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Effets antidiabétiques des thiazolidinediones


Médecine thérapeutique. Volume 7, Number 9, 672-9, Novembre 2001, Revue : Les récepteurs nucléaires PPARs


Résumé  

Author(s) : André J. Scheen, Bernard Charbonnel, Service de diabétologie, de nutrition et maladies métaboliques, Département de médecine, CHU Sart-Tilman, B-4000 Liège, Belgique..

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ARTICLE

Efficacité anti-diabétique des thiazolidinediones

Au vu de leur mécanisme d'action spécifique, les TZDs peuvent, théoriquement, être envisagées dans le traitement des patients diabétiques de type 2 en monothérapie, après échec du régime alimentaire, ou encore en bithérapie en association avec les sulfamides, avec la metformine, voire plus tard, au stade de l'insulinorequérance, en combinaison avec l'insuline [13, 14]. Les TZDs doivent cependant encore trouver leur meilleure place dans la stratégie thérapeutique générale du diabète de type 2 [14]. De plus, il convient de mieux évaluer l'impact de ces molécules sur le profil de risque cardio-vasculaire, notamment sur le profil lipidique où les modifications paraissent être complexes et non nécessairement concordantes ni systématiquement favorables.

Schématiquement, les traitements par rosiglitazone et pioglitazone entraînent une augmentation des concentrations de HDL-cholestérol, mais accompagnée sous rosiglitazone d'une augmentation, au moins transitoire, du LDL cholestérol. La rosiglitazone est sans effet sur les triglycérides qui diminuent par contre sous pioglitazone.

D'une façon générale, les TZDs offrent plusieurs avantages pour le traitement du patient diabétique de type 2 par comparaison à la metformine ou aux sulfamides. Relevons principalement : 1) la possibilité d'instaurer un traitement en une seule prise par jour (deux prises par jour dans la majorité des études conduites avec la rosiglitazone), ce qui devrait contribuer à augmenter l'observance thérapeutique ; 2) l'absence d'élimination rénale, ce qui autorise l'utilisation de cette classe thérapeutique chez les sujets avec insuffisance rénale ou chez le sujet âgé ; 3) la bonne tolérance subjective, notamment sur le plan digestif (contrairement à la metformine) ; et 4) l'absence de risque d'hypoglycémie grave (contrairement aux sulfonylurées).

La troglitazone est la molécule qui a fait l'objet du plus grand nombre de publications dans la littérature internationale (revue in [10, 11, 13, 15-17]). Elle n'a jamais été commercialisée en Europe (si ce n'est quelques semaines en Grande-Bretagne) et a été retirée du marché américain en mars 2000, soit trois années après sa commercialisation, en raison d'une hépatotoxicité finalement jugée inacceptable [18]. Le nombre d'études cliniques publiées avec la rosiglitazone [19] et la pioglitazone [20] est beaucoup plus limité. Dans l'ensemble, les résultats d'efficacité obtenus avec ces deux TZDs confirment ceux enregistrés avec le chef de file de la classe, la troglitazone, et ces deux nouvelles molécules apparaissent, jusqu'à présent, dénuées d'hépatotoxicité (revue in [21, 22]) (voir plus loin). Elles devraient être bientôt disponibles dans la plupart des pays européens.

Études avec la troglitazone

Il existe des études contrôlées comparant la troglitazone (de 200 à 800 mg/jour) à un placebo chez des patients diabétiques traités par régime seul, par sulfamides hypoglycémiants, par metformine ou par insuline. À notre connaissance, il n'existe pas d'études publiées associant ou comparant la troglitazone avec un inhibiteur des alpha-glucosidases intestinales, comme l'acarbose ou le miglitol. De façon intéressante, l'analyse comparative des résultats des études en monothérapie et en association suggère que la troglitazone exerce un effet antihyperglycémiant plus prononcé lorsqu'elle est utilisée avec un autre médicament antidiabétique oral, notamment un sulfamide, que lorsqu'elle est administrée seule avec le régime.

