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Treatment of pulmonary embolism.


MT Cardio. Volume 3, Number 5, 331-7, Septembre-Octobre 2007, Dossier – Nouveaux antithrombotiques

DOI : 10.1684/mtc.2007.0111

Résumé   Summary  

Author(s) : Olivier Sanchez, Benjamin Planquette, Delphine Wermert, Hervé Sors, Guy Meyer , Service de pneumologie et soins intensifs, Hôpital européen Georges-Pompidou, Faculté de médecine Paris-Descartes, Paris.

Summary : Adequate initial anticoagulant treatment is required to prevent thrombus growth and recurrence. Intravenous unfractionated heparin is being replaced by low-molecular-weight heparin as the anticoagulant of choice for initial treatment of venous thromboembolism. Vitamin K antagonists remain the only oral anticoagulants available (target international normalized ratio of 2.5). The duration of therapy should be individualized based on the risk of recurrence and the risk of bleeding. Three months of treatment is usually adequate if thrombosis was provoked by a reversible risk factor such as surgery. For patients with unprovoked thrombosis (“idiopathic”), anticoagulant treatment for at least 6 months is indicated. For patients with a recurrence of venous thromboembolism, or with an irreversible risk factor such as cancer, an indefinite anticoagulant therapy is recommended. Long-term treatment with low-molecular-weight heparin is usually preferable in patients with active cancer.

Keywords : pulmonary embolism, anticoagulant therapy, heparin, pentasaccharide

ARTICLE

Auteur(s) : Olivier Sanchez, Benjamin Planquette, Delphine Wermert, Hervé Sors, Guy Meyer

Service de pneumologie et soins intensifs, Hôpital européen Georges-Pompidou, Faculté de médecine Paris-Descartes, Paris

Le traitement curatif de l’embolie pulmonaire (EP) repose sur la prescription d’anticoagulants. Son objectif est double : éviter l’extension de la thrombose et prévenir les récidives. Les modalités pratiques de ce traitement à la phase aiguë sont actuellement bien codifiées et ont été largement diffusées par plusieurs conférences dont les recommandations sont fondées, en majorité, sur les résultats de grands essais randomisés [1]. Ainsi, à l’exception d’une minorité de patients présentant une mauvaise tolérance hémodynamique et pouvant bénéficier d’un traitement fibrinolytique susceptible de lyser rapidement les caillots, la majorité des embolies pulmonaires peut être traitée efficacement par les seuls anticoagulants. Les héparines de bas poids moléculaires (HBPM) ont remplacé l’héparine non fractionnée (HNF) dans le traitement initial des embolies pulmonaires non graves. Les antivitamines K (AVK), commencées simultanément à l’héparine, demeurent les seuls anticoagulants oraux disponibles. Malgré d’importants efforts de recherche, la durée optimale du traitement anticoagulant de la maladie thromboembolique veineuse (MTEV) reste mal définie. Longtemps arbitrairement fixée à 3 ou 6 mois, elle tend à être de plus en plus individualisée en fonction des facteurs connus de récidive et des facteurs de risque d’hémorragie pour un malade donné.

Traitement initial

Le traitement par héparine est commencé dès la suspicion clinique. La poursuite de ce traitement ne peut se concevoir sans avoir obtenu la confirmation du diagnostic par un test objectif, idéalement dans une période ne devant pas excéder 24 à 48 heures.

Héparine non fractionnée

L’HNF est constituée d’un mélange de chaînes polysaccharidiques de taille variable obtenu à partir de poumons ou d’intestins de bœuf ou de porc. Elle exerce son activité anticoagulante en catalysant l’activité inhibitrice de l’antithrombine vis-à-vis des facteurs IIa et Xa. La liaison de l’HNF avec l’antithrombine s’effectue grâce à une séquence pentasaccharidique distribuée sur les chaînes d’héparine. Elle entraîne une modification de la conformation de l’antithrombine qui accélère approximativement par 1 000 l’inactivation des facteurs IIa et Xa. Sa demi-vie est d’environ 60 minutes et sa clairance d’élimination n’est pas modifiée en cas d’insuffisance rénale.

