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Recommendations for the prescription, implementation and interpretation of medical examinations in biology in the context of severe poisoning


Annales de Biologie Clinique. Volume 70, Number 4, 431-50, Juillet-Août 2012, Article original

DOI : 10.1684/abc.2012.0726

Résumé   Summary  

Author(s) : Mireille Bartoli, Claudette Berny, Vincent Danel, Arnaud Delahaye, Gérard Desch, Jérôme Guitton, Bruno Lacarelle, Frédéric Lapostolle, Daniel Mathieu, Bruno Mégarbane, Patrick Nisse, Anton Szymanowicz, Bernard Capolaghi, Laboratoire de toxicologie, CHU de Grenoble, Laboratoire de biochime et toxicologie, CHU Lyon Sud, Laboratoire de biochimie et toxicologie, CHR de Metz-Thionville, Samu 38, CHU de Grenoble, Réanimation, CH de Rodez, Laboratoire de biochimie et toxicologie, CH d’Avignon, Laboratoire de toxicologie, CHU Lyon Est, Laboratoire de toxicologie, CHU de Marseille, Samu 93, CHU Avicenne Bobigny, Réanimation et centre hyperbare, CHU Calmette Lille, Réanimation, CHU Lariboisière, Centre antipoison, CHRU de Lille, Laboratoire de biochimie, CH de Roanne.

Summary : A multidisciplinary working group named “Toxicology and clinical biology” and whose members belong to the French Society of Clinical Biology (SFBC), Critical Care Medicine Society of French Language (SRLF), the French Society of Medical Emergency (SFMU), the French Society of Analytical Toxicology (SFTA), the Society of Clinical Toxicology (STC), and the National College of Biochemistry (CNBH) updated the professional practice recommendations published in 2003. These recommendations aimed the biologists who are not specialized in toxicology and more largely all the health professionals involved the management of severely poisoned patients. Among the data published in the initial edition, only the major table dealing with severe poisonings was updated, as all other supplements remained valid. The current revised table details poisonings due to fifty-five different xenobiotics and presents their main clinical features, useful biomarkers of toxicity, methods of identification or assays available in the emergent setting with their respective relevance and recommended delays to obtain their result. Assessments with a good agreement among the working group members regarding all laboratory issues for poisoning management are presented. A table updates the list of the main currently useful antidotes. A section on the value and place of toxicology screening was added.

Keywords : toxicology, intoxication, good laboratory practice, screening

Pictures

ARTICLE

abc.2012.0726

Auteur(s) : Mireille Bartoli1,a, Claudette Berny2, Vincent Danel4,a, Arnaud Delahaye5, Gérard Desch6,a, Jérôme Guitton7, Bruno Lacarelle8, Frédéric Lapostolle9, Daniel Mathieu10,a, Bruno Mégarbane11, Patrick Nisse12,a, Anton Szymanowicz13,a antonszymanowicz-chr@sfr.fr, Bernard Capolaghi3,a

1 Laboratoire de toxicologie, CHU de Grenoble

2 Laboratoire de biochime et toxicologie, CHU Lyon Sud

3 Laboratoire de biochimie et toxicologie, CHR de Metz-Thionville

4 Samu 38, CHU de Grenoble

5 Réanimation, CH de Rodez

6 Laboratoire de biochimie et toxicologie, CH d’Avignon

7 Laboratoire de toxicologie, CHU Lyon Est

8 Laboratoire de toxicologie, CHU de Marseille

9 Samu 93, CHU Avicenne Bobigny

10 Réanimation et centre hyperbare, CHU Calmette Lille

11 Réanimation, CHU Lariboisière

12 Centre antipoison, CHRU de Lille

13 Laboratoire de biochimie, CH de Roanne

Tirés à part : A. Szymanowicz

a Groupe de travail pluridisciplinaire SFTA-SFBC-STC-SRLF-SFMU-CNBH « Toxicologie et biologie clinique ».

Au cours des dix dernières années, la toxicologie clinique a fortement évolué. Les progrès analytiques ont été considérables, notamment avec le perfectionnement des techniques de chromatographie sur colonne avec détection par spectrométrie de masse. Les causes d’intoxications se sont diversifiées et les médicaments occupent aujourd’hui la première place [1-4]. L’évolution des prescriptions médicales de médicaments est significative, les benzodiazépines ont remplacé les barbituriques et le paracétamol est maintenant beaucoup plus prescrit que l’aspirine. Une nette progression de l’utilisation des produits stupéfiants, en particulier le cannabis chez les adolescents [5] est clairement identifiée et l’émergence de pathologies nouvelles liées à l’usage du cannabis chez des sujets jeunes constitue un problème majeur de santé publique [6, 7]. Le marché de la drogue est en pleine évolution et le rapport de 2011 de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) [8] identifie l’émergence rapide de nouvelles substances psychoactives non contrôlées. En ce qui concerne les progrès dans le domaine de l’analyse, ceux-ci sont tels qu’à l’heure actuelle pratiquement tous les toxiques peuvent être identifiés voire quantifiés dans les milieux biologiques [4]. Le détecteur de masse s’impose en tant que détecteur universel, qu’il soit couplé à un chromatographe en phase gazeuse (CPG-SM), ou en phase liquide (CL-SM), ou associé à un plasma à couplage inductif (ICP-SM). Ces équipements restent cependant l’apanage de laboratoires de toxicologie spécialisés. Afin de trouver un consensus dans le domaine de l’analyse toxicologique, les comités scientifiques de la Société française de toxicologie analytique (SFTA), de la Société française de biologie clinique (SFBC) la Société de toxicologie clinique (STC) ont constitué un groupe de travail associant dans cette réactualisation : la Société de réanimation de langue française (SRLF), la Société française de médecine d’urgence (SFMU), le Collège national de biochimie des hôpitaux (CNBH) et le Groupement des enseignants de la toxicologie (GATOX).

Le présent document est destiné à apporter une aide méthodologique actualisée par des spécialistes de toxicologie analytique et clinique à des biologistes généralistes, notamment dans le cadre obligatoire de l’accréditation selon la norme ISO EN NF 15189. Il peut également favoriser l’harmonisation des pratiques médicales et faciliter le nécessaire dialogue cliniciens-biologistes dans l’intérêt prioritaire du patient.

