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Brèves de pharmacovigilance


Médecine. Volume 8, Number 4, 155-6, Avril 2012, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2012.0821


Author(s) : La Rédaction de Médecine, .

ARTICLE

Dabigatran : attention, risque coronarien !

Les auteurs canadiens de la méta-analyse ont évalué ce risque à partir des données de 7 essais contrôlés randomisés de dabigatran (30 514 patients) où ce risque apparaissait comme critère secondaire de l'étude : 2 essais dans la fibrillation auriculaire, 1 dans la thromboembolie veineuse aiguë, 1 dans les syndromes coronariens aigus (SCA) et 3 dans la prévention à court terme de la thrombose veineuse profonde. Comparativement à la warfarine, l'énoxaparine ou au placebo, le dabigatran était significativement associé à un risque plus élevé d'infarctus du myocarde ou de SCA dans le groupe témoin (1,19 % dans le bras dabigatran vs 0,79 % dans les bras contrôle ; OR 1,33 ; 1,03-1,71 ; p = 0,03), risque qui restait similaire en utilisant les résultats révisés de l'essai RE-LY (OR 1,27 ; 1,00-1,61, p = 0,05) ou après exclusion des essais à court terme (OR 1,33 ; 1,03-1,72 ; p = 0,03). Le dabigatran est donc associé à une augmentation du risque coronarien chez un large spectre de patients dont il est impératif de tenir compte avant prescription.

Mots clés : anticoagulants, syndrome coronarien aigu [Acute Coronary Syndrome; Anticoagulants]

Référence :

  1. Uchino K, Hernandez AV. Dabigatran Association With Higher Risk of Acute Coronary Events. Meta-analysis of Noninferiority Randomized Controlled Trials. Arch Intern Med. 2012;172:397-402.


Dérivés de l'ergot de seigle : rapport bénéfice/risque défavorable

La commission d'AMM de l'Afssaps a réexaminé les anciennes AMM des dérivés ergotés indiqués dans le traitement de fond de la migraine, de l'hypotension orthostatique et des symptômes en rapport avec l'insuffisance veino-lymphatique : Seglor® (AMM 1977), DHE® (AMM 1966), Ikaran® (AMM 1977) et Tamik® (AMM 1979). Les données d'efficacité de ces spécialités sont insuffisantes ; le risque de réactions fibrosantes cardiothoraciques ou rétropéritonéales est très rare mais grave. En ce qui concerne le Desernil® (AMM 1961) indiqué dans le traitement de fond de la migraine et de l'algie vasculaire de la face, la conclusion est identique : données d'efficacité non pertinentes, risque de fibroses, notamment rétropéritonéales, pulmonaires, pleurales et valvulaires cardiaques, très rare mais grave. Il est donc conclu à un rapport bénéfice/risque défavorable de ces médicaments.

Mots clés : alcaloïdes ergot, migraines [Ergot Alkaloids; Migraine disorders]

Référence :

  1. Afssaps. Communiqués de presse des 20 décembre 2011 et 6 février 2012.


Somnifères et mortalité

Les données longitudinales de survie ont été extraites des dossiers médicaux électroniques américains : 10 529 patients ayant des prescriptions d'hypnotiques (âge moyen 54 ans) ont été appariés à 23 676 témoins sans et suivis entre janvier 2002 et janvier 2007 (en moyenne de 2,5 ans). Les données ont été ajustées pour l'âge, le sexe, le tabagisme, l'indice de masse corporelle, l'origine ethnique, le statut marital, la consommation d'alcool et un cancer antérieur. La mortalité était plus élevée chez les patients qui avaient une prescription d'un quelconque hypnotique, selon 3 groupes : entre 0,4 et 18 prises annuelles, le risque relatif était de 3,60 (2,92 à 4,44) ; entre 18 et 132 de 4,43 (3,67 à 5,36) et pour plus de 132 prises annuelles de 5,32 (4,50 à 6,30), ce qui démontre une association dose-réponse. Cette augmentation était retrouvée à l'identique dans des analyses distinctes de diverses benzodiazépines, barbituriques et antihistaminiques sédatifs. Il y avait dans le groupe des plus grands utilisateurs une augmentation importante du nombre de cancers incidents (HR 1,35 ; 1,18-1,55). Les résultats étaient inchangés en analyses par groupes de comorbidités, ce qui indique que les risques de cancer et mortalité associés aux médicaments hypnotiques ne sont pas attribuables à une maladie préexistante.

Mots clés : troubles de l'endormissement et du maintien du sommeil [Sleep Initiation and Maintenance Disorders]

Référence :

  1. Kripke DF, Langer RD, Kline LE. Hypnotics' association with mortality or cancer: a matched cohort study. BMJ Open 2012;2:e000850. doi:10.1136/bmjopen-2012-000850


Natalizumab et risque de leucoencéphalopathie

Le natalizumab (Tysabri®), commercialisé en France depuis avril 2007, est indiqué dans le traitement des formes très actives de sclérose en plaques (SEP). Àce jour, 20 cas de leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) ont été déclarés en France, dont 4 fatals, sur environ 6 000 patients traités. Le risque est plus élevé chez certains patients, notamment après 2 ans de traitement. L'Afssaps rappelle, outre la nécessité d'une IRM avant traitement, puis annuellement, l'attention à porter à l'apparition ou l'aggravation de troubles cognitifs, psychiatriques ou visuels, parfois difficiles à différencier d'une poussée de SEP. Or, le pronostic de la LEMP dépend de la précocité du diagnostic et de la rapidité de prise en charge : le traitement doit être immédiatement suspendu tant que le diagnostic de LEMP n'a pas été exclu et définitivement arrêté en cas de confirmation du diagnostic. Un avis neurologique et les examens nécessaires doivent donc être obtenus en urgence.

