ARTICLE
| Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis
quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire
en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent
pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une
veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant
des études fondées sur les preuves, ou des recommandations
en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin
généraliste une actualisation des données sur les questions
pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction. |
Le phénomène d'addiction est aujourd'hui responsable de très
nombreux problèmes psychosociaux dans toutes les classes de la société
et à tous les âges. Il entraîne une importante morbidité
et mortalité. Pourtant, les addictions sont souvent méconnues
ou minimisées, voire ignorées, alors qu'un repérage précoce
permettrait au médecin d'aider son patient en difficulté par une
prise en charge d'autant plus efficace qu'elle interviendrait au début.
Cette méconnaissance pose de nombreux problèmes. Les uns sont
notamment liés aux nombreux tabous régnant dans ce domaine. Les
autres relèvent de la difficulté d'intervenir sur des comportements
personnels, même dangereux, et des limites de cette intervention, qu'impose
la liberté de chacun. De nombreux progrès ont été
réalisés ces dernières années dans la prise en charge
des addictions et les particularités que ce concept entraîne tant
pour la prévention que pour les soins. Il faut les analyser pour bien
en comprendre les définitions et implications.
Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de
4 publications de Bibliomed : 206 du 21 décembre 2000, 265 du 16 mai
2002, 267 du 30 mai 2002, 269 du 13 juin 2002.
Un concept centré sur la personne plus que sur le produit
« Addiction » est un terme relativement récent en France.
Ainsi dans le dictionnaire Robert et Collins, édition 1990, il n'existe
pas en français, alors qu'il est présent en anglais, avec la signification
« penchant très fort, dépendance ». Il s'est développé
d'abord autour de la prévention et de la prise en charge des conséquences
des diverses substances psychoactives, licites (alcool, tabac, médicaments)
ou illicites (opiacés et autres drogues) et de ses difficultés
et ses échecs. L'approche centrée sur le seul produit et donc
sur le seul mécanisme de l'intoxication postulait que l'arrêt du
produit, « la cure de sevrage », permettrait l'abstinence. Les échecs
rencontrés ont conduit à donner plus de poids aux modalités
de la consommation et à l'organisation de la personnalité. Il
est apparu que ces comportements avaient de nombreux points communs, quel que
soit le produit. Le concept d'addiction est la traduction de ce changement [2,
3].
Un concept méconnu ou mal connu
Cela apparaissait dans une enquête effectuée en 2000 auprès
de 90 patients parisiens, consultants de deux centres de toxicomanie et d'un
centre d'alcoologie [4] :
* 34 % connaissaient le terme d'addiction, plus parmi les usagers de drogues.
La connaissance allait en croissant avec le niveau d'études. Mais même
ceux qui connaissent le terme auraient hésité à consulter
dans un centre appelé centre d'addictologie, particulièrement
les alcooliques.
* L'alcool, le tabac, les drogues illicites arrivaient en tête des addictions
les plus fréquentes en France (78, 67, 58 réponses). Les médicaments
ont 25 réponses, et les addictions sans drogues (conduites alimentaires,
sexe, jeux...) sont citées.
* Peu (20 %) souhaitaient voir le mot addiction dans la dénomination
du lieu de consultation. À l'inverse 50 % des patients étaient
prêts à consulter un médecin tabacologue, et dans un des
centres de toxicomanes, 41 % souhaitaient consulter un médecin alcoologue.
Cette enquête date de 2000 mais il est peu probable qu'il y ait eu depuis
de profonds changements des mentalités...
Du « simple » usage à la dépendance : attention,
danger...
Il y a consensus pour individualiser trois comportements de consommation,
communs à toutes les substances psychoactives [2, 3] :
L'usage est défini comme une consommation sans complication,
ni dommage, indépendamment du caractère licite ou illicite, ce
qui signifie que l'on accepte que pour tous les produits concernés il
peut y avoir une consommation réglée, sans dommage. Cette conception
fait encore l'objet d'une forte controverse scientifique, politique et culturelle.
En fait l'usage doit toujours être considéré comme une «
pratique à risque », soit sous forme aiguë, temporaire au moment
de la consommation (les risques pouvant être liés aux caractères
du produit, à la situation du patient conduite automobile, tâches
professionnelles et à sa vulnérabilité), soit sous
forme « chronique », pouvant aboutir à l'usage nocif et à
la dépendance.
L'usage nocif ou abus est caractérisé par une consommation
susceptible d'induire des dommages dans les domaines somatiques, psychoaffectifs
ou sociaux, pour le sujet lui-même, pour son entourage, pour la société.