L’HNF est le seul traitement anticoagulant qui a été évalué dans une étude prospective contre placebo en 1960 [2]. Trente-cinq patients atteints d’embolie pulmonaire ont été inclus, 10 des 19 patients (52 %) sous placebo sont décédés mais aucun dans le groupe sous héparine [2]. Trente ans plus tard, Brandjes et al. ont comparé, dans une étude randomisée contrôlée, l’HNF associée à l’acénocoumarol par rapport à l’acénocoumarol seul dans le traitement initial de la MTEV [3]. Le taux de récidives symptomatiques à 6 mois de MTEV était significativement plus élevé (20 %) dans le groupe sans HNF que dans le groupe HNF + acénocoumarol (6,7 %), il s’agissait de récidives précoces [3]. Le traitement par HNF est ainsi le traitement initial de référence de la MTEV. Le schéma actuel d’administration de l’HNF proposé par la dernière conférence de consensus de l’American College of Chest Physicians (ACCP) repose sur la prescription d’un bolus initial intraveineux de 80 UI/kg, suivi d’une perfusion continue à la dose initiale de 18 UI/kg/h [1]. Dans ces recommandations, l’activité anticoagulante doit être adaptée au résultat du temps de céphaline activé (TCA) qui doit être maintenu entre 1,5 et 2,5 fois le témoin. En France, la sensibilité des réactifs étant différente de celle des réactifs nord-américains, les recommandations sont de maintenir le TCA entre 2 et 3 fois le témoin. L’autre solution est de surveiller l’héparinémie avec une valeur cible entre 0,3 et 0,6 unité anti-Xa. Toutefois, ce dosage requiert une technique plus lourde et pas toujours disponible en routine, aussi la mesure du TCA est une surveillance tout à fait adéquate du traitement par HNF.

Le premier TCA doit être réalisé 4 à 6 heures après le début du traitement et répété 6 heures après chaque changement de doses. Par la suite, il doit être mesuré au moins une fois par jour. L’utilisation de nomogrammes permet d’atteindre rapidement la zone thérapeutique [4]. L’administration de l’HNF en 2 injections sous-cutanées par jour est une alternative à la voie intraveineuse. Le protocole d’administration proposé par la conférence de l’ACCP inclut un bolus intraveineux de 5 000 UI, suivi d’une injection de 17 500 UI 2 fois par jour le premier jour.

La dose est ajustée pour un TCA réalisé 6 h après la dose matinale, entre 2 et 3 fois le témoin [1].

L’héparinothérapie doit être poursuivie au minimum 5 jours et peut être interrompue lorsque le traitement par antivitamine K, prescrit conjointement, est efficace, c’est-à-dire quand l’INR est supérieur à 2 pendant 2 jours consécutifs [1].

Les données issues des essais randomisés où l’HNF en perfusion IV continue était utilisée comme comparateur à une HBPM ou au pentasaccharide montrent qu’au cours des 5 à 10 premiers jours de traitement, les complications de l’HNF sont rares. Le taux des récidives varie de 1,7 à 2,4% et semble bien corrélé avec l’absence d’obtention rapide d’une hypocoagulation efficace, la mortalité est de 1,1 à 1,2 %, et l’incidence des hémorragies majeures est de 1,1 à 2,3 % [5, 6]. Deux à 3 % des patients recevant de l’HNF développent une thrombopénie immunologique IgG dépendante (anticorps anti-PF-4 dosés par méthode ELISA). Cette complication redoutable, qui peut s’accompagner d’une extension de la thrombose, doit être suspectée lorsque le chiffre de plaquettes chute en dessous de 100 000/mm3 ou de plus de 50 % par rapport à la valeur initiale entre 5 et 20 jours après le début du traitement sauf si le patient avait déjà reçu de l’héparine (survenue plus précoce). Le traitement repose sur l’arrêt immédiat de l’héparinothérapie et la prescription d’un anticoagulant de substitution (danaparoïde [Orgaran®] ou lépirudine [Refludan®]).