Monothérapie

Plusieurs études, ouvertes ou contrôlées versus placebo, ont montré que la troglitazone, à des doses allant de 200 à 800 mg/jour, permet d'améliorer les paramètres habituels du contrôle glycémique (en particulier, la glycémie à jeun et le taux d'hémoglobine glyquée ou HbA1c) de patients diabétiques de type 2 insuffisamment équilibrés sous régime seul (revue in [13, 16]) : les réductions obtenues varient de 1,1 à 3,6 mmol/l pour la glycémie à jeun et de 0,4 à 1,1 % pour le taux d'HbA1c. Certains essais cliniques ont rapporté que seulement 50-75 % des patients répondent à la troglitazone, ces patients étant caractérisés par un indice de masse corporelle et un niveau d'insulinémie basale significativement supérieurs à ceux des individus non répondeurs, deux marqueurs d'une insulinorésistance plus importante (revue in [13, 16]).

Association aux sulfamides ou aux glinides

Quelques études ont analysé les effets de la combinaison de la troglitazone (200 à 800 mg/jour) à un traitement par sulfamides hypoglycémiants chez des patients diabétiques de type 2 (tableau 1). Toutes montrent une diminution significative des concentrations plasmatiques de glucose à jeun (de 1,8 à 4,4 mmol/l) et des taux d'HbA1c (de 0,4 à 2,6 %) (revue in [13, 16]).

En ce qui concerne les glinides, une étude a montré que le répaglinide employé seul entraînait une diminution du taux d'HbA1c supérieure à celle obtenue avec la troglitazone utilisée seule (- 0,8 versus - 0,4) mais que la combinaison des deux était beaucoup plus efficace que chacune des deux monothérapies (diminution de l'HbA1c de 1,7 %) [23]. Une autre étude publiée sous forme d'abstract [24] a comparé à un placebo le nateglinide seul, la troglitazone seule et leur combinaison. Le taux de HbA1c a diminué versus placebo de 1,02 % sous nateglinide, de 1,22 % sous troglitazone et de 2,16 % sous leur association.

Association à la metformine

Une seule étude a analysé les effets de la combinaison de la troglitazone (400 mg/jour) avec la metformine (2 000 mg/jour) et a montré que les deux molécules avaient un effet antihyperglycémiant additif, par des mécanismes d'action complémentaire : la troglitazone agit préférentiellement sur les tissus périphériques, en augmentant l'utilisation du glucose par les muscles squelettiques, tandis que la metformine agit surtout sur le foie, en diminuant la production endogène du glucose [25]. Dans cette étude, l'association de la troglitazone à la metformine a permis de réduire la glycémie à jeun de 2,3 mmol/l et le taux d'HbA1c de 1,2 % (tableau 2).

Association à l'insuline

Dans les études de combinaison avec l'insuline, l'addition de troglitazone (200-600 mg/jour) apporte une amélioration des paramètres du contrôle glycémique et/ou une diminution des besoins insuliniques, suivant les objectifs prioritaires fixés dans les études considérées. Les réductions observées pour les taux d'HbA1c, en ajoutant la troglitazone sans réduire les doses d'insuline, sont de 1-2 % alors que, dans d'autres études, les diminutions rapportées pour les doses quotidiennes d'insuline peuvent aller jusqu'à 50 % (revue in [13, 16]). Même en association avec l'insuline, il semble que la troglitazone n'augmente pas de façon majeure le risque d'hypoglycémies graves.

