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Rôle des PPARs dans l'inflammation et le cancer


Médecine thérapeutique. Volume 7, Number 9, 665-71, Novembre 2001, Revue : Les récepteurs nucléaires PPARs


Résumé  

Author(s) : Carole Brendel, Laurent Gelman, Johan Auwerx, Stéphane Rocchi, INSERM U. 145, Faculté de médecine, avenue de Valombrose, 06107 Nice cedex 2, France..

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ARTICLE

Rôle des PPARs dans l'inflammation

Les lipides remplissent au sein de l'organisme plusieurs rôles et interviennent dans l'architecture des membranes, l'homéostasie énergétique, mais également la signalisation intracellulaire (revue in [1]). Ils traduisent notamment des signaux émis lors de réactions inflammatoires et de ce fait lient l'activité des PPARs à la régulation de l'inflammation. De plus, il est aujourd'hui connu que des médicaments ou des nutriments qui modifient les niveaux lipidiques et l'expression ou l'activation des PPARs peuvent avoir une large influence sur l'inflammation. Des études épidémiologiques conduites chez des sujets consommant des quantités importantes d'huiles de poisson, tels que les Inuits ou les Esquimaux, ont démontré les effets variés de ces acides gras alimentaires sur les fonctions immunitaires et sur l'athérosclérose (revue in [2]).

PPARalpha et l'inflammation

De récents travaux suggèrent que PPARalpha joue potentiellement un rôle dans la régulation de processus inflammatoires. Devchand et al. ont ainsi montré que le LTB4 (leukotriène B4) contrôle la durée de la réaction inflammatoire en se fixant à PPARalpha et en l'activant. Un tel mécanisme de rétrocontrôle négatif est important dans des processus où l'inflammation endommage sévèrement les tissus sains si elle est de longue durée.

Plus récemment, des études ont suggéré que PPARalpha atténue certains processus inflammatoires se déroulant dans les parois vasculaires. Les cellules musculaires lisses de ces parois, dans lesquelles PPARalpha est exprimé [3, 4], participeraient au processus de formation de la plaque d'athérome ou de resténose. Le traitement de ces cellules par un agoniste de PPARalpha inhibe les productions d'IL6 et de prostaglandines induites par l'IL (interleukine) 1 et réduit l'expression de la COX-2 d'autant plus que la concentration de l'agoniste est forte [3]. De plus, lorsqu'on traite avec des fibrates des explants aortiques préalablement stimulés avec des lipopolysaccharides, la production d'IL6 est réduite si les souris expriment le gène du PPARalpha, dans le cas où ces explants proviendraient de souris PPARalpha-/-, aucune variation n'est visible [5]. Les auteurs de ces travaux suggèrent que PPARalpha régule la production de cytokines en interférant avec des voies de signalisation impliquant NF-kappaB (nuclear factor-kappa B), AP-1 (activator protein-1), et STAT (signal transducer and activator of transcription) [3, 5]. Ces résultats ont aussi été invoqués pour expliquer la diminution transitoire de la concentration plasmatique en IL-6 et des protéines de la phase aiguë de l'inflammation chez les patients traités par des fibrates [3]. Des études à long terme seront toutefois nécessaires pour déterminer si un traitement avec des agonistes de PPARalpha peut résulter en une diminution permanente de l'activité inflammatoire. En outre, ces mêmes auteurs montrent que l'association de PPARalpha avec p65 et Jun et l'inhibition consécutive de leurs activités transcriptionnelles est indépendante de la présence de ligand et même du domaine de fixation du ligand de PPARalpha, un paradoxe qui remet en cause le rôle des fibrates [5].

PPARalpha jouerait également un rôle dans la modulation du stress oxydatif et de la production spontanée de cytokines inflammatoires au cours du vieillissement [6, 7]. L'administration d'agonistes du PPARalpha à des souris âgées de moins de 15 mois diminue en effet l'activité constitutive du NF-kappaB et l'expression de certains de ses gènes cibles comme l'IL6, l'IL12, la COX (cyclooxygénase)-2, et le TNFalpha (tumor necrosis factor alpha) [8], un effet qui n'est pas observé chez des souris PPARalpha-/- [7]. L'activation de PPARalpha diminue également la quantité de lipides peroxydés dans le foie. De plus, le phénotype qui caractérise le mauvais état rédox de splénocytes de souris vieillissantes est acquis plus vite chez les souris PPARalpha-/- que chez les souris PPARalpha+/+.

