Home > Journals > Medicine > Médecine > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine
- Current issue
- Index set of themes
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Traumatisme crânien : hospitaliser ou pas ?


Médecine. Volume 6, Number 7, 313-6, Septembre 2010, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2010.0589

Résumé  

Author(s) : Gaëlle Mouton-Paradot , Neurochirurgien, HEP la Roseraie, 120 avenue de la République 93300 Aubervilliers .

Pictures

ARTICLE

La prise en charge des patients avec un traumatisme crânien doit d'abord s'intégrer dans une prise en charge globale qui recherche des lésions associées afin de hiérarchiser les urgences : la rupture de rate peut être plus urgente que l'hématome extradural. Selon deux études un peu anciennes, les lésions associées étaient dans 70 % des cas des fractures des extrémités, dans 35 % des cas des traumatismes thoraciques, 20 % des cas des traumatismes abdominaux et 8 % des cas des traumatismes du rachis cervical [4, 5]. Ce constat a conduit à mettre une minerve et un matelas coquille à tous les traumatisés crâniens, en tout cas en cas de perte de conscience, alors qu'il est possible d'interroger un malade conscient pour savoir s'il a des douleurs rachidiennes et palper les épineuses (une fracture ou une entorse du rachis, c'est douloureux : un malade parfaitement conscient qui n'a pas de douleur rachidienne n'a a priori pas de lésion rachidienne).

Que peuvent dire le traumatisé conscient ou les témoins ?

L'heure du traumatisme détermine la durée de la surveillance nécessaire, ses circonstances permettent d'évaluer sa gravité.

En cas de perte de connaissance initiale, il faut essayer d'estimer sa durée (le patient se souvient-il de tous les événements avant, pendant et après le traumatisme ? En général, il parle d'un « blanc » dont on essaie de déterminer la durée en précisant quels sont ses derniers souvenirs et à quel moment il a repris conscience). Il peut ne pas y avoir de perte de connaissance initiale mais une amnésie post-traumatique qui a globalement la même signification. Les deux témoignent d'un traumatisme important puisqu'il a conduit à une commotion cérébrale, c'est-à-dire à une sidération transitoire du fonctionnement cérébral.

Enfin, des éléments particuliers peuvent témoigner de patients « à risque » : prise d'anticoagulant, antécédents neurologiques, intoxication associée (alcool, drogue, médicaments), etc.

Qu'attendre de l'examen neurologique ?

Le score de Glasgow initial est directement corrélé au pronostic

Le GCS (Glasgow Coma Score, tableau 1) permet de classifier les patients selon les critères de Master (tableau 2) et ainsi de déterminer la prise en charge en fonction des risques évolutifs liés à chaque classe comme décrit dans l'introduction.

Recherche d'un déficit neurologique

Outre la recherche d'un déficit moteur des membres (manoeuvre de Barré et Mingazzini), on insiste souvent sur l'importance de l'étude des nerfs crâniens : en fait, ce qui est important pour le suivi, c'est de noter la taille et la réactivité pupillaire (étude du III intrinsèque). La surveillance pupillaire se fait à la recherche de l'apparition d'une mydriase aréactive qui témoigne d'un engagement temporal : lorsqu'il y a une hypertension intracrânienne liée à un oedème post-traumatique ou un hématome sous- ou extradural, le lobe temporal est « repoussé » vers le bas et « passe » entre le bord libre de la tente du cervelet et le tronc cérébral et vient comprimer le III. Donc un patient qui a un score de Glasgow à 15 et une mydriase, ce n'est pas un patient qui engage : l'engagement, lié à une hypertension intracrânienne majeure, est toujours associé à des troubles de conscience (il ne survient que chez des patients comateux (GCS < 7). Ainsi, il est important de noter la taille et la réactivité pupillaire lorsque le patient est conscient afin de noter s'il n'a pas une mydriase préexistante, qui sera rattachée à une pathologie oculaire ou autre : s'il présente une aggravation secondaire, on saura que la mydriase était déjà là et ne signe donc pas un engagement.

Recherche d'une plaie du scalp

La découverte d'une telle plaie doit faire rechercher une plaie craniocérébrale, c'est-à-dire l'association à la plaie cutanée d'une fracture et éventuellement d'une brèche de dure-mère. Ainsi, devant une plaie crânienne, il faut, avant de la suturer, réaliser une exploration au doigt afin de rechercher une fracture.

Le scalp est très hémorragique : il faut donc essayer de faire l'hémostase en fermant la plaie avec des gros points hémostatiques, ou en faisant un pansement compressif et en transmettant l'information qu'il y a une plaie à suturer. Une plaie du scalp peut entraîner une déglobulisation et aboutir au décès même chez un patient adulte.