Ces dommages peuvent être liés aux substances elles-mêmes,
plus ou moins nocives, aux modalités de la consommation et de l'accès
au produit, aux comorbidités, à la grossesse (risque pour le foetus...),
au contexte social ou culturel.
La dépendance est définie comme un comportement psychopathologique
en rupture avec le fonctionnement habituel du sujet. Elle se caractérise
selon l'OMS par au moins trois des manifestations suivantes : désir puissant
d'utiliser la substance, difficulté à contrôler son utilisation,
syndrome de sevrage à l'arrêt, nécessité d'augmenter
les doses pour obtenir l'effet désiré, abandon d'autres sources
de plaisir et d'intérêt, consommation poursuivie malgré
ses conséquences nocives. La dépendance est ainsi avant tout psychologique,
la dépendance physique peut être absente.
Que conclure pour notre pratique ?
L'usage des substances psychoactives peut être une « conduite
à risque » quelle que soit la substance utilisée, toutes
agissant sur le comportement du sujet par un ou plusieurs neuromédiateurs.
Le comportement de dépendance a les mêmes caractéristiques
quel que soit le produit.
Face à un consommateur d'un ou de plusieurs produits psychoactifs,
la première étape est de reconnaître le comportement
de consommation, qui permettra déjà d'orienter les conseils
et actions.
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La conjonction indésirable de trois facteurs...
La MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la
Toxicomanie) a initié en 2001, dans le rapport RASCAS, une analyse des
aspects communs et spécifiques aux divers psychoactifs utilisés
[5]. Au-delà des comportements de consommation communs à toutes
les substances psychoactives, le rapport montre bien que le phénomène
d'addiction naît de la conjonction des trois facteurs : le produit, l'environnement,
la vulnérabilité individuelle.
Le produit
Tous les produits inducteurs de dépendance ont des propriétés
communes : ils modifient nos manières de nous percevoir et de percevoir
le monde. Ils augmentent la libération de la dopamine, stimulant par
ce biais le « circuit de la récompense », provoquant l'expérience
du plaisir et favorisant ainsi la répétition des conduites de
consommation et éventuellement la dépendance. Les niveaux et les
mécanismes de libération sont très différents, en
rapport avec le potentiel addictif du produit, mais aussi les caractéristiques
du consommateur. En dehors du potentiel addictif, les complications somatiques,
psychologiques ou sociales, la dangerosité du produit sont très
variables selon les produits.
L'environnement
La connaissance de la dimension culturelle des usages permet d'en saisir le
sens et les mécanismes variables selon les produits, les populations,
les tranches d'âge. Les représentations sont très différentes
selon les produits : « l'alcoolisme » reste perçu comme la
conséquence d'un mauvais usage d'un bon produit, une maladie honteuse,
cachée, alors que la toxicomanie est le résultat de l'usage d'un
produit foncièrement mauvais, « la drogue », mais souvent revendiquée.
Ces représentations évoluent. La frontière apparaît
de plus en plus incertaine entre drogue et psychotrope, drogue et dopage, licite
et illicite, usage simple et usage nocif...
Les facteurs familiaux varient selon les habitudes, l'acceptation ou le rejet,
les interdits religieux, le fonctionnement familial. On peut y associer le rôle
important des pairs, surtout chez les jeunes.
Les consommations et leur mode varient selon les produits et les tranches
d'âge. Le cannabis est une consommation de jeunes. 60 % d'expérimentateurs
chez les garçons de 19 ans, un sur trois ayant une consommation régulière
ou intensive. Il s'associe fréquemment à d'autres drogues licites
ou illicites, surtout alcool et tabac. La consommation de tabac a augmenté
de 20 points en 6 ans, atteignant plus de 75 % des garçons et filles
de 17 ans. L'alcool est banalisé très tôt, plus de 80 %
des jeunes l'ont expérimenté à 14 ans. L'usage répété,
stable ces dernières années, concerne 16 % des garçons
et 6 % des filles. La consommation quotidienne, quasi nulle avant 20 ans, croît
avec l'âge et 15 % des hommes et 6 % des femmes présentent des
signes d'usage nocif ou de dépendance. Il y a moins de 3,5 % d'expérimentateurs
des autres produits, moins encore pour l'héroïne. Les polyconsommations
sont fréquentes et vont en augmentant.
