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Learning oral and written language. The usual course and disorders


Médecine. Volume 8, Number 2, 71-6, Février 2012, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2012.0799

Résumé   Summary  

Author(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale .

Summary : The delayed acquisition of language in early childhood is an uncertain domain, because of the lack of “standards” for the classification and evaluation of statements. Above all, the evolution of delays between 3 and 5 years is unpredictable. The least questionable two points are the reliability of the observation of families and the importance of a multidisciplinary assessment in doubt: “You should worry when the parents are worried.” Learning disabilities are common in children of school age. Dyslexia, neurodevelopmental disorder independent of the level of intelligence, should be considered in a child suffering from learning difficulties. However, do not talk too fast of a diagnosis. The prescription of care depends in all cases on the initial assessment, but educational adaptations are still needed. The resulting difficulties and school failure can lead to social integration difficulties in adulthood. Dyslexia has no exclusive biological or exclusive environmental explanations (sociological, educational, psychological...), which probably makes it more complex.

Keywords : Child Development\; Language Development\; Language Development Disorders

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

Le médecin de famille se trouve souvent sollicité par des parents inquiets du babillage incompréhensible ­ prolongé au-delà du « raisonnable » ­ de leur rejeton ou pour la prescription d'un « bilan d'orthophonie » sur demande d'un enseignant qui a repéré un enfant en difficultés d'apprentissage au début de ses activités scolaires. Son rôle paraît donc a priori assez limité, mais il demeure l'interlocuteur privilégié de l'enfant et de ses parents et à ce titre doit pouvoir faire le diagnostic, avec l'appui des référents dont il peut avoir besoin. La question reste d'une complexité redoutable...

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 4 publications de Bibliomed : 341 du 8 avril 2004, 644 du 24 novembre 2011, 646 du 8 décembre 2011, 648 du 18 novembre 2010, 649 du 5 janvier 2012.

Retard de langage chez le petit enfant

L'enfant apprend à parler en reconnaissant des sons, puis en les organisant en mots, en les intégrant dans un ensemble grammatical qui structure peu à peu ses échanges avec l'entourage. L'acquisition du langage se fait par étapes : babillage vers 6-10 mois, compréhension de mots vers 8-10 mois, 1ers mots vers 1 an, combinaison de 2 mots entre 14 et 24 mois, combinaison de 3 mots dont un verbe vers 3 ans, syntaxe évidente vers 4 ans. Cette progression est l'une des composantes du développement psycho-moteur général : l'enfant affine peu à peu sa motricité et développe ses contacts sociaux [1]. C'est dans ce contexte que la constatation d'un retard du langage pose un dilemme au médecin consulté : faut-il rapidement faire des examens complémentaires, ou simplement attendre ­ sous surveillance ­ que les choses s'arrangent d'elles-mêmes, comme c'est souvent le cas chez l'enfant de moins de 3 ans ? Le retard de langage est très fréquent dans l'enfance, bien qu'il soit difficile d'en chiffrer la prévalence : elle varie de 1 à 32 % dans la population générale selon l'âge de l'enfant au moment du diagnostic et les tests de dépistage utilisés, selon une revue de synthèse hollandaise [2]. Les propositions des deux auteurs recoupaient celles de l'ANAES [3].

Quand parler de retard de langage ?

En dehors des quelques points de repère cités ci-dessus, il existe autant de définitions du retard de langage que d'institutions ou de modes de dépistage [2, 3]. On ne peut parler de retard de langage que par rapport à l'ensemble du développement selon l'âge, le milieu culturel et les capacités actuelles. Les parents s'inquiètent plus ou moins vite (vers 18 à 36 mois [2]). Selon l'ANAES [3], le dépistage des troubles du langage devrait être systématique vers 4 ans, en demandant aux parents ce qu'ils pensent du langage de leur enfant et aux enseignants s'ils considèrent que l'enfant a un problème de langage.

Est-il réellement isolé ?

Un retard de langage peut être une étape normale du développement de l'enfant. Il peut aussi être symptomatique d'un trouble psychiatrique, neurologique ou comportemental. Un retard global du développement a un plus mauvais pronostic qu'un retard de langage isolé [3]. Lorsqu'il existe des troubles sévères, un bilan multidisciplinaire s'impose rapidement. Il a parfois été réalisé ou programmé du fait d'une pathologie obstétricale ou de la petite enfance. Le problème le plus habituel de la première consultation en soins primaires est celui de troubles légers ou modérés : retard simple ou symptôme ?

