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Qu'est-ce qu'un « analogue lent » ? Qu'apporte-t-il par rapport à l'insuline de référence, la NPH ?
Un analogue lent de l'insuline est une insuline retard, lente (durée d'action de l'ordre de 24 heures) ou semi-lente alias intermédiaire
(durée d'action d'au moins 12 heures), obtenue par modification de la structure de l'insuline, et non, comme pour les anciennes insulines, par
l'ajout de divers adjuvants, notamment le zinc pour les insulines lentes et la protamine pour l'insuline semi-lente dénommée aussi NPH (Neutral Protamine Hadegorn).
L'insuline glargine se présente sous la forme d'une solution au pH acide ; après injection il se forme des microprécipités à partir desquels
l'insuline glargine est libérée de façon continue. Sa durée d'action est de l'ordre de 22 ± 4 heures [1].
L'action retardée de l'insuline détémir est due à une liaison avec l'albumine avec relargage progressif.
Sa durée d'action est dose dépendante : 12 h à la dose de 0,2 U/kg et 20 h à la dose de 0,4 U/kg [2].
Ces deux insulines ont en commun un délai d'action de l'ordre de 1 h 30 et l'absence de pic d'action : leur action est en plateau,
à la différence de la NPH dont le pic d'action est une source potentielle d'hypoglycémies 4 à 8 heures après l'injection. Elles ont également
en commun une moindre variabilité pharmacocinétique inter- et intra-individuelle par rapport à la NPH.
Equilibre glycémique : comme la NPH
Tous les nouveaux médicaments du diabète (insulines ou antidiabétiques oraux) sont actuellement
évalués sur un critère intermédiaire, l'hémoglobine glyquée (HbA1C), marqueur de l'équilibre glycémique.
L'adoption de critères cliniques de morbi-mortalité retarderait de plusieurs années la mise sur le marché.
L'étude UKPDS [3, 4] a montré que, quel que soit le médicament utilisé, la réduction des complications
microangiopathiques est proportionnelle à la baisse de l'hémoglobine glyquée.
Avant leur mise sur le marché français, la glargine et la détémir ont fait l'objet d'essais cliniques randomisés au cours desquels elles ont été comparées à la NPH.
Ces essais n'ont pas été effectués en aveugle en raison de la différence d'aspect de la NPH et des analogues : la NPH se présente sous la forme
d'une suspension trouble et les analogues sous la forme d'une solution limpide.
Huit essais (dont 4 dans le diabète de type 2) pour la glargine et 13 (dont 4 dans le diabète de type 2)
pour la détémir ont été analysés dans les avis de la Commission de la transparence [5, 6]. Il ne ressort pas de
cette analyse, ni d'une analyse plus récente pour la glargine [7], de supériorité des analogues sur la NPH en termes d'équilibre glycémique.
Moins d'hypoglycémies surtout nocturnes
L'hypoglycémie est la complication la plus fréquente des traitements par l'insuline.
Les deux grandes études de morbi-mortalité (DCCT pour le diabète de type 1 [7] et UKPDS pour
le diabète de type 2 [3]) ont montré ou confirmé que :
 dans le diabète de type 1, les hypoglycémies sont d'autant plus fréquentes que
l'équilibre gycémique est meilleur. L'hypoglycémie peut ainsi constituer chez certains patients un frein à l'obtention
d'un équilibre glycémique optimal ;
 dans le diabète de type 2, les hypoglycémies sont moins fréquentes... mais pas si rares.
Chaque année, 2,3 % des patients traités par insuline présentent un épisode d'hypoglycémie majeur,
c'est-à -dire nécessitant l'intervention d'une tierce personne, et 36,5 % un épisode d'hypoglycémie mineur [3].
