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Contraception of the adolescent


Médecine. Volume 8, Number 3, 112-7, Mars 2012, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2012.0811

Résumé   Summary  

Author(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale .

Summary : The sexual practices of the French young people have changed, as in neighboring European countries. Contraception has become the “norm”, with condoms during the first intercourse, followed by oral contraception. The need for confidentiality and free contraceptives causes practical problems which are still unsolved in France, although some experiments have shown that this is possible. The condom is now the best tool for the prevention of STDs, which leads to a reinforcement of the medical advice, especially at the beginning of sexual life. Its contraceptive efficacy, in “real life”, is not very different from that of the estrogen-progestogen pill. It seems appropriate to advise the association of both in the beginnings of an active sexual life, to avoid the persistence of many failures of contraception, with a stable and high rate of abortions in very young women. Among the obstacles to effective contraceptive use in adolescence, we find the necessity of prior medical consultation. The objective of quality and safety of contraception is related to observing basic relational exchanges which must be specifically adapted to this age: biomedical analysis is rarely the urgency of the moment. There is no “treatment” to “cure” acne. If the contraception is adapted, and necessary, it may be sufficient to control discreet inflammatory acne and, in combination with other anti-acne preparations, to help in the control of more important acne.

Keywords : acne vulgaris\; Adolescent\; Contraception\; Condoms\; Sexually Transmitted Diseases

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

Paradoxe de la contraception : elle a massivement progressé, mais le taux d'interruption de grossesse, étonnamment stable globalement depuis 1975, semble augmenter chez les moins de 25 ans. Deux points sont acquis en 2012 : d'une part, les jeunes femmes exposées au risque de grossesse ne sont pas plus nombreuses aujourd'hui qu'en 1970 : l'âge au premier rapport sexuel n'a que légèrement diminué [2] et la fréquence des rapports sexuels est restée stable ; d'autre part, une plus grande diffusion de la contraception moderne a diminué le risque de grossesse non prévue. Cependant, le rapport Nisand soulignait en 2006 que les échecs de la contraception sont fréquents chez les adolescents [3] ; pour des raisons de fertilité élevée d'abord, mais aussi d'une fréquente absence de contraception, surtout dans des situations instables, et d'une contraception mal maîtrisée, dont les méthodes les plus efficaces ne sont pas bien adaptées à une activité sexuelle irrégulière.

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 4 publications de Bibliomed : 650 du 12 janvier 2012, 472 du 28 juin 2007, 635 du 22 septembre 2011, 481 du 8 novembre 2007.

Pratiques sexuelles et usages contraceptifs à l'adolescence

Les premiers rapports sexuels exposent au double risque d'infection sexuellement transmissible (IST) et de grossesse non désirée. L'usage ou non, pour le premier, du préservatif masculin, pour le second d'une méthode de contraception efficace, pose des questions d'information et d'accessibilité encore problématiques en 2012. Les pratiques sexuelles des jeunes Français évoluent, comme dans les pays européens voisins. Des changements législatifs ont eu lieu. L'éducation sexuelle à l'école et les campagnes de communication soulèvent de nombreux débats sur les contenus (faut-il traiter à la fois des IST et de la contraception ?), les cibles (comment intéresser à la fois les garçons et les filles ?), les rôles respectifs des parents et des professionnels [4].

La sexualité des jeunes français

Selon une enquête INED/INSERM de 2008 auprès de 12 000 personnes, l'âge du premier rapport sexuel en France était de 17,2 ans pour les hommes et de 17,6 ans pour les femmes (18,8 et 20,6 ans en 1950, 18,1 et 19,1 ans en 1970). Cette évolution est la même dans la majorité des pays européens voisins. Le nombre de partenaires sexuels déclarés a également augmenté chez les femmes et les hommes. Le premier partenaire sexuel est le conjoint pour seulement 5,2 % des hommes et 16,1 % des femmes de 20 à 24 ans. La première maternité intervient à 28 ans, soit plus de 10 ans en moyenne après le premier rapport (5,5 ans en 1975), comme dans l'ensemble des pays européens. « Les premiers rapports inaugurent donc de plus en plus une période de “jeunesse sexuelle” durant laquelle la contraception est indispensable » [4].