Études comparatives à une molécule de référence

Peu d'études ont comparé l'efficacité de la troglitazone à celle des antidiabétiques oraux classiques. Les résultats disponibles semblent cependant indiquer que l'effet antihyperglycémiant est comparable avec 800 mg de troglitazone et avec une dose titrée de glyburide (jusqu'à 20 mg/jour) [26], ou encore avec 400-600 mg de troglitazone et avec une dose fixe de 12 mg de glyburide, il est vrai chez des sujets sélectionnés sur la base d'un mauvais contrôle glycémique sous ce dernier traitement [27]. De même, il a été rapporté qu'une dose de 400 mg de troglitazone une fois par jour a une activité anti-hyperglycémiante comparable à celle de 1 000 mg de metformine deux fois par jour [25]. L'action antihyperglycémiante de la troglitazone s'installe de façon progressive, atteignant son maximum après quelques semaines, soit plus lentement que ce qui est habituellement observé avec les sulfamides.

Études avec la rosiglitazone

De nombreux travaux testant l'efficacité de la rosiglitazone chez les patients diabétiques de type 2 ont été présentés sous forme de résumés de congrès (revue in [19, 28, 29]). Dans la mesure du possible, nous limiterons notre analyse aux études publiées in extenso. Toutes ces études ont démontré une bonne sécurité d'emploi de la rosiglitazone, avec, en particulier, l'absence d'hépatotoxicité.

Monothérapie

Dans une étude, multicentrique réalisée en double insu, 380 patients diabétiques de type 2 sous régime seul ont été traités de façon aléatoire par placebo ou par rosiglitazone à différentes doses relativement faibles (0,05 mg, 0,25 mg, 1 mg ou 2 mg deux fois par jour) pendant 12 semaines [30]. Un effet dose-réponse a été observé, avec une diminution significative des concentrations plasmatiques de glucose à jeun et des taux de fructosamine aux deux doses supérieures de rosiglitazone. La réduction moyenne du taux de fructosamine a été de 17 mumol/l avec 2 x 1mg de rosiglitazone et de 27 mumol/l avec 2 x 2 mg de rosiglitazone, par comparaison à la condition placebo.

Dans une étude dose-réponse à court terme (8 semaines) réalisée chez 303 patients diabétiques de type 2 traités par régime seul, la rosiglitazone, en 2 prises par jour, a montré une amélioration, dose-dépendante, de la glycémie à jeun [31]. Par comparaison à une augmentation de 1,1 mmol/l sous placebo, des diminutions de 2 mmol/l, de 2,4 mmol/l et de 2,5 mumol/l ont été observées avec 2 x 2, 2 x 4 et 2 x 6 mg/jour de rosiglitazone. De même, des diminutions des valeurs de fructosamine ont été rapportées sous rosiglitazone (-3, -27 et -20 mumol/l sous 2 x 2, 2 x 4 et 2 x 6 mg) contrastant avec une augmentation sous placebo (+ 39 mumol/l).

Dans une autre étude du même type, l'efficacité de la rosiglitazone à différentes doses (4, 8 et 12 mg), mais en une prise par jour, a été comparée à celle d'un placebo chez 369 patients diabétiques de type 2 initialement traités par régime seul et suivis pendant 8 semaines [32]. Les diminutions de la glycémie à jeun ont été de 0,9 mmol/l avec 4 mg, de 2,0 mmol/l avec 8 mg et de 1,7 mmol/l avec 12 mg de rosiglitazone par jour alors qu'une augmentation de 0,4 mmol/l était observée sous placebo. Par comparaison à l'augmentation de fructosamine observée sous placebo (+ 24 mumol/l), les auteurs rapportent une moindre augmentation sous rosiglitazone 4 mg (+ 10 mumol/l) et une diminution sous 8 mg (- 10 mumol/l) et 12 mg (- 9 mumol/l) de rosiglitazone.

Dans une étude de 540 patients, contrôlée versus placebo, avec un suivi prolongé de 26 semaines, la rosiglitazone, à une posologie de 4 mg 2 fois par jour, diminue l'HbA1c de 1,4 % [33].

