuelles accessoires ne sont pas modifiées. Le comportement agressif est très réduit, posant le problème d'un rôle d'E2 dans l'agressivité. Sur le plan hormonal, la stéroïdogenèse testiculaire est normale. Les concentrations de LH et de FSH ne sont pas élevées. Ceci suggère que, chez la souris mâle, les androgènes et les peptides gonadiques règlent la fonction gonadotrope.

La souris femelle ERKO est infertile. Elle présente un utérus hypoplasique. Ni l'œstradiol ni le diéthyl-stilbœstrol ni le tamoxifène n'entraînent une augmentation de poids de l'utérus. L'insensibilité aux œstrogènes peut être étudiée par la régulation des gènes E2-dépendants, comme la lactoferrine et le récepteur de la progestérone. Chez les animaux de type sauvage ovariectomisés, l'œstradiol augmente de 300 fois l'ARNm de la lactoferrine. Chez la souris ERKO, il n'y a pas de modification du gène de la lactoferrine ni du récepteur à la progestérone. Parallèlement, les glandes mammaires ne sont pas développées, les canaux galactophores et les acini absents.

Au niveau ovarien, les follicules primaires, secondaires et les petits follicules antraux sont présents. Il n'y a ni ovulation ni corps jaune, mais présence de kystes ovariens hémorragiques semblables à ceux des animaux traités par les anti-œstrogènes. Les follicules kystiques hémorragiques sont sans doute secondaires à l'augmentation de la LH car ils sont semblables à ceux observés chez les souris transgéniques surexprimant la LH. La stéroïdogenèse ovarienne est normale, mais le rétrocontrôle négatif de l'œstradiol est absent. Il y a donc augmentation de la LH, de la testostérone et de l'œstradiol. La FSH est normale, apparemment réglée chez la souris ERKO par l'inhibine. Dans les deux sexes, la diminution de la densité osseuse est modeste et le système cardio-vasculaire intact. Ceci peut s'expliquer par la persistance d'ERb normal chez ces animaux dont seul ERa est invalidé [25].

Mutation du gène récepteur de l'œstradiol chez l'homme (figure 5)

Le syndrome d'insensibilité aux œstrogènes existe dans la race humaine. Mais il n'y a pour l'instant qu'une seule observation rapportée chez un homme [3]. La mutation était homozygote. Elle existait dans les deux allèlles du gène récepteur de l'œstradiol dans l'exon 2 au niveau du codon 157 avec remplacement de la cytosine en thymidine. Cette modification introduit un codon stop, ce qui entraîne une protéine tronquée qui est le récepteur sans activité fonctionnelle. Les deux parents étaient cousins et les trois filles hétérozygotes possédaient la même mutation au niveau du codon 157. Les femmes hétérozygotes devraient avoir une diminution de leur fertilité.
Le tableau clinique était celui d'un homme de 28 ans, de grande taille (supérieure à 2 m), avec virilisation complète, genu valgum sévère, diminution de l'âge osseux (15 ans) et non-soudure des épiphyses. La densité osseuse était diminuée avec augmentation des phosphatases alcalines osseuses et de l'ostéocalcine. Il existait un acanthosis nigricans avec hyperglycémie et hyperinsulinisme mal expliqués. Le volume testiculaire était normal, le nombre de spermatozoïdes également, mais avec asthénospermie marquée. Sur le plan biologique, il existait une élévation des concentrations plasmatiques d'E1 et d'E2 et des gonadotrophines LH et FSH élevées contrastant avec une testostérone normale. Le tableau était donc semblable à celui de la mutation du cytochrome P450 de l'aromatase mais avec élévation de l'œstradiol plasmatique. De plus, l'administration d'œstrogènes, sous forme d'œstradiol transdermique à la dose de 200 microgrammes par jour pendant 6 mois, n'a entraîné ni gynécomastie, ni modification de la densité osseuse, ni suppression des gonadotrophines. La régulation des gonadotrophines chez l'homme dépend donc étroitement de l'œstradiol. Elle dépend aussi de la testostérone, puisque la LH est élévée dans les syndromes d'insensibilité aux androgènes. Il est remarquable que, dans ce syndrome, il n'existe par ailleurs ni grande taille, ni ostéoporose.
Ainsi, les observations de mutation du cytochrome P450 de l'aromatase et du récepteur de l'œstradiol sont d'un intérêt physiologique considérable : les œstrogènes sont responsables de la soudure des cartilages de conjugaison et de la formation osseuse, et l'œstradiol assure de façon prédominante la régulation gonadotrope chez l'homme. D'autres cas seront certainement rapportés dans l'avenir, permettant de compléter les connaissances sur l'aromatase et le récepteur de l'œstradiol dans l'espèce humaine.

REFERENCES

1. Lubhan D.B., Moyer J.S., Golding T.S., Couse J.F., Korach K.S., Smithies O. 1993. Alteration of reproduction function but not prenatal sexual development after insertional disruption of the mouse estrogen receptor gene. Proc Natl Acad Sci USA 90 : 1162-1166.

2. Conte F.A., Grumbach M.M., Ito Y., Fisher C.R., Simpson E.R. 1994. A syndrome of pseudohermaphrodism, hypergonadotropic hypogonadism, and multicystic ovaries associated with missense mutations in the gene encoding aromatase. J Clin Endocrinol Metab 78 : 1287-1292.