La « norme contraceptive »

Le préservatif est majoritairement utilisé en début de vie sexuelle pour la prévention des IST et la contraception : 90 % des 15-24 ans déclarent en avoir fait usage lors de leur premier rapport, 18 % l'utilisent régulièrement ensuite (il est généralement abandonné après 3 mois de « couple ») vs plus de 65 % en Grande-Bretagne ou en Espagne. Ensuite, 8 jeunes femmes sur 10 prennent la « pilule ». Les Françaises de 15-19 ans n'utilisent pas le stérilet, contrairement à 1,4 % d'Espagnoles ou 2,7 % de Néerlandaises du même âge, et très peu les nouveaux moyens de contraception (données CNAM : < 3 % pour les patchs, implants et anneaux vaginaux).

Information sans tabous ?

L'utilisation importante de la contraception, même d'urgence, n'a pas diminué le recours à l'IVG [5]. La sexualité des mineurs, en particulier des jeunes filles, reste difficile à aborder, certains évoquant un « déni sociétal » [2] où se mêlent tolérance variable vis-à-vis de la sexualité adolescente, érotisation de la société, retour à des interdits moraux, silence sur l'inceste et les violences sexuelles... L'éducation sexuelle à l'école se heurte à des difficultés matérielles et logistiques mais aussi à des préjugés et culpabilisations. Pourtant, des programmes néerlandais, suisse et espagnol montrent ce qu'on peut en attendre. « La France pourrait à son tour développer une stratégie d'information sur la double protection (IST-grossesse) [pour] impliquer plus fortement les jeunes hommes » [4].

Améliorer l'accessibilité aux contraceptifs

Outre le besoin d'information, les 15-25 ans ont besoin de confidentialité (ce qu'amplifient certaines situations familiales), ont de faibles ressources financières, et évoquent souvent des difficultés géographiques, mais aussi psychologiques, pour accéder à des contraceptifs. Les auteurs du Baromètre santé présenté en 2011 proposent de rendre plus visible l'action des institutions (planification familiale et dépistage du VIH) mais surtout d'assurer aux mineurs la confidentialité et la gratuité de la contraception, comme cela est fait dans le cadre de l'expérimentation Alsacienne par les généralistes et pharmaciens [4].

 

Que conclure pour notre pratique ?

Les pratiques sexuelles des jeunes Français(es) ont évolué, comme dans les pays Européens voisins, notamment en ce qui concerne l'écart entre l'âge du premier rapport sexuel et celui de la première grossesse.

La contraception est devenue la « norme », par préservatif lors de premiers rapports, puis par contraception orale. La persistance d'un taux important d'IVG montre cependant les insuffisances de l'information et de l'accès à la contraception.

Outre le besoin d'une information non moralisatrice de qualité, deux paramètres sont à prendre en considération chez les 15-25 ans : les besoins d'une part de confidentialité absolue, d'autre part de gratuité, ce qui pose des problèmes pratiques non résolus dans le cadre habituel du remboursement des consultations et médicaments. L'expérience Alsacienne montre qu'il est possible de mettre en oeuvre de nouvelles pratiques.