Matériel et méthodes

Le groupe d’experts a été constitué à partir des membres du groupe qui a préparé le document initial de recommandations de l’année 2003 [9-11] représentant la SFTA la SFBC, et la STC. Sept de ses membres (identifiables par un a dans la liste des auteurs) ont obtenu la collaboration de collègues de la SRLF, de la SFMU, du GATOX et du CNBH. Le but étant d’obtenir les points de vue de praticiens experts en toxicologie, intervenant dans diverses spécialités médicales, de biologistes hospitaliers et d’enseignants de la discipline « toxicologie ». L’expérience pratique de ces professionnels devait contribuer à définir des lignes de recommandations convaincantes et réalistes applicables sur le terrain afin d’assurer une prise en charge des patients de qualité optimale en tout point du territoire.

Le groupe de travail a ainsi déterminé la liste des documents utiles qu’il se proposait de formaliser : liste des toxiques à rechercher et/ou à doser, recommandations générales pour la prescription des examens de toxicologie et liste des antidotes utiles. Ces différents documents ont été discutés au cours d’échanges multiples. Ils sont présentés dans cet article.

Par rapport à la version de 2003 [9-11], la liste des examens de toxicologie a été profondément remaniée. L’un des apports majeurs est la hiérarchisation des délais de réponse en fonction de l’impact des résultats de ces examens sur la décision clinique. Trois niveaux ont pu ainsi être définis.

Le niveau 1 correspond à un délai court qui, dans l’idéal doit être compris entre 30 et 60 min avec l’objectif d’être au plus près possible des 30 min et si possible inférieur. Ces examens peuvent aider les cliniciens à décider immédiatement des traitements pertinents utiles à la prise en charge du patient victime d’intoxication grave.

Le niveau 2 correspond à un délai compris entre 4 h et 24 h. Il s’applique à des examens de toxicologie moins fréquents (carbamates, éthylène glycol ou demandant une technologie plus complexe (CL/SM ou CG/SM). L’obtention des résultats permet d’adapter la prise en charge et/ou de redresser le diagnostic initial.

Enfin, le niveau 3 correspond à un délai d’un ou plusieurs jours qui peut s’appliquer à des examens toxicologiques à but scientifique (diagnostic définitif) ou demandés dans un cadre médicolégal.

Les principales sources bibliographiques nouvelles depuis la parution de l’article de 2003 [9-11] sont peu nombreuses [12-15].

La liste des antidotes est mise à jour par la SRLF et la STC d’après les recommandations des pratiques en vigueur [16].

Il est apparu au cours des échanges, la nécessité d’améliorer la communication envers les cliniciens sur le potentiel des nouvelles méthodes de criblage toxicologique. Dans ce but un paragraphe y est consacré dans le chapitre résultats.

Résultats

Le tableau 1 décrit 55 examens de toxicologie rencontrés dans les intoxications aiguës. Il présente 9 entrées différentes : toxique incriminé, principaux symptômes [16], méthode d’identification, marqueurs biologiques utiles, type de prélèvement, remarques, pertinences de l’analyse pour la prise en charge du patient, suivi toxicocinétique et le délai de réponse.

Tableau 1 Examens toxicologiques (55) dans les intoxications aiguës.

