Home > Journals > Medicine > Médecine > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine
- Current issue
- Index set of themes
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Soulager la douleur « Divinum opus est sedare dolorem »


Médecine. Volume 3, Number 4, 188-9, Avril 2007, Vie professionnelle

DOI : 10.1684/med.2007.0114

Résumé  

Author(s) : Géronte , .

ARTICLE

Yvette est décédée à70 ans d'un cancer du pancréas révélé au printemps par un ictère progressif responsable d'un prurit éprouvant. Traitée au CHU, elle y a été hospitalisée le moins possible et a pu regagner àplusieurs reprises le domicile de ses enfants, d'abord pendant quelques semaines puis, les derniers temps, pour quelques heures. Elle a assumé, pendant son dernier été, son très difficile travail de deuil, dans une peine profonde mais avec beaucoup de courage et de dignité. S'il reste difficile de quitter la vie et ceux qu'on aime, Yvette a cependant profité d'une évolution majeure des concepts et des structures dont elle n'aurait pas bénéficié 20 ans plus tôt, notamment de trois progrès techniques récents et efficaces. Tout d'abord, un gastroentérologue habile et persévérant a pu poser une endoprothèse qui a permis une réduction importante de la rétention biliaire et rendu le prurit accessible àun traitement ; l'ictère, symptôme le plus voyant, a régressé, crédibilisant àses yeux quelque temps (mais le travail de deuil exige du temps !) l'espoir d'avoir encore un avenir. L'alcoolisation des ganglions coeliaques, contrôlée par les moyens modernes d'imagerie, a prévenu des douleurs effroyables, souvent rebelles àdes doses importantes de morphine, et ceci, jusqu'au dernier jour. Enfin, la semaine précédant son décès, Yvette fut accueillie dans l'unité de soins palliatifs où on l'aida àaccepter son destin, celui de la condition humaine.

Bien sûr, la vie d'Yvette lui a été enlevée en moins de cinq mois. Cela peut paraître un échec ; àl'échelle d'une existence, la médecine finit toujours par perdre contre la mort ! A contrario, la médecine peut être jugée àl'aune des conditions de cette défaite. François 1er faisait déjàce distinguo au soir du désastre de Pavie : « Tout est perdu, fors l'honneur ». C'est sans doute l'honneur de la médecine, trop lentement, bien sûr mais avec une indiscutable accélération récente, que d'améliorer ses moyens de contrôler les douleurs, même terminales et de rendre plus humaines les dernières heures d'une vie qui s'achève... « Mort, où est ta victoire ? » interrogeait déjàDaniel Rops en 1934.

Une ardente obligation du médecin...

La douleur est le maître-symptôme, la plainte la plus fréquente, c'est, de tout temps, un objectif prioritaire du médecin. Le caractère péjoratif du « charlatan » ne s'appliquait-il pas, naguère, àl'arracheur de dents qui, en dépit de ses promesses, faisait souffrir ses clients indignés ? Hippocrate est cité dans le titre. Deux millénaires et demi plus tard, évoquons aussi le code de déontologie des médecins français : « En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager la souffrance de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique [.] Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'àses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriées la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage » [1].

Cette chronique a déjàévoqué l'accompagnement des malades en fin de vie [2], autre objectif officialisé par le Code àl'occasion de sa révision. Ce billet est consacré au soulagement de la douleur, obligation légale confirmée par le Code de la Santé, mais d'abord obligation morale très ancienne de notre profession, rappelée par Hippocrate autour de 400 avant J.C. et dans le code d'Hammurabi, antérieur de 12 siècles...

Au cours des siècles, la signification, le sens de la douleur ont fait l'objet de discussions entre philosophes, penseurs, médecins et ministres des cultes. Les réponses apportées par la médecine ont surtout été fonction des possibilités de l'antalgie. Faute de savoir la traiter et faisant de nécessité vertu, beaucoup ont longtemps sublimé ce mal, vieux comme l'Humanité et lui ont conféré une valeur intrinsèque, éthique ou rédemptrice ; stoïcisme (« Douleur, tu n'es pas un mal »), religions du Livre (le « Tu enfanteras tes enfants dans la douleur » de la Genèse), fakirisme, romantisme (La mort du loup d'A. de Vigny : « Souffre et meurs sans parler »), nietzschéisme... ont longtemps exalté la grandeur de la douleur et de son acceptation. Mais William Shakespeare répondait déjà, il y a quatre siècles : « Jamais ne vécut philosophe qui puisse en patience endurer le mal de dents. » Graham Green, peu suspect d'anticléricalisme primaire, lui fait écho de notre temps : « Les saints parlent de la beauté de la souffrance mais, vous et moi, nous ne sommes pas des saints ! » L'obligation de soulager la douleur « s'impose àchaque médecin, pour chaque malade, àchaque instant de sa maladie et en toutes circonstances » [3].

