ARTICLE
abc.2012.0726
Auteur(s) : Mireille Bartoli1,a, Claudette Berny2, Vincent Danel4,a, Arnaud Delahaye5, Gérard Desch6,a, Jérôme Guitton7, Bruno Lacarelle8, Frédéric Lapostolle9, Daniel Mathieu10,a, Bruno Mégarbane11, Patrick Nisse12,a, Anton Szymanowicz13,a antonszymanowicz-chr@sfr.fr,
Bernard Capolaghi3,a
1 Laboratoire de toxicologie, CHU de Grenoble
2 Laboratoire de biochime et toxicologie, CHU Lyon
Sud
3 Laboratoire de biochimie et toxicologie, CHR de
Metz-Thionville
4 Samu 38, CHU de Grenoble
5 Réanimation, CH de Rodez
6 Laboratoire de biochimie et toxicologie, CH
d’Avignon
7 Laboratoire de toxicologie, CHU Lyon Est
8 Laboratoire de toxicologie, CHU de Marseille
9 Samu 93, CHU Avicenne Bobigny
10 Réanimation et centre hyperbare, CHU Calmette
Lille
11 Réanimation, CHU Lariboisière
12 Centre antipoison, CHRU de Lille
13 Laboratoire de biochimie, CH de Roanne
Tirés à part : A. Szymanowicz
a Groupe de travail pluridisciplinaire
SFTA-SFBC-STC-SRLF-SFMU-CNBH « Toxicologie et biologie clinique
».
Au cours des dix dernières années, la toxicologie clinique a
fortement évolué. Les progrès analytiques ont été considérables,
notamment avec le perfectionnement des techniques de
chromatographie sur colonne avec détection par spectrométrie de
masse. Les causes d’intoxications se sont diversifiées et les
médicaments occupent aujourd’hui la première place [1-4].
L’évolution des prescriptions médicales de médicaments est
significative, les benzodiazépines ont remplacé les barbituriques
et le paracétamol est maintenant beaucoup plus prescrit que
l’aspirine. Une nette progression de l’utilisation des produits
stupéfiants, en particulier le cannabis chez les adolescents [5]
est clairement identifiée et l’émergence de pathologies nouvelles
liées à l’usage du cannabis chez des sujets jeunes constitue un
problème majeur de santé publique [6, 7]. Le marché de la
drogue est en pleine évolution et le rapport de 2011 de
l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) [8]
identifie l’émergence rapide de nouvelles substances psychoactives
non contrôlées. En ce qui concerne les progrès dans le domaine de
l’analyse, ceux-ci sont tels qu’à l’heure actuelle pratiquement
tous les toxiques peuvent être identifiés voire quantifiés dans les
milieux biologiques [4]. Le détecteur de masse s’impose en tant que
détecteur universel, qu’il soit couplé à un chromatographe en phase
gazeuse (CPG-SM), ou en phase liquide (CL-SM), ou associé à un
plasma à couplage inductif (ICP-SM). Ces équipements restent
cependant l’apanage de laboratoires de toxicologie spécialisés.
Afin de trouver un consensus dans le domaine de l’analyse
toxicologique, les comités scientifiques de la Société française de
toxicologie analytique (SFTA), de la Société française de biologie
clinique (SFBC) la Société de toxicologie clinique (STC) ont
constitué un groupe de travail associant dans cette
réactualisation : la Société de réanimation de langue
française (SRLF), la Société française de médecine d’urgence
(SFMU), le Collège national de biochimie des hôpitaux (CNBH) et le
Groupement des enseignants de la toxicologie (GATOX).
Le présent document est destiné à apporter une aide
méthodologique actualisée par des spécialistes de toxicologie
analytique et clinique à des biologistes généralistes, notamment
dans le cadre obligatoire de l’accréditation selon la norme ISO EN
NF 15189. Il peut également favoriser l’harmonisation des pratiques
médicales et faciliter le nécessaire dialogue
cliniciens-biologistes dans l’intérêt prioritaire du patient.
Matériel et méthodes
Le groupe d’experts a été constitué à partir des membres du
groupe qui a préparé le document initial de recommandations de
l’année 2003 [9-11] représentant la SFTA la SFBC, et la STC. Sept
de ses membres (identifiables par un a dans la liste des auteurs)
ont obtenu la collaboration de collègues de la SRLF, de la SFMU, du
GATOX et du CNBH. Le but étant d’obtenir les points de vue de
praticiens experts en toxicologie, intervenant dans diverses
spécialités médicales, de biologistes hospitaliers et d’enseignants
de la discipline « toxicologie ». L’expérience pratique
de ces professionnels devait contribuer à définir des lignes de
recommandations convaincantes et réalistes applicables sur le
terrain afin d’assurer une prise en charge des patients de qualité
optimale en tout point du territoire.
Le groupe de travail a ainsi déterminé la liste des documents
utiles qu’il se proposait de formaliser : liste des toxiques à
rechercher et/ou à doser, recommandations générales pour la
prescription des examens de toxicologie et liste des antidotes
utiles. Ces différents documents ont été discutés au cours
d’échanges multiples. Ils sont présentés dans cet article.
Par rapport à la version de 2003 [9-11], la liste des examens de
toxicologie a été profondément remaniée. L’un des apports majeurs
est la hiérarchisation des délais de réponse en fonction de
l’impact des résultats de ces examens sur la décision clinique.
Trois niveaux ont pu ainsi être définis.
Le niveau 1 correspond à un délai court qui, dans l’idéal doit
être compris entre 30 et 60 min avec l’objectif d’être au plus près
possible des 30 min et si possible inférieur. Ces examens peuvent
aider les cliniciens à décider immédiatement des traitements
pertinents utiles à la prise en charge du patient victime
d’intoxication grave.
Le niveau 2 correspond à un délai compris entre 4 h et
24 h. Il s’applique à des examens de toxicologie moins
fréquents (carbamates, éthylène glycol ou demandant une technologie
plus complexe (CL/SM ou CG/SM). L’obtention des résultats permet
d’adapter la prise en charge et/ou de redresser le diagnostic
initial.
Enfin, le niveau 3 correspond à un délai d’un ou plusieurs jours
qui peut s’appliquer à des examens toxicologiques à but
scientifique (diagnostic définitif) ou demandés dans un cadre
médicolégal.