L'interférence évoquée à plusieurs reprises entre PPARalpha et NF-kappaB sous-tendrait également la diminution de l'expression de la molécule d'adhésion VCAM-1 induite par les fibrates dans des cellules endothéliales [9, 10]. Cette observation est importante car le recrutement de monocytes par les cellules endothéliales, notamment grâce à VCAM, concourrait au développement de l'athérosclérose, les monocytes infiltrés dans les parois vasculaires étant susceptibles de s'activer et de se transformer en cellules spumeuses néfastes. Les fibrates semblent donc capables de ralentir la formation de plaques d'athérome [11] en agissant non seulement sur le métabolisme lipidique mais également sur les parois vasculaires, ce qui explique vraisemblablement leur efficacité.

Le schéma d'action général de PPARalpha dans l'inflammation serait clair si plusieurs équipes n'avaient publié des résultats contradictoires sur le sujet. Des expériences menées avec des cellules hépatiques montrent en effet que des inducteurs de la prolifération peroxysomale peuvent induire une augmentation de la production de TNFalpha [12] et activer NF-kappaB [13-15]. Il a également été montré que des agonistes du PPARalpha stimulaient l'accumulation de nitrite dans les macrophages murins, ce qui indique qu'ils pourraient augmenter l'activité de la NOS (nitric oxyde synthase) et donc avoir des propriétés pro-inflammatoires dans ces cellules [16]. Le rôle exact de PPARalpha dans l'inflammation est donc encore loin d'être élucidé et il sera nécessaire de déterminer si tous ces résultats opposés reflètent une spécificité d'action tissulaire des PPAR.

PPARgamma et l'inflammation

L'implication potentielle de PPARgamma dans un processus inflammatoire a été suggérée à l'origine par l'étude de son rôle dans le tissu adipeux où s'exerce un antagonisme général entre les activités du TNFalpha, une cytokine pro-inflammatoire, et du PPARgamma. Des travaux récents suggèrent que PPARgamma est impliqué dans la différenciation des monocytes en macrophages. Plus précisément, PPARgamma accélérerait la conversion des monocytes en cellules spumeuses, cellules qu'il est possible d'observer dès que des lésions athérosclérotiques apparaissent (figure 1). Ces cellules influenceraient la progression de l'athérosclérose de diverses manières, notamment en stimulant l'oxydation des LDL (low density lipoprotein) et en secrétant des cytokines pro-inflammatoires. PPARgamma est faiblement exprimé dans les monocytes humains circulants [17], les monocytes péritonéaux murins [18] et les macrophages ganglionnaires [19]. L'expression de PPARgamma augmente au cours de la différenciation des monocytes en macrophages, processus qui peut être induit par le traitement des cellules avec du GM-CSF (granulocyte/macrophage-colony stimulating factor), du M-CSF (macrophage-colony stimulating factor), ou de la 1,25-dihydroxyvitamine D3 [18, 19]. L'activation de PPARgamma accélère ce processus de différenciation [19].

Soulignons que la mise en présence de monocytes humains ou de cellules de lignées monocytaires avec des LDL oxydés induit également l'expression de PPARgamma dans ces cellules, phénomène qui n'est pas observé si les LDL ne sont pas oxydées [18, 19]. De plus, PPARgamma induit directement l'expression du gène codant pour la protéine CD36, un récepteur des LDL oxydées, en se fixant dans son promoteur sur un élément de réponse spécifique, et crée ainsi une boucle de rétrocontrôle positif sur sa propre activation et donc celle des macrophages [19]. En effet, les LDL oxydés induisent l'expression de PPARgamma, mais aussi, grâce à leur prise en charge par le récepteur CD36, ils approvisionnent la cellule avec deux ligands de PPARgamma, le 9- et le 13-HODE, deux métabolites de l'acide linoléique [20]. Ce modèle est conforté par l'observation de niveaux élevés de PPARgamma dans des lésions athérosclérotiques humaines [18, 21] et murines [19]. La forte expression de PPARgamma dans les cellules spumeuses ainsi que les quantités importantes de 9- et 13-HODE dans les LDL oxydés suggèrent qu'un tel mécanisme est possible in vivo, mais d'autres études seront encore nécessaires pour définir le rôle exact de PPARgamma dans l'athérosclérose et la formation des plaques [21].

