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Brèves de pharmacovigilance


Médecine. Volume 4, Number 4, 157-8, Avril 2008, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2008.0267


Author(s) : Jean-Pierre Vallée , Rédacteur en chef de Médecine .

ARTICLE

Contraception par patches et risque thromboembolique

En septembre 2006, la FDA soulignait les résultats de 2 études épidémiologiques : la première montrait un doublement du risque thromboembolique chez les femmes utilisatrices du contraceptif par patch Ortho Evra® (commercialisé en France sous le nom d'Evra®) ; la seconde ne montrait aucune différence avec le risque associé à une contraception orale contenant 30 à 35 ? d'éthinyl estradiol et du norgestimate de progestérone. Le fabricant de Ortho-Evra et la FDA ont modifié le 22 janvier 2008 la monographie du contraceptif : une nouvelle étude d'épidémiologie a confirmé que le risque thromboembolique veineux était plus élevé avec le patch qu'avec une contraception orale, probablement en raison de l'augmentation du taux d'estrogènes circulants (environ 60 % de plus au stade d'équilibre qu'avec un contraceptif oral contenant 35 ? d'éthinyl estradiol, bien que les pics de concentration soient inférieurs de 25 %). Ce risque est à mettre en balance avec le bénéfice attendu d'une plus grande sécurité contraceptive chez des femmes qui ont tendance à « oublier » leur comprimé quotidien.

Référence

Ortho Evra® (norelgestromin/ethinyl estradiol transdermal system). Sur http://www.fda.gov/cder/foi/label/2008/021180s026lbl.pdf


Cannabis et cancer du poumon

L'étude a été menée en Nouvelle-Zélande chez des patients de moins de 55 ans. 79 cas de cancer bronchopulmonaire et 324 témoins ont été inclus. En utilisant comme bases de calcul les nombre de joints-année pour le cannabis (après ajustement sur les variables confondantes telles le tabagisme) et de paquets-année pour le tabac (après ajustement pour le cannabis), le risque relatif de cancer du poumon associé à la consommation de cannabis était augmenté de 8 % (2-15) par joint-année et au tabac de 7 % (5-9) par paquet-année. Le tertile le plus haut d'utilisation de cannabis (> 10,5 joints-année) était associé à un quintuplement du risque de cancer bronchopulmonaire (RR 5,7 ; 1,5-21,6).

Référence

Aldington S, Harwood M, Cox B, Weatherall M, Beckert L, Hansell A, et al. Cannabis use and risk of lung cancer : a case-control study. Eur Respir J. 2008;31:280-6.

 


Érythropoïétine à risque...

Le risque thromboembolique veineux chez les patients atteints de cancer traités par érythropoïétine ou darbepoïetine a été évalué, à partir de 38 essais cliniques (8 172 patients), à 1,57 (1,31-1,87). Le risque relatif de mortalité analysé à partir de 51 essais cliniques (13 611 patients) était de 1,10 (1,01-1,20) chez les patients traités. Le rapport bénéfice/risque des stimulants de l'érythropoïèse devra être réévalué chez les patients atteints de cancer à la lumière de ces données.

Référence

Bennett CL, Silver SM, Djulbegovic B, Samaras AT, Blau A, Gleason KJ, et al. Venous thromboembolism and mortality associated with recombinant and darbepoïetin administration for the treatment of cancer-associated anemia. JAMA. 2008;299:914-24.

 


Statines et problèmes tendineux

96 accidents tendineux ont été signalés entre 1990 et 2005 aux 31 centres de pharmacovigilance français. La moyenne d'âge des patients était de 56 ans, la durée médiane de traitement de 243 jours, un accident survenant cependant au bout de 24 heures de la prise de statine. Près d'un patient sur 3 était « à haut risque » du fait d'un diabète, d'une hyperuricémie, ou d'une pratique sportive intensive. Les complications - tendinite avec ou sans rupture ou rupture avec ou sans tendinite - ont été suffisamment sévères chez 17 patients pour justifier une hospitalisation et 19 patients ont souffert d'un déficit fonctionnel significatif. L'imputabilité de ces accidents aux statines est probable du fait de la concomitance entre leur survenue et le début du traitement. Les tendinites ont disparu ou se sont améliorées à l'arrêt du médicament et ont recommencé à sa reprise chez 7 patients. Toutes les statines ont été incriminées. Le mécanisme en cause est inconnu.

Référence

Marie I, Delafenêtre H, Massy N, et al. Tendinous disorders attributed to statins: A study on ninety-six spontaneous reports in the period 1990-2005 and review of the literature. Arthritis Care Res. 2008;59:367-72.

 


Corticoïdes cachés...