De ces études, il apparaît que la dose de 4 mg de rosiglitazone par jour est déjà efficace sur l'équilibre glycémique et qu'un bénéfice thérapeutique supplémentaire peut être attendu d'une augmentation de la posologie de rosiglitazone de 4 à 8 mg par jour, mais pas au-delà de cette dose journalière. La rosiglitazone s'avère efficace qu'elle soit administrée en une ou deux prises par jour.

Association aux sulfamides

Une étude contrôlée versus placebo a analysé les effets d'une association de rosiglitazone à faibles doses (2 x 1 ou 2 x 2 mg/jour) à un traitement préalable par sulfamides chez 574 patients diabétiques de type 2 suivis pendant 26 semaines [34]. Par rapport au placebo, l'addition de rosiglitazone diminue significativement les glycémies à jeun (- 1,35 mmol/l avec 2 x 1 mg et - 2,44 mmol/l avec 2 x 2 mg de rosiglitazone par jour) et le taux d'HbA1c (respectivement - 0,59 % et - 1,03 %) (tableau 1).

Association à la metformine

L'efficacité de l'association rosiglitazone-metformine a été évaluée dans une étude contrôlée versus placebo chez 348 patients diabétiques de type 2 insuffisamment contrôlés par régime plus metformine (2,5 g/jour) [35]. Après 26 semaines de traitement, une diminution significative de la glycémie à jeun de 1,83 mmol/l et de 2,69 mmol/l a été démontrée avec respectivement 4 mg et 8 mg de rosiglitazone, alors qu'une légère augmentation de 0,33 mmol/l survient sous placebo. De même, une réduction du taux d'HbA1c de 0,56 % avec 4 mg de rosiglitazone et de 0,78 % avec 8 mg de rosiglitazone a été observée, contrastant avec une augmentation de 0,45 % sous placebo. Dans une autre étude non contrôlée l'association permet le maintien d'une réduction de 1 % de l'HbA1c à long terme 24 mois [36] (tableau 2).

Association à l'insuline

Dans une étude non encore publiée in extenso (revue in [28, 29, 37)], l'efficacité de la rosiglitazone a été testée chez des patients diabétiques de type 2 traités par insuline et restant mal équilibrés avec des valeurs moyennes d'HbA1c de 9 % et de glycémie à jeun de 11 mmol/l. L'étude, contrôlée versus placebo, a inclus un total de 319 patients suivis pendant 26 semaines. La glycémie à jeun (- 2,31 mmol/l) et le taux d'HbA1c (- 0,6 %) ont diminué significativement avec 2 x 2 mg/jour de rosiglitazone par comparaison à une légère augmentation observée sous placebo (+ 0,57 mmol/l et + 0,1 %, respectivement). L'amélioration a encore été plus marquée chez les patients recevant une dose double de rosiglitazone (2 x 4 mg/jour), avec une diminution de la glycémie à jeun de 2,47 mmol/l et une réduction du taux d'HbA1c de 1,2 %.

Études avec la pioglitazone

Comme pour la rosiglitazone, la plupart des travaux testant l'efficacité de la pioglitazone chez les patients diabétiques de type 2 ont été présentés sous forme de résumés de congrès (revue in [27, 38]). Dans toutes ces études, la tolérance de la pioglitazone a été satisfaisante, en particulier sur le plan hépatique.

Monothérapie

Une étude multicentrique double-aveugle a comparé l'efficacité de 4 doses de pioglitazone (7,5, 15, 30 et 45 mg une fois par jour) à celle d'un placebo chez 408 patients diabétiques de type 2 [39]. Après 26 semaines, une diminution de la glycémie (de 1,83 à 3,63 mmol/l, proportionnelle à la dose) et du taux d'HbA1c (de 0,5 à 1,6 %) est mise en évidence.