Un des grands succès de la médecine au cours des 30 dernières années

Soulager le mieux possible la douleur physique est sans conteste un des grands succès de la Médecine dans ces 30 dernières années. Les moyens de l'antalgie et leur mise en oeuvre sont trop connus des lecteurs pour qu'on y insiste : progressivité de l'escalade respectant les 3 paliers définis par l'OMS, médicaments morphiniques utilisables par voie orale, analogues de la morphine, efficacité supérieure de leur administration systématique plutôt qu'« àla demande », stricte prise en compte de la cinétique des antalgiques pour déterminer l'horaire d'administration des médicaments, avant le retour de la douleur, auto-administration par pompe àdébit programmé, etc. [3]

On ne proclamera jamais assez les vertus de la « fée morphine ». Depuis plus de 2 500 ans, le liquide extrait de la graine de pavot reste l'antalgique de référence : les dénominations gréco-latines, Papaver somniferum et morphine (en hommage àMorphée, dieu des rêves) soulignent ses qualités hypnotiques et euphorisantes (parfois utilisées par les toxicomanes) mais négligent son principal bienfait, l'antalgie. Comme indiqué dans un petit ouvrage bénéficiant des dessins de Piem [4] :

­ « Non, la morphine n'est pas réservée aux malades en fin de vie. » Elle n'est pas « la mort fine », comme le craignent encore parfois les patients et l'entourage, àcause d'une regrettable homonymie, exclusivement hexagonale d'ailleurs.

­ « Non, la morphine utilisée comme antalgique ne crée pas d'assuétude. » Les malades qui en bénéficient ne deviennent pas toxicomanes.

­ « Non, la morphine n'est pas réservée àla prescription hospitalière. Oui, c'est un excellent antalgique dans ses bonnes indications et protocoles d'utilisation. »

« Par contre, elle n'est évidemment pas la réponse univoque àtoutes les douleurs. » Il est vrai qu'àfortes doses ou suite àune escalade posologique trop rapide, la morphine peut déprimer la fonction ventilatoire ; ce risque, que la naloxone peut corriger, doit être pesé et assumé. Il n'est pas une modalité d'euthanasie et se justifie par l'intensité du mal et la théorie de la « double intention » : soulager efficacement, même si le centre bulbaire peut en souffrir. Le but recherché par le médecin n'est pas l'arrêt respiratoire, il est de rendre la douleur supportable.

Comment les médecins (et particulièrement les Français) ont-ils pu priver si longtemps leurs patients de ce merveilleux remède ? La situation évolue, les médicaments, les moyens d'administration aussi (pompes àdébit quotidien programmé par le médecin confiées au malade...). Il n'est pas éthique de rendre la morphine encore parfois inaccessible lorsque sa prescription s'impose. Pourquoi en retarder l'heure ? Pourquoi ne la prescrire qu'avec réticence, àdes doses trop souvent insuffisantes ? Pourquoi attendre la réapparition de la douleur pour l'administrer : la posologie nécessaire est alors supérieure. La morphine doit être donnée préventivement, comme le montre le témoignage présenté en début de cet article.

Références

  1. Nouveau code de Déontologie des médecins, articles 37 et 38.
  2. Géronte. Mourir dans la tendresse. Médecine. 2006;2(8):379-81.
  3. Queneau P, Ostermann G. Le médecin, le malade et sa douleur (4e édition). Paris : Masson ; 2004.
  4. Queneau P, Ostermann G, Grandmottet P. La douleur àbras le corps. Paris : Med-Line ; 2002 (nouvelle édition àparaître chez Albin-Michel en 2007).


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]