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Statines pour « tout le monde »…


Publiée dans la revue : Médecine. Février 2009. Volume 5Number 2,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée, Anne-Marie Baqué-Gensac, Gérard Bergua

Ce vaste essai randomisé en double aveugle a été réalisé avec le soutien d’Astra Zeneca dans 1 315 sites de 26 pays (Afrique du Sud, Amérique, Europe, Israël) chez 17 802 personnes ayant un LDL-C inférieur à 1,30 g/L mais une CRP hautement sensible (hsCRP) au moins égale à 2 mg/L.

Parmi ces 11 001 hommes de 50 ans et plus et 6 801 femmes de 60 ans et plus, 8 901 ont pris quotidiennement 20 mg de rosuvastatine, 8 901 personnes un placebo. Le critère principal de jugement de l’essai était la survenue d’un 1er accident cardiovasculaire majeur : infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral non fatals, hospitalisation pour angor instable, revascularisation artérielle, mort d’origine cardiovasculaire. L’essai a été arrêté après un suivi médian de 1,9 année, en raison de la différence atteinte pour le critère principal : 0,77 dans le groupe rosuvastatine (83 événements) et 1,36 dans le groupe placebo (157 événements) ; Hazard Ratio (HR) 0,56 en faveur de la rosuvastatine (0,46-0,69 ; p < 0,00001) ; nombre de sujets à traiter pendant 2 ans pour éviter un événement : 95. La mortalité globale a été de 1 % dans le groupe rosuvastatine et de 1,25 % dans le groupe placebo : HR 0,80 (0,67-0,97 ; p < 0,02). Des effets semblables ont été observés dans tous les sous-groupes évalués (41 % des participants étaient notamment atteints d’un syndrome métabolique). Il n’a pas été rapporté davantage de myopathies et cancers dans le groupe rosuvastatine, mais plus de diabètes (270 vs 216, p = 0,01).

Ridker PM, Danielson E, Fonseca F et al. Rosuvastatin to prevent vascular events in men and women with elevated C-Reactive protein. NEJM. 2008 ; 359 : 2195-207. Hlatky MA. Expanding the orbit of primary prevention - Moving beyond JUPITER. NEJM. 2008 ; 359 : 2280-2

Les questions que se pose la rédaction
• Les principales questions qui se posent à propos de cet essai sont développées dans l’éditorial qui l’accompagne : le choix de la hsCRP n’est plus discuté comme marqueur de l’inflammation, mais pose encore des problèmes de réalisation et d’interprétation comme marqueur de risque cardiovasculaire ; les résultats de l'étude sont significatifs, mais à mettre en balance avec l'augmentation des diabètes, l'in - connue des effets à long terme d'un taux très bas de LDL cholestérol (0,55 g/L) et le coût d’un tel traitement sur des décennies…
• L’étude confirme sans équivoque l’efficacité de la rosuvastatine en prévention primaire, ce qui ne répond pas pour autant à la question des critères sur lesquels décider d’un tel mode de prévention en plus des mesures hygiéno-diététiques toujours indispensables.
• L’essai a l’intérêt d’être fortement multicentrique, mais n’intéresse pas des populations à faible risque cardiovasculaire (comme par exemple les populations du pourtour méditerranéen, en dehors d’Israël).
• Il reste donc beaucoup de questions sans réponse. Il serait en tout cas prématuré de conclure à la nécessité de modifier nos pratiques.


 

 

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