Dans une étude japonaise (revue in [20]), après 12 semaines de traitement, la diminution de la glycémie à jeun (- 1,6 mmol/l) et du taux d'HbA1c (- 1,08 %) a été significative chez les patients diabétiques de type 2 mis sous pioglitazone (30 mg/jour, n = 68) tandis qu'aucun changement significatif n'était observé dans le groupe recevant le placebo (n = 66).

Association aux sulfamides

Les effets d'une prescription de pioglitazone chez des patients diabétiques de type 2 insuffisamment équilibrés par un régime et une sulfonylurée ont été analysés récemment dans un article de synthèse, rapportant notamment les résultats de plusieurs études japonaises [38]. Dans une étude américaine contrôlée en double aveugle (publiée sous forme résumée) (revue in [20, 38, 40]), comportant un total de 560 patients diabétiques de type 2, l'addition de 15 ou 30 mg de pioglitazone par jour à un traitement par sulfamides a entraîné une réduction significative de la glycémie à jeun (- 2,2 et - 3,2 mmol/l respectivement) et du taux d'HbA1c (- 0,9 et - 1,3 % respectivement) par comparaison au placebo (tableau 1).

Association à la metformine

L'intérêt de l'association pioglitazone-metformine a été discutée dans un article de revue récent [38]. L'efficacité de l'association pioglitazone-metformine a été évaluée dans une étude contrôlée versus placebo chez 328 patients diabétiques de type 2 insuffisamment contrôlés par régime plus metformine (> 2 g/jour chez 40 % des patients) [41]. Après 16 semaines de traitement, une diminution significative de la glycémie à jeun de 2,09 mmol/l et du taux d'HbA1c de 0,83 % a été observée dans le groupe recevant 30 mg/jour de pioglitazone par comparaison au groupe placebo. Cette étude comprend un second volet avec extension en ouvert chez 154 patients suivis pendant 72 semaines. À la fin du suivi, une réduction de la glycémie à jeun de 3,90 mmol/l et du taux d'HbA1c de 1,36 % a été observée par rapport aux valeurs de départ (tableau 2).

Association à l'insuline

Une étude double-aveugle - seulement publiée sous forme résumée (revue in [20, 42]) -, a analysé les effets de l'administration de pioglitazone (15 ou 30 mg/jour) chez 566 patients diabétiques de type 2 suivis pendant 16 semaines. Par rapport au placebo, la pioglitazone diminue la glycémie à jeun (- 1,9 et - 2,7 mmol/l avec 15 et 30 mg respectivement) et le taux d'HbA1c (- 0,73 et - 1,0 %, respectivement).

Sécurité d'emploi des thiazolidinediones

Les TZDs pourraient offrir des avantages par rapport aux autres antidiabétiques oraux disponibles en ce qui concerne le profil de sécurité. En effet, contrairement à la metformine, elles peuvent être utilisées même en cas d'insuffisance rénale ou chez le sujet âgé (pas de risque d'acidose lactique). Par ailleurs, à l'opposé des sulfonylurées, elles ne favorisent pas les hypoglycémies dont on connaît la gravité chez le sujet âgé ou coronarien. Néanmoins, divers problèmes réels ou potentiels ont été rapportés récemment qui méritent toute l'attention des chercheurs et des cliniciens.

Hépatotoxicité

Dans les essais cliniques contrôlés réalisés avec la troglitazone aux États-Unis, l'incidence des cas où une élévation des transaminases hépatiques au-dessus de 3 fois la limite supérieure de la normale était de 1,9 % (48/2 510), alors que l'incidence sous placebo n'était que de 0,6 % (3/475). L'arrêt imposé par cette augmentation des enzymes hépatiques est survenu dans 20 cas sous troglitazone et aucun cas sous placebo (revue in [18, 21, 22]).