No Toxique incriminé Principaux symptômes Méthode d’identification
et/ou dosage
Marqueurs biologiques utiles Type de prélèvement Remarques Pertinence de l’analyse pour la prise en charge du patient Suivi toxico-cinétique Délai de réalisation
1 Acide valproïque Dépression SNC
Convulsions, acidose lactique, hépatotoxicité, syndrome de Reye
Dosage par IA 1. TP, INR
2. Enzymes hépatiques
3. Ammoniémie
4. pH, lactates
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Valpromide et divalproate de sodium : prodrogues
attention aux formes retard
Oui (pas de toxicité métabolique grave pour des concentrations < 850 mg/L) Oui 1
2 Aluminium Encéphalopathie des dialysés Spectrophotométrie d’absorption atomique Oui Oui 2
3 Anticoagulants
AVK raticide
Hémorragies Recherche par CLHP 1. TP, INR
2. facteurs II, VII, IX, X.
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube citrate sans gel Baisse des facteurs en 24 h, maximum entre 48 à 72 h. Retour aux valeurs de base à 1 semaine.
Superwarfarines et chlorophacinone, dépression des facteurs sur plusieurs mois.
Kaskadil (PPSB) si syndrome hémorragique grave
Non sauf exception Inutile 2
4 Antidépresseurs tricycliques Encéphalopathie anticholinergique, convulsions, cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane, hypotension artérielle, choc Recherche par IA
Confirmation et dosage par CLHP
Kaliémie Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Mauvaise valeur prédictive des risques cardiovasculaires Non sauf exception (si souhait de comprendre une interaction médicamenteuse ou une vulnérabilité) + penser à doser les métabolites actifs Inutile 1 si recherche
2 si dosage ou criblage
5 Antidépresseurs non tricycliques et non IRSS Encéphalopathie anticholinergique, convulsions, cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane (pour certains) Recherche et dosage par CLHP Kaliémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Non mis en évidence par la recherche d’antidépresseurs tricycliques en IA Non sauf exception Inutile 2
6 Antipsychotiques classiques (butyrophenones, phénothiazines, thioxanthènes) Antipsychotiques atypiques (aripiprazole, clozapine, olanzapine...) Dépression SNC, convulsions, syndrome antiparkinsonien ou anticholinergique (pour certains), cardiotoxicité à fortes doses (pour certains) Recherche et dosage par CLHP Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Phénothiazines positivent faussement le dépistage d’antidépresseurs tricycliques Non sauf exception Inutile 2
7 Antirouilles HF (acide fluoridrique)
Acide oxalique
Convulsions
Troubles rythme/conduction
Troubles digestifs
Lésions cutanées ou digestives caustiques
Recherche par CLHP Ca, Mg, pH, K Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné Calcémie pour le suivi du traitement
Dosage de F pour évaluer la gravité
F > 1 mg/L intoxication symptomatique
F > 2,5 mg/L intoxication grave
F > 8 mg/L risque de décès
Non sauf exception Inutile 2
Barbituriques voir Phénobarbital et Thiopental
8 Benzodiazépines Dépression SNC
Dépression respiratoire (obstruction des voies aériennes supérieures)
Recherche par IA
Confirmation et dosage par CLHP
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Risque de faux négatif pour benzodiazépines de structure éloignée de l’anticorps antibenzodiazépine et pour zopiclone zolpidem Non sauf exception ; intérêt du test pharmacodynamique par flumazénil, à discuter dans certaines circonstances (réponse non spécifique, contre-indications) Inutile 1 si recherche
2 si dosage ou criblage
9 Bêtabloquants Bradycardie
Dépression SNC
Hypotension artérielle, choc
Dépression respiratoire
Recherche et dosage par CLHP Attention les lactates sont moins élevés qu’avec d’autres cardiotoxiques Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Faible valeur prédictive du risque cardiovasculaire ; métabolites actifs non dosés en routine Non sauf exception. Sur le terrain on constate cependant une demande fréquente et pressante de dosage Inutile 2 ou 3
si dosage
10 Bromures et médicaments contenant du brome Dépression SNC
Troubles psychyatriques
Pseudo-hyperchlorémie
Trou chloré
Détection précoce des intoxications par bromure et carbromal Non sauf exception Inutile 2
11 Carbamazépine Dépression SNC
Convulsions
Troubles de conduction, effet stabilisant de membrane
Dosage par IA Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Positive faussement le test de dépistage des antidépresseurs tricycliques Oui Inutile (sauf si formes LP pour connaître le pic ou insuffisance rénale) 1
12 Champignons : syndromes phalloïdiens, anatoxine Troubles digestifs
Syndrome cholériforme
Hépatite aiguë
Encéphalopathie
Dosage par IA (alpha-amanitine) 1. TP, INR
2. LDH
3. ALAT
4. Iono glycémie lactates
Hypoglycémie
Pic ALAT entre 50e et 72e h
TP minimum au 5e j
CIVD
Oui notamment pour le diagnostic différentiel avec hépatite mais aussi pour le diagnostic positif dès H +3 et avant l’atteinte hépatique phalloïdienne Inutile 2
13 Chloralose Dépression SNC
Myoclonies, convulsions
Etat de mort apparente
Recherche réaction de Fujiwara
Confirmation et dosage par CPG
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Réaction non spécifique pour la recherche
Dosage indispensable si pour diagnostic de mort
cérébrale
Recherche non
Dosage non sauf exception
Inutile 2 pour recherche
3 pour dosage
14 Chloroquine
Hydroxy-chloroquine
Hypotension artérielle
Trouble rythme/conduction
Elargissement complexe QRS
Arrêt circulatoire
Dosage par CLHP Kaliémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel : préférer dosage sur sang total à plasma Indice de gravité utile au début (t1/2 : 2-6 j)
risque décès faible si < 10 mg/L,
élevé si > 10 mg/L
majeur si > 20 mg/L
Risque corrélé à l’hypokaliémie
K < 2 mmol/L en faveur du diagnostic de l’intoxication
Oui (valeur pronostique) Inutile (sauf intoxication massive) 2
15 CO Céphalées
Troubles digestifs
Perte de connaissance
Dépression SNC
Hypoxie anoxie
Insuffisance coronarienne
Spectrophotométrie % carboxyhémoglobine (HbCO) Sang artériel ou veineux
ou capillaire sur seringue ou tube hépariné le plus tôt possible dès la prise en charge
Résultats à interpréter en fonction du tabagisme, du délai depuis la fin de l’exposition et de la quantité d’oxygène reçue.
Si intoxication certaine : oxygénothérapie immédiate
Oui, HbCO > 20 % généralement toujours symptomatique Inutile 1
16 Colchicine Troubles digestifs
Syndrome cholériforme
Hypotension artérielle, choc, cardiotoxicité
Insuffisance médullaire
Alopécie
Dosage CLHP 1. TP, INR, plaquettes, NFS
2. pH, bicarbonates
3. ALAT ASAT 4. BNP, troponine
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel TP < 20 % ou leucocytose > 18 000
au cours des 48 h sont des signes de gravité
Non sauf exception Inutile 3
17 Cyanures Dépression SNC
Dépression respiratoire, polypnée ou bradypnée, hypoxie/anoxie
Hypotension artérielle
Arrêt circulatoire
Dosage colorimétrique ou CLHP ou CPG 1. Lactates
2. Gaz du sang
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel (veineux, artériel ou capillaire) Intoxication avérée si lactate > 10 mmol/L (fumées d’incendie) ou 8 mmol/L (CN pur)
correspondant à CN > 1 mg/L
CN > 2,7 mg/L, risque de décès.
Importance du prélèvement précoce.
Suivi de l’évolution par le dosage du lactate.
Dosage de la cyanocobalaminurie
Non sauf exception Inutile 3
18 Dextropropoxyphène
(commercialisation arrêtée en 2011)
Dépression SNC, convulsion, syndrome opioïde, cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane Recherche par IA Kaliémie Urine prélevée sur tube sec sans conservateur Non mis en évidence par la recherche opiacés en IA Non sauf exception Inutile 2
19 Digoxine Troubles digestifs
Troubles rythme/conduction
confusion (chez le sujet âgé)
Dosage par IA Kaliémie, créatinine Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel K > 4,5 mmol/L, âge > 55 ans, sexe masculin, ATD cardiovasculaires
Trouble de conduction a-v sont des facteurs aggravants
Après injection de Fab, risque d’interférences
Inutile après l’administration d’anticorps Fab antidigoxine car nécessité de mesurer la fraction libre
Oui pour le diagnostic de surdosage et pour le calcul des doses d’antidote ; mais pas de valeur prédictive du risque cardiaque Inutile (sauf intoxication massive ou après neutralisation en présence d’une insuffisance rénale anurique) 1
20 Éthanol Ébriété
dépression SNC
Hypotension artérielle
Hypothermie
Dosage par enzymologie ou par CPG Glycémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Indispensable si diagnostic de mort cérébrale Si ivresse pathologique ou compliquée Inutile 1
21 Éthylène glycol Ébriété (modérée) polypnée
dépression SNC
Convulsion
Insuffisance rénale aiguë
Dosage par enzymologie ou CPG 1. pH, bicarbonates, calcium
2. Trou anionique, lactates
Trou osmolaire
3. Créatinine
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Acidose métabolique avec trou anionique
Dosage ac glycolique et ac oxalique par enzymologie
Rechercher le métabolite (acide glycolique) ou cristaux d’oxalate de calcium urinaire en cas de prélèvement tardif
Oui A discuter (pour indiquer la réadministration de l’antidote ou confirmer l’épuration complète en cas d’EER) 2
22 Fer Troubles digestifs
Lésions digestives caustiques
Hypotension artérielle
Insuffisance rénale aiguë
Dosage colorimétrique Glycémie
Leucocytose, pH, lactate, urée, créatinine, TP, ASAT-ALAT
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Oui (mais faible valeur pronostique ; préférer la dose ingérée) Inutile 1
23 Héparine et dérivés Hémorragies Héparinémie 1. TCA
2. NFP
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube citraté Oui Oui 1
24 Hypoglycémiants
Biguanides (metformine)