Héparines de bas poids moléculaire

Les HBPM sont obtenues par fragmentation chimique ou enzymatique de longues chaînes d’HNF [7]. Comme l’HNF, elles se fixent et catalysent l’action de l’antithrombine par l’intermédiaire du pentasaccharide. Contrairement à l’HNF, les chaînes d’HBPM ont une action inhibitrice prédominante du facteur Xa alors que leur action inhibitrice vis-à-vis de la thrombine (IIa) est plus faible (activité anti-Xa/activité anti-IIa > 1) [7]. La biodisponibilité des HBPM est bien meilleure que celle de l’HNF, leur demi-vie est plus longue (4 à 6 heures) et leur effet anticoagulant est plus prévisible après l’administration d’une dose unique en raison d’une moindre fixation aux protéines plasmatiques et aux cellules endothéliales. Elles sont éliminées par voie rénale indépendamment de la dose utilisée.

Les HBPM ont été comparées à l’HNF dans de nombreux essais randomisés. Dans le traitement initial des thromboses veineuses profondes, une méta-analyse regroupant 2 045 patients a montré que les HBPM sont au moins aussi efficaces et sûres que l’HNF [8]. Plus récemment, une autre méta-analyse incluant 12 essais et 1 958 patients présentant une embolie pulmonaire a montré que comparativement à l’HNF, les HBPM sont associées à une réduction non significative des récidives symptomatiques à la fin de la période de traitement par héparine (1,4 versus 2,4 % ; odds ratio [OR] 0,63 [IC 95 % 0,33-1,18]) et à 3 mois (3 versus 4,4 % ; OR 0,68 [IC 95 % 0,42-1,09]) [6]. Les complications hémorragiques graves ont tendance à être moins fréquentes sous HBPM, mais la différence n’est pas statistiquement significative (1,4 versus 2,3 % ; OR 0,67 [IC 95 % 0,36-1,27]) [6]. L’incidence des thrombopénies héparino-induites est plus faible sous HBPM (0,1 %), mais il existe des réactions croisées avec l’HNF.

Il est donc maintenant établi que les HBPM sont au moins aussi sûres et efficaces que l’HNF dans le traitement curatif initial de la MTEV. Un des progrès majeurs apporté par l’utilisation des HBPM est la simplification du traitement anticoagulant avec 1 ou 2 injections sous-cutanées par jour, sans contrôle biologique en dehors de la numération plaquettaire 2 fois par semaine. Pour ces raisons, la dernière conférence de l’ACCP recommande l’utilisation en première intention des HBPM dans le traitement curatif initial de la MTEV [1]. L’HNF reste indiquée en cas d’insuffisance rénale (clairance de la créatinine < 30 mL/min) ou dans les situations où la demi-vie plus courte de l’HNF rend plus maniable ce traitement, notamment en cas de complication hémorragique (EP massive avec état de choc, EP en postopératoire immédiat…). La tinzaparine (Innohep® 175 UI/kg/j en 1 injection par jour) et l’énoxaparine (Lovenox® 200 UI/kg/j en 2 injections par jour) ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’EP en France. Les autres HBPM (daltéparine [Fragmine®], nadroparine [Fraxiparine®]) sont indiquées dans le traitement curatif des TVP. Des données récentes indiquent que certains malades atteints d’EP pourraient être traités à domicile, pratique largement répandue pour les thromboses veineuses profondes [9].

Nouveaux anticoagulants

De nouveaux agents antithrombotiques ont été développés ces dernières années. L’identification et l’isolement de la structure active de l’héparine (pentasaccharide) ont permis sa synthèse. Ces molécules ont une activité anti-Xa exclusive, s’administrent par voie sous-cutanée, sont éliminées par voie rénale et ne présentent pas de risque théorique de thrombopénie induite par l’héparine. Le fondaparinux (Arixtra®), à la dose de 7,5 mg en une injection sous-cutanée par jour (pour un poids entre 50 et 100 kg), a été évalué dans le traitement curatif des TVP où il était comparé à l’énoxaparine [10] et des EP où il était comparé à l’HNF [5]. Ce traitement s’est révélé aussi efficace que l’HNF ou l’énoxaparine en termes de récidive et décès, et bien sûr en termes d’hémorragie. Cette molécule a obtenu une AMM pour le traitement curatif des TVP et des EP.