Les premiers cas d'hépatotoxicité sévère, conduisant au décès ou à la nécessité de recourir à une transplantation du foie, ont été rapportés dès les premiers mois suivant la commercialisation de la troglitazone. En mars 2000, au moment du retrait de la molécule aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) avait reçu 61 rapports de cas d'hépatotoxicité fatale et 7 cas nécessitant une greffe de foie. Au Japon, 153 patients diabétiques traités par troglitazone ont développé une hépatite sévère et 8 sont décédés de cet effet secondaire. Une vingtaine d'articles, rapports de cas ou lettres à l'éditeur ont été publiés en 1998-2000 relatant des cas avec hépatotoxicité sévère, progressive ou fulminante, réversible ou mortelle chez des patients diabétiques de type 2 traités par troglitazone (revue in [18, 21, 22]).

En ce qui concerne la rosiglitazone et la pioglitazone, l'incidence d'augmentation (plus de 3 fois la limite supérieure de la normale) des transaminases hépatiques dans les essais cliniques contrôlés a été très faible (environ 0,25 %) et la même sous chacune des deux glitazones que sous placebo. Parmi ceux-ci, un seul cas d'augmentation des transaminases dépassant 10 fois la limite supérieure de la normale a été signalé avec la rosiglitazone. Deux cas d'hépatotoxicité sévère ont été publiés en 2000 chez des patients recevant de la rosiglitazone, mais la relation de cause à effet a été contestée et apparaît, de fait, loin d'être certaine en raison d'autres facteurs intercurrents (choc dans un cas plaidant pour une hépatite ischémique, d'autant plus que celle-ci a été très rapidement réversible ; alcool et prise d'autres médicaments potentiellement hépatotoxiques, dont l'acétaminophène et le zafirlukast, dans l'autre cas). À ce jour, aucun cas d'hépatotoxicité sévère n'a été rapporté sous pioglitazone (revue in [21, 22, 38]).

Il semble donc que l'hépatotoxicité rapportée avec la troglitazone soit spécifique de cette molécule plutôt qu'être un effet de classe [21, 22, 38]. La troglitazone est, en effet, la seule glitazone à avoir une chaîne latérale de type quinone (alpha-tocophérol) susceptible de générer des radicaux libres hépatotoxiques (comme l'acétaminophène). Il est cependant conseillé d'être prudent, d'autant plus que deux autres glitazones (ciglitazone et englitazone) avaient déjà vu leur développement interrompu en raison d'effets indésirables hépatiques. Pour ces différentes raisons, la rosiglitazone et la pioglitazone ne peuvent être administrées chez les sujets avec une augmentation des transaminases ( > 1,5 fois la limite supérieure de la normale) et une surveillance régulière des tests hépatiques est recommandée. Cette contrainte peut avoir des implications pratiques importantes. En effet, les perturbations des tests hépatiques sont loin d'être exceptionnelles chez les sujets obèses diabétiques de type 2, susceptibles de présenter plus fréquemment une stéatose ou un syndrome de NASH (Non-Alcoholic Steatohepatitis) [43]. Tout d'abord, cette association fréquente est susceptible de limiter le nombre de candidats potentiels à bénéficier d'une glitazone. Pourtant, ces sujets pourraient représenter de bons candidats puisque la stéatose et le NASH sont étroitement liés au syndrome d'insulinorésistance et susceptibles d'être améliorés par un médicament augmentant la sensibilité à l'insuline. Ensuite, l'élévation fréquemment rencontrée des enzymes hépatiques chez les patients diabétiques de type 2 va sans doute rendre la surveillance biologique du patient mis sous glitazone plus compliquée, d'autant plus que des fluctuations spontanées des transaminases sont loin d'être rares (revue in [22]). La pharmacovigilance sur une large échelle après commercialisation de la rosiglitazone et de la pioglitazone ainsi que les résultats d'études en cours sur l'utilisation de ces molécules dans le syndrome du NASH devraient progressivement clarifier la conduite pratique à tenir vis-à-vis de la surveillance des tests hépatiques