Malaise, Perte de connaissance, troubles digestifs
Hypotensioin, choc, défaillance multiviscérale
Insuffisance rénale aiguë
Recherche et dosage par CLHP 1. pH - bicarbonates, trou anionique - Lactates
2. TP, INR, créatininémie
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Acidose lactique généralement importante chez un diabétique non insulinodépendant à la suite d’une pathologie intercurrente (sepsis) ou d’une déshydratation, prise d’un AINS, injection d’iode… Oui pour la metformine + guide durée EER Inutile 2
25 Hypoglycémiants
Sulfamides hypoglycémiants
Glinides
Hypoglycémie, dépression SNC
Perte de connaissance
Convulsion
Recherche et dosage par CLHP Glycémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Non sauf exception Inutile 3
26 Inhibiteurs calciques hypotension artérielle, choc
Trouble rythme/conduction
Arrêt circulatoire
Dosage CLHP, CPG Glycémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Valeur pronostique pour la vérapamilémie ; métabolites actifs (norvérapamil) Oui Inutile 2
27 Insuline Hypoglycémie dépression SNC
Perte de connaissance
Convulsions
Dosage par IA Insuline
Glycémie
Kaliémie
Peptide C
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Diagnostic différentiel entre insulinome et hypoglycémie factice par administration exogène d’insuline par le dosage simultané d’insuline et peptide C Non sauf exception Inutile 3
28 IRSS (Venlafaxine) Somnolence, convulsions, myoclonies, syndrome sérotoninergique
tachycardie, hypotension
hyponatrémie
Recherche et dosage par CLHP Natrémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Attention aux formes LP de venlafaxine avec toxicité décalée par rapport à l’admission (dosage alors intéressant pour déterminer le pic) Non sauf exception Inutile sauf exception (ingestion massive de venlafaxine LP) 2
29 Isopropanol Ébriété
Dépression SNC
Dosage par CPG Osmolarité
Cétonurie (bandelette)
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Non sauf exception Inutile 2
30 Lithium Dépression SNC
Tremblements, myoclonies
Dosage par spectrométrie de flamme ou colorimétrie ou potentiométrie Créatininémie, natrémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube héparinate de sodium sans gel Attention
Ne pas prélever sur héparinate de lithium
Attention aux formes retard, lithium intra-érythrocytaire d’intérêt discutable
Mauvaise corrélation entre la lithémie et la gravité clinique
Oui À discuter (ingestion massive, insuffisance rénale aiguë, EER…) 1
31 Méprobamate
(arrêt de commercialisation de mépronizine et équanil comprimés au 10/01/2012 (Afssaps))
Dépression SNC
Hypotension artérielle, choc
État de mort apparente
Dosage par CPG ou colorimétrie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Dosage indispensable
si diagnostic de mort cérébrale
Non sauf exception
Oui en réanimation
À discuter (si formes massives, absorption digestive prolongée) 2
32 Mercure Syndrome dysentérique
Insuffisance rénale
Dépression SNC
Spectrophotométrie d’absorption atomique Mercure sur sang total
Mercure urinaire
Non sauf exception À discuter 2
33 Méthanol Ébriété, polypnée, dépression SNC, troubles visuels, convulsions Dosage par enzymologie ou par CPG 1. pH, bicarbonates,
2. Trou anionique, Lactates
Trou osmolaire
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Rechercher le métabolite (acide formique) en cas de prélèvement tardif Oui À discuter 2
34 Methémo-globinisants Cyanose, Troubles respiratoires
Hypoxie/anoxie
Dosage spectrophotométrique de methémoglobine Methhémoglobine en % d’Hb totale, en cas de risque d’hémolyse intravasculaire (selon les toxiques) : haptoglobine, LDH, ASAT, biliubine Sang prélevé le plus précocement possible sur tube ou seringue hépariné sans gel Oui pour le dosage de methémoglobine
Non sauf exception pour les methémoglobinisants
À discuter 1
35 Méthotrexate Troubles digestifs,
Insuffisance médullaire
Dosage IA, EMIT, HPLC NFS, plaquettes Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Oui À discuter 2
36 Opioïdes de synthèse fentanyl, tramadol, Dépression SNC, syndrome opioïde, convulsions Recherche et dosage par CLHP ou CPG Urine prélevée sur tube sec sans conservateur Non mis en évidence par la recherche opiacés en IA Non sauf exception Inutile 2
37 Organophosphorés pesticides et neurotoxiques Syndrome muscarinique, Dépression SNC
Syndrome nicotinique
Dosage par CLHP Cholinestérases
sériques
et érythrocytaires
Phosphore plasmatique
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Différencier pesticides
organophosphorés et pesticides carbamates
Non sauf exception Inutile 2 (Choline-estérase)
3 (Organo-phosphorés)
38 Paracétamol Troubles digestifs
Hépatite cytolytique aiguë, insuffisance hépatique
Dosage par IA 1. TP, INR
2. ASAT -ALAT, Iono, pH, lactate
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Dosage au moins 4 heures après l’ingestion
Nomogramme de Rumack ou calcul de la demi-vie.
Oui Inutile (sauf ingestions massives, ralentisseurs du transit, terrain particulier) 1
39 Paraquat (retiré du commerce) Troubles digestifs
Hypotension artérielle
Œdème pulmonaire
Hypoxie/anoxie
Défaillance multivicérale
Recherche par le test au dithionite dans le liquide gastrique, les selles ou les urines
Dosage par CLHP
Urée, créatinine, ASAT, ALAT, TP, INR Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Courbes pronostiques de Proudfoot (sang > 2 mg/L à H+4) et Scherrmann (urines > 0,5 mg/L) =
risque de décès
Oui À discuter 2
40 Phénobarbital Dépression SNC
Dépression respiratoire
Hypothermie
Dosage par IA Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Dosage indispensable si diagnostic de mort cérébrale Oui Oui 1
41 Phénytoïne Dépression SNC
Convulsion Cardiotoxicité
Dosage par IA Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Non sauf exception Inutile 2
42 Plomb Syndrome dysentérique
Encéphalopathie
Dosage par spectrophotométrie d’absorption Acide delta-aminolévulinique (u)
Protoporphyrine zinc (sang)
Oui car c’est sur la plombémie que se décide la chélation Inutile 2
43 Salicylés Troubles digestifs
Dyspnée/polypnée
Bourdonnements d’oreille
Dépression SNC, convulsions
Déshydratation, insuffisance rénale aiguë
Dosage colorimétique, ou par IA, HPLC Gaz du sang Kaliémie, Glycémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel nomogramme de Done (chez l’enfant) Oui (valeur pronostique, indication d’EER) À discuter 1
44 Solvants chlorés Dépression SNC
Troubles rythme/conduction
Hypotension artérielle
Recherche réaction de Fujiwara
Dosage par CPG
Urine Réaction non spécifique Mise en évidence des métabolites dans les urines Non sauf exception Inutile 2
45 Théophylline Syndrome adrénergique
Convulsions
Trouble du rythme
Dosage par IA Kaliémie Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Bonne valeur pronostique Oui Inutile 1
46 Thiopental Dépression SNC
Dépression respiratoire
Hypothermie
Etat de mort apparente
Dosage par CLHP ou CPG Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Dosage indispensable
si diagnostic de mort cérébrale
Oui Oui 2
47 Zolpidem, Zopiclone Dépression SNC, Dépression respiratoire (obstruction des voies aériennes supérieures) Recherche et dosage par CLHP Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel Non mis en évidence par la recherche de benzodiazépines en IA Non sauf exception Inutile 2
Stupéfiants :
48 Amphétamine, métamphétamine
ecstasy (MDMA, MDA)
Mydriase, Troubles cardiaques, Dépression SNC, Agitation, convulsions, Hyperthermie, Déshydratation Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Natrémie Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Risque de faux positif avec les anorexigènes, l’éphédrine
Nouvelles amphétamines non détectées
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 1
49 Cannabis Euphorie/angoisse/confusion
Hypotension orthostatique
Hyperhémie conjonctivale
Recherche par IA (u)
Dosage par CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Risque de faux positif avec AINS Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 1
50 Cocaïne Mydriase, Troubles cardiaques, Dépression SNC, Agitation, convulsions Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Nombreux métabolites actifs : cocaéthylène si co-consommation d’éthanol Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 1
51 Opiacés morphine, codéine, codéthyline, pholcodine, 6 mono-acétyl morphine (héroïne), dihydrocodéine Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression respiratoire Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Opioïdes de synthèse non reconnus buprenorphine dextropropoxyphène, fentanyl, méthadone, tramadol… Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 1
52 Buprénorphine Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression respiratoire Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Non mis en évidence par la recherche opiacés en IA, métabolite (norbuprénorphine) toxique Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 2
53 Méthadone Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression respiratoire Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Non mis en évidence par la recherche opiacés en IA Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 2
54 LSD Confusion, délire Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s)
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans gel
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage)
Inutile 3
55 GHB (GBL : précurseur) Coma, dépression respiratoire Recherche et dosage par CPG Sang prélevé le plus précocement possible sur tube EDTA La GBL n’est jamais retrouvée car trop rapidement métabolisée in corpore en GHB Non sauf exception (coma inexpliqué, soumission chimique) Inutile 3