Préservatif masculin : contraception et prévention des infections sexuellement transmissibles

L'utilisation de la pilule s'est généralisée à partir de 1970 chez les jeunes Françaises (15-29 ans). Les campagnes de prévention du VIH, vers la fin des années 1980, ont ensuite massivement fait adopter le préservatif comme première méthode contraceptive. À la fin des années 1990, presque tous les premiers rapports étaient « protégés » : le préservatif, même s'il faut revenir sans arrêt sur les messages de prévention, avait pour atouts sa spécificité préventive et sa simplicité au début de la vie sexuelle : accès facile, pas de consultation médicale préalable, usage ponctuel sans « pari » sur l'avenir de la relation. « Sa double finalité potentielle se révèle un atout pour son utilisation : il peut être plus facile de proposer un préservatif en invoquant l'argument contraceptif que dans une perspective uniquement préventive » [1]. Pourtant, dans les années 2000, la plupart des études concluaient au manque de preuves de l'efficacité préventive du préservatif masculin sur les infections sexuellement transmissibles (IST), le plus souvent pour des raisons d'insuffisance méthodologique. Un rapport du National Institute of Health américain concluait ainsi en 2001 [6] que rien ne permettait d'affirmer ou infirmer cette efficacité, à la seule exception ­ largement démontrée et essentielle ­ de la transmission du VIH. Trois méta-analyses parues depuis [7-9] et un rapport de l'INVS sur les 10 dernières années de surveillance épidémiologique des IST en France et en Europe [10] apportent des éléments plus convaincants.

Épidémiologie des IST

La syphilis, qui avait quasiment disparu vers 1990, est réapparue à Paris en 2000, des cas de lymphogranulomatose vénérienne rectale ont été diagnostiqués [10]. Cette situation française est commune à tous les pays de l'Europe de l'ouest : diminution du nombre des cas de SIDA et des décès depuis l'introduction des trithérapies, augmentation du nombre d'homo et hétérosexuels infectés, diminution des nouveaux diagnostics chez les usagers de drogues (sauf au Portugal) : 9 928 cas de SIDA en 1998 en Europe (30/million d'habitants), 6 432 cas (19/million) en 2005. Parallèlement, le taux de nouveaux diagnostics HIV a doublé (de 8 626 à 15 678), en partie à cause de la progression du nombre de cas chez des personnes originaires d'Afrique, notamment subsaharienne. Le nombre de cas chez les homo-bisexuels a augmenté de 55 % et il a plus que doublé entre 1998 et 2005 chez les hétérosexuels.

IST et usage du préservatif

Il faut distinguer l'efficacité « absolue » du préservatif en laboratoire ­ quasi 100 % aux tests contre les infections liées au gonocoque, au chlamydia, au trichomonas, à l'herpès génital, à la syphilis et à l'HPV ­ de son efficacité « en situation », qui diminue selon les conditions de l'utilisation (pose mal faite, rupture, utilisation d'un lubrifiant externe non approprié...) [6]. L'utilisation régulière du préservatif diminue le risque de transmission HIV d'environ 85 % [6]. Une revue Cochrane évalue la réduction du risque à 86 % chez des utilisateurs réguliers, 80 % chez les partenaires de patients hémophiles ou transfusés séro-positifs, dans les mêmes conditions d'utilisation réelle [9]. Les données épidémiologiques ne peuvent fournir une estimation précise de l'efficacité contre le HPV [6, 7]. Le préservatif ne peut pas sans doute pas prévenir l'infection, qui ne dépend pas que de l'échange des fluides sexuels, mais protège contre les condylomes anogénitaux et les lésions les plus graves du col de l'utérus, CIN2 et 3, et cancers invasifs. Pour le gonocoque et les chlamydiae, et malgré les faiblesses méthodologiques des études [8], le préservatif a montré une certaine efficacité, mais dans une proportion trop variable pour être réellement évaluée (réduction « moyenne » de 80 %, mais allant de 10 à 90 %...).

 

Que conclure pour notre pratique ?

L'intrication de l'infection à HIV et des autres IST semble être à l'origine d'une potentialisation de ces infections, surtout lorsqu'il s'agit d'IST entraînant des ulcérations génitales. La transmission sexuelle reste le principal mode de propagation du HIV en France, sans doute en raison d'une utilisation insuffisante du préservatif ; et il y a féminisation très lente de l'infection à HIV. Les femmes sont le plus souvent contaminées par des rapports hétérosexuels (21 % des cas de SIDA en 1996, 33 % en 2005).