Enfin, il faut de principe rechercher une rhinorrhée ou une otorrhée, le plus souvent associées à des traumatismes sévères.

Hospitaliser ou pas ?

Il y a normalement un parallélisme entre la clinique et les lésions, d'où une démarche assez standardisée :

• Lorsqu'un patient présente un symptôme neurologique, cela peut correspondre à une lésion cérébrale et il devra donc avoir un scanner cérébral.

• Chez les patients asymptomatiques, il faudra déterminer lesquels risquent de s'aggraver et doivent être surveillés. En fonction des données de l'interrogatoire, de la détermination du score de Glasgow et de l'examen clinique, on peut classifier les traumatismes crâniens selon les critères de Master et de déterminer la conduite à tenir.

Groupe 1 : risques faibles

L'hospitalisation n'est pas nécessaire pour des patients qui ont eu un traumatisme crânien sans perte de connaissance initiale ni amnésie antérograde et ont un score de Glasgow à 15. Ils sont asymptomatiques ou peu symptomatiques (céphalées modérées, sensation ébrieuse) et n'ont aucun des signes des groupes 2 et 3 de Master. Après examen médical, ils peuvent être surveillés à domicile, surveillés par un adulte responsable à qui on a expliqué les consignes de sécurité : reconsulter en urgence en cas de céphalées, nausées, vomissements, déficit ou toute dégradation neurologique. Dans l'idéal, il faut leur remettre un document résumant les critères de surveillance (figure 1).

• La moindre atypie nécessite une hospitalisation par un transport aux urgences par moyen non médicalisé. Les patients vivant seuls ne doivent pas être renvoyés au domicile.

• L'hospitalisation pour surveillance est indispensable en présence de l'un des facteurs de risques suivants : patient sous anticoagulant ou antiagrégant (risque de saignement intracrânien plus élevé), patient toxicomane ou éthylique (surveillance neurologique difficile par les troubles de conscience liés à la toxicomanie), patient de plus de 70 ans (les troubles neuropsychiques liés à l'âge peuvent gêner la surveillance), patient épileptique (le traumatisme crânien augmente le risque de crise comitiale), patient avec des antécédents neurologiques responsables de séquelles (ces séquelles vont rendre difficile la surveillance et l'apparition de nouveaux signes pourra être masquée par les signes préexistants).

Groupe 2 : risques modérés

Il s'agit des patients qui ont eu un traumatisme crânien avec perte de connaissance initiale ou amnésie post-traumatique qui se manifeste le plus souvent par le fait que les circonstances de l'accident vont être difficiles à préciser mais qui restent à GCS = 15. Il s'agit également des patients qui ont présenté des crises comitiales post-traumatiques, chez qui on suspecte une fracture, ou qui présentent des céphalées progressives, des vomissements : on retrouve en fait les patients du groupe 1 lorsqu'il présente les signes d'aggravations.

Ces patients doivent être hospitalisés. Il faut séparer les patients qui ne présentent pas de signes neurologiques mais uniquement des signes témoignant d'un traumatisme crânien important. Ainsi, les patients qui sont à GCS = 15 et qui ont eu une PCI ou une amnésie post-traumatique mais aucun autre signe nécessitent une surveillance en milieu hospitalier. Ils n'ont pas besoin de scanner cérébral car ils n'ont aucun signe neurologique et auront donc un scanner normal. Ils ont par contre présenté un traumatisme violent, dont témoigne la PCI, et sont donc à risque de développer un hématome extradural dans les heures qui suivent (d'où l'importance de noter l'heure de l'accident).

L'attitude de faire un scanner à l'admission et de renvoyer ces patients chez eux n'est pas logique : on est faussement rassuré par un premier scanner normal et ils sombrent dans le coma dans leur sommeil quand ils sont rentrés chez eux. Autrefois, ces patients étaient surveillés pendant 24 heures, actuellement ils sont surveillés pendant 6 h et ont un scanner à la 6e heure : si celui-ci est normal, on autorise le retour à domicile.

Les autres patients du groupe 2 présentent des symptômes neurologiques, soit des troubles de conscience (GCS < 15), soit des céphalées ou des nausées : il s'agit de signes neurologiques qui peuvent traduire une hémorragie intra-cérébrale et nécessitent un scanner cérébral sans injection lors de l'admission aux urgences. Il en est de même des patients chez qui on suspecte une fracture : le scanner cérébral est indispensable pour confirmer le diagnostic et rechercher des lésions associées (beaucoup plus précis que les radios de crâne).

Groupe 3 : risques élevés

Il s'agit des patients qui présentent des signes neurologiques à type de troubles de conscience (GCS < 15) et/ou des signes neurologique ou qui présentent une aggravation clinique ou une plaie pénétrante. Ces patients doivent bénéficier d'un transport médicalisé vers un déchoquage ou une structure spécialisée avec parfois neurochirurgie d'emblée.

