ARTICLE
Lésions de la lymphangioléiomyomatose
(LAM)
De façon étonnante, la LAM n'intéresse pratiquement
pas d'autres organes que le poumon et le tissu lymphatique. Les atteintes
pulmonaires et lymphatiques sont en revanche souvent associées,
au moins histologiquement [1].
L'atteinte des vaisseaux lymphatiques (lymphangio-) par la prolifération
musculaire lisse (léiomyo-) a donné son nom à la
maladie. Les lésions localisées sont appelées lymphangiomyomes.
Les vaisseaux et les ganglions lymphatiques atteints sont pelviens, rétro-péritonéaux,
médiastinaux et/ou pleuro-pulmonaires [1]. Ces structures peuvent
être augmentées de volume, formant des masses élastiques
spongieuses, mais les lésions peuvent être purement histologiques.
Les atteintes ganglionnaires partielles sont situées dans les sinus
et sous la capsule. Les faisceaux de cellules musculaires lisses de la
LAM s'organisent en un réseau de mailles qui entourent des cavités
en forme de fentes et bordées de cellules endothéliales
(figure 1).
Les lésions lymphatiques entraînent des obstructions. Les
atteintes, en particulier du canal thoracique, sont à l'origine
de chylothorax, d'ascite chyleuse ou de chylurie. On peut observer également
une stase lymphatique pulmonaire.
Le parenchyme pulmonaire est atteint de façon diffuse et homogène.
Il est de volume conservé et contient de multiples kystes aux parois
fines, de quelques millimètres à 2 centimètres [2].
Histologiquement, on observe de multiples micronodules musculaires lisses
paraissant répartis irrégulièrement dans le tissu
interstitiel. Ils y entourent souvent des cavités kystiques (figure
2). Les micronodules musculaires sont aussi situés autour des
axes broncho-vasculaires et des veines ou au niveau des lymphatiques,
en particulier sous la plèvre. Ces lymphatiques peuvent être
dilatés [2]. Des sidérophages endo-alvéolaires ou
des lésions plus importantes d'hémosidérose sont
possibles. Un pourcentage élevé de macrophages pigmentés
peut être noté au lavage alvéolaire qui n'a pas d'autre
particularité [3]. Il n'y a, par ailleurs, pas de fibrose et pas
d'inflammation. Entre les kystes et les micro-nodules musculaires, le
parenchyme pulmonaire est normal. Sur biopsie pulmonaire chirurgicale,
la prédominance de lésions kystiques serait de plus mauvais
pronostic que la prédominance de lésions musculaires [4].
Les lésions pulmonaires sont à l'origine de la symptomatologie.
La destruction parenchymateuse explique l'insuffisance respiratoire progressive
avec trouble de la diffusion. Les pneumothorax sont liés à
la présence des kystes sous la plèvre. Un collapsus des
petites bronchioles, lié à la perte du support alvéolaire,
semble expliquer le syndrome obstructif plus que l'atteinte directe des
bronches [5]. Enfin, ces lésions pulmonaires sont susceptibles
de récidiver après transplantation [6]. Le mécanisme
de ces récidives est mal connu. On évoque plutôt une
colonisation du greffon par des cellules du receveur, bien que la transformation
de cellules du donneur sous l'action d'un hypothétique facteur
circulant ait été évoquée [5, 6].
Cellules de la LAM
Ce sont des cellules musculaires lisses histologiquement bénignes,
sans atypie cytonucléaire et sans activité mitotique anormale.
Ces cellules sont allongées ou plus larges et d'aspect épithélioïde.
La différenciation musculaire lisse est confirmée en microscopie
électronique par la présence de myofilaments, et actuellement
en immunohistochimie, par l'expression de la desmine et de l'actine musculaire
lisse [2] (figure 2).