Le préservatif reste aujourd'hui le meilleur outil de la prévention des IST, ce qui incite à renforcer l'activité médicale de conseil, surtout au début de la vie sexuelle. Mais il est aussi utile de souligner, avec l'OMS, que l'efficacité contraceptive du préservatif masculin n'est pas, « dans la vie réelle », si différent de celle de la pilule estroprogestative : estimée en pourcentage de grossesses sur 12 mois, elle varie pour le premier de 3 (en utilisation « optimale ») à 14 (en utilisation « courante »), pour la seconde de 0,1 à 6 à 8 [1]. Il paraît incontournable, en pratique, de conseiller l'association dans les débuts d'une sexualité active...

Consultation pour la première contraception

Plus de 40 ans après la loi Neuwirth (1967) et malgré le large usage de la contraception dans notre pays, ses « échecs » sont toujours aussi nombreux. Selon les rapports successifs de la DREES [11], le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) reste stable, à plus de 200 000 par an, dont environ 15 % chez les 15-19 ans. Cet échec est constaté, à quelques différences mineures près, dans tous les pays industrialisés [12]. Il est probablement multifactoriel, comme l'ont montré plusieurs recommandations et rapports de ces dernières années [1, 3, 13]. C'est en tout cas un enjeu de qualité pour les soins primaires, où le contenu de la consultation pour la première contraception est déterminant pour le suivi [1,14].

Les obstacles à une contraception efficace

Les échecs de la contraception chez les adolescents peuvent être attribués à sa non-utilisation (ils n'y ont pas systématiquement recours dans des situations instables) ou sa mauvaise utilisation (le préservatif seul apparaît insuffisamment efficace à cet âge) [3]. Le manque d'information des adolescentes, l'obligation de prescription médicale et le coût de la contraception qui va souvent à l'encontre du besoin de confidentialité, sont les obstacles les plus fréquemment signalés [1, 3]. Il faut y ajouter des idées fausses mais très répandues comme le fait que les 1ers rapports ne peuvent être fécondants, que la pilule rend stérile, etc. Ces idées sont d'autant plus difficiles à combattre qu'elles diffusent très rapidement dans le contexte des échanges internet via les forums de discussion et autres réseaux « sociaux » plutôt que de consultation des sites officiels ou des brochures mises à disposition du public [1, 3].

Première consultation chez l'adolescente

D'importance capitale pour la suite, elle doit respecter quelques points clés [13] : consultation sous le signe de la confidentialité absolue, sans les parents, même s'il reste souvent essentiel d'évoquer leur rôle au cours de l'entretien ; neutralité sans a priori du professionnel : informer sur les IST et l'efficacité préventive des préservatifs ne signifie pas intrusion dans la manière de vivre sa sexualité ; information sur les possibilités de rattrapage en cas de rapport non ou mal protégé ; abstention d'examens gynécologiques et sanguins sauf symptômes les justifiant. L'objectif est à ce stade d'instaurer une relation de confiance permettant un suivi régulier et rapproché.