Les principales sources bibliographiques nouvelles depuis la
parution de l’article de 2003 [9-11] sont peu nombreuses
[12-15].
La liste des antidotes est mise à jour par la SRLF et la STC
d’après les recommandations des pratiques en vigueur [16].
Il est apparu au cours des échanges, la nécessité d’améliorer la
communication envers les cliniciens sur le potentiel des nouvelles
méthodes de criblage toxicologique. Dans ce but un paragraphe y est
consacré dans le chapitre résultats.
Résultats
Le tableau 1 décrit 55 examens de
toxicologie rencontrés dans les intoxications aiguës. Il présente 9
entrées différentes : toxique incriminé, principaux symptômes
[16], méthode d’identification, marqueurs biologiques utiles, type
de prélèvement, remarques, pertinences de l’analyse pour la prise
en charge du patient, suivi toxicocinétique et le délai de
réponse.
Tableau 1 Examens toxicologiques (55) dans les
intoxications aiguës.
| No |
Toxique incriminé |
Principaux symptômes |
Méthode d’identification
et/ou dosage |
Marqueurs biologiques utiles |
Type de prélèvement |
Remarques |
Pertinence de l’analyse pour la prise en charge du
patient |
Suivi toxico-cinétique |
Délai de réalisation |
| 1 |
Acide valproïque |
Dépression SNC
Convulsions, acidose lactique, hépatotoxicité, syndrome de
Reye |
Dosage par IA |
1. TP, INR
2. Enzymes hépatiques
3. Ammoniémie
4. pH, lactates |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Valpromide et divalproate de sodium :
prodrogues
attention aux formes retard |
Oui (pas de toxicité métabolique grave pour des
concentrations < 850 mg/L) |
Oui |
1 |
| 2 |
Aluminium |
Encéphalopathie des dialysés |
Spectrophotométrie d’absorption atomique |
|
|
| Oui |
Oui |
2 |
| 3 |
Anticoagulants
AVK raticide |
Hémorragies |
Recherche par CLHP |
1. TP, INR
2. facteurs II, VII, IX, X. |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
citrate sans gel |
Baisse des facteurs en 24 h, maximum entre 48
à 72 h. Retour aux valeurs de base à 1 semaine.
Superwarfarines et chlorophacinone, dépression des facteurs sur
plusieurs mois.
Kaskadil (PPSB) si syndrome hémorragique grave |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 4 |
Antidépresseurs tricycliques |
Encéphalopathie anticholinergique, convulsions,
cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane, hypotension
artérielle, choc |
Recherche par IA
Confirmation et dosage par CLHP |
Kaliémie |
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Mauvaise valeur prédictive des risques
cardiovasculaires |
Non sauf exception (si souhait de comprendre une
interaction médicamenteuse ou une vulnérabilité) + penser à doser
les métabolites actifs |
Inutile |
1 si recherche
2 si dosage ou criblage |
| 5 |
Antidépresseurs non tricycliques et non IRSS |
Encéphalopathie anticholinergique, convulsions,
cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane (pour
certains) |
Recherche et dosage par CLHP |
Kaliémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Non mis en évidence par la recherche
d’antidépresseurs tricycliques en IA |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 6 |
Antipsychotiques classiques (butyrophenones,
phénothiazines, thioxanthènes) Antipsychotiques atypiques
(aripiprazole, clozapine, olanzapine...) |
Dépression SNC, convulsions, syndrome
antiparkinsonien ou anticholinergique (pour certains),
cardiotoxicité à fortes doses (pour certains) |
Recherche et dosage par CLHP |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Phénothiazines positivent faussement le dépistage
d’antidépresseurs tricycliques |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 7 |
Antirouilles HF (acide fluoridrique)
Acide oxalique |
Convulsions
Troubles rythme/conduction
Troubles digestifs
Lésions cutanées ou digestives caustiques |
Recherche par CLHP |
Ca, Mg, pH, K |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné |
Calcémie pour le suivi du traitement
Dosage de F pour évaluer la gravité
F > 1 mg/L intoxication symptomatique
F > 2,5 mg/L intoxication grave
F > 8 mg/L risque de décès |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
|
| Barbituriques voir Phénobarbital et
Thiopental |
|
|
|
|
|
|
| |
| 8 |
Benzodiazépines |
Dépression SNC
Dépression respiratoire (obstruction des voies aériennes
supérieures) |
Recherche par IA
Confirmation et dosage par CLHP |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur |
Risque de faux négatif pour benzodiazépines de
structure éloignée de l’anticorps antibenzodiazépine et pour
zopiclone zolpidem |
Non sauf exception ; intérêt du test
pharmacodynamique par flumazénil, à discuter dans certaines
circonstances (réponse non spécifique, contre-indications) |
Inutile |
1 si recherche
2 si dosage ou criblage |
| 9 |
Bêtabloquants |
Bradycardie
Dépression SNC
Hypotension artérielle, choc
Dépression respiratoire |
Recherche et dosage par CLHP |
Attention les lactates sont moins élevés qu’avec
d’autres cardiotoxiques |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Faible valeur prédictive du risque
cardiovasculaire ; métabolites actifs non dosés en
routine |
Non sauf exception. Sur le terrain on constate
cependant une demande fréquente et pressante de dosage |
Inutile |
2 ou 3
si dosage |
| 10 |
Bromures et médicaments contenant du brome |
Dépression SNC
Troubles psychyatriques |
| Pseudo-hyperchlorémie
Trou chloré |
| Détection précoce des intoxications par bromure et
carbromal |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 11 |
Carbamazépine |
Dépression SNC
Convulsions
Troubles de conduction, effet stabilisant de membrane |
Dosage par IA |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Positive faussement le test de dépistage des
antidépresseurs tricycliques |
Oui |
Inutile (sauf si formes LP pour connaître le pic
ou insuffisance rénale) |
1 |
| 12 |
Champignons : syndromes phalloïdiens,
anatoxine |