L'immunohistochimie peut également mettre en évidence, au
niveau de la prolifération musculaire lisse, la présence
de protéases, non contrebalancée par des antiprotéases
[7, 8]. L'activité protéolytique déséquilibrée
serait responsable d'une dégradation des fibres élastiques
et collagènes des parois alvéolaires et à l'origine
des lésions pulmonaires kystiques.
Ces cellules de la LAM expriment souvent les récepteurs hormonaux
pour les strogènes et pour la progestérone. Ces récepteurs
sont mis en évidence dans environ 50 % des cas par étude
immuno-histochimique [9] (figure
3) et semblent diminuer sous hormonothérapie [10]. Cette expression
est en accord avec la survenue quasi exclusive chez la femme (un seul
cas masculin publié [11]), en période d'activité
génitale ou rarement au cours d'une ménopause traitée
[12], ainsi qu'avec les cas rapportés d'aggravation au cours de
la grossesse ou d'un traitement stro-progestatif [5, 13, 14].
À la différence des cellules musculaires lisses normales,
les cellules de la LAM ont la particularité de présenter
en microscopie électronique des structures de type prémélanosome
[15] et d'exprimer en immunohistochimie des marqueurs des mélanomes
: Melan-A [16] et surtout l'antigène HMB45 (human melanoma black,
protéine gp100). L'expression de l'antigène HMB45 est constante
(figure 4) mais le pourcentage
de cellules musculaires lisses marquées est variable suivant les
cas [3]. L'hétérogénéité morphologique
des cellules de la LAM se retrouve en immunohistochimie. Les cellules
épithélioïdes sont en effet davantage HMB45-positives
et expriment davantage les récepteurs hormonaux que les cellules
fusiformes qui sont, en revanche, plus associées aux protéases
[8, 10, 15].
La particularité d'associer l'expression de marqueurs musculaires
et mélanocytaires, avec présence de récepteurs hormonaux
[9], est partagée avec le tissu musculaire lisse de l'angiomyolipome
rénal [17] qui est une lésion rencontrée dans la
sclérose tubéreuse de Bourneville (cf. infra). D'autre
part, la tumeur « sucre » qui est une tumeur bénigne
pulmonaire rare, formée de cellules au cytoplasme souvent clair
car riche en glycogène, exprime aussi l'antigène HMB45 [18].
Les cellules de la LAM, de l'angiomyolipome et de la tumeur « sucre
» ont été regroupées sous le terme de cellules
épithélioïdes périvasculaires [19]. Les associations
rapportées entre ces différentes lésions [20] ainsi
que la reconnaissance de formes intermédiaires [21] sont des éléments
en faveur de ce concept. La tumeur myomélanocytaire à cellules
claires du ligament falciforme est la dernière lésion décrite
dans ce groupe des tumeurs à cellules épithélioïdes
périvasculaires (« PEComas » des AngloSaxons). Cette
tumeur myomélanocytaire n'a pour l'instant été rapportée
que dans une série de 7 enfants et jeunes adultes dont un seul
a eu une évolution métastatique [22].
Lésions associées à la LAM
et les rapports avec la sclérose tubéreuse
de Bourneville
On considère les lésions de LAM comme des lésions
hamartomateuses. Un hamartome est une tumeur bénigne formée
par des tissus de l'organe où il se développe, mais avec
une organisation et souvent des proportions anormales donnant un aspect
malformatif. Les lésions associées à la LAM sont
également des hamartomes et la sclérose tubéreuse
de Bourneville est une hamartomatose multisystémique [23].
La sclérose tubéreuse de Bourneville (STB) est une maladie
héréditaire autosomique dominante à forte pénétrance
et à expression variable. Beaucoup de cas correspondent à
des mutations de novo. Dans la forme classique, les patients présentent
un retard mental et une épilepsie qui se révèlent
dans l'enfance et qui sont liés à des lésions hamartomateuses
du système nerveux central. Des lésions hamartomateuses
d'autres organes comportent en particulier des lésions cutanées,
rétiniennes, des angiomyolipomes ou des rhabdomyomes cardiaques.