À plus long terme : surveillance « prolongée »

On considère que globalement l'aggravation peut survenir surtout dans les 24 heures suivant le traumatisme, parfois dans les 48 heures, rarement au-delà mais tout est toujours possible : on a vu des hématomes extraduraux calcifiés, les contusions cérébrales peuvent se décompenser à 15 jours-3 semaines. Enfin, il faut garder à l'esprit l'hématome sous-dural chronique (HSDC), qui va s'exprimer au bout de plusieurs semaines par une hémiparésie, ou un ralentissement psycho-moteur voire une grabatisation sans signe de localisation si l'HSDC est bilatéral. Comme l'HSDC est chronique, le sang est liquéfié, l'intervention est très simple et consiste en un trou qui peut être fait sous anesthésie locale : on peut donc opérer quasiment à tout âge.

Cas particulier des enfants

Ce sont plutôt les témoins qui donneront les renseignements concernant l'accident. La perte de connaissance initiale est difficile à rechercher chez les enfants : ce qui constitue un bon signe, c'est de savoir si l'enfant a pleuré juste après le traumatisme. L'examen clinique est adapté à l'âge. Lorsqu'il n'y a pas de signes de gravité et que l'on opte pour un retour à domicile, il faut informer la famille sur les signes qui doivent alerter : le meilleur signe est de savoir si l'enfant a un comportement habituel ou pas selon la mère, c'est très subjectif mais il s'agit de la meilleure manière de faire un diagnostic précoce de complications.

Chez les enfants qui ont eu des traumatismes crâniens, il y a très souvent des vomissements, le plus souvent bénins, mais nécessitant une hospitalisation au moins pour surveillance et parfois un scanner cérébral. Il faut également garder à l'esprit que l'aggravation clinique quand elle survient chez l'enfant est très rapide : le cerveau d'un enfant tolèrera beaucoup moins bien un hématome que le cerveau d'une personne âgée qui a une atrophie cortico-sous-corticale.

Références

  1. Af Geijeirstam JL, Britton M. Mild head injury-mortality and complication rate : meta-analysis of findings in a systematic litterature review. Acta Neurochir. 2003;145:843-50.
  2. Tagliaferri F, Compagnone C, Korsic M, et al. A systematic review of brain injury. Epidemiology in Europe. Acta Neurochir 2006;148:255-68.
  3. Rooper AH, Gorson KC. Concussion. N Engl J Med. 2007;356:166-72.
  4. Cushman JG, Agarwal N, Fabian T, et al. Practice management guidelines for the management of mild traumatic brain injury: The EAST practice management guidelines work group. J Trauma 2001;51:1016-26.
  5. Regel G, Lobenhoffer P, Grotz M, Pape HC, Lehmann U, Tscherne H. Treatments results of patients with multiple trauma: an analysis of 3 406 cased treated between 1972 and 1991 at a German Level I Trauma center. J Trauma. 1995;38:70-8.
  6. Hills MW, Deane SA. Head injury and facial injury: is there an increased risk of cervical spine injury. J Trauma. 1993;34:549-54.
  7. Myburgh J, Cooper DJ, Finfer SR, et al. Epidemiology and 12-months outcomes from traumatic brain injury in Australia and New Zealand. J Trauma. 2008;64:4.

En résumé, conduite à tenir face à un traumatisé crânien

­ Elle est assez standardisée (score de Glasgow, classification de Master). L'examen clinique recherche les signes évocateurs d'une possible aggravation ultérieure et guide la décision d'hospitalisation ou non.

­ Il faut garder à l'esprit la possibilité d'aggravation secondaire à distance du traumatisme.

­ La prise en charge repose sur l'information du patient et/ou de sa famille des signes cliniques qui nécessitent une réévaluation médicale.

Notes :

  1. Le risque infectieux impose le plus souvent une exploration au bloc afin de rechercher une brèche de dure-mère et de la fermer.
  2. La radio de crâne n'a plus de place dans la prise en charge des TC : le scanner cérébral est beaucoup plus précis pour la recherche des lésions intracrâniennes mais également dans la recherche des fractures. Lorsqu'on suspecte un traumatisme qui peut engendrer une fracture, il s'agit en général d'un traumatisme violent qui va nécessiter une surveillance hospitalière. Par ailleurs, si la radio montre une fracture, il faudra alors compléter par un scanner pour savoir s'il n'y a pas une hémorragie méningée ou un hématome associé. La diminution de l'irradiation associée au scanner cérébral est un argument supplémentaire. Enfin, la radio était souvent faite pour rassurer et on laissait rentrer chez eux des patients qui auraient dû bénéficier d'une surveillance hospitalière.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]