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L'écho des poulaillers (no 2)


Médecine. Volume 2, Number 1, 45-6, Janvier 2006, Vie professionnelle


Résumé  

Author(s) : Jean-Marie Cohen , jmcoco@ openrome.org .

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ARTICLE

Peut-on dire : « Plus il y a de gens vaccinés contre la grippe, autrement dit plus la couverture anti-grippale sera importante, moins grand sera le risque de modification génétique, de croisement génétique avec le virus aviaire (du fait que la grippe humaine sera moins importante) ? » et donc doit-on encore plus inciter àla vaccination contre la grippe ?

Pour répondre àcette question, mieux vaut commencer par la fin.

Faut-il inciter davantage àse faire vacciner contre la grippe ?

OUI pour ceux qui sont « àrisque », c'est-à-dire ceux qui reçoivent un bon pour un vaccin antigrippal gratuit. Une partie de ceux-là, notamment les plus jeunes, oublie de se faire vacciner, soit parce qu'ils se sentent trop jeunes, soit parce qu'ils oublient. C'est le cas des jeunes diabétiques, des gros fumeurs, des jeunes atteints de maladies des globules rouges (thalassémie, drépanocytose, etc.) et des « jeunes seniors ». Pour tous ces patients à risque, il y a un gros travail d'éducation àfaire et les pharmaciens ont un grand pouvoir de persuasion quand ils s'y mettent.

NON pour ceux qui sont en bonne santé et qui n'ont pas de raison professionnelle de se faire vacciner. Laissons le vaccin antigrippal àceux qui en ont vraiment besoin.

S'il y a plus de vaccinés, peut-on réduire le risque de modification génétique ?

D'une façon générale, il faudrait probablement vacciner plus de 60 % de la population pour empêcher le déclenchement d'une épidémie de grippe humaine. Ce n'est pas envisageable àgrande échelle. Par contre, ce qui est prévu à petite échelle, en cas d'apparition d'un foyer de grippe aviaire dans un élevage en France, c'est d'isoler un périmètre de quelques kilomètres autour de l'élevage et, àl'intérieur de ce périmètre, de vacciner la population et ceux qui doivent intervenir (vétérinaires, ouvriers chargés de l'abattage des volailles, etc.). Il est prévu aussi de leur donner des comprimés d'antiviraux spécifiques en cas de grippe [2]. Cette stratégie vise àles protéger contre la grippe aviaire et, peut-être, àréduire le risque de réassortiment génétique entre virus grippaux humains et animaux. Est-ce que ça répond àvos questions ?

En pratique, laissons aux volailles la grippe qui leur revient. Le virus de la grippe humaine est différent de celui qui infecte les volailles. Le vaccin grippal humain ne protège pas contre la grippe aviaire. Il est donc inutile de se précipiter sur le vaccin antigrippal humain dans l'espoir de se prémunir contre le virus aviaire. Réservons le vaccin antigrippal humain àceux qui en ont le plus besoin : les personnes fragilisées par certaines affections de longue durée ou par leur ÃÊge.

Une femme enceinte peut-elle se faire vacciner ? Sinon, combien de temps avant une grossesse cela est-il sans risque ?

Il n'existe pas, àl'heure actuelle, de données suffisamment pertinentes pour évaluer un risque tératogène ou foetotoxique pendant la grossesse. Par contre, il est établi que la grippe peut être une source d'avortement spontané ou d'accouchement prématuré. Chez les femmes enceintes àhaut risque, il faudra mettre en balance le risque possible d'infection clinique et les risques possibles de la vaccination. ÃÄ noter : le vaccin peut être administré chez une femme qui allaite.

Faut-il proposer aux patients des masques comme moyen de se protéger ?

Aucune recommandation du plan de lutte contre la pandémie de grippe ne propose clairement le masque chirurgical comme protection contre la contamination. Ce type de masque est préconisé pour les malades soucieux de limiter la projection de virus autour d'eux. Les masques de protection respiratoire (FFP2 ou FFP1) ne pourront être supportables par tous, tout au long de la pandémie. Dans ce contexte, un masque chirurgical protégera mieux que... rien.

Aujourd'hui, le plan existe et la pandémie n'est pas là; cette « fenêtre », dont on ne sait pas combien de temps elle durera, doit être utilisée au mieux pour informer et former la population sur tous ces aspects pratiques.

Dès aujourd'hui, on peut diffuser en priorité deux idées simples :

• Autour d'un malade grippé, les virus grippaux diffusent essentiellement dans un périmètre de 2 mètres. C'est donc dans ce périmètre qu'il convient de se poser le problème de port du masque.

• Il faut se laver les mains, souvent et soigneusement, car les virus (pas seulement grippaux mais aussi respiratoires ou digestifs) se transmettent par le contact des mains ; il faut notamment seriner cette règle d'hygiène aux enfants.

Les vendeurs de masques font le forcing pour me vendre des FFP2 et insistent sur une certaine « norme EN 149 ». Quelles sont les performances de ces masques ? Où pourrais-je avoir la norme EN 149 ?

La fiche « Appareils de protection respiratoire et métiers de la santé », éditée par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) [3], fait le point sur les fonctions de chaque type de masque et sur les normes. Un document précis et précieux àconsulter et àconserver.

Quels désinfectants et quels antiseptiques utiliser pour éviter de transmettre le virus grippal aviaire H5N1 ?

Le virus grippal aviaire ressemble àtous les virus grippaux de toutes les espèces. Ses particularités concernent ses antigènes de surface, c'est-à-dire sa signature antigénique. En matière d'antiseptiques et de désinfectants, il n'est pas différent des autres virus grippaux qui appartiennent àla grande catégorie des « virus enveloppés ».

L'eau de Javel est un désinfectant efficace et peu coûteux qui détruit tous les « virus enveloppés » et, parmi eux, tous les virus grippaux. Pour désinfecter les surfaces et les objets usuels, c'est un désinfectant de premier choix. Par contre, elle est agressive pour la peau et les muqueuses.

Pour désinfecter les mains et la peau, mieux vaut utiliser d'autres produits : antiseptiques (de type Bétadine®), composés iodés, solutions hydroalcooliques, savons désinfectants (de type Hibiscrub®)... Pour les médecins, les mesures habituelles (se laver les mains entre deux patients et utiliser des lingettes hydroalcoolisées) sont efficaces.

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