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Levothyrox®, Avandia®, Mediator®: Bankruptcy Agencies


Médecine. Volume 6, Number 10, 440-2, Décembre 2010, Editorial

DOI : 10.1684/med.2010.0627

Summary  

Author(s) : Michel Gerson, Endocrinologue, Hôpital Pasteur, 68000 Colmar.

Summary : For those interested in both pharmacovigilance and endocrinology, the year 2010 has been “auspicious”: Levothyrox®, Avandia®, Mediator®... One can conclude from weaknesses in the drug policy in France: political bounded generics, drug-winded and opaque decisions disconnected from the benefit/risk balance, lack of information policy on medication and overall reflection on its proper use...

Keywords : government agency, drugs, generic, risk

ARTICLE

Pour qui s'intéresse à la fois à la pharmacovigilance et à l'endocrinologie, l'année 2010 aura été « faste »...

Lévothyrox®, des génériques nuisibles

Faisons un détour par les États-Unis d'Amérique. La question de la bioéquivalence des génériques de lévothyroxine est là-bas un vieux débat qui a fait rage dans les années 1980 et 1990 et qui perdure. Ainsi trois sociétés savantes d'endocrinologie ont publié en juin 2004 [1] une position commune indiquant qu'elles étaient « profondément déçues de la décision de la FDA approuvant les génériques de lévothyroxine comme équivalents aux médicaments de marque » et donnaient les conseils suivants aux prescripteurs :

1 ­ « Alertez vos patients sur le risque de changement des spécialités à base de lévothyroxine en pharmacie.

2 ­ Encouragez vos patients à demander à conserver leur spécialité actuelle jusqu'à ce qu'ils vous consultent.

3 ­ Assurez-vous que vos patients ont compris que s'ils reçoivent une nouvelle spécialité à base de lévothyroxine, ils devront avoir un nouveau dosage de TSH pour adapter si besoin la dose de lévothyroxine. »

En France, l'Afssaps a accordé respectivement les 30 mars et 19 octobre 2009 des AMM aux laboratoires Biogaran et Ratiopharm pour des spécialités génériques de Lévothyrox® sans mentionner les risques éventuels de la substitution.

Lors de sa réunion du 11/03/2010, la Commission d'AMM, la question de l'ajout d'une mise en garde a été soumise à la Commission qui a voté contre. Deux mois plus tard, le 20 mai, en raison de la notification de plusieurs cas de déséquibre de la fonction thyroïdienne à des Centres régionaux de pharmacovigilance, la même question a été reposée à la Commission qui cette fois a voté pour. Le 25 mai, l'Afssaps a mis sur son site une « Lettre aux professionnels de santé » et le 8 juin, le directeur général de l'Afssaps a décidé d'ajouter une mise en garde au répertoire des génériques.

Ces textes conseillent, uniquement « chez certains patients à risque [et] dans certaines situations où l'équilibre a été particulièrement difficile à obtenir [de] confirmer le maintien de l'équilibre thérapeutique par une évaluation clinique voire biologique si nécessaire (par un contrôle de la TSH réalisé entre 6 et 8 semaines après substitution) ».

Nous avons interrogé l'Afssaps afin de connaître le nombre de notifications aux Centres régionaux de pharmacovigilance ; après de multiples relances, il nous a été répondu qu'une enquête de pharmacovigilance était en cours.

Avandia® : des agences et des experts sous influence

L'« affaire rosiglitazone » est emblématique des pressions auxquelles sont soumises les agences. En 1999, la FDA a autorisé la mise sur le marché de la rosiglitazone en mai alors que l'EMA rejetait la demande de GSK en octobre pour finalement autoriser la mise sur le marché de la rosiglitazone en juillet 2000. Entre-temps, aucune preuve nouvelle d'un rapport bénéfice/risque favorable de cet antidiabétique n'avait été apportée, mais des diabétologues leaders d'opinion s'étaient mobilisés en faveur de ce merveilleux médicament et avaient pris contact avec des membres de la commission de l'EMA.