L’idraparinux est un autre pentasaccharide ayant subi des modifications structurales qui ont permis d’augmenter sa demi-vie, ce qui autorise une injection sous-cutanée par semaine. Cette molécule (2,5 mg en une injection sous-cutanée par semaine sans relais par les AVK) a été très récemment évaluée dans le traitement curatif des TVP et des EP où elle était comparée au traitement standard (HNF ou HBPM avec relais par les AVK) [11]. La durée du traitement anticoagulant (3 ou 6 mois) était laissée à l’appréciation du clinicien. Le critère principal de jugement était l’incidence d’une récidive symptomatique fatale ou non de MTEV. Dans l’étude TVP (2 904 patients), l’incidence des récidives à 3 mois était similaire dans le groupe idraparinux (2,9 %) et traitement standard (3,0 %) (OR 0,98 ; IC 95 % 0,63-1,50) [11]. Le taux de complications hémorragiques à 3 mois était significativement inférieur dans le groupe sous idraparinux (4,5 versus 7,0 % dans le groupe traitement standard ; p = 0,004) mais était similaire à 6 mois (8,3 versus 8,1 % respectivement) [11]. Dans l’étude EP (2 215 patients), l’incidence des récidives à 3 mois était significativement plus élevée dans le groupe sous idraparinux (3,4 %) que dans le groupe traitement standard (1,6 %) (OR 2,14 ; IC 95 % 1,21-3,78) [11]. Cette différence d’efficacité était due à un excès de récidives fatales et non fatales d’EP, et était associée à une augmentation de la mortalité globale à 3 et 6 mois sous idraparinux [11]. Ces résultats suggèrent donc que l’idraparinux administré pendant 3 à 6 mois est aussi efficace qu’une héparine relayée par les AVK pour traiter une TVP. En revanche, l’idraparinux est moins efficace que le traitement standard pour traiter une EP. L’explication de cette différence d’efficacité reste mal élucidée mais pourrait être due à la sélection de malades à très faible risque de récidive dans le groupe traitement standard de l’étude EP. En effet, le taux de récidive de MTEV sous idraparinux (3,4 %) dans l’étude EP est proche de celui observé dans les groupes de l’étude TVP (2,9 et 3,0 %) alors qu’il est beaucoup plus bas dans le groupe témoin (1,6 %) [11]. Néanmoins, une surmortalité liée aux récidives est observée sous idraparinux dans l’étude EP.

Traitement d’entretien

Antivitamines K

Les AVK sont les seuls anticoagulants disponibles par voie orale. Elles représentent le traitement d’entretien de référence de la MTEV [1]. L’introduction très précoce des AVK, avant le 3e jour de traitement par héparine, par rapport à une introduction plus tardive après le 6e jour, ne modifie pas le taux de récidive thromboembolique et de complications hémorragiques, et raccourcit la durée d’hospitalisation de 30 % [12]. Il est donc recommandé d’introduire les AVK le plus tôt possible et en pratique dès le premier jour (tableau 1) [1]. La surveillance biologique est indispensable et s’effectue sur l’INR qui doit être compris entre 2 et 3.

Les hémorragies sont les complications les plus fréquentes et les plus graves des AVK. Linkins et al. ont réalisé une méta-analyse de 33 études ayant inclus un total de 10 757 patients traités par des AVK pendant au moins 3 mois [13]. L’incidence des hémorragies majeures était de 7,22 pour 100 patients-année, celle des hémorragies intracrâniennes était de 1,15 pour 100 patients-année, ce risque hémorragique était plus élevé dans les 3 premiers mois de traitement [13]. Parmi les 276 hémorragies majeures, 37 étaient fatales (13,4 %). La mortalité des hémorragies intracrâniennes était particulièrement élevée (11 décès sur 24 cas, soit 46 %). Certains facteurs de risque de saignement sous AVK ont été identifiés. L’intensité du traitement anticoagulant apparaît comme le principal facteur de risque de saignement intracrânien, on estime que le risque est multiplié par 2 pour chaque augmentation d’un point de l’INR au-delà de 3 [14]. L’âge (au-dessus de 80 ans) [15], ainsi que l’existence d’un cancer sont également des facteurs de risque de complication hémorragique sous AVK [16].

Tableau 1 Modalités du traitement anticoagulant initial de la maladie thromboembolique veineuse en dehors de la période postopératoire immédiate de chirurgie lourde

• HNF (IV) bolus de 80 UI/kg puis perfusion de 18 UI/kg/h adaptée au TCA (2 et 3 fois le témoin) équivalent à une héparinémie entre 0,3 et 0,6 UI dosée 6 h après chaque changement de posologie et au moins une fois par jour. Surveillance des plaquettes 2 fois par semaine.

