ARTICLE
Le médicament a un rôle central et symbolique dans la relation patient-médecin,
tant du côté du soigné que du soignant [1]. L'objectivité en matière de prescription
n'est pas plus automatique que la neutralité du médecin n'est réelle : il a des
opinions, il fait des choix qui sont en lien avec sa propre histoire, sa perception
personnelle des risques et son origine culturelle [2-4]. De nombreuses études
sociologiques comparant les différents pays européens ont observé une « exception
française » caractérisée par des consommations et des prescriptions élevées de
médicaments dont l'efficacité n'a pas été démontrée. S'il existe aux Pays-Bas
par exemple, où la consommation et les prescriptions sont les plus basses d'Europe,
un certain « scepticisme » à l'égard du médicament, il y a en France des logiques
culturelles de « réparation instantanée » via le médicament chez les praticiens
et les patients, qui recourent plus vite qu'ailleurs à eux ; le médicament est
« l'outil » central et l'ordonnance répond à d'autres fonctions, notamment celle
de valider la légitimité professionnelle en matérialisant la capacité du médecin
à poser un diagnostic et « trouver » un traitement [5].
Les publications les plus critiques à l'égard de prescriptions « inadaptées
» ou de « dérives médicamenteuses » ont été réalisées à partir du recueil de
données qualitatives et quantitatives nord-américaines. Elles concernent surtout
les produits psychotropes en médecine générale [6-8]. Car Outre-Atlantique,
mais aussi en France ainsi qu'en Belgique et en Grande-Bretagne (données OPEPS,
2006), les généralistes sont devenus les principaux prescripteurs des psychotropes
(en dehors des neuroleptiques) ; les plus prescripteurs de ces produits le sont
également d'autres médicaments. Les différents travaux sur les prescriptions
soulignent tantôt le « déni » de l'influence des industries du médicament, tantôt
la méconnaissance par les médecins de l'origine et des conséquences de leurs
propres prescriptions [8-10].
Méthode
Pour comprendre, dans une perspective d'anthropologie critique, les discours et
pratiques complexes de soins [11, 12], 30 médecins généralistes ont été interrogés
sur leurs parcours professionnels, leurs difficultés au travail, leurs motivations
et trajectoires personnelles. Parmi eux, 18 praticiens ont été particulièrement
suivis (tableau 1), et 10 ont
été observés dans leurs consultations et/ou leurs visites à domicile, de 3 jours
à plus d'une semaine (sans intervenir dans leur pratique, qu'ils pouvaient commenter
librement) : pour analyser leurs pratiques effectives et les effets d'interactions
avec les patients. Le but était d'avoir une approche globale d'une durée suffisante
pour étudier leurs rapports à l'ordonnance, mais aussi aux patients et aux autres
professionnels (y compris lorsque des visiteurs médicaux étaient présents) et
mettre à jour des processus, des logiques, en partie inconscients, intériorisés,
ou habituellement cachés [13, 14].
Au total, environ 550 consultations et 50 visites à domicile ont été suivies.
La diversité des situations a été recherchée aussi sur les conditions d'exercice
(secrétariat ou non, pratique allopathique dominante ou non...). L'observation
a été complétée par la participation à des colloques et des sessions de formation
initiale en médecine générale, où ont été réalisés des focus group. Cette
étude ne relève donc pas d'une logique d'échantillonnage. Pour homogénéiser
relativement les données, les observations se sont déroulées entre septembre
et novembre et tous les médecins avaient des profils de patientèle commune,
appartenant plutôt à des classes sociales moyennes et défavorisées. En effet,
cette étude visait aussi à comparer des pratiques de prescription médicamenteuses
selon une approche sociologique complémentaire (typologies et des « idéaux types
» médicaux décrits en sociologie [15-17]).