Troubles digestifs
Syndrome cholériforme
Hépatite aiguë
Encéphalopathie |
Dosage par IA (alpha-amanitine) |
1. TP, INR
2. LDH
3. ALAT
4. Iono glycémie lactates |
| Hypoglycémie
Pic ALAT entre 50e et 72e h
TP minimum au 5e j
CIVD |
Oui notamment pour le diagnostic différentiel avec
hépatite mais aussi pour le diagnostic positif dès H +3 et avant
l’atteinte hépatique phalloïdienne |
Inutile |
2 |
| 13 |
Chloralose |
Dépression SNC
Myoclonies, convulsions
Etat de mort apparente |
Recherche réaction de Fujiwara
Confirmation et dosage par CPG |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur |
Réaction non spécifique pour la recherche
Dosage indispensable si pour diagnostic de mort
cérébrale |
Recherche non
Dosage non sauf exception |
Inutile |
2 pour recherche
3 pour dosage |
| 14 |
Chloroquine
Hydroxy-chloroquine |
Hypotension artérielle
Trouble rythme/conduction
Elargissement complexe QRS
Arrêt circulatoire |
Dosage par CLHP |
Kaliémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel : préférer dosage sur sang total à
plasma |
Indice de gravité utile au début (t1/2 : 2-6
j)
risque décès faible si < 10 mg/L,
élevé si > 10 mg/L
majeur si > 20 mg/L
Risque corrélé à l’hypokaliémie
K < 2 mmol/L en faveur du diagnostic de l’intoxication |
Oui (valeur pronostique) |
Inutile (sauf intoxication massive) |
2 |
| 15 |
CO |
Céphalées
Troubles digestifs
Perte de connaissance
Dépression SNC
Hypoxie anoxie
Insuffisance coronarienne |
Spectrophotométrie |
% carboxyhémoglobine (HbCO) |
Sang artériel ou veineux
ou capillaire sur seringue ou tube hépariné le plus tôt possible
dès la prise en charge |
Résultats à interpréter en fonction du tabagisme,
du délai depuis la fin de l’exposition et de la quantité d’oxygène
reçue.
Si intoxication certaine : oxygénothérapie immédiate |
Oui, HbCO > 20 % généralement
toujours symptomatique |
Inutile |
1 |
| 16 |
Colchicine |
Troubles digestifs
Syndrome cholériforme
Hypotension artérielle, choc, cardiotoxicité
Insuffisance médullaire
Alopécie |
Dosage CLHP |
1. TP, INR, plaquettes, NFS
2. pH, bicarbonates
3. ALAT ASAT 4. BNP, troponine |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
TP < 20 % ou leucocytose
> 18 000
au cours des 48 h sont des signes de gravité |
Non sauf exception |
Inutile |
3 |
| 17 |
Cyanures |
Dépression SNC
Dépression respiratoire, polypnée ou bradypnée, hypoxie/anoxie
Hypotension artérielle
Arrêt circulatoire |
Dosage colorimétrique ou CLHP ou CPG |
1. Lactates
2. Gaz du sang |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel (veineux, artériel ou capillaire) |
Intoxication avérée si lactate > 10 mmol/L
(fumées d’incendie) ou 8 mmol/L (CN pur)
correspondant à CN > 1 mg/L
CN > 2,7 mg/L, risque de décès.
Importance du prélèvement précoce.
Suivi de l’évolution par le dosage du lactate.
Dosage de la cyanocobalaminurie |
Non sauf exception |
Inutile |
3 |
| 18 |
Dextropropoxyphène
(commercialisation arrêtée en 2011) |
Dépression SNC, convulsion, syndrome opioïde,
cardiotoxicité avec effet stabilisant de membrane |
Recherche par IA |
Kaliémie |
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur |
Non mis en évidence par la recherche opiacés en
IA |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 19 |
Digoxine |
Troubles digestifs
Troubles rythme/conduction
confusion (chez le sujet âgé) |
Dosage par IA |
Kaliémie, créatinine |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
K > 4,5 mmol/L, âge > 55 ans, sexe
masculin, ATD cardiovasculaires
Trouble de conduction a-v sont des facteurs aggravants
Après injection de Fab, risque d’interférences
Inutile après l’administration d’anticorps Fab antidigoxine car
nécessité de mesurer la fraction libre |
Oui pour le diagnostic de surdosage et pour le
calcul des doses d’antidote ; mais pas de valeur prédictive du
risque cardiaque |
Inutile (sauf intoxication massive ou après
neutralisation en présence d’une insuffisance rénale anurique) |
1 |
| 20 |
Éthanol |
Ébriété
dépression SNC
Hypotension artérielle
Hypothermie |
Dosage par enzymologie ou par CPG |
Glycémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Indispensable si diagnostic de mort cérébrale |
Si ivresse pathologique ou compliquée |
Inutile |
1 |
| 21 |
Éthylène glycol |
Ébriété (modérée) polypnée
dépression SNC
Convulsion
Insuffisance rénale aiguë |
Dosage par enzymologie ou CPG |
1. pH, bicarbonates, calcium
2. Trou anionique, lactates
Trou osmolaire
3. Créatinine |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Acidose métabolique avec trou anionique
Dosage ac glycolique et ac oxalique par enzymologie
Rechercher le métabolite (acide glycolique) ou cristaux d’oxalate
de calcium urinaire en cas de prélèvement tardif |
Oui |
A discuter (pour indiquer la réadministration de
l’antidote ou confirmer l’épuration complète en cas d’EER) |
2 |
| 22 |
Fer |
Troubles digestifs
Lésions digestives caustiques
Hypotension artérielle
Insuffisance rénale aiguë |
Dosage colorimétrique |
Glycémie
Leucocytose, pH, lactate, urée, créatinine, TP, ASAT-ALAT |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
| Oui (mais faible valeur pronostique ;
préférer la dose ingérée) |
Inutile |
1 |
| 23 |
Héparine et dérivés |
Hémorragies |
Héparinémie |
1. TCA
2. NFP |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
citraté |
| Oui |
Oui |
1 |
| 24 |
Hypoglycémiants
Biguanides (metformine) |
Malaise, Perte de connaissance, troubles
digestifs
Hypotensioin, choc, défaillance multiviscérale
Insuffisance rénale aiguë |
Recherche et dosage par CLHP |
1. pH - bicarbonates, trou anionique -
Lactates
2. TP, INR, créatininémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Acidose lactique généralement importante chez un
diabétique non insulinodépendant à la suite d’une pathologie
intercurrente (sepsis) ou d’une déshydratation, prise d’un AINS,
injection d’iode… |
Oui pour la metformine + guide durée EER |