Délai de réalisation : 1 = urgence, disponible en moins d’1 heure 24 h/24 ; 2 = disponible dans les 24 h ; 3 = selon les disponibilités du laboratoire : intérêt scientifique ou cadre médicolégal.

IA : immuno-analyse ; CLHP : chromatographie liquide haute performance ; CPG : chromatographie en phase gazeuse, (u) = urines, (s) = sang.

Les principes fondamentaux de la prescription et de l’interprétation des résultats de toxicologie sont présentés dans l’encadré 1. Ils ont obtenu le consensus du groupe de travail. En effet, il nous a semblé important de reformuler un certain nombre de principes pour la prescription et l’interprétation des examens de toxicologie. Nous nous sommes volontairement limités à l’essentiel pour la pratique courante.

Encadré 1 Principes généraux de prescription et d’interprétation des examens toxicologiques

1- L’approche clinique incluant l’anamnèse, l’examen clinique (recherche de toxidromes), l’électrocardiogramme et une biologie de base minimale sont indispensables et le plus souvent suffisants dans la démarche de mise en cause d’un toxique. Par conséquent, l’analyse biologique prévaut sur l’analyse toxicologique car elle permet d’évaluer rapidement la sévérité de l’intoxication [12, 13].

2- Le diagnostic d’intoxication ne peut être retenu que si toute cause non toxique a été formellement éliminée.