Les entretiens et les consultations ont été enregistrés et intégralement retranscrits
(un seul refus). Pour éviter des erreurs d'interprétation des données, les analyses
se sont également appuyées sur les relevés d'activité de l'Assurance-Maladie,
mais aussi sur les avis pharmacologiques de 5 médecins généralistes « informateurs
privilégiés » [18]. Il y a eu dans tous les cas demande de consentement des
enquêtés (et/ou de leurs directions) et de leurs patients, anonymisation des
données, arrêt de l'enregistrement ou de l'observation à la demande.
Résultats
Représentation optimiste du médicament, forte tradition positiviste
En dehors des enquêtés peu prescripteurs, tous croyaient en l'efficacité et aux
effets bénéfiques des produits en général (exemples : « ça ne peut faire que
du bien », « on prescrit les médicaments déjà les plus prescrits, les consensus
médicaux, il n'y a pas de problème »). Persuadés des progrès constants des
thérapeutiques, ils avaient tendance à en sous-estimer les effets iatrogènes,
y compris lorsqu'ils étaient rapportés par les patients, ce qui les amenait à
continuer de prescrire sans l'aval des patients. Ils informaient peu leurs patients
des effets négatifs des associations médicaments-alcool (à relier avec une autre
tendance culturelle française de déni, puisque seule la plus jeune généraliste
suivie relançait systématiquement ses patients à propos de leur consommation d'alcool)
et des effets secondaires possibles (exemples : « L'oxomémazine c'est à prendre
le soir », ou à propos de benzodiazépines, « ça c'est pour aider à dormir
», « l'alprazolam est un produit, comme d'autres, à visée décontractante,
mais qui vont au-delà : c'est pas comme des somnifères, mais... peut-être qu'en
restaurant le sommeil les choses suivront derrière »).
Leurs principales motivations étaient « traditionnelles » : ils considéraient
savoir « gérer » les effets iatrogènes des produits, pensaient que ces effets
étaient connus et maîtrisés, et ne voulaient pas « paniquer » ou «
insinuer le doute » chez un patient dont ils cherchaient plutôt à favoriser
l'observance aux traitements jugés toujours légitimes. Ils n'éprouvaient donc
pas le besoin de développer des alternatives, a fortiori s'il n'existait
pas, à leur connaissance, de traitements non médicamenteux.
Ces représentations « optimistes » ont été à l'origine d'autres processus observés.
Ainsi, lors des consultations, des enquêtés ont eu tendance à « oublier » qu'ils
avaient été les initiateurs de prescriptions problématiques et même de cas où
des médicaments avaient provoqué de graves accidents (dont par exemple des hospitalisations
après comas), affirmant ne pas avoir pas de problèmes médicamenteux avec leur
patientèle, ni de retours négatifs de cette dernière. Certains ont eu également
tendance à banaliser, voire à déconsidérer les plaintes de patients et/ou à
penser que ces derniers étaient responsables des problèmes rencontrés (ex. «
C'est toujours comme ça avec ceux qui lisent trop les notices », « ce
patient là moi je me demande s'il n'est pas quand même à la limite d'une pathologie
plus psychiatrique », « il y a des gens qui n'ont pas de chance avec
les médicaments : à chaque fois c'est les mêmes, c'est de la malchance »).
Méconnaissance des stratégies commerciales des firmes pharmaceutiques
L'influence des multiples stratégies commerciales des firmes pharmaceutiques n'est
plus à démontrer [19], mais les plus prescripteurs, qui travaillaient davantage
et/ou plus rapidement que leurs confrères moins prescripteurs, déniaient en être
influencés. Ils disaient éprouver des difficultés à intégrer les informations
multiples sur les « nouveaux » médicaments ; beaucoup estimaient manquer de temps
pour continuer à se former et lire et jugeaient favorablement l'intervention des
firmes : organisation de colloques, de « formations », résumés d'informations,
échanges oraux brefs avec les visiteurs médicaux, y compris en secteur salarié,
d'autant moins remise en cause que la plupart avaient fait des remplacements et
des stages chez des confrères également habitués à leur présence.