Inutile |
2 |
| 25 |
Hypoglycémiants
Sulfamides hypoglycémiants
Glinides |
Hypoglycémie, dépression SNC
Perte de connaissance
Convulsion |
Recherche et dosage par CLHP |
Glycémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
| Non sauf exception |
Inutile |
3 |
| 26 |
Inhibiteurs calciques |
hypotension artérielle, choc
Trouble rythme/conduction
Arrêt circulatoire |
Dosage CLHP, CPG |
Glycémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Valeur pronostique pour la vérapamilémie ;
métabolites actifs (norvérapamil) |
Oui |
Inutile |
2 |
| 27 |
Insuline |
Hypoglycémie dépression SNC
Perte de connaissance
Convulsions |
Dosage par IA |
Insuline
Glycémie
Kaliémie
Peptide C |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Diagnostic différentiel entre insulinome et
hypoglycémie factice par administration exogène d’insuline par le
dosage simultané d’insuline et peptide C |
Non sauf exception |
Inutile |
3 |
| 28 |
IRSS (Venlafaxine) |
Somnolence, convulsions, myoclonies, syndrome
sérotoninergique
tachycardie, hypotension
hyponatrémie |
Recherche et dosage par CLHP |
Natrémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Attention aux formes LP de venlafaxine avec
toxicité décalée par rapport à l’admission (dosage alors
intéressant pour déterminer le pic) |
Non sauf exception |
Inutile sauf exception (ingestion massive de
venlafaxine LP) |
2 |
| 29 |
Isopropanol |
Ébriété
Dépression SNC |
Dosage par CPG |
Osmolarité
Cétonurie (bandelette) |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
| Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 30 |
Lithium |
Dépression SNC
Tremblements, myoclonies |
Dosage par spectrométrie de flamme ou colorimétrie
ou potentiométrie |
Créatininémie, natrémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
héparinate de sodium sans gel |
Attention
Ne pas prélever sur héparinate de lithium
Attention aux formes retard, lithium intra-érythrocytaire d’intérêt
discutable
Mauvaise corrélation entre la lithémie et la gravité clinique |
Oui |
À discuter (ingestion massive, insuffisance rénale
aiguë, EER…) |
1 |
| 31 |
Méprobamate
(arrêt de commercialisation de mépronizine et équanil comprimés au
10/01/2012 (Afssaps)) |
Dépression SNC
Hypotension artérielle, choc
État de mort apparente |
Dosage par CPG ou colorimétrie |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Dosage indispensable
si diagnostic de mort cérébrale |
Non sauf exception
Oui en réanimation |
À discuter (si formes massives, absorption
digestive prolongée) |
2 |
| 32 |
Mercure |
Syndrome dysentérique
Insuffisance rénale
Dépression SNC |
Spectrophotométrie d’absorption atomique |
|
| Mercure sur sang total
Mercure urinaire |
Non sauf exception |
À discuter |
2 |
| 33 |
Méthanol |
Ébriété, polypnée, dépression SNC, troubles
visuels, convulsions |
Dosage par enzymologie ou par CPG |
1. pH, bicarbonates,
2. Trou anionique, Lactates
Trou osmolaire |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Rechercher le métabolite (acide formique) en cas
de prélèvement tardif |
Oui |
À discuter |
2 |
| 34 |
Methémo-globinisants |
Cyanose, Troubles respiratoires
Hypoxie/anoxie |
Dosage spectrophotométrique de methémoglobine |
Methhémoglobine en % d’Hb totale, en cas de risque
d’hémolyse intravasculaire (selon les toxiques) :
haptoglobine, LDH, ASAT, biliubine |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
ou seringue hépariné sans gel |
| Oui pour le dosage de methémoglobine
Non sauf exception pour les methémoglobinisants |
À discuter |
1 |
| 35 |
Méthotrexate |
Troubles digestifs,
Insuffisance médullaire |
Dosage IA, EMIT, HPLC |
NFS, plaquettes |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
| Oui |
À discuter |
2 |
| 36 |
Opioïdes de synthèse fentanyl, tramadol, |
Dépression SNC, syndrome opioïde, convulsions |
Recherche et dosage par CLHP ou CPG |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur |
Non mis en évidence par la recherche opiacés en
IA |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 37 |
Organophosphorés pesticides et neurotoxiques |
Syndrome muscarinique, Dépression SNC
Syndrome nicotinique |
Dosage par CLHP |
Cholinestérases
sériques
et érythrocytaires
Phosphore plasmatique |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Différencier pesticides
organophosphorés et pesticides carbamates |
Non sauf exception |
Inutile |
2 (Choline-estérase)
3 (Organo-phosphorés) |
| 38 |
Paracétamol |
Troubles digestifs
Hépatite cytolytique aiguë, insuffisance hépatique |
Dosage par IA |
1. TP, INR
2. ASAT -ALAT, Iono, pH, lactate |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Dosage au moins 4 heures après l’ingestion
Nomogramme de Rumack ou calcul de la demi-vie. |
Oui |
Inutile (sauf ingestions massives, ralentisseurs
du transit, terrain particulier) |
1 |
| 39 |
Paraquat (retiré du commerce) |
Troubles digestifs
Hypotension artérielle
Œdème pulmonaire
Hypoxie/anoxie
Défaillance multivicérale |
Recherche par le test au dithionite dans le
liquide gastrique, les selles ou les urines
Dosage par CLHP |
Urée, créatinine, ASAT, ALAT, TP, INR |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Courbes pronostiques de Proudfoot (sang
> 2 mg/L à H+4) et Scherrmann (urines
> 0,5 mg/L) =
risque de décès |
Oui |
À discuter |
2 |
| 40 |
Phénobarbital |
Dépression SNC
Dépression respiratoire
Hypothermie |
Dosage par IA |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Dosage indispensable si diagnostic de mort
cérébrale |
Oui |
Oui |
1 |
| 41 |
Phénytoïne |
Dépression SNC
Convulsion Cardiotoxicité |
Dosage par IA |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
| Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 42 |
Plomb |
Syndrome dysentérique
Encéphalopathie |
Dosage par spectrophotométrie d’absorption |
Acide delta-aminolévulinique (u)
Protoporphyrine zinc (sang) |
|