Mots clés : sclérose en plaques [Multiple sclerosis]

Référence :

  1. Afssaps. Tysabri (natalizumab) et leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) ­ Point d'information. 28 février 2012.


« Virilité triomphante » : cheveux ou sexualité ?

Environ 30 000 Français utilisent du Propecia®, formellement contre-indiqué chez la femme. Les medias ont largement répercuté l'information sur les risques que représente pour la sexualité le traitement de la calvitie par le finastéride (Propecia®, à 1 mg/j, une augmentation de posologie n'apportant pas de bénéfice thérapeutique). Ces risques (baisse de la libido, troubles de l'érection et troubles de l'éjaculation) ont été identifiés avant même la commercialisation du produit en 1999 chez 1 à 10 patients pour 1 000 patients traités. Ces effets sont considérés comme transitoires ou réversibles à l'arrêt du traitement (ils figurent dans le résumé des caractéristiques du produit) mais deux cas de troubles de l'érection persistant après l'arrêt du traitement ont été enregistrés dans la base nationale de pharmacovigilance, ainsi que des cancers du sein chez l'homme (sans qu'un lien de cause à effet ait pu être établi). Une réévaluation de l'AMM à 5 ans du Propecia® est prévue en 2013.

Mots clés : alopécie, sexualité [Alopecia; Sexuality]

Référence :

  1. Afssaps. Finastéride (Propecia® et génériques) dans le traitement de la calvitie chez l'homme jeune (alopécie androgénétique) : surveillance des effets secondaires ­ Point d'information. 13/03/2012.


Association ISRS/antiagrégant plaquettaire : risque hémorragique...

L'étude rétrospective canadienne a utilisé les résumés de sortie d'hôpital, les factures des médecins, les demandes de remboursement de médicaments et les données démographiques des services administratifs de santé provinciaux. Sur les 27 058 patients âgés de plus de 50 ans hospitalisés pour infarctus du myocarde, 14 426 recevaient à leur sortie de l'aspirine, 406 avec un inhibiteur spécifique de la recapture de la sérotonine (ISRS) 2 467 du clopidogrel, 45 avec un ISRS, 9 475 une association des deux, 239 avec un ISRS ; 1 070 ont eu un épisode hémorragique, le risque étant plus élevé chez les patients traités par IRS et antiagrégants plaquettaires : comparativement à l'aspirine seule, HR 1,42 (1,08-1,87) pour aspirine + ISRS ; 2,35 (1,61-3,42) pour aspirine et clopidogrel + ISRS. Comparativement avec l'association aspirine/clopidogrel seule, sa combinaison avec un ISRS était associée à un risque hémorragique accru : HR 1,57 (1,07-2,32). Le sexe masculin, l'âge avancé, un cancer, l'insuffisance rénale ou cardiaque, une anémie ou un autre trouble hématologique, l'utilisation d'anticoagulants ou de corticoïdes, un usage antérieur d'antihypertenseurs ou de antidiabétiques oraux, un antécédent d'ulcère digestif, étaient des facteurs de risque hémorragique indépendants. Malgré les limites de cette étude, il faut tenir compte de ce risque avant de prescrire un ISRS chez les patients recevant des antiagrégants plaquettaires...

Mots clés : antiagrégants plaquettaires, antidépresseurs, dépression [Antidepressive Agents; Depression; Platelet Aggregation Inhibitors]

Référence :

  1. Labos C, Dasgupta K, Nedjar H, Turecki G, Rahme E. Risk of bleeding associated with combined use of selective serotonin reuptake inhibitors and antiplatelet therapy following acute myocardial infarction. CMAJ. 2011;183:1835-43.


Retrait d'un générique de lévothyroxine au Royaume-Uni

Nous avions attiré l'attention sur les risques d'une efficacité différente des génériques de lévothyroxine par rapport à la spécialité princeps, Lévothyrox® [1]. Une confirmation nous vient d'Outre-Manche avec la suspension de l'autorisation de mise sur le marché d'un générique, la levothyroxine 100 microgram Teva® [2], suite à plusieurs notifications de réduction de l'efficacité à la suite du remplacement d'une autre spécialité à base de lévothyroxine par la levothyroxine Teva® (commercialisé uniquement au Royaume-Uni). En France, une enquête de pharmacovigilance est en cours depuis... 2010, avec des conclusions annoncées pour mai-juin 2012 !

Mots clés : hypothyroïdie [Hypothyroidism]

Références

  1. Gerson M. Lévothyrox®, Avandia®, Médiator® : la faillite des Agences. Médecine. 2010;6(10):199-201.
  2. MHRA. Teva levothyroxine 100 microgram tablets: potential reduced efficacy. Suspension of marketing autorisation. Drug Safety Update March 2012:5(8):S1.


 

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