Quels sont les éléments pour la décision ?

Les propositions de 1re prise en charge restent assez floues. Les auteurs hollandais proposent de suivre et réévaluer tous les 4 à 6 mois les enfants dont le langage n'a pas suivi la progression habituelle avant 1 an, ainsi que ceux qui ont un retard de 3 à 6 mois dans la 2e année. L'ANAES recommande, entre 3 et 6 ans, de réévaluer la situation devant toute préoccupation exprimée par l'entourage [3]. Tous soulignent l'importance de l'évaluation clinique et multidisciplinaire nécessaires (ORL, orthophonie, parfois imagerie, éventuellement pédopsychiatrie ou neuropédiatrie) : anamnèse (circonstances de la grossesse et de l'accouchement, antécédents familiaux, étapes du développement de l'enfant, incidents de santé), évaluation clinique (déficit sensoriel, notamment auditif, pathologie neurologique, anomalie morphologique) et investigations.

À 3 ans, il devient important que le diagnostic et la prise en charge soient faits au plus tôt pour éviter des séquelles psychologiques ou psychiatriques ultérieures.

Entre 3 à 4 ans, les signes d'alerte sont l'absence de langage intelligible pour les non familiers, l'absence de structure grammaticale, les troubles de la compréhension.

Entre 4 à 5 ans, même en cas de retard peu important, le bilan orthophonique peut quantifier les troubles de l'expression et de la compréhension. S'il n'y a pas de retard ou de trouble dans la compréhension, une simple surveillance paraît justifiée avec un réexamen 6 mois plus tard.

À 5 ans, tout trouble du langage nécessite un bilan orthophonique, puisqu'il peut gêner considérablement l'apprentissage de la lecture en primaire.

Quelle est la place de l'orthophonie ?

L'indication du bilan orthophonique dépend donc de l'âge de l'enfant, de la sévérité, du caractère isolé et de la persistance du retard de langage. Selon l'âge et les potentialités de l'enfant, la prise en charge orthophonique a pour but de remédier aux déficits du langage, améliorer la communication et faciliter l'acquisition des apprentissages scolaires en particulier du langage écrit.

 

Que conclure pour notre pratique ?

Il y a dans ce domaine de nombreuses incertitudes. La littérature à ce sujet est pauvre : les Hollandais n'ont retenu sur Medline que 10 articles entre 1990 et 2004 [2]. D'autres soulignent la difficulté des essais contrôlés pour évaluer les interventions dans ce domaine [3, 4]. Il n'existe pas de « normes » permettant de classifier les retards de langage en fonction du niveau socio-culturel des enfants, de leur milieu d'origine (urbain/rural, bilingue). Une proportion élevée d'enfants présentant des retards de langage entre 3 et 5 ans n'en présentent plus quelques mois ou quelques années plus tard même en l'absence de prise en charge particulière, sans qu'il soit possible de prédire l'évolution [3].

Restent deux points plus fermes : la fiabilité de l'observation des proches et l'importance d'une évaluation pluridisciplinaire au moindre doute.

Selon la conclusion d'éditorialistes du BMJ posant la question plus spécifique des retards de langage de nature autiste : « soyez inquiets si les parents sont inquiets » [4].

Les troubles de l'apprentissage chez l'enfant d'âge scolaire

Environ 5 à 15 % des enfants sont en difficultés d'apprentissage de la lecture en début de scolarité, selon les méthodes de recensement et les pays [6]. Les conséquences, pour beaucoup d'entre eux, sont des échecs des autres apprentissages, à court et à long terme, parfois une souffrance psychique marquée, comme l'ont montré en France des rapports officiels (OCDE, Insee, ministères de la Culture et de l'Éducation...) [6]. Cependant, si certaines difficultés sont d'ordre sociologique, pédagogique ou psychologique, d'autres relèvent de « troubles spécifiques » tels que la dyslexie, la dysorthographie ou la dyscalculie. Dans ce domaine, les données sont aussi imprécises que dans celui des retards de langage chez l'enfant plus jeune. Une expertise collective de l'Inserm [1], des synthèses [6, 7] et des données épidémiologiques [8, 9] permettent de clarifier un tableau plutôt confus.

