ARTICLE
Glitazones
Augmentation du risque de fracture sous pioglitazone
Après la rosiglitazone, c'est la pioglitazone (Actos®, Competact®)
qui fait l'objet d'une mise en garde de l'Afssaps concernant l'augmentation du
risque de fracture chez la femme [1]. Une analyse a porté sur plus de 8 100 patients
traités par pioglitazone et plus de 7 400 patients traités par des comparateurs
au cours des essais cliniques. Des fractures ont été observées chez 2,6 % des
femmes traitées par pioglitazone et 1,7 % des femmes traitées par comparateur.
Les incidences calculées pour 100 patients-années sont respectivement de 1,9
et 1,1.
Au cours de l'essai Proactive, 5,1 % des femmes traitées par pioglitazone
ont présenté des fractures contre 2,5 % des femmes traitées par placebo.
Ces nouvelles données confirment le caractère incertain du rapport bénéfice/risque
des glitazones incitant à limiter les prescriptions de ces antidiabétiques
[2].
Risques cardiaques de la rosiglitazone
La FDA a publié le 21 mai une mise en garde sur les risques cardiaques liés
à la rosiglitazone (Avandia®, Avandamet®) [3].
Les laboratoires GSK, qui commercialisent cet antidiabétique, ont fourni à
la FDA une méta-analyse de 42 essais randomisés suggérant un risque de complications
cardiaques accru de 30 à 40 % avec la rosiglitazone par rapport aux patients
traités par placebo ou par un autre antidiabétique oral.
De tels résultats n'étant pas retrouvés dans tous les essais cliniques et
les données de la méta-analyse étant d'interprétation complexe, la FDA indique
qu'elle complète ses analyses avant d'éventuelles décisions réglementaires.
Plusieurs articles sont en cours de publication sur ce point. Nous y reviendrons
prochainement dans cette rubrique.
Références
- Sur www.afssaps.sante.fr
- Gerson M. Les glitazones. Antidiabétiques oraux : portrait de famille (5e
partie). Médecine. 2007;3(5):202-4.
- Sur http://www.fda.gov/cder/drug/infopage/rosiglitazone/default.htm
Atteintes hépatiques médicamenteuses
Italie : les statines en tête...
Les notifications spontanées d'atteintes hépatiques médicamenteuses recueillies
de 1990 à 2005 dans 6 régions italiennes ont fait l'objet d'une analyse portant
sur 1 069 observations. Dans la même période, 22 938 autres effets indésirables
avaient été recueillis [1].
Quatre classes thérapeutiques arrivent en tête :
Les statines : la fluvastatine est la plus souvent impliquée. Une
méta-analyse portant sur 49 275 patients inclus dans 13 essais thérapeutiques
randomisés statine versus placebo avait suggéré un profil particulier
de tolérance hépatique de cette statine : l'incidence des anomalies biologiques
hépatiques était similaire à celle du placebo pour toutes les statines sauf
la fluvastatine [2].
Les antiaggrégants plaquettaires représentés essentiellement par
la ticlopidine.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Les macrolides avec surtout la clarythromycine et l'érythromycine.
Cette analyse confirme en outre la gravité des atteintes hépatiques : 74
% d'entre elles sont sévères (versus 40 % des autres effets indésirables)
et 1,5 % mortelles (versus 0,8 % des autres effets indésirables).
France : insuffisance des signalements ?
139 médecins ont participé pendant 3 ans à un recueil systématique des atteintes
hépatiques médicamenteuses permettant de colliger 34 observations dont 2 décès.
Les classes thérapeutiques impliquées étaient surtout les anti-infectieux,
les psychotropes, les hypolipidémiants et les anti-inflammatoires non stéroïdiens
[3]. En extrapolant à la France entière, les auteurs estimaient à 8 000 (dont
500 décès) le nombre annuel d'atteintes hépatiques médicamenteuses, soit 16
fois plus que les cas notifiés à l'Afssaps.
Références
- Motola D, Vargiu A, Leone R, Cocci A, Salvo F, Ros B, et al. Hepatic adverse
drug reactions : a case/ non-case study in Italy. Eur J Clin Pharmacol. 2007;63:73-9.
- De Denus, Spinler SA, Miller K, Peterson AM. Statins and liver toxicity
: a meta-analysis. Pharmacotherapy. 2004;24:584-91.
- Sgro C, Clinard F, Ouazir K, Chanay H, Allard C, Guilleminet C, et al. Incidence
of drug-induced hepatic injuries: a french population-based study. Hepatology.
2002;36:451-5.
Minibrèves
Pneumopathies interstitielles et statines
Une équipe du centre de pharmacovigilance de Nantes rapporte un cas bien documenté
de pneumopathie interstitielle imputée à l'atorvastatine (Tahor®)
et passe en revue les 5 cas publiés impliquant d'autres statines [1].
Hyponatrémie sous valproate de sodium
Le Centre de pharmacovigilance de Reims rapporte un cas d'hyponatrémie chez une
femme de 78 ans traitée par valproate de sodium (Depakine®, et al.)
[2].
La natrémie était dosée à 110 mmol/L mais la patiente était asymptomatique
ce qui témoigne de l'installation progressive de l'hyponatrémie. Une recherche
dans la Banque nationale française de pharmacovigilance a retrouvé 48 observations
d'hyponatrémie chez des patients traités par valproate de sodium, dont 4 publiées.