3. Smith E.P., et al. 1994. Estrogen resistance caused by a mutation in the estrogen receptor gene in a man. N Engl J Med 331 : 1056-1061.

4. Biason-Lauber A., Leiberman E., Zachmann M. 1997. A single amino acid substitution in the putative redox partner-binding site of P450c17 as cause of isolated 17,20-lyase deficiency. J Clin Endocrinol Metab 82 : 3807-3812.

5. Bulun S.E., Simpson E.R. 1994. Competitive RT-PCR analysis indicates levels of aromatase cytochrome P450 transcript in adipose tissue of buttocks, thighs and abdomen of women increase with advancing age. J Clin Endocrinol Metab 78 : 428-432.

6. Bulun S.E., Simpson E.R. 1994. Breast cancer and expression of aromatase in breast adipose tissue. Trends Endocrinol Metab 5 : 113-120.

7. Simpson E.R., et al. 1997 Aromatase expression in health and disease. Rec Prog Horm Res 52 : 185-213.

8. Mattews C.H., et al. 1993. Primary amenorrhoea and infertility due to a mutation in the b subunit of the follicle stimulating hormone. Nat Genet 5 : 83-86.

9. Aittomäki K., et al. 1995. Mutation in the follicle stimulating hormone receptor gene causes hereditary hypergonadotropic ovarian failure. Cell 82 : 959-968.

10. Bulun S.E. 1996. Aromatase deficiency in women and men : would you have predicted the phenotypes ? J Clin Endocrinol Metab 81 : 867-871.

11. Ito Y., Fisher C.R., Conte F.A., Grunbach M.M., Simpson E.R. 1993. Molecular basis of aromatase deficiency in an adult female with sexual infantilism and polycystic ovaries. Proc Natl Acad Sci USA 90 : 11673-11677.

12. Morishima A., Grumbach M.M., Simpson E.R., Fisher C., Qin K. 1995. Aromatase deficiency in male and female siblings caused by a novel mutation and the physiological role of estrogens. J Clin Endocrinol Metab 80 : 3689-3698.

13. Mullis P.E., Yoshimura N., Kuhlmann B., Lippuner K., Jaeger P., Harada H. 1997. Aromatase deficiency in a female who is compound heterozygote for two new mutations in the P450 aromatase gene : impact of estrogens on hypergonadotropic hypogonadism, multicystic ovaries and bone densitometry in childhood. J Clin Endocrinol Metab 82 : 1739-1745.

14. Carani C., Qin K., Simoni M., Fasutini-Fustini M., Serpente S., Boyd J., Korach K.S., Simpson E.R. 1997. Effect of testosterone and estradiol in a man with aromatase deficiency. N Engl J Med 337 : 91-95.

15. Gustafsson J.A. 1998. Raloxifene : magic bullet for heart and bone. Nature Medicine 4 : 152-153.

16. Katzenellenbogen B.S. 1997. A new actor in the estrogen receptor drama-enter ER-b. Endocrinol 133 : 861-862.

17. Kuiper G.G.J.M., Carlsson B.O., Grandien K.A.J., Enmark E., Häggblad J., Nilsson S., Gustafssson J.A. 1997 Comparison of the ligan binding specificity and transcript tissue distribution of estrogen receptors a and b. Endocrinol 138 : 863-870.

18. Scully K.N., Gleiberman A.S., Lindzey J., Lubahn D.B., Korach K.S., Rosenfeld M.G. 1997. Role of estrogen receptor-a in the anterior pituitary gland. Molec Endocrinol 11 : 674-681.

19. Pettersson K., Grandien K., Kuiper G.G.J.M., Gustafsson J.A. 1997. Mouse estrogen receptor b forms estrogen response element-binding heterodimers with estrogen receptor a. Molec Endocrinol 11 : 1486-1496.

20. Shibata H., Spencer T.E., Onate S.A., Jenster G., Tsai S.Y., Tsai M.J., O'Malley B.W. 1997. Role of co-activators and co-repressors in the mechanism of steroid / thyroid receptor action. Rec Progr Horm Res 52 : 141-165.

21. Smith C.L., Nawaz Z., O'Malley B.W. 1997. Coactivator and corepressor regulation of the agonist/antagonist activity of the mixed antiestrogen, 4-hydroxytamoxifen. Molec Endocrinol 11 : 657-666.

22. Brzozowski A.M., et al. 1997. Molecular basis of agonism and antagonism in the estrogen receptor. Nature 389 : 753-758.

23. Korach K.S., et al. 1996. Estrogen receptor gene disruption : molecular characterization and experimental and clinical phenotypes. Rec Progr Horm Res 51 : 159-186.

24. Lindzey J., Korach S. 1997. Developmental and physiological effects of estrogen. Receptor gene disruption in mice. Trends Endocrinil Metab 8 : 137-145.

25. Couse J.F., Lindzey J., Grandien K.A.J., Gustafsson J.A., Korach K.S. 1997. Tissue distribution and quantitative analysis of estrogen receptor-a (ERa) and estrogen receptor-b (ERb) messenger ribonucleic acid in the wild-type and ERa-knockout Mouse. Endocrinol 138 : 4613-4621.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]