Jeunes femmes et professionnels de santé

Il y a débat sur la nécessité de la prescription médicale, tout particulièrement pour la première utilisation, où le contexte est souvent celui d'une relative urgence [1]. Il y a en effet discordance entre l'approche scientifique fondée sur des critères d'efficacité théorique et l'efficacité réelle pour lesquels les critères psycho-sociaux sont déterminants. Pour autant, la consultation est nécessaire à l'évaluation des risques et de l'information sur les choix possibles. Mais selon une étude qualitative auprès de 64 jeunes femmes ayant utilisé au moins une fois la contraception d'urgence, cette consultation est pour l'adolescente « chargée d'un nouveau sens, marquant la reconnaissance d'un corps de femme et d'une entrée proche dans une sexualité adulte » [14] ; d'où l'importance du contact avec le corps médical lors de la demande de première contraception. Le médecin de famille peut être le bon interlocuteur, mais sa connaissance remontant à l'enfance, sa proximité avec la famille entière, peuvent gêner. Celles qui n'ont pas de médecin de famille préfèrent a priori s'adresser au gynécologue, « spécialiste du corps féminin », de préférence femme pour la majorité. La crainte du déshabillage, de l'examen gynécologique, de parler sexualité, sont communes. Certaines préfèrent le planning familial où anonymat et gratuité sont déterminants, à condition d'y trouver compréhension et empathie. Dans cette étude, l'infirmerie scolaire reste un lieu peu sollicité malgré la possibilité depuis 2001 d'y délivrer une contraception d'urgence. Dans tous les cas, il est confirmé que ce qui importe est d'instaurer une relation fondée sur l'écoute de la demande et respectueuse des préoccupations de l'adolescente.

 

Que conclure pour notre pratique ?

La contraception répond aujourd'hui en France à une « norme » (ni justifiée, ni même explicite) : préservatif avec ou sans pilule en début de vie sexuelle, pilule seule dès qu'il y a relation de couple stable, stérilet pour les femmes déjà mères qui ne désirent plus d'enfants (enquête COCON notamment) [in 4]. Pourtant, bien que l'usage du préservatif soit quasi-systématique (près de 90 %) au premier rapport sexuel, il persiste des échecs nombreux, avec un taux inchangé et important d'IVG chez les très jeunes femmes.

Parmi les obstacles à une contraception efficace chez l'adolescente apparaît la nécessité de la consultation médicale préalable. L'objectif de qualité et de sécurité de la contraception est lié au respect de quelques règles relationnelles adaptées spécifiquement à cet âge : le biomédical n'est que rarement l'urgence du moment.

Quelle « pilule » en cas d'acné ?

Parmi les femmes françaises de 25 à 40 ans, comme dans de nombreux autres pays, plus de 4 sur 10 déclaraient en 2001 avoir souffert de l'acné [in 15]. Dans ce cas, la contraception orale2 pose un problème de choix particulier, puisque certaines « pilules » peuvent aggraver une acné préexistante, d'autres l'améliorer. En cas de souhait de contraception, certains contraceptifs oraux peuvent ainsi être une option thérapeutique de l'acné, en respectant alors les contre-indications et précautions habituelles, même si le problème du tabagisme pose à l'adolescence des difficultés particulières [16]. Des synthèses et recommandations, une revue systématique américaine, une revue Cochrane ont comparé diverses associations oestro-progestatives dans cette indication [13, 15, 17-19].

Efficacité des associations estro-progestatives

La méta-analyse Cochrane souligne qu'il n'existe pas de consensus sur une prise en charge optimale de l'acné tant elle relève de mécanismes différents et mal connus [15]. La contraception orale pose un problème supplémentaire dans ce cas. Au total, 7 162 patientes ont été incluses dans les 23 essais contrôlés retenus pour la méta-analyse. Les contraceptifs les mieux adaptés dans cette indication associaient à l'éthinyl-estrodiol (EE, de 20 à 50 mg), 8 types de progestatifs, antiandrogéniques ou le moins androgéniques possibles : chlormadinone, cyprotérone, drospirénone, norgestimate, desogestrel, levonorgestrel, gestodène, noréthindrone. Ces contraceptifs ont tous réduit significativement par rapport au placebo les lésions faciales, inflammatoires ou non. Une efficacité légèrement supérieure apparaît pour les contraceptifs contenant cyprotérone ou chlormadinone mais cette différence est fondée sur des preuves modestes, notamment parce que les essais sont généralement de trop courte durée (6 cycles). Deux anti-androgènes ont par ailleurs montré leur efficacité dans les acnés inflammatoires moyennes et sévères : la cyprotérone à 50 mg et la spironolactone entre 75 et 150 mg (ce n'est pas explicite dans le Vidal, mais explique certains effets secondaires). La première doit être associée à une contraception efficace, la seconde pas nécessairement. Dans les 2 cas, hors AMM, elles fournissent une alternative thérapeutique quand le recours aux cyclines ou à l'isotrétinoïne n'est pas possible ou souhaité [17, 18]. En France, la seule association de 35 mg d'éthinyl estradiol et de norgestimate (Tricilest®/Triafémi®) a la double AMM « contraception et acné légère à modérée », ce qui n'est pas en soi une « preuve » suffisante [13]. L'association éthinyl estradiol/cyprotérone (Diane® et génériques) a un effet admis d'inhibition de l'ovulation, mais pas l'AMM contraception. Elle ne devrait donc pas être utilisée comme contraceptif au cours d'un traitement par l'isotrétinoïne [19].