Faible niveau en lecture ou dyslexie ?

Pour pouvoir lire, l'enfant doit acquérir l'automatisme de superposer l'écrit (le graphe) à ce qu'il exprime (le phonème). Il a été montré que c'est d'autant plus facile que cette superposition est aisée, ce qui est vrai pour l'espagnol, moins pour l'anglais ou l'allemand, le français occupant une position intermédiaire [1]. Dans cette tâche cognitive complexe de maîtrise progressive d'un objet dont la définition n'est que culturelle, de nombreux autres facteurs environnementaux et biologiques interviennent : absence ou inadéquation de l'enseignement de la lecture, désavantages sociaux et culturels, troubles du langage, déficits intellectuels, troubles d'attention, troubles du comportement, déficits sensoriels non corrigés (malvoyance, malentendance) [6]...

Tous les enfants ayant des difficultés de lecture ou en échec scolaire ne sont pas dyslexiques. La distinction est extrêmement importante : il est possible de proposer et d'évaluer aujourd'hui des stratégies indispensables à certains âges clés (troubles du langage oral dès 3 ans, difficultés graphiques dès 4 ou 5 ans, difficultés de déchiffrage au CP, troubles attentionnels et du comportement le plus tôt possible) pour définir une action pédagogique précoce appropriée à l'école [1]. Les deux facteurs cruciaux sont l'environnement linguistique et l'origine sociale [8]. Cependant, leur réalité n'écarte évidemment pas l'existence de troubles spécifiques chez ces mêmes enfants, ni l'implication de ces facteurs dans les modes d'expression du trouble.

Dyslexie : un trouble « spécifique »

Des enfants sont en difficulté d'apprentissage dans tous les milieux socioculturels et à tous les niveaux de capacités cognitives, ce qui a conduit à l'hypothèse de troubles « spécifiques » excluant une origine culturelle, sociale, économique, pédagogique ou psychologique. La dyslexie atteint des enfants intelligents, dans des conditions d'apprentissage « normales », sans pathologie sensorielle, psychiatrique ou neurologique lésionnelle [7]. Elle peut être associée à des difficultés d'acquisition de l'orthographe, du calcul (comorbidité probable dyslexie/dysorthographie/dyscalculie), des troubles d'orientation (par exemple droite-gauche...), de repérage dans le temps, de dyspraxie... De nombreuses études considèrent ces troubles comme entités d'origine génétique et cognitive, mais peu se sont intéressés aux interactions entre facteurs génétiques, cognitifs et environnementaux ou à l'influence des méthodes de lecture.

La prévalence de la dyslexie est très variable selon les études : de 2,3 à 12 % ou plus dans de vastes cohortes en langue anglaise, entre 6 et 8 % dans 3 études en langue française. En fait, elle varie selon la définition retenue, le degré d'atteinte (le diagnostic est difficile pour les formes légères), le sexe (2 garçons pour 1 fille alors qu'ils sont égaux pour la dyscalculie), la langue [1, 9]. Dans une étude française (2004), sur 500 enfants de CE1, 13 % étaient non-lecteurs, 7,5 % étant probablement dyslexiques [in 1].

 

Que conclure pour notre pratique ?

Les troubles de l'apprentissage sont fréquents chez l'enfant d'âge scolaire. Distinguer entre la simple difficulté et la dyslexie, trouble spécifique, n'est pas simple, mais pourtant essentiel pour la prise en charge.

Ce trouble « spécifique » de la lecture, selon la classification internationale des maladies de l'OMS, définit des troubles d'origine neurodeveloppementale souvent sévères, persistants, indépendants du niveau d'intelligence.

Ils nécessitent une prise en charge individuelle, mais aussi interdisciplinaire, des aménagements et adaptations scolaires pour permettre à ces enfants de surmonter leur handicap, qui s'accompagne souvent d'une souffrance importante génératrice de nombreux problèmes.

L'enfant dyslexique : repérer et faire le diagnostic

De nombreuses observations, depuis plus d'un siècle, ont conduit à l'hypothèse d'un trouble spécifique de l'apprentissage de la lecture, la dyslexie. Sa prévalence est difficile à estimer puisqu'elle dépend de la langue et du système d'écriture d'une part, de la définition et du seuil de sévérité choisis d'autre part. Des facteurs de risque ont pu attirer l'attention très tôt, vers 3-5 ans (difficultés d'acquisition du langage oral, hyperactivité, antécédents familiaux), permettant une prise en charge adaptée [3]. Mais ils ne sont pas toujours prédictifs d'une dyslexie ultérieure. L'histoire naturelle de la dyslexie et la possibilité d'agir tôt justifient l'importance du repérage et du diagnostic [1, 6].

