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Pourquoi traiter les angines à SBHA par antibiotiques ?
L'angine à SBHA évolue le plus souvent favorablement en 3 ou
4 jours, même en l'absence de traitement antibiotique, mais elle peut
donner lieu à des complications graves : suppurations locorégionales
(phlegmon amygdalien, abcès rétropharyngé, adénophlegmon,
cellulite cervicale, rares dans les pays industrialisés) et syndromes
post-streptococciques (rhumatisme articulaire aigu RAA et glomérulonéphrite
aiguë GNA).
La GNA peut survenir après une infection cutanée ou une angine
mais le rôle préventif de l'antibiothérapie de l'infection
initiale est inconstant, voire nul. On en dénombre 100 à 200 cas
par an en France.
L'incidence du RAA avait considérablement diminué dans les pays
industrialisés avant l'avènement des antibiotiques, du fait de
l'amélioration des conditions de vie, pour arriver à une incidence
de 1 à 3 % lors de la mise à disposition de la pénicilline.
D'après une enquête hospitalière récente, on en dénombre
environ 10 cas par an en France métropolitaine. Ils concernent essentiellement
(pour une première poussée) des patients ayant un âge compris
entre 4 et 25 ans. Dans deux tiers des cas, ils n'avaient eu aucun signe d'angine
ou avaient été traités par antibiotiques lors de l'angine
précessive [3]. Ces résultats sont conformes aux données
antérieurement rapportées. Bien que le risque soit faible, la
gravité potentielle de cette pathologie justifie le fait que l'Afssaps
recommande le traitement de toutes les angines documentées à SBHA.
Quelle est la probabilité clinique de l'angine streptococcique?
Cliniquement, en dehors de la présence d'un érythème
scarlatiniforme évocateur du SBHA, il est difficile de différencier
une angine virale d'une angine streptococcique. Tout au plus l'association de
certains symptômes permet-elle une orientation diagnostique. Une étude
menée en France entre novembre 1995 et mai 1996 par 173 médecins
généralistes avait inclus 2 800 patients dans le but de rechercher
une corrélation bactérioclinique dans l'angine aiguë [4].
Elle montrait que l'association : fièvre supérieure à 38°C,
pharynx érythémateux, odynophagie intense et adénopathies
cervicales > 1 cm, est significativement plus fréquente dans les angines
à SBHA que dans les angines non streptococciques (24,6 % contre 9 % des
cas). À l'inverse, l'association : toux, enrouement et rhinorrhée,
témoignant a priori d'une étiologie virale, est retrouvée
chez 22,7 % des patients présentant une angine non streptococcique contre
9 % de ceux ayant un SBHA, et ce, quel que soit l'âge des patients. Cette
étude avait permis aussi de vérifier que le SBHA n'était
pratiquement jamais en cause chez les patients de plus de 45-50 ans.
Conscients de ces limites du diagnostic clinique, plusieurs auteurs ont tenté
de valider des scores afin d'orienter vers l'une ou l'autre étiologie.
Les meilleurs de ces scores ont une sensibilité globale variant de 50
à 60 %. L'un des plus connus, le score de Centor [5], comprend 4 symptômes
comptant chacun pourun point :
- présence d'un exsudat (angine érythémato-pultacée),
- adénopathies cervicales antérieures douloureuses,
- fièvre > 38°,
- absence de toux.
La probabilité clinique d'avoir une angine streptococcique varie en
fonction de l'âge des patients et du nombre de critères réunis.
Ainsi, chez l'adulte [5], la probabilité de présenter une angine
à SBHA quand le score est à 4 (10 % des patients de l'étude)
est de 56 %. Chez les enfants de moins de 15 ans, cette probabilité avec
un tel score est de 75 % [6]. À l'inverse, la probabilité d'angine
à SBHA lorsque le score est < 2 est de 6,5 %, chiffre proche du taux
de portage sain dans la population générale. Ainsi, en accord
avec Mac Isaac [6], on peut considérer que les patients ayant ces scores
n'ont pas une angine, surtout chez les enfants. En cas de score intermédiaire
(2 ou 3), situations les plus fréquentes, la probabilité se situe
entre 15 et 35 %. En pratique, ces scores n'ont donc d'intérêt
que pour repérer les patients ne relevant ni du test de diagnostic rapide
(TDR) ni d'un traitement antibiotique, à savoir ceux qui ont un score
inférieur à 2. Tous les autres relèvent de la pratique
du test.
Les tests de diagnostic rapide du SBHA
Tous permettent de mettre en évidence un antigène de paroi spécifique
du SBHA selon différentes techniques. L'IM Strep A, actuellement utilisé
par les médecins généralistes, est un test sur bandelette.