Classiquement, 1 à 3 % des STB présentent une LAM [23] mais
une fréquence de 20 % est rapportée dans une série
de cas féminins de STB [24]. Des micronodules d'hyperplasie pneumocytaire
(figure 5) correspondent
à une autre lésion hamartomateuse pulmonaire associée
à la STB [25].
Les angiomyolipomes sont des hamartomes constitués
d'un mélange de vaisseaux, de muscle et de graisse. Les cellules
musculaires de ces angiomyolipomes ont des similitudes avec les cellules
de la LAM [17]. Les angiomyolipomes sont une fois sur deux associés
à la STB, les autres cas étant sporadiques. La localisation
est le plus souvent rénale mais d'autres localisations sont décrites
dont le poumon [26]. Un cas pulmonaire est d'ailleurs décrit en
association avec une hyperplasie pneumocytaire micronodulaire au cours
d'une STB [27]. Classiquement, environ 25 % des patientes porteuses d'une
LAM ont des angiomyolipomes rénaux. Ce pourcentage pourrait être
plus important en cas de recherche systématique qui pourrait également
permettre la mise en évidences d'autres localisations [28]. Selon
les critères diagnostiques de la STB, l'association LAM et angiomyolipome
suffit à porter ce diagnostic de STB [13].
Deux gènes impliqués dans la STB sont connus : TSC1 (Tuberous
sclerosis complex) sur le chromosome 9, locus 9q34.3, et TSC2 sur
le chromosome 16, locus 16p13.3 [13]. Ces gènes codent pour des
protéines normales, respectivement l'hamartine et la tubérine.
Ces protéines ont un rôle suppresseur de tumeur et c'est
en leur absence que se développent les hamartomes. L'absence de
tubérine dans des hamartomes de la STB, contrastant avec sa présence
dans les tissus normaux, peut ainsi être mise en évidence
par immunohistochimie [29]. Des mutations somatiques et acquises du gène
TSC2 ayant été mises en évidence dans les lésions
pulmonaires de cas sporadiques de LAM [30], l'absence immunohistochimique
de tubérine, bien que non encore documentée, y est donc
probable. La même absence de tubérine a d'ailleurs été
observée dans une forme de tumeur à cellules épithélioïdes
périvasculaires [22]. Par ailleurs, il semble que les patientes
présentant une LAM aient des léiomyomes utérins avec
une fréquence anormalement élevée [14], ce qui laisse
envisager une anomalie constitutionnelle du tissu musculaire lisse. À
notre connaissance, la clonalité des cellules de la LAM n'a pas
été démontrée.
CONCLUSION
La meilleure connaissance des lésions tissulaires de la LAM permet
un meilleur diagnostic histopathologique avec, en particulier, la mise
en évidence de lésions minimes ou débutantes sur
des prélèvements pulmonaires faits au cours d'une cure de
pneumothorax. Elle permet également d'éliminer d'autres
lésions musculaires lisses, telles que les hyperplasies observées
dans des fibroses pulmonaires interstitielles ou des lésions sarcomateuses.
Ces éléments concourent probablement au fait que les cas
de LAM actuellement diagnostiqués ont un pronostic moins péjoratif
que dans des séries anciennes [14].
Ces données peuvent également faire espérer des
avancées thérapeutiques alors que, pour l'instant, le seul
traitement efficace des formes pulmonaires évoluées reste
la transplantation. La présence de récepteurs hormonaux
pose le problème d'un traitement hormonal de la LAM dont les modalités
restent à définir. On peut d'autre part imaginer que, grâce
à la communauté antigénique avec les mélanocytes,
la LAM puisse un jour bénéficier d'éventuelles avancées
de l'immunothérapie du mélanome. Enfin, on peut souhaiter
que la LAM profite d'une éventuelle thérapie génique
grâce à une meilleure connaissance des gènes impliqués
dans la sclérose tubéreuse de Bourneville.
Remerciements. Nous remercions M. Denis Pétraz pour le
travail photographique.
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