La présence de ces représentants dès la faculté les avait habitués à une présence
jugée naturelle, peu chronophage et/ou aidante. Les échantillons de médicaments
qu'ils donnaient ou qui leur étaient demandés lors des visites étaient tous
utilisés par eux-mêmes ou des patients. Certains ont reconnu, à propos de la
distribution de petits cadeaux a priori anodins, tels des stylos, être
conduits à privilégier tel ou tel produit dont ils avaient mémorisé le nom en
évidence sur les multiples instruments de bureau, y compris leurs logiciels
professionnels. Les visiteurs observés alimentaient également la croyance chez
les enquêtés que l'activité de leur « nouveau » produit était supérieure ou
égale aux premières générations, qu'il était mieux toléré et présentait moins
d'effets secondaires que son ou ses prédécesseur(s). Ils se référaient à une
multitude d'études « scientifiques », « randomisées », à des références prestigieuses
ou institutionnelles, en répétant les mêmes mots pour qualifier leurs produits
(exemples : « progrès, force, agir, puissance, efficacité »).
Au final, tous les médecins enquêtés, y compris ceux qui ne recevaient pas
ou plus les visiteurs médicaux, disaient qu'ils finissaient toujours par « entendre
parler » positivement de telle ou telle « innovation » technique ou médicamenteuse
: par des associés recevant les visiteurs, par des collègues participant aux
réunions d'amicales locales de médecins, par des « leaders d'opinion » lors
de colloques, via la presse médicale et des émissions télévisées autour
la santé, qui influençaient également des patients... Les plus prescripteurs
utilisaient des produits promus, dont des me too non innovants et parfois
moins sécurisés que les originaux [9]. Ils ne connaissaient pas ou peu les notions
de SMR et d'ASMR (Service Médical Rendu et Amélioration du SMR), persuadés de
bien prescrire, parfois non conscients d'être « gros prescripteurs ».
Une formation insuffisante en pharmacologie, un manque de regard critique à
l'égard de l'influence des firmes pharmaceutiques facilitent donc le travail
de ces dernières auprès de généralistes. Cependant, l'étude a montré également
l'impact sur l'ordonnance de certaines logiques de prescription et d'habitudes
de travail répandues en médecine.
Sensibilités culturelles
Les plus prescripteurs utilisaient le médicament de façon assez homogène : pour
réduire rapidement tous les symptômes présents ou susceptibles d'apparaître, dans
la logique un médicament/un symptôme, pour prévenir des douleurs ou des risques
organiques redoutés. Les prescriptions de produits inutiles voire néfastes recensées
ont concerné la médication des épidémies saisonnières bénignes (rhumes, grippes,
gastro-entérites...) : 3 à 6 produits, dont des antalgiques, même chez des patients
n'exprimant ni fièvre ni douleur importantes. D'autres étaient souvent ajoutés
pour éviter d'éventuels symptômes à venir, par exemple des anti-inflammatoires
pour prévenir des maux de gorge. Des antibiotiques étaient parfois associés. Souvent,
leur prescription s'expliquait par la même cause : une sensibilité culturelle
importante concernant les infections respiratoires, notamment la crainte de complications
possibles de « gros rhumes » (ex. « les rhinos ? [...] C'est un truc bête,
mais tu dois prendre ta décision au feeling, et ils ne sont pas contents après
si cela devient une grosse crise d'asthme, une otite ou une rhino banale surinfectée
! »). D'où certains diagnostics et traitements « renforcés », avec cumul de
produits, a fortiori en cas de retour de patients « non guéris ».
Ces médecins étaient également convaincus de la nécessité de médicamenter les
maux dits « courants », par exemple la « dépression » qu'ils pensaient maîtriser
par des associations de produits psychotropes, beaucoup associant aux traitements
antidépresseurs des produits anxiolytiques pour parer à des risques de suicide.
En conséquence, le recours aux spécialistes du « psyché » n'était demandé qu'une
fois les traitements initiés, en cas d'échec sur des bases diagnostiques aléatoires,
comme dans l'étude de Haxaire et al. [20]. Les insuffisances françaises
de l'enseignement d'alternatives thérapeutiques (comme la psychothérapie), de
la santé publique, de l'épidémiologie et des sciences humaines sont en partie
responsables de ces diagnostics « abusifs » servant à pallier, faute de mieux,
des détresses et des solitudes sociales.