Repérer l'enfant dyslexique

L'acquisition de la parole et du langage entre 0 et 3 ans a une forte influence sur le développement des apprentissages scolaires. On peut donc parler de repérage des facteurs de risque avant 5 ans et si possible dès 3 ans [2]... Les apprentissages scolaires débutent vers 6 ans : à partir du CP, les difficultés d'apprentissage de la lecture, de l'orthographe, du calcul et du graphisme peuvent être repérées, mais un diagnostic trop précoce serait insuffisamment sensible et spécifique. Les troubles évoluent spontanément avec de grandes variations chez tous les enfants et aucun critère de « dyslexie » n'est absolu : un enfant peut donc être dyslexique une année, pas la suivante, et inversement [1, p. 538]. Cela ne veut pas dire qu'il est guéri ou subitement devenu dyslexique : il a évolué, naturellement ou sous influence d'un facteur externe dans son environnement, intervention orthophonique comprise.

Affirmer le diagnostic

Il existe de nombreux outils, notamment en langue française, qui peuvent être classés selon l'âge et la fonction cognitive ou l'apprentissage considérés [1]. Aucune « batterie de tests » consensuelle ne permet d'évaluer tous les paramètres souhaités. Un trouble du langage isolé relève d'une évaluation orthophonique à l'aide de tests étalonnés pour l'âge de l'enfant. Dysgraphie, dyspraxie, etc., nécessitent l'intervention d'autres professionnels (psychomotricien et/ou ergothérapeute, psychologue...) ou, s'ils sont plus graves ou complexes, une consultation pluridisciplinaire au centre régional référent (centres rattachés aux CHU). Le principal piège serait d'en rester à une prise en charge orthophonique alors qu'il s'agit d'un trouble secondaire à une psychopathologie ou un déficit intellectuel...

Rechercher les comorbidités

La dyslexie est rarement isolée [1, 6]. Des troubles du langage oral, plus ou moins sévères, sont souvent associés ; inversement, un trouble du langage oral augmente très significativement le risque ultérieur de développer une dyslexie [in 1]. Des troubles déficitaires de l'attention avec hyperactivité sont présents dans environ 30 % des cas (en dehors du fait que les difficultés rencontrées par ces enfants peuvent les démotiver, entraîner des comportements perturbateurs). La prévalence de troubles moteurs (dyspraxie, trouble de la coordination, dysgraphie) peut atteindre 50 %. Les troubles anxieux ou dépressifs sont plus fréquents qu'il n'est attendu dans la population générale, peut être secondaires à la situation d'échec de ces enfants du fait de leur dyslexie. Les approches thérapeutiques devront répondre à l'ensemble du tableau clinique.

Évolution de la dyslexie

Les études longitudinales indiquent que la dyslexie (et la dyscalculie) persiste avec l'âge, même si certains enfants finissent par atteindre un niveau de lecture normal [1, 6]. Le dyslexique adulte peut garder comme seul symptôme remarquable de grosses difficultés avec l'orthographe des mots.

 

Que conclure pour notre pratique ?

Les retards d'acquisition du langage du jeune enfant observés par les parents ou les enseignants sont des facteurs de risque à prendre en compte au plus tôt.

La dyslexie doit être évoquée devant une souffrance de l'enfant en difficultés scolaires, qu'il s'agisse de difficultés relationnelles ou comportementales ou de souffrance silencieuse avec sentiment d'infériorité, désintérêt pour le travail scolaire.

L'évolutivité des troubles des apprentissages scolaires impose de ne pas évoquer trop rapidement le diagnostic qui repose sur la réalisation et l'interprétation de tests adaptés à l'âge et au contexte de l'enfant, pour lesquels l'orthophoniste a la compétence requise ; des troubles sévères ou des tableaux cliniques complexes nécessitent une évaluation pluridisciplinaire, au mieux dans les centres de référence régionaux. La prescription des soins dépend dans tous les cas de l'évaluation initiale, mais des adaptations pédagogiques sont toujours nécessaires pour permettre à l'enfant de continuer ses apprentissages malgré ses difficultés, en tenant compte de ses besoins et de ses possibilités dans le domaine déficitaire.