| Oui car c’est sur la plombémie que se décide la
chélation |
Inutile |
2 |
| 43 |
Salicylés |
Troubles digestifs
Dyspnée/polypnée
Bourdonnements d’oreille
Dépression SNC, convulsions
Déshydratation, insuffisance rénale aiguë |
Dosage colorimétique, ou par IA, HPLC |
Gaz du sang Kaliémie, Glycémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
nomogramme de Done (chez l’enfant) |
Oui (valeur pronostique, indication d’EER) |
À discuter |
1 |
| 44 |
Solvants chlorés |
Dépression SNC
Troubles rythme/conduction
Hypotension artérielle |
Recherche réaction de Fujiwara
Dosage par CPG |
| Urine |
Réaction non spécifique Mise en évidence des
métabolites dans les urines |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
| 45 |
Théophylline |
Syndrome adrénergique
Convulsions
Trouble du rythme |
Dosage par IA |
Kaliémie |
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Bonne valeur pronostique |
Oui |
Inutile |
1 |
| 46 |
Thiopental |
Dépression SNC
Dépression respiratoire
Hypothermie
Etat de mort apparente |
Dosage par CLHP ou CPG |
| Sang prélevé le plus précocement
possible sur tube hépariné sans gel |
Dosage indispensable
si diagnostic de mort cérébrale |
Oui |
Oui |
2 |
|
| 47 |
Zolpidem, Zopiclone |
Dépression SNC, Dépression respiratoire
(obstruction des voies aériennes supérieures) |
Recherche et dosage par CLHP |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
hépariné sans gel |
Non mis en évidence par la recherche de
benzodiazépines en IA |
Non sauf exception |
Inutile |
2 |
|
| Stupéfiants : |
|
|
|
|
|
|
| |
| 48 |
Amphétamine, métamphétamine
ecstasy (MDMA, MDA) |
Mydriase, Troubles cardiaques, Dépression SNC,
Agitation, convulsions, Hyperthermie, Déshydratation |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
Natrémie |
Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Risque de faux positif avec les anorexigènes,
l’éphédrine
Nouvelles amphétamines non détectées |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
1 |
| 49 |
Cannabis |
Euphorie/angoisse/confusion
Hypotension orthostatique
Hyperhémie conjonctivale |
Recherche par IA (u)
Dosage par CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Risque de faux positif avec AINS |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
1 |
| 50 |
Cocaïne |
Mydriase, Troubles cardiaques, Dépression SNC,
Agitation, convulsions |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Nombreux métabolites actifs : cocaéthylène si
co-consommation d’éthanol |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
1 |
| 51 |
Opiacés morphine, codéine, codéthyline,
pholcodine, 6 mono-acétyl morphine (héroïne), dihydrocodéine |
Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression
respiratoire |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Opioïdes de synthèse non reconnus buprenorphine
dextropropoxyphène, fentanyl, méthadone, tramadol… |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
1 |
| 52 |
Buprénorphine |
Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression
respiratoire |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Non mis en évidence par la recherche opiacés en
IA, métabolite (norbuprénorphine) toxique |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
2 |
| 53 |
Méthadone |
Myosis, Dépression SNC, bradypnée, Dépression
respiratoire |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
Non mis en évidence par la recherche opiacés en
IA |
Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
2 |
| 54 |
LSD |
Confusion, délire |
Recherche par IA (u)
Dosage CLHP, CPG (s) |
| Urine prélevée sur tube sec sans conservateur
Sang prélevé le plus précocement possible sur tube hépariné sans
gel |
| Oui (recherche)
Non sauf exception (dosage) |
Inutile |
3 |
| 55 |
GHB (GBL : précurseur) |
Coma, dépression respiratoire |
Recherche et dosage par CPG |
| Sang prélevé le plus précocement possible sur tube
EDTA |
La GBL n’est jamais retrouvée car trop rapidement
métabolisée in corpore en GHB |
Non sauf exception (coma inexpliqué, soumission
chimique) |
Inutile |
3 |
Délai de réalisation : 1 = urgence, disponible en
moins d’1 heure 24 h/24 ; 2 = disponible dans les
24 h ; 3 = selon les disponibilités du
laboratoire : intérêt scientifique ou cadre médicolégal.
IA : immuno-analyse ; CLHP : chromatographie
liquide haute performance ; CPG : chromatographie en
phase gazeuse, (u) = urines, (s) = sang.
Les principes fondamentaux de la prescription et de
l’interprétation des résultats de toxicologie sont présentés dans
l’encadré 1. Ils ont obtenu le consensus du groupe de
travail. En effet, il nous a semblé important de reformuler un
certain nombre de principes pour la prescription et
l’interprétation des examens de toxicologie. Nous nous sommes
volontairement limités à l’essentiel pour la pratique courante.
Encadré 1 Principes généraux de prescription et d’interprétation
des examens toxicologiques
1- L’approche clinique incluant l’anamnèse, l’examen
clinique (recherche de toxidromes), l’électrocardiogramme et une
biologie de base minimale sont indispensables et le plus souvent
suffisants dans la démarche de mise en cause d’un toxique. Par
conséquent, l’analyse biologique prévaut sur l’analyse
toxicologique car elle permet d’évaluer rapidement la sévérité de
l’intoxication [12, 13].
2- Le diagnostic d’intoxication ne peut être retenu que
si toute cause non toxique a été formellement éliminée.
3- Les examens toxicologiques ont évolué. Après
l’approche immunologique utilisant la reconnaissance par un
anticorps d’une molécule ciblée ou d’une classe de molécules
[18, 19], il est de plus en plus possible d’utiliser
l’approche séparative de la chromatographie gazeuse ou liquide,
cette dernière associée à une détection par spectrométrie de masse
ou d’absorption UV permet de séparer, d’identifier et de quantifier
un large éventail de molécules (criblage toxicologique).
