Les maladies cardiovasculaires, à l'origine de 17 millions de morts
par an, sont la première cause de mortalité dans le monde entier.
Leur prévention doit donc être au premier plan des préoccupations
en luttant de la manière la plus efficace possible contre leurs facteurs
de risque. Il y a loin de la théorie à la pratique : plus de 200
ont été identifiés à ce jour. Il est donc essentiel
de les classer et de les hiérarchiser afin de parvenir à mettre
au point une stratégie à leur égard.
Trois grands groupes de facteurs de risque peuvent être distingués.
Le premier est constitué par des caractéristiques personnelles,
telles que l'âge et le sexe, non modifiables. Le deuxième correspond
à des styles de vie et des comportements dont la modification
nécessite la collaboration active des patients. Le troisième réunit
des caractéristiques biochimiques ou physiologiques pour lesquelles
le développement des recherches et de la thérapeutique permet
des modifications.
L'étude cas-témoins internationale INTERHEART dont les résultats
ont été publiés en 2004 a été consacrée
à l'association de 9 facteurs de risque classiques d'infarctus du myocarde
et a mesuré l'impact de ces facteurs. Cette étude a recruté
dans 52 pays 15 152 patients ayant eu un premier infarctus du myocarde et 14
820 témoins. Les 9 facteurs de risque pris en compte ont été
: la consommation de tabac dans l'année précédente, un
antécédent personnel de diabète ou d'hypertension artérielle,
le risque associé aux lipides circulants estimé à partir
du rapport des concentrations plasmatiques d'apolipoprotéine B sur celles
d'apolipoprotéine A1, l'importance de l'obésité abdominale
par la mesure du rapport entre tour de taille et tour de hanche, la consommation
quotidienne de fruits et légumes, l'exercice physique modéré
plus de 4 heures par semaine, la consommation d'alcool plus de 3 fois par semaine,
le niveau de stress et de dépression au travers d'un indice psychologique
global. Il apparaît que la fraction de risque attribuable à ces
9 facteurs est de 90 %, ce qui signifie que les prendre tous en charge permettrait
théoriquement de réduire de 90 % le nombre des infarctus en prévention
primaire.
La prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire doit donc être
« globale », règle stratégique considérée
comme une nouveauté aujourd'hui. En d'autres termes, il faut essayer
de s'intéresser à la réduction non pas d'un facteur pris
isolément mais à celle de plusieurs facteurs simultanément.
Une stratégie d'autant plus justifiée « que l'effet de la
plupart de ces facteurs n'est pas simplement additif mais multiplicatif ».
Le régime alimentaire est un des facteurs comportementaux les plus importants
dans ce domaine. Deux modes alimentaires sont associés aux espérances
de vie les plus longues : d'une part le régime de type méditerranéen,
pauvre en acides gras saturés et riche en acides gras insaturés,
d'autre part le régime de type japonais traditionnel, pauvre en acides
gras saturés et riche en hydrates de carbone complexes. Dans la plupart
des pays occidentaux, il semble souhaitable de recommander un régime
pauvre en acides gras saturés à remplacer par un apport équilibré
d'acides gras poly- et mono-insaturés et par des glucides complexes.
Les acides gras N-3 à très longue chaîne, polyinsaturés,
provenant des poissons, sont à privilégier. De nombreuses études
tendent à montrer les bénéfices de régimes riches
en fruits et en légumes, sources d'antioxydants, parmi lesquelles il
faudrait signaler le thé vert, le raisin, les pommes, les oignons. Il
ne faut pas oublier que, pour que cette stratégie globale soit efficace,
il faut qu'elle s'inscrive dans le temps.
Amouyel P. Actualités sur les facteurs de risque cardio-vasculaire.
Rev Prat. 2005;55:1755-63.
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