Une publication très récente suggère également un rôle pro-inflammatoire de PPARgamma et montre que le traitement de souris avec des agonistes synthétiques de PPARgamma augmente la production d'IL6 et de TNFalpha induite par des lipopolysaccharides [22].

Ce rôle de PPARgamma dans la différenciation des macrophages et la formation des cellules spumeuses semble en contradiction avec les précédentes observations que des agonistes de PPARgamma inhiberaient l'activation des macrophages et limite-raient la production de cytokines. En effet, le traitement de monocytes avec de fortes doses de ligands naturels de PPARgamma comme la 15-PGJ2 ou de ligands synthétiques inhibe la production de TNFalpha, d'IL1beta et d'IL6 [23]. Le traitement de macrophages avec des agonistes naturels ou synthétiques de PPARgamma diminue également l'expression des gènes de la NOS [16, 24], de la gélatinase B, et du récepteur scavenger de type A [24], désamorçant ainsi l'activation de la cellule. Dans des expériences de transfection transitoire, des agonistes de PPARgamma inhibent l'expression d'un gène rapporteur luciférase placé sous le contrôle du promoteur du TNFalpha [23]. L'activation de PPARgamma interférerait avec les activités des facteurs de transcription NF-kappaB, AP-1, et STAT [24]. La faiblesse de cette hypothèse est qu'elle repose sur des expériences conduites avec des doses très importantes d'agonistes de PPARgamma, bien supérieures à celles utilisées classiquement dans ce type d'expérience pour activer le récepteur. Ceci suggère qu'en plus de PPARgamma, ces agonistes activent d'autres régulateurs, hypothèse renforcée par la découverte récente que les prostaglandines anti-inflammatoires de la classe des cyclopentenones, dont la 15-PGJ2 fait partie, inhibent directement la kinase qui, en phosphorylant IkappaB, participe au développement de l'inflammation [25]. Il existe un autre lien entre PPARgamma et l'inflammation : certains des ligands naturels de PPARgamma tels que la 15-PGJ2 sont des produits de la voie des cyclooxygénases (COX). Or, l'inhibition des COX par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (NSAID) constitue une approche clinique classique pour le traitement de certaines inflammations. Récemment, plusieurs travaux ont suggéré que l'action de ces NSAIDs ne serait pas seulement due à une inhibition des COX mais aussi à l'activation de PPARgamma. En effet, Lehmann et al. ont montré que certains NSAIDs, tels que le fénoprofène, l'ibuprofène ou l'acide flufénamique, sont des activateurs de PPARgamma (ainsi que de PPARalpha) [26]. Les concentrations requises pour activer PPARgamma sont de l'ordre du micromolaire et excèdent celles requises in vivo pour inhiber les COX. Il est alors très intéressant de remarquer que, justement, de fortes doses de NSAIDs sont parfois requises pour atténuer des processus inflammatoires. On peut ainsi émettre l'hypothèse que les effets thérapeutiques de certains NSAIDs sont dus à leur action sur PPARgamma dont l'activation diminuerait la synthèse de cytokines pro-inflammatoires. Une étude plus détaillée de l'activation des PPARs par chacun de ces NSAIDs doit cependant être entreprise avant de tirer une quelconque conclusion générale car si certains de ces composés se lient à PPARgamma et PPARalpha, d'autres, tout aussi efficaces, ne le font pas.

PPARgamma est aussi fortement exprimé dans les cellules épithéliales du côlon, un tissu dont l'inflammation peut conduire au développement de diverses maladies inflammatoires dont des colites ulcératives. Récemment, plusieurs équipes ont observé que le traitement avec des TZD (thiazolidinediones) de souris présentant une forte inflammation du côlon diminue l'intensité de cette inflammation ([27], Dubuquois et Auwerx, communication personnelle). Comme précédemment, c'est l'inhibition de l'activité de NF-kappaB et la réduction de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires qui sous-tendraient le mécanisme d'action de PPARgamma. Il semblerait donc que le développement d'agonistes de PPARgamma puisse aussi avoir des applications thérapeutiques pour les millions de personnes qui à travers le monde souffrent de maladies inflammatoires intestinales.