4- Le criblage toxicologique doit être mis en œuvre pour
les patients dont l’évolution clinique et les examens
complémentaires sont incompatibles avec l’anamnèse et le toxidrome
initial, notamment en cas de défaillance cardio-circulatoire ou de
coma inexpliqués, ce d’autant plus s’il existe des convulsions.
5- Le dialogue est indispensable entre le clinicien et le
biologiste, notamment pour établir une liste d’examens
toxicologiques à effectuer en urgence, dans des délais compatibles
avec les guides de pratiques cliniques ; de même, il est
souhaitable, lors de la demande d’examen de toxicologie que le
médecin communique avec le biologiste sur la situation clinique du
patient, les produits suspects ingérés, le traitement habituel du
patient et celui mis en place dans sa prise en charge actuelle
[20].
6- Toute demande doit être sélective, motivée et
accompagnée de données cliniques pertinentes. Le choix peut être
orienté par les toxidromes et les éventuelles perturbations
biologiques. Les dosages ciblés de toxiques ont pour objet
de :
- -. confirmer une intoxication suspectée (ex :
paracétamol, digoxine…) ;
- -. exclure une hypothèse toxique : diagnostic
différentiel (ex : surdosage par un antiépileptique en cas de
coma…) ;
- -. évaluer la gravité, déterminer le pronostic et guider
le traitement dans le cas d’une intoxication avérée (ex :
paracétamol, acide valproïque, flécaïne, vérapamil,
paraquat…) ;
- -. surveiller et réévaluer le traitement (ex :
acide valproïque, lithium…).
7- Les prélèvements d’échantillons à visée conservatoire
(sang et urines) doivent être systématiques dès la prise en charge
du patient victime d’une intoxication (Biothèque). Leur analyse ne
sera pas systématique mais dépendra du contexte et de l’évolution
clinique. Dans tous les cas, il est recommandé de conserver les
échantillons au moins une semaine. Les analyses réalisées dans un
but médical et scientifique pour compléter le dossier du patient ne
doivent pas être réalisées en urgence.
8- L’interprétation des résultats des analyses
toxicologiques doit rester prudente [21]. La positivité d’un
dépistage confirme l’exposition au médicament mais pas
l’intoxication et n’exclut pas la prise d’un autre toxique non
recherché. La négativité, quant à elle, n’exclut pas l’intoxication
[22].
9- Pour l’interprétation correcte d’un résultat
qualitatif ou quantitatif d’examen toxicologique, il est important
de connaître les limites de la méthode utilisée
(sensibilité/spécificité), la pharmacocinétique du toxique et ses
effets en fonction de l’âge (pédiatrie, gérontologie) ou de
certains terrains particuliers [22] ainsi que les autres molécules
associées.
Le recours à une méthode de référence par chromatographie
couplée à une détection spectrométrique de masse doit être mis en
œuvre chaque fois que nécessaire à l’initiative du biologiste et
après concertation du clinicien (recherche du bénéfice pour le
patient).
10- Les professionnels doivent rester à l’écoute de
l’évolution des comportements des patients, de la disponibilité des
produits dangereux et des progrès analytiques en toxicologique.
En ce qui concerne les recommandations des pratiques
pré-analytiques, la totalité des points sont sans changement par
rapport à l’article de 2003 et nous renvoyons le lecteur à cet
article [1-3].
La liste des antidotes est formalisée dans le tableau 2. Les xénobiotiques y sont classés dans
l’ordre alphabétique.
Tableau 2 Principaux traitements et antidotes
| Toxiques ou médicaments |
Traitements ou antidotes |
| Principe actif/DCI |
Nom commercial |
| Acide acétylsalicylique, phénobarbital |
Bicarbonate de sodium (diurèse alcaline) |
Bicarbonate de sodium en soluté injectable
isotonique |
Acide fluorhydrique, fluorure d’ammonium,
fluorures, acide oxalique (ex : antirouille, produits
décapants…)
Inhibiteurs calciques |
Calcium |
Chlorure ou gluconate de calcium (ampoules
injectables) |
| Acide valproïque |
L-carnitine |
Lévocarnil® |
| Amanite phalloïde |
Silibinine |
Légalon SIL® (ATU)
(Silylmarine = silybine + silydianine
+ silychristine) |
| Arsenic, sels d’or, mercure, métaux lourds
(plomb…) |
Dimercaprol |
BAL® |
| Atropine, belladone, datura, scopolamine |
Physostigmine |
Anticholium® |
| AVK et raticides de type AVK |
Phytomenadione
et/ou PPSB |
Vitamine K1
et/ou Kaskadil® |
| Benzodiazépines |
Flumazénil (attention aux contre-indications) |
Anexate® |
Bêta-adrénergiques (ex : théophylline,
thyroxine, trichloréthyléne...)