La première méta-analyse de Nissen pointant le sur-risque coronarien lié à la rosiglitazone fut publiée le 2 mai 2007 par le New England Journal of Medecine [2] ; il fallut attendre septembre 2010 pour que le CHMP de l'EMA recommande la suspension de l'AMM des spécialités à base de rosiglitazone.

Il faut lire dans deux articles du BMJ le récit détaillé des événements au sein des diverses instances pendant ces trois ans et les prises de position des divers experts [3, 4]. Certains épisodes sont étonnants : en février 2010, c'est la Commission des Finances du Sénat américain qui rend public un rapport de la FDA appelant au retrait du marché de la rosiglitazone.

Une étude de la Mayo Clinic s'est intéressée au lien statistique entre conflits d'intérêts des auteurs d'articles commentant le risque coronarien de la rosiglitazone et point de vue de ces auteurs sur le risque coronarien de la rosiglitazone [5] ; sans surprise, après analyse des 202 articles éligibles, ce lien statistique est fort : les auteurs qui avaient un point de vue plus favorable à la rosiglitazone ont plus de relations financières avec le fabricant de la rosiglitazone.

Mediator® : une inertie coupable ?

Le benfluorex (Mediator®) a obtenu une AMM en 1974 et été mis sur le marché français en 1976 ; certes dans les années 70, les exigences réglementaires en termes d'évaluation des médicaments n'étaient pas les mêmes qu'au XXIe siècle.

Mais, dix ans après, nous notions, dans la revue Prescrire, l'absence d'étude clinique de méthodologie rigoureuse [6] : les études cliniques du benfluorex étaient pour la plupart non comparatives et aucune n'avait été publiée dans une revue à diffusion internationale et à comité de lecture sélectif. Par la suite, de nombreuses voix se sont élevées pour souligner le rapport bénéfice/risque au mieux inconnu et probablement défavorable de cet antidiabétique oral autoproclamé et inconnu du monde anglo-saxon.

En mars 2003, les autorités sanitaires espagnoles décidaient le retrait du marché de ce médicament dont le rapport bénéfice/risque apparaissait de plus en plus défavorable. Mediator® poursuivait cependant sa carrière en France où il réalisait désormais l'essentiel de ses ventes tandis que ses effets indésirables étaient évoqués en 2005 et 2007 devant la Commission nationale de pharmacovigilance sans que son retrait du marché ne soit décidé.

Mieux, lorsque la revue Prescrire écrit, entre autres, en septembre 2005 « quand des médicaments dont la balance bénéfices/risques connue depuis longtemps comme défavorable, tels le benfluorex [...] sont retirés du marché espagnol, l'Afssaps n'en dit rien et ils continuent à être vendus en France », le directeur général de l'Afssaps, Jean Marimbert, demande un droit de réponse et en octobre 2009, deux génériques de Mediator® sont mis sur le marché.

C'est finalement la ténacité d'Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest qui fera « basculer » la Commission de pharmacovigilance dans sa séance du 29 septembre 2009, conduisant à la suspension des AMM le 24 novembre.

Le 16 novembre dernier, le site de l'Afssaps a publié les études de la CNAM intitulées « Benfluorex, valvulopathies cardiaques et décès » ainsi que des conseils de suivi. Le jour même, Irène Frachon était reçue par le nouveau ministre de la Santé.

Les faiblesses de la politique du médicament en France

Il est évoqué en conclusion de l'article « Réflexions sur l'affaire roziglitazone », p. 478, le rôle des quatre joueurs concernés par le médicament ; nous nous limiterons ici aux pouvoirs publics et à leurs Agences qui assument l'expertise scientifique dans ces trois affaires.

Une politique des génériques bornée

À lire les différents plans d'économie pour l'assurance-maladie, on a l'impression que le « génériquage » est l'alpha et l'oméga de toute politique du médicament aux dépens de toute réflexion. Ainsi génériquer Lévothyrox®, alors que l'expérience des États-Unis en avait montré les risques, et génériquer Mediator®, médicament dangereux, constituent-ils des décisions cohérentes ?