Des patients ayant présenté au moins deux épisodes d'hypoglycémie l'année précédente ont une vie de moins bonne qualité que les patients n'ayant pas présenté
d'hypoglycémie [9]. Aussi, la fréquence de survenue des hypoglycémies est-elle un critère secondaire de jugement dans les études
cliniques NPH versus analogue. Les études cliniques distinguent habituellement les hypoglycémies
« tout venant », les hypoglycémies sévères et les hypoglycémies nocturnes. Suivant les études et le type de diabète, la fréquence de survenue des hypoglycémies est moindre ou du même ordre avec l'analogue lent qu'avec la NPH [5-7, 10]. La différence en faveur des analogues est plus nette concernant les hypoglycémies nocturnes. Dans le diabète de type 2, une méta-analyse portant sur quatre études glargine versus NPH au coucher ayant inclus 2 304 patients conclut à l'avantage de la glargine pour tous les types d'hypoglycémies [11]. Nous ne disposons pas de données comparables pour la détémir, où ce bénéfice
clinique est mieux étayé que dans le diabète de type 1 [6]. Dans le diabète de type 1, la fréquence des hypoglycémies est parfois responsable d'une dégradation de la qualité de vie et facteur limitant d'un équilibre optimal. Le NICE (équivalent britannique de l'Anaes) notait en 2002 que la glargine, seule disponible à l'époque, était une option thérapeutique efficace et coût-efficace dans le diabète de type 1 [12]. En revanche, pour la majorité des patients diabétiques de type 2 qui ne sont pas devenus insulinoprives, le même NICE concluait que l'intérêt de la glargine en termes de coût-efficacité était plus discutable
en raison de la moindre fréquence des hypoglycémies. Il proposait de la réserver à ceux dont la fréquence d'hypoglycémies sévères
ou le nombre d'injections altérait la qualité de vie. La NPH a encore sa place dans le diabète de type 2, surtout dans le schéma insuline
au coucher et il n'y a pas d'argument majeur pour proposer un changement d'insuline aux diabétiques de type 2 bien équilibrés sans hypoglycémie avec la NPH.
Moins de prise de poids avec la détémir
La prise de poids est habituelle après la mise en route de l'insuline. Le principal mécanisme
est la disparition de la glycosurie. Au cours du diabète de type 1, la prise de poids permet le retour au poids initial, le plus souvent normal. Au cours du
diabète de type 2, environ 80 % des patients sont en surpoids ou obèses. La prise de poids est dans ce cas un effet vraiment indésirable.
La prise de poids est moindre avec la détémir qu'avec la NPH au cours des essais cliniques. Une telle différence (sans explication jusqu'à maintenant)
n'est pas retrouvée avec la glargine.
Y a-t-il d'autres effets indésirables ?
Les douleurs au point d'injection sont un peu plus fréquentes avec les analogues qu'avec la NPH.
Peut-on craindre pour ces molécules  d'usage très récent  des effets indésirables à long terme ?
L'affinité accrue de la glargine pour le récepteur à l'IGF-1 et l'effet carcinogène expérimental d'un autre
analogue ayant ces mêmes propriétés vis-à -vis du récepteur à l'IGF-1 ont conduit certains auteurs à s'interroger [7].
Aucune donnée expérimentale ni clinique ne permet actuellement, pour les analogues lents, de présumer un tel risque.
En ce qui concerne la grossesse et l'allaitement, l'AMM note qu'il n'y a pas d'expérience clinique et recommande de ne
prescrire qu'avec prudence... formulation qui en pratique n'est pas d'une grande aide pour le prescripteur.
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Analogues lents : pour quels patients ?
On peut schématiser trois situations cliniques au cours desquelles un analogue lent peut être proposé à la place d'une insuline
basale « classique », le plus souvent la NPH.
Le schéma basal-bolus du diabète de type 1
En Allemagne et en Suisse depuis plus de 15 ans, puis en France depuis quelques années,
le schéma basal-bolus (alias basal-prandial) a été adopté et a permis la diffusion de l'insulinothérapie fonctionnelle.
Ce schéma basal-bolus, devenu le schéma d'insulinothérapie de référence dans le traitement du diabète de type 1, vise Ã
reproduire la sécrétion physiologique de l'insuline (sécrétion de base et sécrétion lors de chaque repas).
L'insulinothérapie fonctionnelle consiste à apprendre au patient
à « gérer au quotidien les variations physiologiques des besoins en insuline » [13],
adapter ses doses d'insuline rapide à sa vie (alimentation et activité physique) et non sa vie à l'insuline.