En pratique, après écouvillonnage de la région amygdalienne,
l'écouvillon est plongé dans un tube contenant les réactifs
permettant une extraction chimique de l'antigène polysaccharidique du
SBHA. La bandelette test est ensuite placée dans le tube. En cas de présence
de l'antigène du SBHA, celui-ci se complexe avec un anticorps spécifique
conjugué à des particules de couleur bleue. Ce complexe va migrer
et se fixer sur l'anticorps de capture faisant apparaître une ligne bleue
témoin de la positivité du test. Le temps global de réalisation
de ce test est de 5 à 7 minutes au maximum. La sensibilité de
l'IM Strep A est de plus de 90 % et sa spécificité de l'ordre
de 95 % lorsqu'on le compare à la culture sur milieu enrichi avec incubation
en anaérobiose. Ces résultats sont plus que satisfaisants puisqu'équivalents
à ceux de la culture classique réalisée sur gélose
au sang, sans inhibiteur, incubée 24 à 48 heures à l'air
ambiant comme cela est pratiqué au laboratoire en routine. Le risque
de faux positifs est pratiquement nul. Le risque de faux négatifs, retrouvé
dans les différentes études faites en France et comparant le test
à la culture classique, est de l'ordre de 2 %. Ceci permet d'envisager
de ne pas réaliser de contrôle par culture après un test
négatif, sauf cas particuliers. Ces bons résultats ont été
confirmés dans une étude comparative de la sensibilité
et de la praticabilité des 16 tests présents sur le marché
français réalisée par l'Afssaps en 2002 [7].
La généralisation de l'utilisation des tests
Au préalable à la mise à disposition des tests à
l'ensemble des médecins français, une campagne visant àévaluer
l'appropriation des tests par les médecins et l'acceptation par les patients
en pratique courante a été réalisée en Bourgogne.
Cette campagne, intitulée " Test'Angine " et mise en place à la
demande de la Direction générale de la Santé et de la Caisse
nationale d'assurance-maladie des travailleurs salariés par l'Urcam de
Bourgogne, a eu lieu entre octobre 1999 et juin 2001. Elle a permis la formation
à l'utilisation du test de 800 médecins bourguignons (généralistes,
pédiatres et ORL). L'évaluation a été réalisée
durant 4 périodes de 15 jours où les médecins participants
devaient adresser des questionnaires pour toute angine vue. Par ailleurs, les
patients ayant eu un TDR durant ces périodes recevaient également
un questionnaire. Les médecins ont adressé 3 915 questionnaires.
Le test a été pratiqué dans 98,1 % des cas. Il était
positif dans 27,6 % des cas. Une antibiothérapie a été
prescrite dans 99,4 % des tests positifs et 18,3 % des tests négatifs.
La prescription globale d'antibiotiques au cours de la campagne a ainsi été
réduite à 41,3 % contre plus de 80 % auparavant [8]. Il est à
noter que ces résultats sont superposables à ceux obtenus, à
une moindre échelle, dans une étude menée en Bourgogne
et Rhône-Alpes en 1999 [9]. Dans la campagne Test'Angine, les patients
ont répondu en masse puisque 3 347 questionnaires ont été
adressés à l'Urcam. 97 % d'entre eux ont trouvé le test
supportable et 96,7 % accepteraient qu'un autre test leur soit pratiqué
si besoin. De plus, 78 % ont parfaitement compris que le TDR permettait de savoir
si leur angine nécessitait la prescription d'antibiotiques.
Les résultats très encourageants de la campagne Test'Angine
ont permis de décider une généralisation de l'utilisation
du TDR dans l'angine, dans toute la France à partir d'octobre 2002, après
formation à la pratique du test. Cette démarche fait partie d'une
approche globale du bon usage des antibiotiques dans les infections respiratoires
afin de limiter les prescriptions et, ainsi, de lutter contre l'augmentation
des résistances bactériennes. L'achat des tests, remis gratuitement
aux médecins, est financé par le Fond national de prévention.
Les premiers résultats de cette action ont été diffusés
par la Cnam en octobre dernier. D'octobre 2002 à août 2004, 58
% des médecins généralistes français ont été
formés à la pratique du test. 80 % d'entre eux estiment que le
test leur apporte une aide et 75 % confirment que la pratique du test est facilement
acceptée par le patient.