La patiente de 28 ans, d´origine africaine, consultait pour une prise de poids de 12 kg et une infertilité. L'examen clinique et les dosages hormonaux (cortisol et ACTH très bas) confirmaient un syndrome de Cushing. La patiente a finalement admis qu´elle utilisait depuis 7 ans une crème « pour éclaircir sa peau » achetée non en pharmacie, mais dans une boutique « spécialisée » dans les crèmes de ce type. Celle-ci, dont la patiente utilisait 60 g par semaine, était bien un dermocorticoïde : le clobétasol (en France : Dermoval®, crème considérée comme d'activité « forte » selon la monographie du Vidal®).

Référence

Goldstone AP, Tan TM, Meeran K. The pursuit of beauty. Lancet. 2008;371:596.

 


Mortalité de la moxifloxacine

La moxifloxacine (Izilox®) est utilisée dans les exacerbations aiguës de bronchite chronique, pneumonies communautaires à l'exception des formes sévères et sinusites aiguës bactériennes. Des atteintes hépatiques sévères, survenant généralement au bout de 3 à 10 jours de traitement, et dans quelques cas jusqu'à 30 jours après son arrêt, ont eu pour la majorité des patients une évolution favorable, mais 8 cas d'hépatite fulminante mortelle ont été enregistrés. De plus, 35 cas de syndrome de Stevens-Johnson ont été notifiés, dont 3 d'évolution fatale et 7 pour lesquels le pronostic vital a été engagé. Parmi ces 10 cas, 3 ont évolué vers un syndrome de Lyell confirmé. Compte tenu du nombre de patients traités (76,3 millions jusqu'en mai 2007), le taux de notification est faible, mais l'Afssaps rappelle aux professionnels de santé d'être attentifs aux premiers signes d'atteintes hépatiques ou de réactions cutanées et d'en informer les patients.

Référence

Afssaps. Izilox : information importante de pharmacovigilance. Sur www.agmed.sante.gouv.fr

 


Pharmacovigilance française de la varénicline

Du 12 février au 31 août 2007, 335 cas ont été analysés par les centres de pharmacovigilances français dont 45 cas graves, incluant un décès survenu 48 heures après le début du traitement. Au cours de la période considérée, il a été estimé, à partir du nombre de boîtes vendues, que 212 517 patients ont été exposés à la varénicline, ce qui fait un taux de notification des cas graves sur les 6 premiers mois de commercialisation de 2,12/10 000 : psychiatriques (15 cas), gastro-intestinaux (5), système nerveux (9), cardiovasculaires (8), hépatiques et voies biliaires (2), respiratoires (1), cutanés et annexes (2), interaction (1 avec AVK), obstétrique (1), ostéomusculaire (1). Par ailleurs, au 31 août 2007, 290 cas non graves ont été analysés. Selon la Commission nationale de Pharmacovigilance, les résultats de ce bilan sont conformes au profil de sécurité d'emploi attendu et ne révèlent pas la survenue d'effets indésirables inattendus majeurs. Il est difficile d'évaluer la responsabilité respective du médicament, de la poursuite de la consommation de tabac, ou du sevrage tabagique, notamment dans la survenue des effets cardiovasculaires et des effets neuropsychiatriques.

Référence

Commission nationale de pharmacovigilance du 27 novembre 2007. Sur http://afssaps.sante.fr/htm/1/pharmaco/cr-pv-071101.pdf

 


Les effets indésirables du BCG-SSI®

Ce vaccin est le seul disponible en France pour la prévention de la tuberculose. Après 30 mois de commercialisation, 1 292 notifications de pharmacovigilance ont été recensées pour plus de 740 000 flacons vendus : 675 abcès locaux, essentiellement chez des enfants âgés de moins de 6 ans, 14 adénites suppurées, 1 (peut-être 2) bécégite(s) généralisée(s), 225 réactions locales de plus de 1 cm (sans abcès) et autres incidents mineurs. Il y a eu 111 hospitalisations. Dans plus de 16 % du total des cas d'abcès locaux rapportés, un traitement antibiotique et/ou antituberculeux (par voie locale ou générale) a été instauré (110/675). Un cas suspect d'ostéite d'évolution favorable a été signalé chez une enfant immunodéprimée âgée de 3 ans. Le taux de mésusage du vaccin est de l'ordre de 35,4 % du total des cas d'abcès locaux recensés (239/675) : site d'administration non recommandé (151 cas) et/ou sous ou surdosage (47 cas). Il est rappelé que le décret no 2007-1111 du 17 juillet 2007 a levé l'obligation vaccinale contre la tuberculose pour les enfants de moins de 6 ans lors de leur entrée en collectivités, et pour les enfants de plus de 6 ans, les adolescents et jeunes adultes qui fréquentent des établissements d'enseignement, des services sociaux d'enseignement ou médico-sociaux.

Référence

Commission nationale de pharmacovigilance du 27 novembre 2007. Sur http://afssaps.sante.fr/htm/1/pharmaco/cr-pv-071101.pdf


 

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