• Ou HBPMa (SC) à dose curative en 1 ou 2 injections par jour. Pas de contrôle biologique sauf les plaquettes à J3 et J5.

• AVK dès J1 (warfarine 5 mg/j).

• Dose ajustée à l’INR (entre 2 et 3) à partir de J3.

• Arrêt de l’héparine après au moins 5 jours et de 2 INR successifs > 2 à 24 h d’intervalle.

• Surveillance ultérieure de l’INR 1 à 2 fois par semaine et 48 h après chaque changement de posologie pendant toute la durée du traitement par AVK.

Durée du traitement anticoagulant

De nombreux essais randomisés ont tenté d’évaluer la durée optimale du traitement anticoagulant dans la MTEV. Des essais de Levine [17] et Schulman [18], on peut retenir qu’une durée de traitement de 4 ou 6 semaines est associée à une augmentation de l’incidence des récidives comparativement aux patients traités 3 ou 6 mois. Kearon et al. [19] ont randomisé des patients traités 3 mois par AVK pour un premier épisode de MTEV idiopathique pour poursuivre le traitement anticoagulant pendant 24 mois ou recevoir un placebo [19]. L’étude a été prématurément interrompue au terme de 10 mois de suivi en raison d’une fréquence de récidive plus élevée dans le groupe placebo (27,4 %) que dans le groupe traité (1,3 %). Agnelli et al. [22] ont montré que la poursuite des AVK pendant 1 an diminue l’incidence des récidives après un traitement initial de 3 mois pour un premier épisode de MTEV idiopathique (0,7 versus 8,3 % dans le groupe placebo, p = 0,003). Toutefois, cet effet cesse à l’arrêt du traitement : après un suivi de 37 mois, la fréquence des récidives était identique (15,8 versus 15,7 %) [20]. Pinede et al. [21] ont comparé 3 et 6 mois de traitement chez les patients ayant un premier épisode de MTEV. Après un suivi moyen de 15 mois à la suite de l’arrêt des AVK, le taux de récidive était similaire dans les 2 groupes (8,1 % groupe 3 mois versus 8,7 % groupe 6 mois). Ces résultats ont été confirmés par Agnelli et al. [22] qui ont comparé la poursuite des AVK de 3 à 6 mois après un premier épisode d’EP secondaire à un facteur de risque transitoire, et de 3 à 12 mois lorsque l’EP était idiopathique. Au terme d’un suivi de 34 mois, les récidives étaient identiques quelle que soit la durée du traitement anticoagulant. L’étude de Pinede concernait également des malades atteints de thrombose distale chez lesquels étaient comparées 6 et 12 semaines de traitement [21]. Le taux de récidives 15 mois après l’arrêt du traitement n’était que de 2 et 3,4 % dans les 2 groupes démontrant ainsi qu’un traitement de 6 semaines est suffisant pour une thrombose distale [21]. Une seule étude a concerné le traitement des récidives de MTEV [23]. Schulman et al. [23] ont traité des patients atteints d’un second épisode de MTEV idiopathique pendant 6 mois ou pendant une durée indéfinie. Après 4 ans de suivi, le taux de récidives était de 20,7 % dans le groupe témoin contre 2,7 % dans le groupe traité. Même si les complications hémorragiques étaient plus fréquentes sous AVK, elles ne contrebalançaient pas la différence observée pour les récidives. Enfin, des études récentes ont évalué l’intérêt de poursuivre indéfiniment les AVK après le traitement d’une MTEV idiopathique, et ont analysé des niveaux d’hypocoagulation différents [24, 25]. Elles indiquent qu’un traitement prolongé par AVK à dose conventionnelle (INR entre 2 et 3) prévient mieux les récidives qu’un traitement à faible dose (INR entre 1,5 et 2), lui-même plus efficace que le placebo [24, 25]. Paradoxalement, les complications hémorragiques n’étaient pas plus fréquentes sous AVK que sous placebo.