Rôle des PPARs dans le contrôle du cycle cellulaire et de l'apoptose et le développement du cancer

PPARalpha et le contrôle du cycle cellulaire

Il est connu depuis longtemps qu'une forte activation de PPARalpha induit des cancers du foie, du pancréas et des testicules chez les rongeurs [28, 29]. Les mécanismes moléculaires permettant à PPARalpha de réguler le cycle cellulaire ne sont pas totalement élucidés. L'activation de PPARalpha contribuerait notamment à la surexpression de protéines régulant le cycle cellulaire telles que la CDK-1 (cyclin-dependent kinase-1), CDK-2, CDK-4, PCNA (proliferating cell nuclear antigen) et c-myc [30].

Il a également été montré qu'un inducteur de la prolifération peroxysomale, la nafénopine, pouvait empêcher l'apoptose de cellules hépatiques in vitro [31], et un article récent démontre que cet effet peut être aboli quand un variant naturel dominant négatif de PPARalpha est présent [32]. Jusqu'à présent, un quelconque rôle de PPARalpha dans le développement de cancers hépatiques chez l'homme n'a jamais été démontré [33]. Cette différence n'a pas encore été clairement élucidée et plusieurs hypothèses, non exclusives, ont cours actuellement [34]. Premièrement, il a été montré que l'expression de PPARalpha dans le foie était dix fois moins importante chez l'homme que chez le rongeur. Deuxièmement, les PPARalpha humains et murins ont des séquences différentes et affichent des affinités différentes pour un même ligand [35-38]. Troisièmement, il existe chez l'homme un variant spécifique de PPARalpha, produit par épissage alternatif, dont le domaine de fixation du ligand est absent [39, 40] et qui pourrait agir sous certaines conditions comme un dominant négatif. Notons que cette dernière hypothèse est à prendre avec précaution puisque des études d'immunocytochimie ont révélé que ce variant n'était en général pas présent dans le noyau. Ces observations suggèrent que PPARalpha pourrait promouvoir certaines formes de cancérisation, mais il est possible que cette activité ne se manifeste que dans le contexte de mutations pré-établies favorisant le développement de tumeurs.

PPARgamma et le contrôle du cycle cellulaire

Il a clairement été établi que PPARgamma pouvait promouvoir la différenciation ou la transdifférenciation cellulaire. Par exemple, l'infection de cellules fibroblastiques [41] ou musculaires [42] par des rétrovirus permettant la surexpression de PPARgamma induit leur différenciation en adipocytes. Il est intéressant de noter que le phénotype induit par l'activation de PPARgamma est souvent de type adipocytaire. Un exemple frappant est donné par le fait que les agonistes de PPARgamma induisent la différenciation de monocytes en cellules spumeuses caractérisées par une accumulation de lipides [19]. La différenciation des pré-adipocytes en adipocytes matures ne s'effectue qu'après leur sortie permanente du cycle cellulaire [43]. Cette sortie est due au changement d'activité de certains facteurs impliqués dans la régulation de ce cycle. Ainsi, la fixation à l'ADN et l'activité transcriptionnelle du facteur de transcription E2F/DP, un promoteur de la division cellulaire, sont inhibées suite à l'activation de PPARgamma. Cette diminution de l'activité d'E2F/DP corrèle avec son hyperphosphorylation, vraisemblablement due à la diminution de l'expression de la phosphatase PP2A [44]. En revanche, la sortie du cycle cellulaire induite par l'activation de PPARgamma semble pouvoir se faire indépendamment de l'activité de la protéine Rb (retinoblastoma), un modulateur important de la prolifération et de la différenciation cellulaires impliqué dans la régulation de l'adipogenèse [45]. Ces observations suggèrent que non seulement PPARgamma contrôle l'expression de gènes impliqués dans l'acquisition d'un phénotype différencié, mais encore qu'il joue un rôle actif dans l'échappement du cycle cellulaire. PPARgamma peut entraîner la différenciation adipocytaire jusqu'à son stade ultime, l'apoptose des cellules ([46], Lefèbvre et Auwerx, communication personnelle). De plus, il a été montré que des activateurs de PPARgamma pouvaient induire la différenciation et/ou l'apoptose de cellules endothéliales humaines immortalisées [47], ou encore de cellules tumorales humaines issues de liposarcomes [48], de cancers du sein [49, 50], de cancers de la prostate [51] et de cancers du côlon [52, 53]. Il est possible que le ralentissement de la croissance de cellules malignes, par l'induction forcée de leur différenciation avec des agonistes de PPARgamma, constitue un jour une authentique thérapie contre le cancer. Cependant, aucune publication jusqu'à ce jour ne démontre de manière convaincante la faisabilité d'un tel projet.