Expansion volémique et risque de décompensation cardiaque

Les patients diabétiques traités par TZDs présentent une légère anémie dont l'origine a pu être attribuée à un phénomène d'hémodilution. En effet, toutes les TZDs entraînent une augmentation modérée, mais significative de la masse volémique [15, 19, 20]. Les répercussions cardio-vasculaires d'un traitement au long cours par troglitazone s'étaient révélées tout à fait favorables, y compris sur la pression artérielle et sur la masse ventriculaire gauche évaluée en échocardiographie [26]. Une analyse détaillée des résultats des essais cliniques réalisés avec la rosiglitazone et la pioglitazone a cependant montré une augmentation modérée de l'incidence de décompensation cardiaque, surtout lorsque la glitazone est associée à l'insuline. Ces observations ont conduit à certaines réserves quant aux modalités d'utilisation de ces deux glitazones en Europe (voir ci-dessous) [44].

Adipogenèse et prise de poids

Compte tenu de leur mécanisme d'action sur les PPAR-gamma, les TZDs sont susceptibles de stimuler l'adipogenèse et la prise de poids [9]. Le gain pondéral observé dans les études cliniques apparaît cependant non significatif ou relativement faible, mais aucune étude contrôlée ne comporte plus de 6 mois de traitement, que ce soit avec la troglitazone [15], la rosiglitazone [19] ou la pioglitazone [20]. Il semble cependant que la prise de poids s'observe surtout dans les premiers mois de traitement et qu'elle résulte, au moins pour une part, de l'expansion volémique. Par ailleurs, l'augmentation de masse grasse concernerait surtout le dépôt sous-cutané, alors que la graisse intra-abdominale (la plus délétère sur le plan métabolique) serait, au contraire, diminuée [16]. Comme les TZDs doivent être prises au long cours et compte tenu de leurs effets sur l'adipogenèse, il conviendra tout de même de vérifier s'il n'existe pas une prise de poids, certes minime mais progressive, lors d'un traitement chronique de plusieurs années, susceptible d'annihiler à terme les effets bénéfiques de ces molécules sur la sensibilité à l'insuline observés durant les premières semaines à premiers mois d'administration.

Indications reconnues des thiazolidinediones dans le traitement du diabète de type 2

Au terme de la procédure européenne centralisée d'enregistrement, la rosiglitazone et la pioglitazone sont indiquées dans le traitement du diabète de type 2, uniquement en association avec un antidiabétique oral chez les patients insuffisamment équilibrés par la metformine ou un sulfamide hypoglycémiant à une dose maximale tolérée : 1) en association avec la metformine uniquement chez les patients obèses ; 2) en association avec un sulfamide hypoglycémiant uniquement chez les patients intolérants à la metformine ou pour lesquels la metformine est contre-indiquée. Les deux glitazones ne peuvent être prescrites actuellement en Europe, ni en monothérapie (après échec du régime seul), ni en association avec l'insuline (chez les patients devenus insulinonécessitants après échec des doses maximales d'antidiabétiques oraux) [44]. La monothérapie n'a pas été acceptée en raison d'une efficacité jugée insuffisante par rapport à ce qu'apportent la metformine ou les sulfamides, deux classes pharmacologiques moins onéreuses pour lesquelles on dispose d'une large expérience clinique et des études d'efficacité sur les complications diabétiques (UKPDS) [7]. L'association avec l'insuline n'a pas été acceptée en raison du risque accru de décompensation cardiaque chez les patients insulinotraités (l'insuline exerce, par elle-même, un effet anti-natriurétique). La prescription des deux glitazones est, par ailleurs, contre-indiquée chez les patients diabétiques présentant des signes, même légers, d'insuffisance cardiaque (classe NYHA I-II). Il est à noter que les indications reconnues en Europe, limitées aux seules associations avec les autres antidiabétiques oraux, sont plus contraignantes que celles acceptées aux États-Unis où la rosiglitazone et la pioglitazone peuvent être utilisées dans les différentes indications possibles décrites ci-dessus. L'association d'une glitazone à un insulinosécrétagogue d'action brève administré au moment des repas (répaglinide, natéglinide) présente une bonne cohérence physiopathologique et s'est montrée efficace en ce qui concerne le natéglinide. Enfin, signalons qu'il n'y a pas d'études disponibles analysant les effets d'une association d'une thiazolidinedione avec un inhibiteur des alpha-glucosidases intestinales et que cette association n'est donc pas reconnue officiellement actuellement. De même, il n'y a pas d'études testant les effets d'une triple association sulfamide-metformine-glitazone. Dès lors, même si cette combinaison de trois molécules agissant sur des sites différents repose sur une certaine logique d'un point de vue physiopathologique et pharmacothérapeutique, cette triple association n'est pas recommandée au stade actuel dans le traitement du patient diabétique de type 2.