Absence de coordination des soins, survalorisation des savoirs « experts »
Le mode d'organisation du travail médical en France est aussi un facteur de sur-prescription,
sous-estimé dans les études recensées. La plupart des enquêtés connaissaient très
indirectement les pratiques de prescription de leurs confrères et de leurs correspondants
(par le seul intermédiaire de leurs courriers, ordonnances et retours de patients),
avec deux conséquences majeures : d'une part, le renouvellement de médicaments
dont les causes initiales de prescription avaient été oubliées (faute d'échanges
directs entre prescripteurs), a fortiori en cas de « gros dossier », comme
en ont convenu des enquêtés (exemples : « Franchement, je me demande pourquoi
il l'a toujours ce traitement », « combien de fois on se demande pourquoi
le malade est sous anticoagulant ») ; d'autre part, des logiques de prescription
d'un produit par pathologie et par prescripteur, chacun prescrivant dans sa spécialité,
d'où des abus observés chez des personnes souffrant de polypathologies. Certains
enquêtés, bien que conscients de ce problème, éprouvaient à ce sujet leur sentiment
d'impuissance.
Ces deux tendances s'ajoutent à deux autres traditions hexagonales : premièrement,
une valorisation de l'autonomie dans le travail (exemples : « on est libre,
on va pas imposer quoi que ce soit aux confrères, et vice versa, hein »)
; deuxièmement, une hiérarchisation importante des soins en France : des enquêtés
ont souligné manquer d'informations sur les traitements prescrits par des médecins
spécialistes et n'intervenaient pas dans l'ordonnance de ces derniers jugés
souvent comme plus compétents ; au mieux, ils préféraient ajouter un ou plusieurs
produits palliant les effets secondaires de traitements initiés par le spécialiste,
renforçaient leur surveillance par rapport aux effets indésirables craints,
ou renvoyaient le patient vers le médecin prescripteur. Dans une majorité des
cas, les médecins généralistes contactaient rarement leurs correspondants, soit
parce qu'ils leur faisaient confiance, soit parce qu'ils ne voulaient pas les
déranger ou que ces derniers étaient indisponibles, soit enfin parce que certains
enquêtés avaient tendance à inférioriser leurs savoirs généralistes par rapport
aux savoirs spécialistes, gages de prestige et d'assurance, voire seules références
chez de jeunes médecins. En l'occurrence, il s'agissait des enquêtés « moyennement
» prescripteurs selon les normes nationales au regard de littérature (en médecine
générale, 8 consultations sur 10 se terminent par une ordonnance, avec des moyennes
de prescriptions de 2,9 produits par consultation en 2002 [7, 21]). Parce qu'ils
pensaient jouer un rôle mineur dans les soins, ils avaient tendance à se cantonner
à de « petits » soins. Cette dévalorisation est assez répandue [19] aussi bien
chez de jeunes enquêtés, déclarant « ne rien savoir » en sortant de faculté,
que chez des plus âgés, ce qui contribue également à limiter le partage de décisions
entre confrères, expliquant sans doute les difficultés observées à « centraliser
» les dossiers de patients. L'enquête confirme sur ce point que ce sont donc
plutôt les patients qui « gèrent » leur dossier, jouant les intermédiaires entre
les différents prescripteurs [22].
Enfin, les enquêtés jugeaient généralement inutiles les avis de professionnels
non médicaux, alors que ceux-ci tendent généralement à faire réduire le nombre
de médicaments prescrits ou à « contrôler » les ordonnances. Le 49e
congrès national des centres de santé (Paris 2009) a par exemple souligné le
peu d'échanges et de regroupements interprofessionnels de « ville » en dehors
de ceux associant des médecins spécialistes à des médecins généralistes, alors
que les médecins belges ou néerlandais collaborent plus étroitement avec des
infirmières et/ou des pharmaciens, notamment. Les médecins (généralistes) français
ont d'ailleurs plus de réticences à déléguer les soins à des professionnels
non médicaux, alors que la densité médicale est moindre en France qu'aux Pays-Bas.