Une pharmacovigilance poussive et opaque

La Commission Nationale de Pharmacovigilance a régulièrement examiné le cas Mediator®. Elle aura attendu que l'évidence crève les yeux pour conclure au profil de tolérance inacceptable du produit. Pour le Lévothyrox®, l'affaire est certes vénielle puisqu'il n'y a pas mort d'homme... Sur le sujet, l'Afssaps refuse de communiquer toute information précise sur le nombre et la nature des notifications reçues par les Centres Régionaux de pharmacovigilance.

Des décisions déconnectées du rapport bénéfice/risque

À aucun moment, les agences et leurs commissions n'ont réellement posé la question en ces termes pour Avandia® et Mediator®. Pourquoi conserver sur le marché des médicaments pour lesquels il existe un doute sur le rapport bénéfice/risque alors que, au sein de la même classe thérapeutique, il y a de nombreux autres médicaments qui ne sont pas entachés par ce doute ?

L'absence de politique d'information sur le médicament

En 30 ans, les pouvoirs publics n'ont réellement oeuvré en faveur d'une information sur le médicament indépendante de l'industrie et de l'assurance-maladie qu'à deux reprises : au début des années 1980, la Direction de la Pharmacie et du médicament a permis la naissance et la survie en milieu hostile de la revue Prescrire ; en 2003, le financement du FOPIM a permis la création de Médecine.

L'absence de réflexion globale sur le bon usage du médicament

Prenons l'exemple de Lévothyrox® : les génériques vont induire des dépenses supplémentaires puisqu'il est nécessaire de redoser la TSH après substitution. Une véritable politique pour améliorer les rapports coût/efficacité et bénéfice/risque du traitement de l'hypothyroïdie eût porté sur certains aspects trop peu connus du bon usage de la lévothyroxine et du dosage de la TSH.

Conflits d'intérêts : aucun.

Références

  1. AACE/ATA/TES Joint statement RE: FDA approval of generic levothyroxine preparations as equivalent to branded preparations. 2 juin 2004. Sur www.aace.com/pub/positionstatements/levothyroxine.php
  2. Nissen SE, Wolski K. Effect of rosiglitazone on the risk of myocardial infarction and death from cardiovascular causes. N Engl J Med. 2007;356:2457-71.
  3. Moynihan R. Rosiglitazone, marketing and medical science. BMJ. 2010;340:785-9.
  4. Cohen D. Rosiglitazone what went wrong. BMJ. 2010;341:530-5.
  5. Wang AT, McCoy, Murad MH, Montori VM. Association between industry affiliation and position on cardiovascular risk with rosiglitazone: cross sectional systematic review. BMJ. 2010;340:c1344.
  6. Gerson M. Mediator®, activité ou non ? La revue Prescrire. 1986;6(58):42.

Notes :

  1. On pourra par exemple lire, dans le JAMA du 16 avril 1997, un éditorial intitulé « Thyroïd storm », une étude achevée en 1990 et plusieurs courriers.
  2. Les comptes rendus des Commissions d'AMM et de pharmacovigilance mentionnés ici sont téléchargeables sur www.afssaps-sante.fr.
  3. Communication téléphonique avec le Dr Carmen Kreft-Jais le 5 octobre.
  4. Voir l'article : Réflexions sur « l'affaire rosiglitazone » p. 478 de ce même numéro.
  5. Dans son interview au Monde daté des 21 et 22 novembre et titré « Mediator : c'est à se demander si c'est une fabrication », Jacques Servier conteste cette affirmation et affirme que c'est le laboratoire Servier qui « n'a pas demandé le renouvellement de l'autorisation fin 2003 en Espagne en raison de problèmes logistiques et de rentabilité ».
  6. Nous conseillons la lecture de son livre « Mediator 150 mg ­ Sous-titre censuré », aux éditions-dialogues.fr à Brest ; le sous-titre initial « combien de morts » a été supprimé par une décision de justice à la suite d'une action des laboratoires Servier. Irène Frachon a fait l'objet de la part du président de la Commision d'AMM d'un courriel de dénigrement adressé, entre autres, aux laboratoires Servier.
  7. Nous reviendrons dans le prochain numéro sur le bon usage de la lévothyroxine.


 

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