3- Les examens toxicologiques ont évolué. Après l’approche immunologique utilisant la reconnaissance par un anticorps d’une molécule ciblée ou d’une classe de molécules [18, 19], il est de plus en plus possible d’utiliser l’approche séparative de la chromatographie gazeuse ou liquide, cette dernière associée à une détection par spectrométrie de masse ou d’absorption UV permet de séparer, d’identifier et de quantifier un large éventail de molécules (criblage toxicologique).

4- Le criblage toxicologique doit être mis en œuvre pour les patients dont l’évolution clinique et les examens complémentaires sont incompatibles avec l’anamnèse et le toxidrome initial, notamment en cas de défaillance cardio-circulatoire ou de coma inexpliqués, ce d’autant plus s’il existe des convulsions.

5- Le dialogue est indispensable entre le clinicien et le biologiste, notamment pour établir une liste d’examens toxicologiques à effectuer en urgence, dans des délais compatibles avec les guides de pratiques cliniques ; de même, il est souhaitable, lors de la demande d’examen de toxicologie que le médecin communique avec le biologiste sur la situation clinique du patient, les produits suspects ingérés, le traitement habituel du patient et celui mis en place dans sa prise en charge actuelle [20].

6- Toute demande doit être sélective, motivée et accompagnée de données cliniques pertinentes. Le choix peut être orienté par les toxidromes et les éventuelles perturbations biologiques. Les dosages ciblés de toxiques ont pour objet de :

  • -. confirmer une intoxication suspectée (ex : paracétamol, digoxine…) ;
  • -. exclure une hypothèse toxique : diagnostic différentiel (ex : surdosage par un antiépileptique en cas de coma…) ;
  • -. évaluer la gravité, déterminer le pronostic et guider le traitement dans le cas d’une intoxication avérée (ex : paracétamol, acide valproïque, flécaïne, vérapamil, paraquat…) ;
  • -. surveiller et réévaluer le traitement (ex : acide valproïque, lithium…).


7- Les prélèvements d’échantillons à visée conservatoire (sang et urines) doivent être systématiques dès la prise en charge du patient victime d’une intoxication (Biothèque). Leur analyse ne sera pas systématique mais dépendra du contexte et de l’évolution clinique. Dans tous les cas, il est recommandé de conserver les échantillons au moins une semaine. Les analyses réalisées dans un but médical et scientifique pour compléter le dossier du patient ne doivent pas être réalisées en urgence.

8- L’interprétation des résultats des analyses toxicologiques doit rester prudente [21]. La positivité d’un dépistage confirme l’exposition au médicament mais pas l’intoxication et n’exclut pas la prise d’un autre toxique non recherché. La négativité, quant à elle, n’exclut pas l’intoxication [22].

9- Pour l’interprétation correcte d’un résultat qualitatif ou quantitatif d’examen toxicologique, il est important de connaître les limites de la méthode utilisée (sensibilité/spécificité), la pharmacocinétique du toxique et ses effets en fonction de l’âge (pédiatrie, gérontologie) ou de certains terrains particuliers [22] ainsi que les autres molécules associées.

Le recours à une méthode de référence par chromatographie couplée à une détection spectrométrique de masse doit être mis en œuvre chaque fois que nécessaire à l’initiative du biologiste et après concertation du clinicien (recherche du bénéfice pour le patient).

10- Les professionnels doivent rester à l’écoute de l’évolution des comportements des patients, de la disponibilité des produits dangereux et des progrès analytiques en toxicologique.

En ce qui concerne les recommandations des pratiques pré-analytiques, la totalité des points sont sans changement par rapport à l’article de 2003 et nous renvoyons le lecteur à cet article [1-3].

La liste des antidotes est formalisée dans le tableau 2. Les xénobiotiques y sont classés dans l’ordre alphabétique.

Tableau 2 Principaux traitements et antidotes

Toxiques ou médicaments Traitements ou antidotes
Principe actif/DCI Nom commercial
Acide acétylsalicylique, phénobarbital Bicarbonate de sodium (diurèse alcaline) Bicarbonate de sodium en soluté injectable isotonique
Acide fluorhydrique, fluorure d’ammonium, fluorures, acide oxalique (ex : antirouille, produits décapants…)
Inhibiteurs calciques
Calcium Chlorure ou gluconate de calcium (ampoules injectables)
Acide valproïque L-carnitine Lévocarnil®
Amanite phalloïde Silibinine Légalon SIL® (ATU)
(Silylmarine = silybine + silydianine + silychristine)
Arsenic, sels d’or, mercure, métaux lourds (plomb…) Dimercaprol BAL®
Atropine, belladone, datura, scopolamine Physostigmine Anticholium®
AVK et raticides de type AVK Phytomenadione
et/ou PPSB
Vitamine K1
et/ou Kaskadil®
Benzodiazépines Flumazénil (attention aux contre-indications) Anexate®
Bêta-adrénergiques (ex : théophylline, thyroxine, trichloréthyléne...)
avec signes d’hyperadrénergie
Propanolol Avlocardyl®
Bêtabloquants Dobutamine, adrénaline
Isoprénaline (antidote spécifique à préférer pour le sotatol en raison de l’allongement du QT et du risque de torsade de pointe ; mais risque de vasoplégie)
Glucagon
Dobutex®
Isuprel®
Glucagen®
Bloqueurs des canaux sodiques ou toxiques avec effet stabilisant de membrane (ex : antidépresseurs tricycliques, chloroquine, dextropropoxyphène…) Bicarbonate de sodium Bicarbonate de sodium en soluté injectable molaire
Bromures, lithium Chlorure de sodium Solutés ou ampoules injectables de chlorure de sodium
Chloroquine, toxiques convulsivants Diazépam Valium®
ou diazépam générique (Renaudin)
Cuivre (± nombreux métaux lourds : Pb, Fe, Hg, Zn, As) D-pénicillamine Trovolol®
Cyanures Hydroxocobalamine,
EDTA dicobaltique (plus toxique que l’hydroxocobalamine)
Cyanokit®
Kelocyanor®
Digitaliques (digoxine, laurier-rose, digitale pourpre) Fragments Fab d’ac. anti-digitaliques Digifab® 40 mg
Digibind®
Fer, aluminium Desféroxamine Desféral®
Héparine et dérivés Sulfate de protamine Protamine Choay®
Insuline, sulfamides hypoglycémiants Glucose
Glucagon
Solutés injectables de glucose
Isoniazide (INH), gyromitre (champignon) Pyridoxime (chlorhydrate) Bécilan®, Vitamine B6, Pyridoxime…
Lidocaïne et autres anesthésiques locaux de type amide ou lipophiles
A tester pour certains cardiotoxiques (bupropion, vérapamil, imipramine…)
Emulsion lipidique Intralipide®
Médialipide®.....
Mercure, plomb, arsenic DMSA : acide 2,3-dimercaptosuccinique/Succimer Succicaptal®
Méthanol, éthylène glycol (...glycols) 4-méthylpyrazole
ou éthanol
Fomépizole AP-HP®
Methémoglobinisants Chlorure de méthylthioninium (bleu de méthylène) Méthylthioninium chlorure Proveblue® (ampoules injectables)
Méthotréxate et antifoliques Acide folinique
Glucarpidase
Folinate de calcium®
Voraxaze® (ATU)
Monoxyde de carbone (CO), cyanures Oxygénothérapie normo ou hyperbare selon la sévérité ou le terrain Oxygène médical
Opioïdes Naloxone Narcan®
Nalone®
Organophosphorés et autres anticholinestérasiques : carbamates Atropine
Pralidoxime (si aldicarbe seulement)
Sulfate d’atropine
Contrathion®
Paracétamol (nomogramme de Rumack), sels d’argent et de mercure N-acétyl cystéine Fluimucil® ou Acétylcysteine générique
Plomb, sels de plomb, cadmium, cobalt EDTA/Calcitétracémate disodique Calcium édétate de sodium® SERB
Sulfamides hypoglycémiants Glucose
Octréotide
Sandostatine® ou octréotide générique
Syndrome malin des neuroleptiques Dantrolène Dantrium®
Thallium, césium Ferricyanure ferrique/hexacyanoferrate ferrique
(bleu de Prusse)
Radiogardase®
Toxines botuliques
(botulisme : Clostridium botulinum)
Immunsérums anti toxines botuliques équines de types A, B et E Botulism antitoxin Behring® (ATU)
Solution pour perfusion
Venin de vipères Immunoglobulines anti-venin de vipères Viperfav®

