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Le « coût humain » de la mammographie de dépistage


Publiée dans la revue : Médecine. Février 2012. Volume 8Number 2,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

La cohorte prospective du National Cancer Institute a analysé le taux des faux positifs du dépistage (mammographies et biopsies qui en résultent) et la gravité des cancers incidents.

Les données sont celles de 7 registres durant 10 ans de dépistage mammographique annuel ou bisannuel. Le dépistage a concerné 169 456 femmes (40 à 59 ans à la première invitation entre 1994 et 2006), les cancers du sein 4 492 femmes (cancer invasif diagnostiqué entre 1996 et 2006). La probabilité de rappel pour faux positif de la mammographie était de 16,3 % au premier tour de dépistage, 9,6 % aux suivants ; de la biopsie 2,5 % au premier tour, 1 % lors des suivants. Disposer de mammographies de comparaison réduisait de moitié la probabilité de rappel pour faux positif (OR 0,50 ; 0,45 à 0,56). La probabilité cumulée à 10 ans d'au moins une mammographie faussement positive était de 61 % (dépistage annuel) et 42 % (dépistage tous les 2 ans), une biopsie faussement positive respectivement de 7 % et 4,8 %, que le dépistage ait commencé à 40 ou 50 ans. Le dépistage bisannuel était associé, par rapport au dépistage annuel, à une augmentation non significative du taux de cancers à un stade plus avancé (3,3 % pour les 40-49 ans, 2,3 % pour les 50-59 ans). L’étude a plusieurs limites : peu de femmes ont fait toutes les mammographies prévues, les caractéristiques des radiologues ne sont pas rapportées, alors qu’elles influencent le taux de rappel, la plupart des mammographies étaient sur film et non numériques, et l’analyse de gravité des cancers incidents porte sur un (trop) petit échantillon de cas.

1. Hubbard RA, Kerlikowske K, Flowers CI, Yankaskas BC, Zhu W, Miglioretti DL. Cumulative Probability of False-Positive Recall or Biopsy Recommendation After 10 Years of Screening Mammography. A Cohort Study. Ann Intern Med. 2011;155:481-92.
2. Autier P. Frequency, Digital Technology, and the Efficiency of Screening Mammography. Ann Intern Med. 2011;155:554-5.

Que retenir pour notre pratique ?

• Ces données en recoupent d’autres signalées dans l’éditorial joint [2]. Ce qui est analysé n’est pas l’efficacité du dépistage, mais le nombre de faux positifs cumulés après 10 ans. Le pourcentage de biopsies faussement positives (donc de traitements…) montre bien la difficulté de la situation.
• Il y a sans doute moins de controverse sur ce dépistage que sur celui du cancer de la prostate, mais là encore, l’information complète est indispensable… et certainement aussi complexe.
• Le moins que l’on puisse exiger est que toutes les données soient colligées et qu’il ne subsiste aucun « dépistage sauvage », individuel ou toute autre appellation…

Mots clés : détection précoce de cancer ; Mammographie ; Tumeurs du sein [Early Detection of Cancer; Mammography; Breast Neoplasms]


 

 

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