avec signes d’hyperadrénergie |
Propanolol |
Avlocardyl® |
| Bêtabloquants |
Dobutamine, adrénaline
Isoprénaline (antidote spécifique à préférer pour le sotatol en
raison de l’allongement du QT et du risque de torsade de
pointe ; mais risque de vasoplégie)
Glucagon |
Dobutex®
Isuprel®
Glucagen® |
| Bloqueurs des canaux sodiques ou toxiques avec
effet stabilisant de membrane (ex : antidépresseurs
tricycliques, chloroquine, dextropropoxyphène…) |
Bicarbonate de sodium |
Bicarbonate de sodium en soluté injectable
molaire |
| Bromures, lithium |
Chlorure de sodium |
Solutés ou ampoules injectables de chlorure de
sodium |
| Chloroquine, toxiques convulsivants |
Diazépam |
Valium®
ou diazépam générique (Renaudin) |
| Cuivre (± nombreux métaux lourds : Pb, Fe,
Hg, Zn, As) |
D-pénicillamine |
Trovolol® |
| Cyanures |
Hydroxocobalamine,
EDTA dicobaltique (plus toxique que l’hydroxocobalamine) |
Cyanokit®
Kelocyanor®
|
| Digitaliques (digoxine, laurier-rose, digitale
pourpre) |
Fragments Fab d’ac. anti-digitaliques |
Digifab® 40 mg
Digibind® |
| Fer, aluminium |
Desféroxamine |
Desféral® |
| Héparine et dérivés |
Sulfate de protamine |
Protamine Choay® |
| Insuline, sulfamides hypoglycémiants |
Glucose
Glucagon |
Solutés injectables de glucose |
| Isoniazide (INH), gyromitre (champignon) |
Pyridoxime (chlorhydrate) |
Bécilan®, Vitamine B6, Pyridoxime… |
Lidocaïne et autres anesthésiques locaux de type
amide ou lipophiles
A tester pour certains cardiotoxiques (bupropion, vérapamil,
imipramine…) |
Emulsion lipidique |
Intralipide®
Médialipide®..... |
| Mercure, plomb, arsenic |
DMSA : acide
2,3-dimercaptosuccinique/Succimer |
Succicaptal® |
| Méthanol, éthylène glycol (...glycols) |
4-méthylpyrazole
ou éthanol |
Fomépizole AP-HP® |
| Methémoglobinisants |
Chlorure de méthylthioninium (bleu de
méthylène) |
Méthylthioninium chlorure Proveblue®
(ampoules injectables) |
| Méthotréxate et antifoliques |
Acide folinique
Glucarpidase |
Folinate de calcium®
Voraxaze® (ATU) |
| Monoxyde de carbone (CO), cyanures |
Oxygénothérapie normo ou hyperbare selon la
sévérité ou le terrain |
Oxygène médical |
| Opioïdes |
Naloxone |
Narcan®
Nalone® |
| Organophosphorés et autres anticholinestérasiques
: carbamates |
Atropine
Pralidoxime (si aldicarbe seulement) |
Sulfate d’atropine
Contrathion® |
| Paracétamol (nomogramme de Rumack), sels d’argent
et de mercure |
N-acétyl cystéine |
Fluimucil® ou Acétylcysteine
générique |
| Plomb, sels de plomb, cadmium, cobalt |
EDTA/Calcitétracémate disodique |
Calcium édétate de sodium® SERB |
| Sulfamides hypoglycémiants |
Glucose
Octréotide |
Sandostatine® ou octréotide
générique |
| Syndrome malin des neuroleptiques |
Dantrolène |
Dantrium® |
| Thallium, césium |
Ferricyanure ferrique/hexacyanoferrate
ferrique
(bleu de Prusse) |
Radiogardase® |
Toxines botuliques
(botulisme : Clostridium botulinum)
|
Immunsérums anti toxines botuliques équines de
types A, B et E |
Botulism antitoxin Behring® (ATU)
Solution pour perfusion |
| Venin de vipères |
Immunoglobulines anti-venin de vipères |
Viperfav® |
DCI = dénomination commune internationale.
La définition suivante du criblage toxicologique est proposée.
Le terme criblage toxicologique recouvre une approche analytique
récente très puissante (figure 1).
Elle associe un chromatographe, un détecteur et un système
informatique de traitement des données. Le chromatographe a pour
fonction de séparer et de purifier les constituants présents dans
un échantillon biologique. Cette séparation est basée sur des
interactions physico-chimiques entre les composés de l’échantillon,
la colonne chromatographique (phase stationnaire) et un fluide
(gazeux ou liquide selon le type de chromatographie). Ce fluide en
traversant la colonne entraîne les composés de l’échantillon.
L’arrivée des composés dans le système de détection génère un
signal complexe. Ce signal constitue la base de l’identification
des molécules (spectres).
Le criblage toxicologique fait essentiellement appel à la
chromatographie gazeuse (CG) ou à la chromatographie liquide (CL).
Dans le cas de la CG, où le fluide est gazeux, les xénobiotiques à
analyser doivent pouvoir être volatilisés facilement ou
éventuellement avec l’aide d’une réaction de dérivation préalable.
Dans le cadre du criblage toxicologique, la seule détection des
composés en sortie de colonne n’est pas suffisante pour leur
identification. C’est pourquoi, on associe soit un détecteur de
type spectromètre de masse à la CG et la CL (CG/SM, CL/SM) soit un
détecteur ultra-violet, (souvent à barrettes de diodes), pour la CL
(CL/BD). L’étape suivante est représentée par la comparaison, à
l’aide de logiciels dédiés, des spectres des composés détectés dans
l’échantillon aux spectres enregistrés dans une bibliothèque de
référence. Cette bibliothèque est constituée, selon les systèmes,
d’environ 400 à 600 spectres de médicaments, de certains
métabolites médicamenteux et de divers autres toxiques. Ainsi, lors
d’un seul cycle opératoire, un tel système analytique a la capacité
de détecter des stupéfiants ou des médicaments présents dans
l’échantillon biologique parmi plusieurs dizaines de classes
médicamenteuses (antidépresseurs tricycliques, antidépresseurs
inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, benzodiazépines,
phénothiazines, antalgiques, anesthésiques locaux, hypoglycémiants,
antiépileptiques, stupéfiants, antihistaminiques, bêtabloquants,
etc.).
Plus récemment, la technologie de la spectrométrie de masse en
tandem (CG/SM/SM ou CL/SM/SM) a permis des progrès considérables en
toxicologie analytique. Il est aujourd’hui possible d’atteindre une
très grande spécificité et une sensibilité inégalée avec ces
appareils apparus il y a environ 10 ans. Ils sont devenus
relativement simples d’utilisation et permettent d’obtenir des
résultats rapidement. Très schématiquement le principe est le
suivant. Deux spectromètres de masse (SM) sont couplés entre eux
d’où le nom de spectrométrie de masse en tandem (SM/SM). Le premier
spectromètre de masse sépare les ions issus de l’ionisation des
molécules d’intérêt, le second les analyse. Le temps nécessaire à
la réalisation d’un criblage toxicologique peut être estimé
actuellement à environ deux heures en prenant en compte la totalité
de l’analyse : la phase pré-analytique (centrifugation des
prélèvements, phase d’extraction), l’analyse chromatographique
proprement dite, et la phase d’interprétation biologique.
L’implication du biologiste dans cette phase analytique est
double : s’assurer de la qualité de l’analyse et procéder à
l’interprétation critique des résultats obtenus à l’aide des
logiciels de traitements des données. L’ensemble du processus est
illustré sur la figure 1.