Cauchemars médicamenteux
Certains médicaments peuvent induire des cauchemars comme en témoignent deux
observations très suggestives par la chronologie avec réapparition du cauchemar
lors de la réintroduction du médicament [3, 4]. Les médicaments impliqués
étaient l'atorvastatine et le valsartan (Tareg®).
Méningite aseptique induite par le métronidazole
Une équipe britannique rapporte un cas de méningite aseptique induite par la
prise de métronidazole (Flagyl®) [5]. Un tel effet indésirable rare
est observé surtout avec certains anti-inflammatoires non stéroïdiens, dont
l'ibuprofène, et certains antibiotiques.
Tendinite sous fluoroquinolone : l'épaule aussi
Le tendon d'Achille constitue la localisation préférentielle de la tendinite
sous fluoroquinolone ; préférentielle mais non exclusive comme le montre une
observation d'atteinte de la coiffe des rotateurs de l'épaule avec régression
en 10 jours à l'arrêt de l'antibiotique [6].
Effets bizarres du zolpidem
L'organisme de pharmacovigilance australien (ADRAC) rapporte 16 observations de
somnambulisme chez des patients ayant pris du zolpidem (Stilnol®)
[7].
Plusieurs patients et patientes ont présenté des accès de boulimie pendant
leur sommeil. L'une d'entre elles a pris 23 kg en 7 mois jusqu'à ce qu'elle
soit découverte une nuit endormie et mangeant devant son réfrigérateur.
IEC et SAS
La toux est un effet indésirable classique des inhibiteurs de l'enzyme de conversion
(IEC).
Une équipe italienne suggère que cette toux pourrait parfois s'accompagner
d'un syndrome d'apnées du sommeil (SAS) [8]. Elle a rapporté le cas d'un homme
de 64 ans traité par 10 mg d'enalapril (Renitec®) et présentant
depuis 3 mois une toux, une obstruction nasale, un ronflement et une somnolence
diurne. Le diagnostic de SAS a été confirmé par l'enregistrement polysomnographique.
Après remplacement de l'IEC par un diurétique, la symptomatologie a régressé.
Les auteurs ont ensuite étudié 8 cas de patients explorés pour SAS et traités
par IEC avec ce traitement, puis un mois après son arrêt. Les résultats des
seuls 4 patients présentant également une toux se sont améliorés.
En conclusion, les IEC paraissent susceptibles de contribuer à l'installation
ou à l'aggravation d'un SAS chez certains patients.
Allergie à l'insuline
L'allergie à l'insuline est devenue très rare mais n'a pas disparu avec les
dernières insulines mises sur le marché. L'équipe de l'Hôtel-Dieu de Paris
rapporte 6 cas d'allergie imputés à la detemir (Levemir®) recueillis
en 6 mois : 2 cas d'hypersensibilité immédiate (urticaire apparaissant en
quelques minutes au point d'injection) et 4 cas d'hypersensibilité retardée
(nodules sous-cutanés prurigineux apparaissant dans un délai de 2 à 12 heures
aux points d'injection et persistant 48 à 72 heures). Ces patients, sauf l'un
d'entre eux, ont dû arrêter la detemir.
Effets indésirables de l'oseltamivir
L'oseltamivir (Tamiflu®) a bénéficié au cours des derniers mois
d'une publicité involontaire du fait de son « stockage » préventif... La presse
grand public a aussi souligné ses risques d'effets psychiatriques, notamment
le risque suicidaire. L'Agence européenne a modifié la teneur de la monographie
à la suite de nouveaux cas d'effets neuropsychiques survenus au Japon chez des
enfants et des adolescents : comportement inhabituel, hallucinations, troubles
de la conscience.
En France, les effets indésirables notifiés sont essentiellement cutanés
et digestifs, dont 4 survenus chez des enfants âgés de 3 à 9 ans, non graves
et d'évolution favorable [10].
Références
- Veyrac G, Cellerin L, Jolliet P. Un cas de pneumopathie interstitielle rapporté
sous atorvastatine (Tahor®) : synthèse des cas publiés sous
statine. Thérapie. 2006;61:57-67.
- Herment N, Herlem E, Germain ML, Trenque T. Hyponatrémie sous valproate
de sodium. À propos d'un cas. Thérapie. 2006;61:544-7.
- Smak Gregoor PJH. Atorvastatin may cause nightmares. BMJ. 2006;332:950.
- Kastalli S, El Aïdli AS, Loueslati MH, Daghfous R, Belkahia C. Nightmares
induced by valsartan. Thérapie. 2006;61:81-2.
- Khan S, Sharrack B, Sewell WAC. Metronidazole-induced aseptic meningitis
during helicobacter pylori eradication therapy. Ann Intern Med. 2007:146:395-6.
- Salem R, Aouam K, Hafsa C, Kriaa S, Jerbi S, Golli M, et al. La tendinite
aux fluoroquinolones ; l'épaule n'est pas à l'abri. Thérapie. 2006;61:73-4.
- Zolpidem and bizarre sleep related effects. Aust Adv Drug Reactions Bull.
2007;26(1):2-3.
- Cicolin A, Mangiardi L, Mutani R, Bucca C. Angiotensin-converting enzyme
inhibitors and obstructive sleep apnea. Mayo Clin Proc. 2006;81:53-5.
- Sola-Gazagnes A, Pecquet C, M'Bemba J, Larger E, Slama G. Type I and type
IV allergy to the insulin analogue detemir. Lancet. 2007;369:637-8.
- Haramburu F. Oseltamivir: modifications de l'information. Infos (Dépt Pharm.
CHU Bordeaux). 2007;95:2.
DOI : 10.1684/med.2007.0142
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