Cela autorise une grande liberté dans les horaires et le contenu des repas. Le préalable est une éducation thérapeutique
intensifiée, notamment sur le plan diététique, idéalement mise en oeuvre par une équipe de trois professionnels (diététicien, infirmier, médecin).
Une telle prestation est inégalement disponible sur le territoire français. L'insulinothérapie fonctionnelle a été facilitée par la mise sur le marché
(en 1997 en France) du premier analogue rapide de l'insuline, l'insuline lispro (Humalog®), d'action plus rapide et plus brève que l'insuline rapide
et nécessitait jusqu'en 2003 en France 2 ou 3 injections de NPH par jour, donc 5 à 6 injections au total.
L'arrivée de la glargine a permis à ces patients de
redécouvrir les joies de... la grasse matinée : l'injection matinale de NPH était un obstacle souvent mal vécu donc transgressé par les adolescents et jeunes adultes.
Mais la glargine ne couvre pas 24 heures chez tous les patients. Une équipe française ayant
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une grande expérience de l'insulinothérapie fonctionnelle estime à 15 % le pourcentage de patients chez qui la durée d'action de la glargine est trop courte [14].
Chez ces patients, la détémir peut être utile.
L'insuline au coucher du diabète de type 2
Ce schéma thérapeutique est dans les recommandations françaises en vigueur [15, 16] la première étape de l'insulinothérapie du diabète de type 2.
Il associe au traitement antidiabétique oral antérieur (inchangé ou allégé) une injection d'insuline au coucher. Jusqu'en 2003, seule la NPH était utilisée.
Les analogues ont sur la NPH les avantages cités ci-dessus. Ils ont aussi un avantage pratique : les stylos de NPH doivent être secoués afin d'homogénéiser
la suspension d'insuline, faute de quoi il peut y avoir des variations d'effet de l'insuline [17] ; ce n'est pas le cas pour les analogues lents.
L'insulinothérapie de confort du sujet ÃÊgé
Chez les patients dont l'espérance de vie est limitée en raison d'un ÃÊge
très élevé ou d'une pathologie intercurrente sévère, l'objectif d'équilibre
glycémique doit être revu à la hausse. La prévention des complications microangiopathiques
n'est plus à l'ordre du jour. Ces patients sont exposés à un risque majoré
d'effets indésirables et d'interactions médicamenteuses. L'insulinothérapie
est souvent préférable aux antidiabétiques oraux, dont les contre-indications
sont fréquentes. Mais cette insulinothérapie doit être « minimaliste »,
habituellement sans insuline rapide et mise en oeuvre par un infirmier libéral.
L'objectif prioritaire est la prévention des hypoglycémies. L'objectif glycémique
au réveil doit donc être moins exigeant (par exemple 1,50 à 2 g/L). Le choix
entre NPH et analogue lent est pragmatique puisque de tels patients sont exclus
des essais cliniques (la limite d'ÃÊge va de 70 Ã 80 ans). Il faut garder en
mémoire le fait que deux passages infirmiers par jour valent parfois mieux
qu'un.
| Encadré 1.
La NPH et analogues lents
• NPH est disponible sous trois formes : Insulatard®
NPH, Insuman® basal et Umuline® NPH.
• La glargine (Lantus®) est disponible sous la
forme de flacons, de cartouches pour stylo rechargeable et de stylo jetable
Optiset®. Le stylo Optiset® ne permet d'injecter
qu'un nombre pair d'unités d'insuline, ce qui peut constituer un inconvénient
chez certains diabétiques de type 1. Il permet d'injecter jusqu'à 40
unités en une fois.
• La détémir (Levemir®) est disponible sous
la forme de cartouches pour stylo rechargeable et de stylo jetable Flexpen®
qui permet d'injecter jusqu'à 60 unités en une fois.
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Références
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Guerci B, Sauvanet JP. Subcutaneous insulin: pharmacokinetic variability and glycemic variability. Diabet Metab. 2005;31:4S7-4S24. UKPDS Group. Intensive blood glucose control with sulfonylureas or insulin compared with conventional treatment and risk of complications in patients with type 2 diabetes (UKPDS 33). Lancet. 1998;352:837-53. Stratton IM, Adler MI, Neil AW, et al. Association of glycaemia with macrovascular and microvascular complications of type 2 diabetes (UKPDS 35): prospective observational study. Br Med J. 2000;321:405-12. Commission de la transparence.
