Ce vaste essai randomisé en double aveugle a été réalisé avec le soutien
d’Astra Zeneca dans 1 315 sites de 26 pays (Afrique du Sud, Amérique, Europe,
Israël) chez 17 802 personnes ayant un LDL-C inférieur à 1,30 g/L mais une CRP
hautement sensible (hsCRP) au moins égale à 2 mg/L.
Parmi ces 11 001 hommes de 50 ans et plus et 6 801 femmes de 60 ans et plus,
8 901 ont pris quotidiennement 20 mg de rosuvastatine, 8 901 personnes un placebo.
Le critère principal de jugement de l’essai était la survenue d’un 1er accident
cardiovasculaire majeur : infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral
non fatals, hospitalisation pour angor instable, revascularisation artérielle,
mort d’origine cardiovasculaire. L’essai a été arrêté après un suivi médian
de 1,9 année, en raison de la différence atteinte pour le critère principal
: 0,77 dans le groupe rosuvastatine (83 événements) et 1,36 dans le groupe placebo
(157 événements) ; Hazard Ratio (HR) 0,56 en faveur de la rosuvastatine (0,46-0,69
; p < 0,00001) ; nombre de sujets à traiter pendant 2 ans pour éviter un
événement : 95. La mortalité globale a été de 1 % dans le groupe rosuvastatine
et de 1,25 % dans le groupe placebo : HR 0,80 (0,67-0,97 ; p < 0,02). Des
effets semblables ont été observés dans tous les sous-groupes évalués (41 %
des participants étaient notamment atteints d’un syndrome métabolique). Il n’a
pas été rapporté davantage de myopathies et cancers dans le groupe rosuvastatine,
mais plus de diabètes (270 vs 216, p = 0,01).
Ridker PM, Danielson E, Fonseca F et al. Rosuvastatin to prevent vascular
events in men and women with elevated C-Reactive protein. NEJM. 2008 ; 359
: 2195-207. Hlatky MA. Expanding the orbit of primary prevention - Moving
beyond JUPITER. NEJM. 2008 ; 359 : 2280-2
Les questions que se pose la rédaction
• Les principales questions qui se posent à propos de cet essai sont développées
dans l’éditorial qui l’accompagne : le choix de la hsCRP n’est plus discuté
comme marqueur de l’inflammation, mais pose encore des problèmes de réalisation
et d’interprétation comme marqueur de risque cardiovasculaire ; les résultats
de l'étude sont significatifs, mais à mettre en balance avec l'augmentation
des diabètes, l'in - connue des effets à long terme d'un taux très bas de LDL
cholestérol (0,55 g/L) et le coût d’un tel traitement sur des décennies…
• L’étude confirme sans équivoque l’efficacité de la rosuvastatine en prévention
primaire, ce qui ne répond pas pour autant à la question des critères sur lesquels
décider d’un tel mode de prévention en plus des mesures hygiéno-diététiques
toujours indispensables.
• L’essai a l’intérêt d’être fortement multicentrique, mais n’intéresse pas
des populations à faible risque cardiovasculaire (comme par exemple les populations
du pourtour méditerranéen, en dehors d’Israël).
• Il reste donc beaucoup de questions sans réponse. Il serait en tout cas prématuré
de conclure à la nécessité de modifier nos pratiques.
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