CONCLUSION

Les TZDs représentent une nouvelle classe pharmacologique dont l'action cellulaire originale sur les récepteurs nucléaires PPAR-gamma aboutit à une amélioration de la sensibilité à l'insuline. Cet effet pourrait s'exercer en diminuant les concentrations d'une hormone décrite tout récemment, la « résistine », qui semble bien être un des liens importants entre l'obésité et le diabète [45]. Les glitazones ont d'emblée suscité beaucoup d'espoir pour le traitement du diabète de type 2, et même pour la correction des anomalies liées au syndrome métabolique d'insulinorésistance. Les molécules de cette classe se sont cependant avérées moins puissantes que ce qui avait été initialement espéré, surtout en monothérapie, c'est-à-dire en association avec le régime seul. En revanche, l'efficacité des glitazones paraît plus puissante en association soit avec un sulfamide hypoglycémiant, soit avec la metformine, modalités d'utilisation considérées comme prioritaires actuellement. L'association avec l'insuline, acceptée aux Éats-Unis, n'a, en effet, pas été retenue en Europe jusqu'à présent, en raison d'un risque modéré de décompensation cardiaque chez des patients diabétiques à fonction ventriculaire déjà limite.

La survenue de cas d'hépatites toxiques sévères, parfois mortelles, avec la troglitazone, premier médicament de cette classe disponible en clinique, a conduit à ne pas commercialiser ce médicament en Europe et à le retirer du marché américain en mars 2000, trois années après son introduction. Il semble que ni la rosiglitazone, ni la pioglitazone, deux autres glitazones récemment disponibles en Europe, ne soient associées à un problème d'hépatotoxicité, opinion confortée par les données de pharmacovigilance sur plus d'un million de patients diabétiques aux États-Unis. Néanmoins, des précautions restent de mise contre-indiquant ces molécules chez les patients avec atteinte hépatique au départ et imposant une surveillance régulière des tests hépatiques chez tout patient diabétique mis sous glitazone. L'avenir nous dira quelle place devra être réservée aux thiazolidinediones dans la prise en charge du diabète de type 2 et si les restrictions dans leur utilisation imposées en Europe actuellement seront progressivement levées. Enfin, il sera important de connaître les résultats des études long terme actuellement en cours (par exemple la Proactive study pour la pioglitazone) visant à démontrer l'efficacité de cette nouvelle classe pharmacologique pour améliorer le pronostic vasculaire des patients diabétiques de type 2, preuves déjà apportées par l'UKPDS avec les antidiabétiques oraux classiques. Dans le même esprit, il sera important de connaître les résultats des études actuellement en cours (par exemple la Adopt study pour la rosiglitazone) visant à démontrer que l'emploi des TZD au début du diabète de type 2 pourrait freiner la détérioration de la cellule beta et l'aggravation progressive de la maladie qui en résulte. L'intérêt est d'autant plus marqué qu'il apparaît de plus en plus évident que les glitazones exercent des effets propres, apparemment indépendant de toute action antihyperglycémiante [12].

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