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Le cannabis, facteur de risque de psychose ?


Publiée dans la revue : Médecine. Janvier 2012. Volume 8Number 1,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

Une étude européenne a suivi prospectivement une cohorte de près de 2 000 jeunes Allemands pour évaluer les risques de psychose chez les consommateurs de cannabis.

Les risques liés à l'utilisation de cette drogue illicite, la plus consommée dans le monde, particulièrement chez les adolescents, font régulièrement l’objet de débat. L'association entre le cannabis et la psychose est reconnue, mais est-elle cause ou conséquence d’expériences psychotiques où le cannabis serait une sorte d’automédication ? Pour tenter de répondre à cette question, un échantillon représentatif de 1923 jeunes de la région de Munich a été sélectionné par tirage au sort dans la population générale. Ils ont été évalués en début d’étude (T1), après 3,5 (T2) puis 8,4 ans (T3). Chez ceux qui n'avaient ni symptômes psychotiques ni utilisation de cannabis à T1, l'usage du cannabis à T2 était associé à une augmentation du risque de symptômes psychotiques durant la période T2-T3 (OR ajusté 1,9 ; 1,1-3,1 ; p = 0,021). L’usage prolongé de cannabis était associé à une augmentation du risque de persistance de ces symptômes (OR 2,2 ; 1,2-4,2 ; p = 0,016). Le taux d’incidence des symptômes psychotiques durant T1-T2 était de 31 % chez les usagers de cannabis vs 20 % chez les non-usagers, et durant T2-T3 de 14 % vs 8 %. L'usage intermittent de cannabis apparaît ainsi comme facteur de risque de symptômes psychotiques ; son usage prolongé pourrait augmenter le risque de persistance de ces symptômes.

1. Kuepper R, van Os J, Lieb R, Wittchen HU, Höfler M, Henquet C. Continued cannabis use and risk of incidence and persistence of psychotic symptoms: 10 year follow-up cohort study. BMJ. 2011;342:d738.

Que retenir pour notre pratique
• Les auteurs soulignent que des expériences psychotiques sont communes en population générale, mais habituellement transitoires, sauf présence de risques environnementaux…
• Cette étude de cohorte prospective, même parfaitement réalisée, ne peut évidemment pas fournir de réponse sur le mécanisme potentiellement en cause. Mais le cannabis y apparaît en tout cas comme un facteur environnemental important augmentant le risque d’expériences psychotiques.
• Donc addictovigilance indispensable, au moment où l’on parle ici ou là de « dépénalisation »…

Mots clés : cannabis ; troubles psychotiques [Cannabis; Psychotic Disorders]


 

 

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