Conclusion
Les TDR du SBHA sont des outils fiables et représentent une aide à
la décision thérapeutique tout en laissant le médecin libre
de cette décision. En cas de test négatif, celui-ci peut être
amenéà contrôler le résultat par une culture, voire
à prescrire une antibiothérapie en particulier lorsque :
¥ il existe des facteurs de risque de rhumatisme articulaire aigu (entre 5
et 25 ans et antécédent personnel de RAA, conditions socio-économiques
favorisantes, multiplication d'épisodes d'angine à streptocoque,
retour d'un séjour en pays d'endémie de RAA),
¥ le patient est déjà sous antibiotiques (auto-médication),
¥ la symptomatologie clinique est très évocatrice de streptocoque
avec un score clinique à 4 chez l'enfant.
À l'inverse, un score clinique calculé inférieur à
2 devrait permettre de ne pas réaliser de test et de ne pas prescrire
d'antibiotique.
Actuellement en France, plus de la moitié des médecins généralistes
utilisent ce TDR de façon régulière (taux de renouvellement
de 78 %). Parallèlement, le test est bien accepté et bien compris
par les patients.
La généralisation de l'utilisation du TDR participe à
la diminution des prescriptions antibiotiques (16 % de prescriptions en moins
depuis 2002). Ces résultats encourageants de diminution des prescriptions
antibiotiques dans les infections respiratoires doivent se poursuivre si l'on
veut constater un réel impact sur les résistances bactériennes,
grave problème de santé public actuellement. Il faut noter à
ce sujet que ces dernières années, la résistance du SBHA
aux macrolides est passée de 5-7 % à environ 20 %, ce qui ne permet
plus de les utiliser dans cette indication sans vérifier la sensibilité
par culture et antibiogramme. La télithromycine, un kétolide,
est inactive sur 16 % des souches et ne peut donc être prescrite que dans
les mêmes conditions.
Illustrations
Références :
1. 10e Conférence de Consensus en thérapeutique anti-infectieuse,
19 juin 1996, Lyon. Les infections ORL. Méd Mal Infect 1997 ;
27 : 334-54.
2. Antibiothérapie par voie générale en pratique courante
: angine (méthode générale, recommandations et argumentaire).
Afssaps, Réactualisation ; 2002. Accessible sur www.afssaps.sante.fr
3. Olivier C, Portier H, Cohen R et al. pour le GRAPH. Rhumatisme articulaire
aigu : résultats d'une enquête nationale (1995-1997). BEH
1999 ; 12 : 45-7.
4. Cohen R, De Gouvello A, Lévy C et al. Utilisation des tests de diagnostic
rapide du streptocoque du groupe A et corrélations bactério-cliniques
dans l'angine aiguë en médecine générale. Presse
Med 1998 ; 27 : 1131-4.
5. Centor RM, Witherspoon JM, Dalton HP et al. The diagnosis of strep throat
in adults in the emergency room. Med Decis Making 1981 ; 1 : 239-46.
6. Mc Isaac WJ, Goel V, To T et al. The validity of a sore throat score in
family practice. CMAJ 2000 ; 163 : 811-5.
7. Charlier-Bret N, Boucher B, Poyart C et al. Tests de diagnostic rapide
des angines à streptocoque du groupe A : étude comparative de
la sensibilité et de la praticabilité de 16 dispositifs médicaux
de diagnostic in vitro dans le cadre d'un contrôle du marché effectué
par l'Afssaps en juillet 2002. Path Biol 2004 ; 52 : 438-43.
8. Portier H, Grappin M, Chavanet P. Nouvelle stratégie de prise en
charge des angines en France. Bull Acad Natle Méd 2003 ; 187 :
1107-16.
9. Portier H, Peyramond D, Boucot I et al, pour le GRAPH. Évaluation
de l'applicabilité du consensus sur la prise en charge de l'angine chez
l'adulte. Méd Mal Inf 2001 ; 31 : 388-95.
Le strepto-test, en pratique
¥ Il est difficile de différencier une angine virale d'une angine
streptococcique.
¥ 4 symptômes peuvent orienter le diagnostic : exsudat, adénopathies
cervicales antérieures douloureuses, fièvre >38°, absence
de toux.
- Si un seul est présent, la probabilité de présenter
une angine à SBHA est très faible, ne relevant ni du TDR
ni d'un traitement antibiotique.
- Lorsque 2 ou plus sont présents, la probabilité d'angine
à SBHA justifie la pratique du TDR.
- Celui-ci permet, avec une sensibilité de plus de 90 % et une
spécificité de l'ordre de 95 %, de reconnaître la
présence de SBHA dans le pharynx.
- Il argumente la décision de traiter ou non l'angine par antibiothérapie
et facilite le dialogue à ce sujet avec le malade.
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