En pratique, l’interprétation des essais cliniques est complexe et il est difficile de dégager un consensus clair. La durée du traitement anticoagulant tend à être de plus en plus individualisée en fonction des facteurs de risque de récidive et d’hémorragie pour un malade donné. Les recommandations de la dernière conférence de l’ACCP sont résumées dans le tableau 2, elles seront mises à jour dans le courant de l’année 2008. Une étude française multicentrique en double aveugle est actuellement en cours dans laquelle après un traitement anticoagulant de 6 mois, les patients ayant un premier épisode d’EP ou de TVP idiopathique sont randomisés pour recevoir un placebo ou des AVK pendant 18 mois supplémentaires.

Tableau 2 Recommandations internationales sur la durée du traitement anticoagulant de la maladie thromboembolique veineuse (d’après [1])

3 mois

Premier épisode de MTEV secondaire à un facteur de risque transitoire (chirurgie, traumatismes, immobilisation, traitements hormonaux).

6 à 12 mois

Premier épisode de MTEV idiopathique.

Premier épisode de MTEV avec un déficit documenté en antithrombine, protéine C, protéine S, ou facteur V Leiden ou mutation 20210 du facteur II, hyperhomocystéinémie.

1 an ou plus

Patients atteints de MTEV et d’un cancer (traitement anticoagulant poursuivi jusqu’à la rémission complète).

Premier épisode de MTEV associé à des anticorps antiphospholipides ?

Premier épisode de MTEV associé à des anomalies complexes de la coagulation (par exemple, mutations hétérozygotes du V et du II) ?

Récidive de MTEV (traitement poursuivi à vie).

Nouveaux anticoagulants

Le ximélagatran est la prodrogue active per os du mélagatran. Il s’agit d’un inhibiteur direct de la thrombine, qui est éliminé par voie rénale et dont la demi-vie est de 4 à 5 heures ce qui nécessite 2 administrations par jour. Il n’a pas d’antidote et ne nécessite pas de surveillance biologique [26]. Cette molécule a été évaluée dans le traitement curatif des TVP avec ou sans EP. Cet essai de non-infériorité a inclus 2 489 patients ayant une TVP dont un tiers avait une EP [27]. Le ximélagatran (36 mg × 2/j) pendant 6 mois était comparé à l’énoxaparine (1 mg/kg × 2/j) pendant au moins 5 jours relayée par la warfarine sur une durée de 6 mois. Le ximélagatran était aussi efficace que le traitement conventionnel sans augmentation du risque hémorragique [27]. Toutefois, une élévation des transaminases était observée chez près de 10 % des patients [27]. Cette molécule a également été évaluée contre placebo en prévention secondaire de la MTEV après un traitement anticoagulant conventionnel de 6 mois par AVK [28]. À 18 mois, le taux de récidives thromboemboliques était de 2,8 % sous ximélagatran et de 12,6 % sous placebo sans augmentation du risque hémorragique [28]. Là encore, une élévation des transaminases était observée chez 6 % des patients traités. Cette molécule semble donc séduisante, notamment en prévention secondaire de la MTEV, mais les problèmes liés à la tolérance hépatique ont conduit au retrait de ce produit. D’autres antithrombines orales (apixaban, dabigatran,…) sont actuellement en cours d’évaluation dans le traitement curatif de la MTEV.

Traitement de la MTEV en cas de cancer évolutif

La MTEV est une complication fréquente du cancer et peut parfois révéler un cancer occulte. Le traitement anticoagulant conventionnel (HNF ou HBPM et AVK) semble moins efficace sur ce terrain. En effet, le taux de récidives de MTEV est 3 fois plus élevé et les complications hémorragiques sont 2 fois plus fréquentes chez les patients ayant une MTEV et un cancer que chez les patients indemnes de néoplasie [16]. Les propriétés pharmacocinétiques des HBPM (effet anticoagulant prévisible, bonne biodisponibilité et absence de monitorage biologique) sont particulièrement intéressantes chez les patients cancéreux. Une étude multicentrique française a comparé l’énoxaparine (1,5 mg/kg/j) à la warfarine (INR entre 2 et 3) pendant 3 mois chez 146 patients [29]. Une réduction non significative du critère combiné de jugement associant hémorragie grave et récidive thromboembolique était observée sous énoxaparine (10,5 versus 21,1 %) [29]. L’étude CLOT a montré qu’un traitement par daltéparine (200 UI/kg/j pendant 1 mois, puis 150 UI/kg/j pendant 6 mois) est plus efficace que la warfarine (INR entre 2 et 3) pour prévenir les récidives de MTEV chez 672 patients atteints de cancer sans augmentation du risque hémorragique [30]. Ces données suggèrent donc une supériorité des HBPM dans le traitement curatif de la MTEV chez les patients atteints de cancer et sont donc le traitement de référence recommandé par la conférence de l’ACCP [1]. La durée doit être prolongée jusqu’à la rémission du cancer.