Avis de la commission  Lantus® 100 UI/ml. 22 janvier 2003. Disponible
sur www.has-sante.fr. Commission de la transparence. Avis de la commission  Levemir® 100 UI/ml. 30 mars 2005. Disponible sur www.has-sante.fr. Insuline glargine (Lantus®).
Rev Prescrire. 2005;261:325-32. The Diabetes control and Complications Trial Research Group DCCTRG. The effect of intensive treatment on the development and progression of long term complications in insulin-dependant diabetes mellitus. N Engl J Med. 1993;329:977-86. UKPDS Group. Quality of life in type 2 diabetic patients is affected by complications but not by intensive policies to improve blood glucose or blood pressure control (UKPDS 37). Diabetes Care. 1999;22:1125-36. Kurtzhals P. How to achieve a predictable basal insulin? Diabet Metab. 2005;31:4S25-4S33.
Rosenstock J, Dailey G, Massi-Benedetti M, Fritsche A, et al. Reduced hypoglycemia risk with insulin glargine. A meta-analysis
comparing insulin glargine with human NPH insulin in type 2 diabetes. Diabetes Care. 2005;28:950-5. National institute for clinical excellence.
Guidance on the use of long acting analogues for the treatment of diabetes-insulin glargin (december 2002). Sur www.nice.org.uk. Berger W,
Grimm JJ. Insulinothérapie. Comment gérer au quotidien les variations physiologiques des besoins en insuline. Paris : Masson, 1999.
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Diabet Metab. 2005;31:4S45-4S50. Afssaps. Traitement médicamenteux du diabète de type 2 (février 1999). Sur www.agmed.sante.gouv.fr
Anaes. Stratégie de prise en charge du patient diabétique de type 2 à l'exclusion de la prise en charge des complications (mars 2000).
Sur www.has-sante.fr
Jehle PM, Micheler C, Jehle DR, et al. Inadequate suspension of neutral protamine
Hagendorn (NPH) insulin in pens. Lancet. 1999;354:1604-7.
| En résumé : les analogues lents de l'insuline
Thérapeutique de référence dans cette indication : l'insuline
NPH
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|  Les « plus » :
• Moins d'hypoglycémies surtout nocturnes.
• Présentation sous la forme de solutions qui ne nécessitent
pas d'être homogénéisées.
• Moins de prises de poids avec la détémir.
 Les « moins » :
• Pas d'essai clinique publié comparant la glargine et la
détémir.
• Dans le diabète de type 1, la glargine en une injection
a une durée d'action trop courte pour environ 15 % des patients.
 En pratique :
• Les analogues lents ont des caractéristiques pharmacocinétiques
qui en font des insulines basales plus physiologiques que les anciennes
insulines intermédiaires et lentes ; aussi ont-elles été adoptées
par de nombreux spécialistes pour la mise en oeuvre du shéma basal-bolus
qui est le schéma d'insulinothérapie de référence pour le diabète
de type 1.
• Le bénéfice clinique actuellement bien démontré est
la baisse de fréquence des hypoglycémies surtout nocturnes.
• La portée clinique de ce bénéfice est plus nette chez
les diabétiques de type 1 pour lesquels la fréquence des hypoglycémies
est susceptible d'altérer la qualité de vie et de constituer un frein
à la recherche d'un équilibre optimal.
• Cette considération est à prendre en compte chez certains
diabétiques de type 2, au cas par cas. L'insuline NPH, moins coûteuse,
garde ses indications en première intention dans le diabète de type
2, surtout dans les schémas d'insuline au coucher.
• En l'absence de comparaison directe, le choix entre glargine
et détémir se fonde surtout sur leurs caractéristiques pharmacocinétiques
et sur les différences pratiques entre les stylos injecteurs.
 ÃÄ réserver à certains patients dont la fréquence des hypoglycémies
sévères (surtout les diabétiques de type 1) ou, pour la détémir,
les problèmes de poids (surtout les diabétiques de type 2), nuisent
à l'équilibre du diabète et/ou à la qualité de vie.
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