Rôle de PPARgamma et PPARdelta dans le développement de cancers du côlon

Très récemment, plusieurs publications ont impliqué directement PPARgamma et PPARdelta dans le développement de tumeurs colorectales. Tout d'abord, notre groupe et celui de R.M. Evans ont indépendamment montré que l'activation de PPARgamma pouvait promouvoir le développement de tumeurs dans le côlon de souris C57BL/6J-APCMin/+ [54, 55], un très bon modèle pour le cancer sporadique du côlon et la polypose adénomateuse familiale chez l'homme [56-60]. Notons que ces résultats contredisent ceux obtenus par Sarraf et al. qui ont toutefois travaillé dans un modèle très différent de xénogreffe où des cellules malignes sont introduites dans des souris traitées par des agonistes de PPARgamma [53]. Si le rôle exact de PPARgamma dans le développement de cancers colorectaux n'est donc pas encore élucidé, plusieurs données confortent l'idée que ce récepteur est impliqué dans ces pathologies :

* PPARgamma est fortement exprimé dans le côlon [54, 61, 62]. D'après Sarraf et al., la mise en évidence de quatre mutations de PPARgamma conduisant à une perte de fonction du récepteur sur 55 biopsies de cancer colorectal humain suggère que PPARgamma protègerait contre le développement de ces tumeurs [63]. Il est toutefois plus logique de penser que si, dans toutes ces biopsies, PPARgamma est très fortement exprimé, c'est qu'il ne protège pas mais favorise plutôt le développement de ces tumeurs. Si PPARgamma freinait leur développement ou prévenait leur apparition, on s'attendrait à ce que son expression soit réduite ou abolie lorsque la maladie se déclenche. De plus, Sarraf et al. n'ont pas montré que les récepteurs mutés avaient un effet dominant négatif.

* Le développement de cancers colorectaux est influencé par des prostaglandines [64]. En effet, chez des souris sans gène de la COX-2 ou chez des animaux ou des humains traités avec des inhibiteurs de la COX-2, la diminution de la production de prostaglandines, ligands potentiels de PPARgamma, prévient ou atténue le développement de cancers du côlon [65-67].