L'enfant dyslexique : quels soins et quand ?

Le diagnostic formel de troubles des apprentissages n'est possible qu'après leur mise en oeuvre, quand il est bien tard pour intervenir, alors qu'il n'est pas possible de parler de dyslexie à leur début1. À défaut, existe-t-il une intervention précoce utile aux enfants « à risque de développer une dyslexie » mais aussi à l'ensemble des « mauvais lecteurs » ? Pour ceux qui « résisteraient » à cette aide de première intention, quelle mode de prise en charge individuelle peut-on prévoir ? Il existe des éléments de réponses argumentées à ces questions [1, 6], bien que la plupart des traitements préconisés pour la dyslexie et les troubles d'apprentissage en général ne soient toujours pas évalués, ceux qui l'ont été donnant des résultats peu différents de ceux du placebo [1, 10].

Peut-on « prédire » la dyslexie ?

Elle est pour l'essentiel liée au langage oral. Elle préexiste donc à l'apprentissage du langage écrit. Des troubles comportementaux détectables avant l'entrée au primaire (hyperactivité...) et/ou à des facteurs génétiques (un parent au premier degré dyslexique double le risque d'être dyslexique) sont des facteurs prédictifs, mais seulement probabilistes. Il n'y a pas de distinction nette entre bons lecteurs et dyslexiques, mais un continuum au niveau des performances de lecture [1].

Réponse de 1re intention : à l'école

Une pédagogie ciblée (programmes d'entraînement sur certains mots) est utile à tous les enfants en difficulté : elle fournit aux non dyslexiques le soutien nécessaire pour compenser leur faible niveau de langage oral ou leurs handicaps socioculturels ; aux dyslexiques une aide précoce pouvant atténuer leurs difficultés et éviter à certains d'entrer dans la spirale de l'échec [1, 10]. La méta-analyse d'Ehri et al. [in 1] a montré en 2001 sur 52 études que l'effet de ces programmes est important chez tous les enfants, à la fois pour identifier et pour comprendre les mots. L'effet reste statistiquement, mais plus modérément, significatif sur la lecture et l'écriture. La prise en charge peut être effectuée précocement, dès le milieu du CP, pour tous les mauvais lecteurs, sans attendre un diagnostic de dyslexie. Elle peut être réalisée par les enseignants eux-mêmes, après formation spécifique, au mieux « en petits groupes à besoins similaires ou en individuel ; être explicite, intensive, avec renforcement positif ; associer travail sur la conscience phonologique et décodage » [1].

Si cette 1re réponse échoue...

Le médecin traitant prescrit un bilan orthophonique que réalise l'orthophoniste avant de commencer une rééducation adaptée aux besoins et compétences de l'enfant. Les différentes formes de rééducation reposent toutes sur un entraînement des capacités phonologiques, de la lecture, et une mise en place de stratégies de compensation [6]. Cependant, elles sont peu évaluées, à l'exception de quelques techniques concernant les capacités phonologiques et la lecture aux États-Unis, sans équivalent direct français. D'autres professionnels interviennent en cas de difficultés globales (rééducation psychomotrice et/ou ergothérapique des dysgraphies) ou de comorbidités : lorsque l'enfant et/ou sa famille sont en souffrance, une approche psychologique doit compléter l'approche cognitive. Entre les différents acteurs, médecins et infirmières scolaires, enseignants, orthophonistes, Maisons départementales des personnes handicapées pour les formes sévères, centres régionaux de référence, il est crucial de clarifier le rôle dévolu à chacun pour mettre en place la coordination nécessaire. Le rôle du médecin traitant, qui répond à la demande des parents et adresse à l'orthophoniste pour bilan et rééducation reste à définir...

 

Que conclure pour notre pratique ?

La dyslexie peut conduire à la marginalisation voire à la stigmatisation, de ces enfants. Les difficultés scolaires et les échecs qui en découlent peuvent aboutir à des difficultés d'insertion sociale à l'âge adulte. Quelques facteurs « prédictifs » doivent attirer l'attention, pour intervenir très tôt dans le cadre scolaire habituel auprès de tous les enfants en difficulté, dyslexiques ou non.