DCI = dénomination commune internationale.

La définition suivante du criblage toxicologique est proposée. Le terme criblage toxicologique recouvre une approche analytique récente très puissante (figure 1). Elle associe un chromatographe, un détecteur et un système informatique de traitement des données. Le chromatographe a pour fonction de séparer et de purifier les constituants présents dans un échantillon biologique. Cette séparation est basée sur des interactions physico-chimiques entre les composés de l’échantillon, la colonne chromatographique (phase stationnaire) et un fluide (gazeux ou liquide selon le type de chromatographie). Ce fluide en traversant la colonne entraîne les composés de l’échantillon. L’arrivée des composés dans le système de détection génère un signal complexe. Ce signal constitue la base de l’identification des molécules (spectres).

Le criblage toxicologique fait essentiellement appel à la chromatographie gazeuse (CG) ou à la chromatographie liquide (CL). Dans le cas de la CG, où le fluide est gazeux, les xénobiotiques à analyser doivent pouvoir être volatilisés facilement ou éventuellement avec l’aide d’une réaction de dérivation préalable. Dans le cadre du criblage toxicologique, la seule détection des composés en sortie de colonne n’est pas suffisante pour leur identification. C’est pourquoi, on associe soit un détecteur de type spectromètre de masse à la CG et la CL (CG/SM, CL/SM) soit un détecteur ultra-violet, (souvent à barrettes de diodes), pour la CL (CL/BD). L’étape suivante est représentée par la comparaison, à l’aide de logiciels dédiés, des spectres des composés détectés dans l’échantillon aux spectres enregistrés dans une bibliothèque de référence. Cette bibliothèque est constituée, selon les systèmes, d’environ 400 à 600 spectres de médicaments, de certains métabolites médicamenteux et de divers autres toxiques. Ainsi, lors d’un seul cycle opératoire, un tel système analytique a la capacité de détecter des stupéfiants ou des médicaments présents dans l’échantillon biologique parmi plusieurs dizaines de classes médicamenteuses (antidépresseurs tricycliques, antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, benzodiazépines, phénothiazines, antalgiques, anesthésiques locaux, hypoglycémiants, antiépileptiques, stupéfiants, antihistaminiques, bêtabloquants, etc.).

Plus récemment, la technologie de la spectrométrie de masse en tandem (CG/SM/SM ou CL/SM/SM) a permis des progrès considérables en toxicologie analytique. Il est aujourd’hui possible d’atteindre une très grande spécificité et une sensibilité inégalée avec ces appareils apparus il y a environ 10 ans. Ils sont devenus relativement simples d’utilisation et permettent d’obtenir des résultats rapidement. Très schématiquement le principe est le suivant. Deux spectromètres de masse (SM) sont couplés entre eux d’où le nom de spectrométrie de masse en tandem (SM/SM). Le premier spectromètre de masse sépare les ions issus de l’ionisation des molécules d’intérêt, le second les analyse. Le temps nécessaire à la réalisation d’un criblage toxicologique peut être estimé actuellement à environ deux heures en prenant en compte la totalité de l’analyse : la phase pré-analytique (centrifugation des prélèvements, phase d’extraction), l’analyse chromatographique proprement dite, et la phase d’interprétation biologique. L’implication du biologiste dans cette phase analytique est double : s’assurer de la qualité de l’analyse et procéder à l’interprétation critique des résultats obtenus à l’aide des logiciels de traitements des données. L’ensemble du processus est illustré sur la figure 1.

Les méthodes de criblage toxicologique peuvent aller au-delà de l’identification de molécules médicamenteuses ou des toxiques présents dans l’échantillon. En effet, elles peuvent également permettre une estimation des concentrations voire une quantification précise des composés. Ces niveaux d’exigence croissants en termes de réponses sont à définir au sein de chacun des laboratoires de toxicologie en fonction d’une quantification du composé, des attentes des cliniciens, et des capacités des laboratoires (temps techniciens, encadrement biologique…). La liste présentée dans le tableau 1 a été proposée dans ce but.