Interruption de la veine cave inférieure

Compte tenu du faible nombre d’études méthodologiquement bien conduites sur le sujet, les recommandations de la dernière conférence de l’ACCP ne modifient pas les indications retenues depuis de nombreuses années [1]. Deux indications principales sont retenues actuellement : la contre-indication absolue à un traitement anticoagulant curatif et la récidive de MTEV prouvée objectivement sous traitement anticoagulant bien conduit. La place des filtres cave temporaires ou optionnels (filtre temporaire pouvant devenir définitif) reste à évaluer. Ces dispositifs pourraient être intéressants notamment en cas de contre-indication temporaire aux anticoagulants (lors d’une hémorragie par exemple). Une étude randomisée multicentrique (PREPIC 2) évalue actuellement l’efficacité et la sécurité d’un filtre cave temporaire laissé en place pendant 3 mois en complément du traitement anticoagulant conventionnel chez des patients atteints d’EP et de TVP à haut risque de récidive.

Conclusion

Le traitement initial de la MTEV est bien codifié et tend à se simplifier de plus en plus grâce aux HBPM et au fondaparinux. Le traitement d’entretien fait appel aux AVK et nécessite un monitorage régulier de son efficacité.

La durée optimale du traitement d’entretien reste encore mal définie notamment en cas de MTEV idiopathique. De nouveaux anticoagulants oraux sont actuellement en cours d’évaluation et devraient permettre de simplifier la surveillance.

Références

1 Buller HR, Agnelli G, Hull RD, Hyers TM, Prins MH, Raskob GE. Antithrombotic therapy for venous thromboembolic disease : the Seventh ACCP Conference on Antithrombotic and Thrombolytic Therapy. Chest 2004 ; 126 : 401S-428S.

2 Barritt D, Jordan S. Anticoagulant drugs in the treatment of pulmonary embolism. A controlled trial. Lancet 1960 ; 1 : 1309-12.

3 Brandjes DP, Heijboer H, Buller HR, de Rijk M, Jagt H, ten Cate JW. Acenocoumarol and heparin compared with acenocoumarol alone in the initial treatment of proximal-vein thrombosis. N Engl J Med 1992 ; 327 : 1485-9.

4 Raschke RA, Reilly BM, Guidry JR, Fontana JR, Srinivas S. The weight-based heparin dosing nomogram compared with a "standard care" nomogram. A randomized controlled trial. Ann Intern Med 1993 ; 119 : 874-81.

5 Buller HR, Davidson BL, Decousus H, et al. Subcutaneous fondaparinux versus intravenous unfractionated heparin in the initial treatment of pulmonary embolism. N Engl J Med 2003 ; 349 : 1695-702.

6 Quinlan DJ, McQuillan A, Eikelboom JW. Low-molecular-weight heparin compared with intravenous unfractionated heparin for treatment of pulmonary embolism : a meta-analysis of randomized, controlled trials. Ann Intern Med 2004 ; 140 : 175-83.

7 Weitz JI. Low-molecular-weight heparins. N Engl J Med 1997 ; 337 : 688-98.

8 Leizorovicz A, Simonneau G, Decousus H, Boissel JP. Comparison of efficacy and safety of low molecular weight heparins and unfractionated heparin in initial treatment of deep venous thrombosis : a meta-analysis. BMJ 1994 ; 309 : 299-304.

9 Wells PS, Anderson DR, Rodger MA, et al. A randomized trial comparing 2 low-molecular-weight heparins for the outpatient treatment of deep vein thrombosis and pulmonary embolism. Arch Intern Med 2005 ; 165 : 733-8.

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