* Il existe une forte corrélation entre l'absorption d'acides gras d'origine animale, activateurs potentiels de PPARgamma, et le développement de cancers du côlon [68, 69]. A la lumière de ces données, il semble donc prudent de suivre avec attention le développement potentiel de tumeurs colorectales chez les patients souffrant de diabète de type II et recevant des TZD. Il ne faut pas non plus être trop alarmiste, les études conduites dans les modèles murins, exprimant un PPARgamma différent du PPARgamma humain n'étant peut-être pas extrapolables à l'homme. Toutes ces données sont aujourd'hui encore difficiles à réconcilier. Il est probable que PPARgamma agisse sur le cycle cellulaire, la différenciation et l'apoptose en fonction du type cellulaire ou de la présence contingente de mutations prédisposant au développement de tumeurs. Il sera à cet égard intéressant d'étudier le rôle joué par les co-facteurs, et de déterminer si une modulation de leur expression ou une mutation affectant leur fonction peut causer le développement d'un cancer inhérent à l'activité de PPARgamma. Un tel cas de figure semble s'être présenté dans certains cancers du sein dépendants des récepteurs aux œstrogènes ou des co-facteurs tels que AIB-1 [70] ou N-CoR étaient mutés ou sous-exprimés [71, 72]. Très récemment, un autre isotype de PPAR a été impliqué dans le développement de tumeurs colorectales : le PPARdelta [73]. Tout comme PPARgamma, PPARdelta est fortement exprimé dans le côlon et peut être activé par des acides gras provenant d'une alimentation riche en lipides. He et al. ont montré que l'expression de PPARdelta était induite par le complexe beta-caténine/Tcf-4, l'activité de ce complexe étant elle-même inhibée par l'expression de la protéine APC, un suppresseur de tumeurs (figure 2). Lorsque le gène APC est muté, ce qui arrive dans la majorité des cancers sporadiques du côlon et dans tous les cas de polypose adénomateuse familiale, la formation du complexe APC/beta-caténine/Gsk-3 (glycogen synthase kinase-3) est abolie (condition B sur la figure 2). Ce complexe permet normalement, la phosphorylation de la beta-caténine, une modification la destinant à être dégradée (condition A sur la figure 2). Si ce complexe ne se forme plus, la beta-caténine est moins phosphorylée, donc moins dégradée, et sa concentration intracellulaire augmente. Elle s'associe alors avec des protéines se fixant à l'ADN telles que la protéine Tcf-4, et comme la beta-caténine est dotée d'un domaine d'activation de la transcription, ces nouveaux complexes induisent l'expression inopportune de certains gènes et contribuent au processus de cancérisation. Parmi les gènes cibles des complexes beta-caténine/Tcf-4 se trouve PPARdelta. He et al. avancent l'hypothèse que le traitement que reçoivent certains patients atteints de cancers colorectaux, traitement qui consiste en l'administration de NSAIDs tels que le Sulindac®, contrecarre l'action des complexes beta-caténine/Tcf-4 en inhibant entre autres la fixation de PPARdelta sur ses éléments de réponse, bloquant ainsi l'une des cascades transcriptionnelles induites de manière inappropriée par ce complexe [73]. Ces travaux jettent une lumière nouvelle sur la relation qu'entretiennent les NSAIDs et les PPARs. Il semblerait ici encore que l'activité de PPARdelta, comme celle de PPARgamma, puisse conduire dans certains cas au développement de tumeurs. Il est intéressant à cet égard de noter que la surexpression de PPARdelta dans des lignées issues de cancers colorectaux humains inhibe l'apoptose induite par le Sulindac® [73]. On est donc en droit de penser que le développement d'antagonistes de PPARgamma et/ou de PPARdelta pourrait constituer une nouvelle approche pour la lutte contre de tels cancers.

CONCLUSION

Même si l'une des principales actions des PPARs est le contrôle du métabolisme des lipides, leur rôle ne semble pas restreints à la régulation du stockage de ces lipides. En effet, les PPARs ont une action plus large dans les différentes voies de la signalisation cellulaire. Comme conséquence du rôle des médiateurs lipidiques dans les processus inflammatoires, les PPARs sont susceptibles d'engendrer une modulation de l'activation des cellules immunitaires grâce à des stimuli nutritionnels et pharmacologiques. Si l'action majeure de ces récepteurs nucléaires dans le développement du cancer est confirmée, ils peuvent alors être des intermédiaires entre la nutrition elle-même et certains types de cancers. Cependant, d'autres études sont nécessaires pour établir une relation directe entre la nutrition, l'activation des PPARs, et l'inflammation ou le cancer. Enfin, la caractérisation de nouveaux co-facteurs pouvant moduler l'activité transcriptionnelle de tel ou tel PPAR constitue un nouveau secteur d'investigation pour la compréhension du rôle spécifique des PPARs dans différents tissus. Par exemple, si une action spécifique de PPARs dans un tissu donné est due au recrutement d'un co-facteur particulier, il serait alors intéressant de développer de nouvelles molécules pouvant abolir l'interaction de PPARs avec ce cofacteur et de ce fait moduler la transcription de certains gènes cibles.

Remerciements : Le Cnrs, l'INSERM, le CHU de Strasbourg, l'ARC (# 9943), la Ligue Nationale Contre le Cancer, et le Human Frontier Science Program (RG0041/1999-M) sont remerciés pour leur contribution à la réalisation de cette revue.

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