Le criblage toxicologique n’est disponible actuellement que dans un nombre limité de laboratoires en France en raison des coûts d’investissement et des qualifications nécessaires à la fois pour les techniciens et les biologistes. Toutefois les laboratoires de centres hospitaliers universitaires et quelques laboratoires régionaux disposent des équipements nécessaires. Ces structures sont souvent en mesure de répondre aux besoins des hôpitaux périphériques de plus petite taille. Des conventions et des procédures sont utiles afin de formaliser des coopérations en vue d’obtenir une disponibilité optimale pour la réalisation de ces examens spécialisés.

Discussion

Un rapport d’experts fait à la demande de l’Afssaps a permis de donner une définition des critères de gravité d’une intoxication médicamenteuse [17]. Dans le cadre de cette définition, le groupe a proposé l’ajout de cinq molécules ou familles pharmacologiques dans la liste des toxiques présentant un potentiel de gravité : dextropropoxyphène (bien que sa commercialisation soit arrêtée en 2011), inhibiteurs calciques, inhibiteur de recapture spécifique de la sérotonine (IRSS), opioïdes de synthèse et zolpidem, zopiclone en raison de la fréquence relative des situations d’intoxications graves rencontrées. D’autre part, quelques marqueurs biologiques utiles ont été rajoutés :

  • –. kaliémie pour les intoxications aux antidépresseurs tricycliques,
  • –. glycémie pour celles aux inhibiteurs calciques,
  • –. créatinine pour celles aux digitaliques,
  • –. taux de prothrombine et transaminases pour celles aux sels de fer,
  • –. insuline dans ses mésusages,
  • –. cétonurie pour l’intoxication par l’isopropanol,
  • –. créatininémie et natrémie pour les intoxications par le lithium,
  • –. bilan d’hémolyse intravasculaire en cas d’intoxication par certains methémoglobinisants,
  • –. phosphorémie pour les intoxications par pesticides organophosphorés,
  • –. kaliémie et glycémie pour l’intoxication aux salicylés,
  • –. natrémie pour celles provoquées par les amphétamines.


Un des éléments les plus innovants dégagé dans ce travail porte sur l’accord de dix-neuf molécules ou examens marqueurs de toxicité qui ont été retenus pour le niveau de délai de réalisation le plus court (délai 1). A priori, la majorité, voire la totalité des laboratoires hospitaliers doivent être en mesure de répondre à cette recommandation. Pour les examens plus spécialisés ou plus rares, correspondant au délai de réponse compris entre quatre et vingt-quatre heures, la plupart des laboratoires de toxicologie des centres hospitaliers universitaires et les laboratoires de grands hôpitaux régionaux devraient être en capacité de l’appliquer. Bien évidemment, plus le délai de réponse sera court, meilleur sera le service rendu au patient.

Concernant l’indication du criblage toxicologique les cliniciens se sont montrés réservés sur l’utilisation systématique de ce type d’examens et proposent une réponse selon les situations cliniques (voir l’encadré 1, point 4 des recommandations). Les échanges au niveau du groupe de travail ont montré la diversité des pratiques professionnelles qui sont exercées dans les centres hospitaliers. D’une manière plus générale, il existe un écart important entre le potentiel analytique des techniques de criblage actuelles et leur utilisation par les toxicologues cliniciens. La raison en est certainement un déficit d’information et/ou de communication de la part des toxicologues analystes. Par conséquent, il a été convenu qu’un protocole d’étude prospective sera formalisé afin de répondre à deux questions : 1) quel est le bénéfice pour le patient de la mise en œuvre plus systématique des techniques de criblage dans les intoxications graves ? 2) quelles sont en priorité les familles pharmacologiques qui nécessitent un criblage quantitatif utile aux patients ? Une hiérarchisation des priorités pourrait fort utilement se dégager à la suite des résultats du protocole qui seront obtenus.

En ce qui concerne les conditions pré-analytiques à respecter pour les examens, que ce soit en toxicologie médicale ou médico-légale, il n’y a aucun changement par rapport aux recommandations de 2003 [9-11]. Il nous semble cependant que ces recommandations ont besoin, dans le cadre de l’accréditation, de s’appuyer plus systématiquement sur des études formelles.

Conclusion

Des praticiens de terrain connaissant bien la toxicologie : biologistes d’horizons variés, médecins urgentistes, réanimateurs et médecins des centres antipoison ont mis en commun leur expérience pratique pour la réactualisation des examens de toxicologie utiles pour la prise en charge d’une intoxication grave. Les échanges entre les participants ont été très riches et les débats entre biologistes et cliniciens constructifs. Cette méthode de travail s’est révélée particulièrement fructueuse. Il est nécessaire qu’elle soit reproduite dans chaque hôpital en s’appuyant sur les documents qui sont proposés dans cet article. En effet, ces documents mis à jour ou élaborés par le groupe permettent de livrer l’essentiel des informations utiles à la fois au clinicien et au biologiste généraliste.

Lorsque ceux-ci sont confrontés à une situation d’urgence, ils peuvent ainsi disposer des premières informations actualisées indispensables pour une prise en charge optimale des patients. Le groupe a respecté son engagement de 2003, d’une mise à jour de ces documents en fonction des évolutions de la toxicologie analytique et des nouvelles recommandations pour la prise en charge clinique des patients victimes d’intoxication. En complément, au plan méthodologique, ces éléments doivent aider les biologistes dans leur démarche d’accréditation selon la norme ISO 15189. En effet, celle-ci revêt un caractère obligatoire qui sera opposable au 1er novembre 2016.

Conflits d’intérêts: aucun.

Références

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9. Goullé JP, Lhermitte M, Bartoli M, Boyer JC, Capolaghi B, Charlier C, et al. Biomarqueurs de toxicité et anomalies métaboliques dans les principales intoxications graves. Symptomatologie clinique et toxique. Le prélèvement conservatoire. Ann Biol Clin 2003 ; 61 : 421-33.

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