La vulnérabilité individuelle
Des facteurs génétiques sont reconnus pour l'alcoolo-dépendance,
et semble-t-il les dépendances multiples. L'impulsivité, la dépressivité,
la recherche de sensations se retrouvent dans l'ensemble des conduites addictives,
mais sur des personnalités diverses, sans que l'on puisse décrire
précisément une personnalité préaddictive. N'importe
quelle structure mentale peut conduire à des comportements d'addiction
dans certaines conditions affectives ou relationnelles. La relation addictive
a une fonction dans le contrôle de la distance relationnelle, et elle
a dans ce domaine une valeur autothérapeutique. La problématique
de l'assujettissement, « la perte de la liberté de s'abstenir »
est l'élément commun aux diverses addictions.
Si les approches pharmacothérapiques sont différentes selon
les produits, les approches cognitivo-comportementales sont utilisées
dans tous les modèles thérapeutiques. L'histoire propre des soignants
et des structures est une des causes des différences de prise en charge,
associée aux conduites spécifiques d'usage de chaque produit.
Le principe du respect du sujet, « tel qu'il est, là où il
en est et dans sa propre intentionnalité » est une base commune.
Les jalons et les étapes de prise en charge sont similaires.
Que conclure pour notre pratique ?
Prendre en charge un patient consommateur de produits psychoactifs implique
de reconnaître, quel que soit le produit, les facteurs qui peuvent
être déterminants dans sa consommation : âge, environnement
familial, amical et social, habitudes familiales, autres consommations,
structure psychopathologique, antécédents familiaux. Ce
n'est qu'à partir de cette analyse que pourra être défini
un processus de soins.
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Prise en charge : des objectifs bien différenciés
Les objectifs de prise en charge varient peu en fonction du produit, plus
selon la personne du consommateur, mais beaucoup en fonction du mode d'usage.
Les modes d'approche seront très différents selon que l'on se
trouve à un stade de prévention, face à un usage à
risque ou en présence d'une dépendance caractérisée.
Chaque patient pose un problème différent : un jeune souvent polyconsommateur
qui ne consulte pas, un consommateur qui s'identifie à « son produit
», etc. Cette organisation psychique et psychosociale (exclusion, précarité,
marginalité...) conditionne largement la prise en charge et le pronostic,
et ne doit pas être occultée par une approche centrée sur
le comportement de consommation. La prise en charge doit aussi prendre en compte
la durée du comportement addictif. Accepter cette durée et donc
la nécessité d'un suivi prolongé concerne d'abord les dépendants,
mais aussi tous les « consommateurs ». Cette continuité est
probablement assurée au mieux dans le cadre d'un travail en réseau
multidisciplinaire.
Conduites à risque et dépendance : prévenir...
Il s'agit le plus souvent d'une prévention collective, globale, intégrant
l'ensemble des produits, s'adressant plus particulièrement aux jeunes,
mais aussi au grand public. Elle est fondée moins sur le produit lui-même
(information sur ses effets et risques) que sur la compréhension des
motivations à consommer, en distinguant usage simple (avec les risques
qu'il peut comporter), usage nocif et dépendance. Elle devrait intégrer
le dopage et la consommation abusive de médicaments psychotropes, ce
qui n'est pas fait actuellement. Elle est indispensable dans tous les milieux
de vie (milieux scolaires et universitaires, milieux du travail, milieux de
jeunes et milieux sportifs...), nécessite des pédagogies actives,
en raison de la difficulté de créer des modifications des comportements
de la vie quotidienne, particulièrement sur le long terme.
La prévention individuelle doit répondre aux mêmes principes,
qu'elle soit réalisée dans le cadre d'une consultation médicale
de médecine générale, de médecine du travail, de
médecine scolaire. Dans ces deux cas derniers cas, les infirmières
peuvent aussi y contribuer.
Usage nocif ou à risque : conseiller...
Le repérage individuel de consommations à risque est actuellement
très insuffisant, notamment pour l'alcool, mais aussi pour le tabac et
le cannabis. Il est essentiel de ne pas se limiter à la consommation
d'un produit, mais plus globalement de s'intéresser plutôt au comportement
de consommation, d'autant qu'il existe souvent une polyconsommation. Tous les
acteurs sanitaires et sociaux (médecins généralistes et
du travail, infirmières scolaires, éducateurs...) sont concernés
et devraient intégrer le repérage dans leur pratique quotidienne
grâce à quelques « outils » simples. La difficulté
vient de ce que le repérage se fait le plus souvent en dehors de toute
demande de la part du sujet et souvent sans lien avec le motif de la consultation
ou de la rencontre avec le professionnel. Cela fait appel à des compétences
relationnelles, éducatives, médicales, psychologiques et sociales
justifiant une formation commune, y compris à l'hôpital où
la prise en charge dans les services d'urgences ou de soins se limite souvent
à une approche purement somatique.