Conclusion de cette première partie
La prescription médicamenteuse est influencée par différentes tendances culturelles
favorisant en France le cumul de produits sur l'ordonnance. Représentation optimiste
du médicament et forte tradition positiviste, méconnaissance des stratégies commerciales
des firmes pharmaceutiques et sensibilités culturelles expliquent pourquoi les
médecins enquêtés se sentent « obligés de prescrire » : par compassion, par conviction
de faire le bien, pour se conformer à une norme... L'observation sociologique
permet de souligner entre autres deux paradoxes très français : l'exercice médical,
au-delà des seuls médecins généralistes, comporte peu d'échanges entre professionnels
sur leurs pratiques respectives, d'où des oublis des causes de prescriptions ;
la reconnaissance des éventuels effets iatrogènes des traitements prescrits n'est
toujours pas partie intégrante de la culture médicale. En médecine générale, une
certaine méconnaissance pharmacologique, la référence dominante au savoir des
« experts » au détriment de la reconnaissance des savoirs généralistes, et parfois
le surmenage des médecins interviennent de manière importante comme déterminants
de la prescription en renforçant le réflexe « ordonnance-médicament ».
La seconde partie de cet article tentera également d'expliquer comment, dans
un contexte culturel favorable à ce réflexe, certains médecins généralistes
deviennent ou restent « malgré tout » peu prescripteurs de médicaments.
Déclaration d'intérêt : L'étude a été réalisée en toute indépendance, grâce
à un financement CNAMTS géré par le CERMES-3 (Villejuif) dans le cadre d'un
post-doctorat au CNRS. Elle a été suivie scientifiquement par S. Fainzang, directrice
de recherche INSERM.
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Déterminants culturels de la prescription chez les généralistes
Français
Objectif : mettre à jour les principaux facteurs culturels
déterminant les prescriptions en France.
Méthode : entretiens semi-directifs et/ou par observations de
consultations de 30 médecins généralistes aux profils variés.
Résultats/discussion : des facteurs non cliniques interviennent
dans les motivations à prescrire. Plusieurs tendances culturelles favorisent
le cumul de médicaments dans les ordonnances : traditions positivistes
expliquant des usages non strictement pharmacologiques des médicaments,
insuffisance de connaissances pharmacologiques, dévalorisation des savoirs
généralistes, le savoir des « experts » restant la référence dominante,
surmenage professionnel et motivations initiales à la profession médicale.
Le système de paiement à l'acte et les stratégies des firmes pharmaceutiques
renforcent des habitudes culturelles de sur-prescription de médicaments.
Deux paradoxes français sont à souligner : les médecins continuent à avoir
peu d'échanges sur leurs pratiques respectives ; les effets iatrogènes
des traitements prescrits restent peu reconnus. |
Notes :
- La sociologue québécoise J. Collin s'appuie notamment sur des articles
parus dans la revue Social Science and Medicine (en 1981, 1988 et
1992).
- Les noms commerciaux des médicaments cités par les enquêtés ont été remplacés
par leur DCI.
- Cas extrême : 17 produits dans l'ordonnance de patients déclarant ne pas
avoir de pathologies particulières. Je n'ai pas pu suivre au travail ces
médecins très gros prescripteurs, qui résistent à toutes formes de suivi
de leurs pratiques [19], mais je les ai croisés, ou d'autres enquêtés ont
témoigné de leurs pratiques en connaissance de cause : remplacements (où
j'étais parfois présente), échanges par exemple dans le cadre de ventes
de cabinets ou d'héritages de patientèle après leur décès.
- L'étude Polychrome [23] souligne l'existence des sur-prescriptions en
cardiologie, de produits psychotropes, de médicaments de l'appareil respiratoire,
ainsi que d'antalgiques de niveau 2 (qui sont des classes thérapeutiques
problématiques selon l'Agence française de sécurité sanitaire des produits
de santé).
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