Deux chercheurs québécois et américain soulignent les
difficultés d'interprétation des données des études
épidémiologiques.
Le risque cardiovasculaire est une cause majeure de décès. L'intérêt
de sa prévention augmente dans les mêmes proportions. En utilisant
les données des études épidémiologiques modélisées
selon les courbes ROC, les facteurs de risque cardiovasculaire considérés
habituellement comme modifiables tabagisme, HTA et dyslipidémies
semblent n'intervenir qu'à la marge pour ce qui est du risque
individuel : pour l'essentiel (plus de 80 %), l'âge et le sexe sont malheureusement
les deux prédicteurs les plus importants. Si donc le risque n'est effectivement
pas modifiable, les possibilités de prévention se trouvent sérieusement
limitées, ce qu'infirment toutes les études d'observation. Les
deux auteurs démontrent alors que dyslipidémies, le tabagisme
ou l'HTA ne sont pas des facteurs de risque mais des causes de l'athérogenèse,
évoluant durant des décennies dès la trentaine chez certains
individus pour lesquels les simples changements de mode de vie ne suffisent
pas. Dans ce cas, c'est donc moins l'âge civil qui est important que la
durée et l'intensité de l'exposition à la cause pathologique.
Il est possible d'intervenir en prévention sur ces deux éléments,
modifiant en quelque sorte « l'âge » physiologique: la vraie
question est le choix des seuils où l'intervention devient possible selon
les caractéristiques du système de santé dans lequel vit
l'individu.
Sniderman AD, Furberg CD. Age as a modifiable risk factor for cardiovascular
disease. Lancet. 2008;371:1547-9
Les questions que se posent la rédaction
* La réflexion proposée par les deux auteurs nord-américains
montre bien la complexité de choix décisionnels dont les implications
cliniques ont des retombées économiques importantes: à
quel seuil de dyslipidémie et à partir de quel âge est-il
opportun de prescrire une statine est une question qui se pose différemment
selon les pays, pour de multiples raisons.
* Le problème de l'inégalité de l'homme devant les effets
«destructeurs » de l'âge est la seconde difficulté. Sur
quels critères estimer que les uns ont peu de risques et les autres beaucoup
est une question à laquelle nous ne pouvons proposer que des réponses
bien parcellaires. Les modes de vie «idéaux » n'existent sans
doute pas. Cela n'empêche pas dès à présent de prendre
en compte les risques majeurs que sont le tabac et l'hypertension des décennies
durant...
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