Dépendance : adresser à une structure spécialisée
?
La dépendance pose des problèmes difficiles aux soignants et
nécessite une formation spécifique, une capacité à
l'écoute, du temps et de la durée, une acceptation des échecs,
un travail en équipe. C'est plus simple dans des structures spécialisées,
mais la participation à ces structures de généralistes
motivés et formés est possible et même souhaitable.
Dans l'approche des dépendances, il existe des aspects communs, mais
aussi des spécificités :
liées au produit lui-même : ses représentations
par la société et par les consommateurs entraînant des comportements
de consommation différents, ses modalités de consommation, ses
complications, des approches thérapeutiques différentes (sevrage
et abstinence pour alcool et tabac, substitution et réduction des risques
pour les drogues) ;
liées aux dispositifs institutionnels qui ont évolué
parallèlement depuis de nombreuses années. Pour l'alcoologie,
il s'est agi d'une approche globale incluant prévention, soins, intervention
sociale, et acceptant le concept d'alcoolisme-maladie ; pour les intervenants
en toxicomanie, la rupture politico-institutionnelle, et un centrage autour
de « la problématique du sujet » et la « réduction
des risques ». Ces deux problématiques parallèles se retrouvent
sur une approche pluridimensionnelle bio-psycho-sociale, et une éthique
du sujet et de sa liberté.
Que conclure pour notre pratique ?
La prévention doit être globale et porter, au-delà
du produit, sur les comportements de consommation.
Le repérage systématique des conduites à risque
doit s'intéresser aux risques du produit mais surtout aux comportements
de consommation et à leur signification.
La prise en charge de la dépendance est longue, difficile, elle
aussi globale avec quelques approches spécifiques par produit.
Elle nécessite une formation approfondie.
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Prise en charge : qui sont les acteurs ?
Le tronc commun de la prise en charge des addictions comporte un accueil adapté,
une évaluation concernant le produit principal et les produits associés,
une prise en compte des comorbidités, un suivi psycho-médico-social.
Dans la mise en oeuvre d'un tel programme, les acteurs sont nombreux et surtout
très diversifiés et interpénétrés, rendant
indispensable une coordination des actions.
Les médecins généralistes paraissent un élément
essentiel, parmi les premiers, à plusieurs niveaux : la prévention,
avec d'autres, pour l'ensemble des addictions, surtout au niveau individuel
; le repérage et la prise en charge des différents comportements
de consommation, surtout au stade de l'usage nocif ; la dépendance, pour
un grand nombre de ces patients, même si le plus souvent ils n'en assument
pas directement la prise en charge. Au stade du repérage, les généralistes
peuvent s'aider d'outils spécifiques tels que le conseil, l'intervention
brève ou la prise en charge psychologique. Au stade de la dépendance,
leur proximité leur permet d'intervenir en amont et en aval du centre
spécialisé : leur participation est indispensable et nécessite
une coordination réelle avec le centre spécialisé. Encore
faut-il que ce soit dans le cadre de propositions concrètes, autres qu'incantatoires
: formation adaptée, prise en compte des impératifs de temps,
de rémunération, de compétence.
Les autres acteurs locaux ont leur rôle dans la prévention et
le repérage. Il s'agit des professionnels formés à la prévention
collective (formateurs et animateurs de prévention, médecins...).
Il s'agit pour la prévention individuelle d'autres professionnels de
santé de « première ligne » : médecins (médecins
du travail et de PMI, médecins scolaires et universitaires, certains
spécialistes d'organe), pharmaciens, sages-femmes ; mais aussi des professionnels
amenés à intervenir sur « la santé » ou «
le social » : travailleurs sociaux, employés de municipalités,
responsables d'associations... Des outils spécifiques et des formations
sont nécessaires.
Les structures spécialisées en addictologie ont une place privilégiée
pour la prise en charge des dépendances. Il s'agit actuellement des CCAA
(centres d'alcoologie et d'addictologie, plus centrés sur l'alcoologie)
et des CSST (centres de soins spécialisés en toxicomanies, plus
centrés sur les toxicomanies par drogues illicites). Les consultations
de tabacologie se développent, soit au sein des autres centres, soit
autonomes, souvent à l'hôpital, comme structures de proximité
et de référence apportant une expertise et un soutien aux intervenants
non spécialisés. L'ensemble de ces centres devrait évoluer
vers un statut unique de CSAPA (centres spécialisés de soins,
d'accompagnement et de prévention en addictologie) en conservant des
diversités de fonctionnement selon les produits et structures. Ces centres
sont en général pluridisciplinaires, associant médecins,
psychologues, professionnels de santé et travailleurs sociaux, souvent
très diversifiés.