Les méthodes de criblage toxicologique peuvent aller au-delà de
l’identification de molécules médicamenteuses ou des toxiques
présents dans l’échantillon. En effet, elles peuvent également
permettre une estimation des concentrations voire une
quantification précise des composés. Ces niveaux d’exigence
croissants en termes de réponses sont à définir au sein de chacun
des laboratoires de toxicologie en fonction d’une quantification du
composé, des attentes des cliniciens, et des capacités des
laboratoires (temps techniciens, encadrement biologique…). La liste
présentée dans le tableau 1 a été
proposée dans ce but.
Le criblage toxicologique n’est disponible actuellement que dans
un nombre limité de laboratoires en France en raison des coûts
d’investissement et des qualifications nécessaires à la fois pour
les techniciens et les biologistes. Toutefois les laboratoires de
centres hospitaliers universitaires et quelques laboratoires
régionaux disposent des équipements nécessaires. Ces structures
sont souvent en mesure de répondre aux besoins des hôpitaux
périphériques de plus petite taille. Des conventions et des
procédures sont utiles afin de formaliser des coopérations en vue
d’obtenir une disponibilité optimale pour la réalisation de ces
examens spécialisés.
Discussion
Un rapport d’experts fait à la demande de l’Afssaps a permis de
donner une définition des critères de gravité d’une intoxication
médicamenteuse [17]. Dans le cadre de cette définition, le groupe a
proposé l’ajout de cinq molécules ou familles pharmacologiques dans
la liste des toxiques présentant un potentiel de gravité :
dextropropoxyphène (bien que sa commercialisation soit arrêtée en
2011), inhibiteurs calciques, inhibiteur de recapture spécifique de
la sérotonine (IRSS), opioïdes de synthèse et zolpidem, zopiclone
en raison de la fréquence relative des situations d’intoxications
graves rencontrées. D’autre part, quelques marqueurs biologiques
utiles ont été rajoutés :
- –. kaliémie pour les intoxications aux antidépresseurs
tricycliques,
- –. glycémie pour celles aux inhibiteurs calciques,
- –. créatinine pour celles aux digitaliques,
- –. taux de prothrombine et transaminases pour celles aux
sels de fer,
- –. insuline dans ses mésusages,
- –. cétonurie pour l’intoxication par l’isopropanol,
- –. créatininémie et natrémie pour les intoxications par
le lithium,
- –. bilan d’hémolyse intravasculaire en cas
d’intoxication par certains methémoglobinisants,
- –. phosphorémie pour les intoxications par pesticides
organophosphorés,
- –. kaliémie et glycémie pour l’intoxication aux
salicylés,
- –. natrémie pour celles provoquées par les
amphétamines.
Un des éléments les plus innovants dégagé dans ce travail porte
sur l’accord de dix-neuf molécules ou examens marqueurs de toxicité
qui ont été retenus pour le niveau de délai de réalisation le plus
court (délai 1). A priori, la majorité, voire la totalité des
laboratoires hospitaliers doivent être en mesure de répondre à
cette recommandation. Pour les examens plus spécialisés ou plus
rares, correspondant au délai de réponse compris entre quatre et
vingt-quatre heures, la plupart des laboratoires de toxicologie des
centres hospitaliers universitaires et les laboratoires de grands
hôpitaux régionaux devraient être en capacité de l’appliquer. Bien
évidemment, plus le délai de réponse sera court, meilleur sera le
service rendu au patient.
Concernant l’indication du criblage toxicologique les cliniciens
se sont montrés réservés sur l’utilisation systématique de ce type
d’examens et proposent une réponse selon les situations cliniques
(voir l’encadré 1, point 4 des recommandations). Les
échanges au niveau du groupe de travail ont montré la diversité des
pratiques professionnelles qui sont exercées dans les centres
hospitaliers. D’une manière plus générale, il existe un écart
important entre le potentiel analytique des techniques de criblage
actuelles et leur utilisation par les toxicologues cliniciens. La
raison en est certainement un déficit d’information et/ou de
communication de la part des toxicologues analystes. Par
conséquent, il a été convenu qu’un protocole d’étude prospective
sera formalisé afin de répondre à deux questions : 1) quel est
le bénéfice pour le patient de la mise en œuvre plus systématique
des techniques de criblage dans les intoxications graves ? 2)
quelles sont en priorité les familles pharmacologiques qui
nécessitent un criblage quantitatif utile aux patients ? Une
hiérarchisation des priorités pourrait fort utilement se dégager à
la suite des résultats du protocole qui seront obtenus.
En ce qui concerne les conditions pré-analytiques à respecter
pour les examens, que ce soit en toxicologie médicale ou
médico-légale, il n’y a aucun changement par rapport aux
recommandations de 2003 [9-11]. Il nous semble cependant que ces
recommandations ont besoin, dans le cadre de l’accréditation, de
s’appuyer plus systématiquement sur des études formelles.
Conclusion
Des praticiens de terrain connaissant bien la toxicologie :
biologistes d’horizons variés, médecins urgentistes, réanimateurs
et médecins des centres antipoison ont mis en commun leur
expérience pratique pour la réactualisation des examens de
toxicologie utiles pour la prise en charge d’une intoxication
grave. Les échanges entre les participants ont été très riches et
les débats entre biologistes et cliniciens constructifs. Cette
méthode de travail s’est révélée particulièrement fructueuse. Il
est nécessaire qu’elle soit reproduite dans chaque hôpital en
s’appuyant sur les documents qui sont proposés dans cet article. En
effet, ces documents mis à jour ou élaborés par le groupe
permettent de livrer l’essentiel des informations utiles à la fois
au clinicien et au biologiste généraliste.
Lorsque ceux-ci sont confrontés à une situation d’urgence, ils
peuvent ainsi disposer des premières informations actualisées
indispensables pour une prise en charge optimale des patients. Le
groupe a respecté son engagement de 2003, d’une mise à jour de ces
documents en fonction des évolutions de la toxicologie analytique
et des nouvelles recommandations pour la prise en charge clinique
des patients victimes d’intoxication. En complément, au plan
méthodologique, ces éléments doivent aider les biologistes dans
leur démarche d’accréditation selon la norme ISO 15189. En effet,
celle-ci revêt un caractère obligatoire qui sera opposable au
1er novembre 2016.
Conflits d’intérêts: aucun.
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