Contraceptions à éviter

 Les contraceptions orales dont le progestatif est androgénique, en fait tous les dérivés de la 19 nor testostérone, qu'il s'agisse des pilules dites de 1re, 2e ou même de 3e génération, ou des contraceptions par progestatif seul.

­ Les contraceptions locales hormonales combinées (patches ou anneau vaginal), ou progestatives pures (dispositifs intra-utérins, ou implants) [17, 18].

Questions en suspens

L'efficacité comparée des différents progestatifs possibles reste à évaluer dans des essais randomisés, de même que la durée optimale de leur utilisation dans cette indication [15]. Quant aux comparaisons avec d'autres types de traitements de l'acné, l'insuffisance des données ne permet pas de conclure [15].

 

Que conclure pour notre pratique ?

Aucun « traitement » ne « guérit » l'acné. Il s'agit seulement d'attendre le moment ­ parfois tardif ­ où l'acné « traitée » ne réapparaîtra plus. On ignore la cause des rechutes (résistances ?) qui arrivent parfois aux interruptions de traitement ­ il faut alors le recommencer ­ et plus encore pourquoi l'acné régresse avec l'âge, avec de grandes variations individuelles...

Une contraception adaptée, si elle est nécessaire (elle n'est pas un « traitement de l'acné »), peut suffire à contrôler une acné inflammatoire discrète et, en association avec d'autres antiacnéiques, rendre service dans le contrôle d'acnés plus importantes.

Elle ne dispense pas des mesures hygiéno-cosmétiques nécessaires à une peau séborrhéique asséchée et facilement irritable, surtout fragilisée par différents traitements locaux ou généraux de l'acné [17]. Presque tous les traitements de l'acné sont photosensibilisants, voire phototoxiques, donc à utiliser avec précaution durant l'été, toujours avec protection solaire efficace pendant la journée et en évitant des expositions prolongées au soleil.

À suivre (prochain numéro de Médecine) : contraception d'urgence et recours à l'IVG chez les adolescentes.