Le pôle hospitalier est important. Le repérage et la prise en
compte des dépendances et usages nocifs y est resté longtemps
insuffisant. La création d'équipes de liaison d'addictologie et
d'unités d'alcoologie devrait permettre de développer l'accueil
aux urgences (repérage des addictions et proposition d'une stratégie
de soins) et prévoir l'organisation des soins à la sortie de l'hôpital.
La réadaptation psychosociale comprend la réinsertion sociale,
souvent indispensable, avec ses éléments psychologiques et/ou
sociaux. Elle peut comprendre des prises en charge institutionnelles longues.
Des réseaux addictions sont une nécessité pour coordonner
toutes ces offres de soins de proximité, dans une vision multidisciplinaire
et complémentaire. Ils peuvent s'intégrer dans des réseaux
de santé plus large. Les patients sont activateurs du réseau et
doivent pouvoir y entrer par n'importe quelle porte.
Reste la place des associations de malades : elle peut être fondamentale
par l'aide et le soutien qu'elle apporte aux patients, qui y trouvent souvent
d'une part l'amitié et la solidarité, d'autre part l'expérience
de personnes qui ont vécu les mêmes problèmes qu'eux et
qui ont trouvé la voie pour avancer. Mais ces associations sont souvent
très utiles pour les professionnels de santé en leur apportant
l'expérience de patients qui ont largement réfléchi sur
ce qu'ils ont vécu et sur leur parcours. De tels témoignages peuvent
être déterminants pour aider les professionnels à affronter
les difficultés qu'ils rencontrent. Il est alors essentiel que s'établisse
une collaboration confiante et équilibrée entre professionnels
et anciens malades. Un rapport de méfiance réciproque ne peut
être que néfaste.
Que conclure pour notre pratique ?
La prise en charge des addictions ne peut être que multidisciplinaire
et très diversifiée pour prendre en compte la diversité
des situations et des déterminants d'un comportement individuel
profondément enraciné.
Une coordination des acteurs est indispensable, centrée autour
du patient, coordination qui ne doit pas se résumer à une
structure de façade, mais doit assurer échanges d'informations
et de pratiques
Les généralistes ont une place spécifique surtout
pour le repérage et l'intervention brève dans les conduites
à risque. Ceci nécessite une formation spécifique,
rarement acquise en fin d'études.
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Références
- Parquet PJ. Pour une prévention de l'usage des substances psychoactives,
usage nocif, dépendance. Rapport de mission. Paris; CFES: 1998.
- Parquet PJ. Conduites addictives. Pour une autre approche de la consommation
des substances psychoactives. Rev Prat. 2003;53:1291-3.
- Reynaud M. Addictions. Se recentrer sur le consommateur. Rev Prat MG. 2002;16(561):121-34.
- Warnery M, et al. Le concept d'addictologie et d'addiction : le point de
vue des patients. Ann Med Int. 2000;151(suppB):B36-B43.
- MILDT. Réflexions sur les aspects communs et les aspects spécifiques
aux différentes addictions. Rapport RASCAS 2001. Consultable sur le
site de la MILDT : www.drogues.gouv.fr
En résumé : Addiction, passer du produit au comportement
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Le concept d'addiction permet une évolution majeure dans un problème
de santé difficile à aborder. Au-delà du concept,
les évolutions induites entrent dans une nouvelle conception de
la santé où le malade, plutôt que la maladie, est
au coeur de la pratique. Raisonner en termes d'addiction :
conduit à privilégier la personne et ses comportements
plutôt que le produit ;
implique que l'on aborde le problème à ses racines,
celles du comportement addictif ; l'approche préventive est alors
plus rationnelle et positive, en termes de qualité de vie, au-delà
de la crainte des complications liées à la consommation
de tel ou tel produit ;
justifie le repérage précoce des comportements
à risque dans une vision positive du projet de vie de la personne,
et non simplement en termes d'interdits ;
suppose de trouver des modes d'organisation des pratiques médicales
et de leur rémunération qui permettent de consacrer le temps
nécessaire à ce travail difficile ;
oblige à établir des actions multidisciplinaires,
au-delà de celle des seuls médecins, mais aussi à
les coordonner, donc à travailler en « réseau »
; à condition qu'il soit actif et que chacun y ait réellement
sa place.
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