En cas d'échec de cette intervention de 1re intention, la prise en charge doit être interdisciplinaire, mais... L'IGAS recommandait en 2002 qu'elle soit « précoce, souple et organisée, individualisée, multidisciplinaire et soumise à des contrôles-évaluations, diversifiée et évolutive, coordonnée et intégrée dans un processus de contrôle de qualité », utilisant au mieux les institutions existantes (le médecin de famille n'était jamais envisagé comme éventuel intervenant) [11].

Il n'apparaît pas clairement que la question ait beaucoup évolué ces 10 dernières années. Il n'y a pas d'explication exclusivement biologique ou exclusivement environnementale (sociologique, pédagogique, psychologique...) de la dyslexie. Ce qui en fait probablement toute la complexité...

Références

  1. INSERM. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie ­ Bilan des données scientifiques. 2007.
  2. Busari JO, Weggelaar NM. How to investigate and manage the child who is slow to speak? BMJ 2004;328:272-6.
  3. ANAES. L'orthophonie dans les troubles du développement spécifiques du développement du langage oral chez l'enfant de 3 à 6 ans. Mai 2001.
  4. Carding P, Hillman R. More randomised controlled studies in speech and language therapy. BMJ. 2001;323:645-6.
  5. Hall DMB, Hill P. Shy, withdrawn, or autistic? BMJ. 1991;302:125-6. BMJ. 2003;326:1407-8.
  6. Ramus F. Les troubles spécifiques de la lecture. In: In Ionescu S, et al. (Eds.), Nouveau cours de psychologie. Psychologie du développement et de l'éducation. Paris: PUF; 2007.
  7. Billard C, Delteil-Pinton F. Clinique de la dyslexie. Arch Pédiatrie. 2010;17:1734-43.
  8. Billard C, Fluss J, Ducot B, Warszawski J, Ecalle J, Magnan A, et al. Troubles d'acquisition de la lecture en cours élémentaire ; facteurs cognitifs, sociaux et comportementaux dans un échantillon de 1 062 enfants. Rev épidémiol et santé publique. 2009;57(3):191-203.
  9. Rutter M, Caspi A, Fergusson D, Horwood LJ, Goodman R, Maughan B, et al. Sex differences in developmental reading disability: new findings from 4 epidemiological studies. JAMA. 2004;291(16):2007-12.
  10. Guillot É. L'accompagnement des élèves « dys » dans un collège. Médecine. 2012;8(2):89-92.
  11. Rousseau-Giral AC, Strohl H, Bizot C, Ravary Y, Gossot B. Enquête sur le rôle des dispositifs médico-social sanitaire et pédagogique dans la prise en charge des troubles complexes du langage. Rapport IGAS. Janvier 2002.

En résumé

­ Le retard d'acquisition de langage du petit enfant est un domaine incertain, faute de « normes » de classification ou d'évaluation des interventions. Surtout, l'évolution des retards constatés entre 3 et 5 ans est imprévisible. Les deux points les moins discutables sont la fiabilité de l'observation des proches et l'importance d'une évaluation pluridisciplinaire au moindre doute : « soyez inquiets si les parents sont inquiets ».

­ Les troubles de l'apprentissage sont fréquents chez l'enfant d'âge scolaire. La dyslexie, trouble d'origine neurodeveloppementale indépendant du niveau d'intelligence, doit être évoquée devant une souffrance de l'enfant en difficultés scolaires. On en trouvera une description dans ce numéro de Médecine [10]. Il ne faut cependant pas évoquer trop rapidement le diagnostic. La prescription des soins dépend dans tous les cas de l'évaluation initiale, mais des adaptations pédagogiques sont toujours nécessaires. Les difficultés et les échecs scolaires qui en découlent peuvent aboutir à des difficultés d'insertion sociale à l'âge adulte.

­ Il n'y a pas d'explication exclusivement biologique ou exclusivement environnementale (sociologique, pédagogique, psychologique...) de la dyslexie, ce qui en fait probablement toute la complexité.

Note :

  1. Si les dyslexies posent un problème au généraliste, c'est aussi le cas pour les enseignants. Le texte d'Éric Guillot, dans ce même numéro de Médecine, en est une bonne illustration. Ce point de vue d'un enseignant peut être utile au généraliste pour mieux comprendre les enfants qui souffrent de dyslexie.


 

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