Références

  1. Aubin C, Jourdain-Menninger D, Chambaud L. La prévention des grossesses non désirées : contraception et contraception d'urgence. Rapport IGAS 2009.
  2. Bajos N, et al. Pourquoi le nombre d'avortements n'a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? Population et Sociétés. 2004;407:2-7.
  3. Nisand I, Toulemon L. Pour une meilleure prévention de l'IVG chez les mineures. Rapport HCPF 2006.
  4. Naves MC, Sauneron S. Comment améliorer l'accès des jeunes à la contraception ? Une comparaison internationale. Note d'analyse. Juin 2011.
  5. AFP. Le nombre d'avortements se stabilise en France. 22 juin 2011.
  6. Adam MB, Auerbach JD, Buehler JW, Burk R, Cohen PR, Fitch JT, et al. Scientific Evidence on Condom Effectiveness for Sexually Transmitted Disease (STD) Prevention. National Institute of Health; 2001.
  7. Manhart LE, koutsky LA. Do Condoms Prevent Genital HPV Infection, External Genital Warts, or Cervical Neoplasia? A Meta-Analysis. Sex Transm Dis. 2002;29:725-35.
  8. Warner L, Stone KM, Macaluso M, Buehler JW, Austin HD. Condom Use and Risk of Gonorrhea and Chlamydia: A Systematic Review of Design and Measurement Factors Assessed in Epidemiologic Studies. Sex Transm Dis. 2006;33:36-51.
  9. Weller SC, Davis-Beaty K. Condom effectiveness in reducing heterosexual HIV transmission. Cochrane Database of Systematic Reviews 2002, Issue 1. Art. No.: CD003255. DOI:10.1002/14651858.CD003255.
  10. Semaille-Safar C, Lot F. Lutte contre le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles en France : 10 ans de surveillance 1996-2005. Mars 2007.
  11. Vilain A. Les interruptions volontaires de grossesse en 2007. DREES. Études et résultats. 2009;713.
  12. Niinimäki M. Comparison of rates of adverse events in adolescent and adult women undergoing medical abortion: population register based study. BMJ. 2011;342:d21113.
  13. ANAES-AFSSAPS-INPES. Stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme. Décembre 2004.
  14. Amsellem-Mainguy Y. Enjeux de la consultation pour la première contraception. Santé Publique. 2011;23:77-87.
  15. Arowojolu AO, Gallo MF, Lopez LM, Grimes DA, Garner SE. Combined oral contraceptive pills for treatment of acne. Cochrane Database of Systematic Review 2007, Issue 1.
  16. Gallois P, Vallée JP, Le Noc Y. Tabagisme : de la dépendance au sevrage. Médecine. 2007;3(6):267-72.
  17. Faure M. Prise en charge de l'acné chez l'adolescent. Arch Pédiatrie. 2007;14:1152-6.
  18. Haider A, Shaw J. Treatment of acne vulgaris. JAMA. 2004;292:726-35.
  19. Afssaps. Traitement de l'acné par voie locale et générale. Novembre 2007.

 

Contraception de l'adolescente

­ Les pratiques sexuelles des jeunes Français(es) ont évolué, comme dans les pays Européens voisins. La contraception est devenue la « norme », par préservatif lors de premiers rapports, puis par contraception orale. Les besoins de confidentialité et de gratuité posent des problèmes pratiques non résolus en France, même si quelques expériences montrent qu'ils peuvent l'être.

­ Le préservatif reste aujourd'hui le meilleur outil de la prévention des IST, ce qui incite à renforcer l'activité médicale de conseil, surtout au début de la vie sexuelle. Son efficacité contraceptive est, « dans la vie réelle », assez peu différente de celle de la pilule estroprogestative. Il paraît opportun de conseiller l'association des deux dans les débuts d'une sexualité active, pour éviter la persistance d'échecs nombreux de la contraception, avec un taux inchangé et important d'IVG chez les très jeunes femmes.

­ Parmi les obstacles à une contraception efficace chez l'adolescente apparaît la nécessité de la consultation médicale préalable. L'objectif de qualité et de sécurité de la contraception est lié au respect de quelques règles relationnelles adaptées spécifiquement à cet âge : le biomédical n'est que rarement l'urgence du moment.

­ Aucun « traitement » ne « guérit » l'acné. Une contraception adaptée, si elle est nécessaire, peut suffire à contrôler une acné inflammatoire discrète et, en association avec d'autres antiacnéiques, rendre service dans le contrôle d'acnés plus importantes.

Notes :

  1. Cette question fera l'objet d'un prochain dossier dans Médecine.
  2. Il n'est question dans ce dossier que de ce problème particulier. Le choix plus général du mode contraceptif préférentiel (pilule ou stérilet) a été traité précédemment dans Médecine, en novembre 2010. Ce dossier en accès libre et gratuit sur www.revue-medecine.com comme tous les articles de plus d'un an.


 

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