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The public hospital: a place for the social symptom and the particular symptom. Answers at a time of institutional decline


l'Information Psychiatrique. Volume 86, Number 4, 323-7, avril 2010, Politique et subjectivité

DOI : 10.1684/ipe.2010.0620

Résumé   Summary  

Author(s) : Guillermo Belaga , Médecin chef, Hospital de San Isidro, Servicio de Salud Mental, Pcia de Buenos Aires, Argentina.

Summary : We discuss our current experience, guided by the practice of psychoanalysis at a hospital in suburban BuenosAires, at a time when a collapse of institutional programmes is occurring. Modern programmes which were originally introduced to treat and educate people. This action developed from a framework of a chaotic emergency, through which we attempted to re-think which institution could be at a level high enough to be effective without any legal involvement. We have drafted psychoanalytical measures at the institution after the links between the concept of authority and decision strategies, but also between the transition from social symptom to particular symptom.

Keywords : psychoanalysis, public health establishment, institution, decision authority, health policy, symptom

ARTICLE

Auteur(s) : Guillermo Belaga

Médecin chef, Hospital de San Isidro, Servicio de Salud Mental, Pcia de Buenos Aires, Argentina

Introduction : coordonnées d’une pratique

Dans ce travail, nous témoignons de l’expérience orientée par la pratique de la psychanalyse que nous réalisons actuellement dans un hôpital public de la banlieue de Buenos Aires. Cette action se déploie à une époque où se vérifie la chute des programmes institutionnels que la modernité avait instaurés pour traiter et éduquer la population. Des programmes dont le support était une « Autorité universelle » qui pouvait établir un pacte symbolique garant de la socialisation et de la subjectivité des personnes. Faisons une brève description du service de santé mentale dont nous sommes responsables. Ce service fait partie d’un hôpital général de pointe dans la commune de San Isidro dont la population est de 300 000 habitants. Il est le centre de référence du système local de santé, qui compte également deux autres hôpitaux, l’un tourné vers l’enfance et la maternité, l’autre également général mais de moindre envergure, ainsi que neuf dispensaires. Toutes ces structures disposent d’un service de santé mentale.

Le service assure 2 500 consultations par mois, dont laplupart sont ambulatoires. Ses principaux domaines d’action sont la consultation externe, où sont proposées des thérapies individuelles, familiales et de groupe, la psychiatrie de liaison et les ateliers de réhabilitation. Il existe aussi une coopérative de travail et une maison relais qui participe à un programme de désaliénation en partenariat avec un des principaux hôpitaux psychiatriques de la province de Buenos Aires. L’hôpital n’a pas d’unité d’hospitalisation, même si en cas d’urgence, les patients peuvent sans obstacles être accueillis par les urgences générales. Pendant leur séjour est mis en place rapidement un dispositif dont le but est d’établir, d’amplifier et de renforcer le réseau communautaire, pour éviter aux patients un séjour dans les hôpitaux psychiatriques. Ces derniers sont des centres de soins avec plus de 1 000 lits, éloignés de la commune, ce qui brise davantage le lien social, déjà affecté par la crise.

L’hôpital public et l’identité sociale

En Argentine, l’hôpital public est gratuit et il est une institution reconnue que la population s’est appropriée. C’est ainsi surtout depuis les années 1950, quand un plan sanitaire s’accordant à l’idée d’un État bienfaiteur fut mis en place, permettant un meilleur accès aux soins pour la population. Cet événement instaura au sein de la population la culture d’un droit à la santé garanti par l’État. Ce fait concernant l’identité sociale de la population – encore préservé aujourd’hui malgré les changements politiques et sociaux –, implique que personne ne puisse être en mesure d’utiliser politiquement un discours qui nierait que les hôpitaux continuent d’être publics, sans risquer une forte désapprobation.

L’événement impolitique

Néanmoins, le programme institutionnel de l’État a subi un grand revers à partir des années 1970 avec la dictature militaire, mouvement amplifié par la suite dans les années 1990, tout comme les identités sociales qui s’étaient construites autour de l’emploi stable et de la culture de l’économie dite « fordiste ».

Ainsi, depuis ces décennies, nous avons pu vérifier la mutation que décrivent les sociologues comme « société liquide ». Ils expriment ainsi, avec différentes nuances à quel point le paradigme de la modernité s’est modifié donnant naissance à la « société du risque », au temps de la volatilisation, de fluidication de tout symbolique, c’est-à-dire, en définitive, à l’approfondissement de la fragmentation de l’Autre, et la manière dont les « modes de vie » de jadis et/ou les « identités culturelles » se trouvent affectées. Lors des dernières décennies se sont effondrées les trames qui reliaient les idéaux sociaux, culturels et politiques en tant qu’éléments d’une bio-narration qui ne peut plus continuer à donner du sens aux sujets. Comme conséquence du nouveau discours hégémonique du capitalisme mondial, en Argentine comme sous d’autres cieux, les sujets sont venus se réfugier dans des identifications plus instables, plus « faibles ».

En Argentine, cette irruption eut lieu en 2001. Ce n’est pas que les effets d’un monde régi par la technologie et le discours capitaliste (nous l’entendons ici tel qu’il est décrit par J. Lacan en tant que nouvelle modalité de jouissance qui ne trouve pas de défense possible) n’aient existé qu’à cette occasion, mais plutôt que l’« événement im-politique » (comme le décrit Jean-Luc Nancy en tant que « destruction et/ou extinction », voire même « rejet radical » du sens [11], ou, si l’on s’exprime avec des termes freudiens, l’irruption de la pulsion de mort comme expérience collective) a été subjectivé à ce moment-là. La crise du modèle économique néolibéral que notre pays a vécu en 2001 a marqué un avant et un après dans notre vie quotidienne, sociale et politique.

C’est à cette période que l’hôpital a connu une situation qui a marqué le début d’un autre regard sur la façon dont l’institution devrait répondre. Ainsi, dans ce contexte d’incertitude, d’angoisse et de violence, un jeune blessé a été amené par ses camarades au service de garde. C’était une urgence médicale qui fut prise en charge sans délais, mais pendant que cela avait lieu, ces mêmes jeunes qui accompagnaient le blessé se sont attaqués aux installations du service de garde et ont agressé les personnes présentes. C’est à partir de ce cadre chaotique d’« urgences subjectives », que nous avons commencé à repenser quelle institution pourrait être à hauteur du « réel sans loi ». Nous avons compris comment la science et la technologie, alliées à la mondialisation économique, produisent une crise d’autorité, en termes de légitimité et de garantie, conduisant à une angoissante quête de références, ce qui a une influence sur la pratique du personnel soignant – c’est la raison de cet écrit – mais qui s’étend aussi à l’ensemble de la société.

Parmi nos réflexions, il nous est apparu qu’une de conséquences de cela est qu’on ne peut plus soutenir « l’institution » à partir d’identifications uniquement verticales. Il convient de parler « des » institutions, de penser que tout, institutions, lois, visions du monde est provisoire, transitoire, qu’elles sont dans une dynamique constante et peuvent être éventuellement transformées de fond en comble à partir d’une « pragmatique » qui puisse considérer que l’universel est percé par un réel indicible.

Première réponse de la psychanalyse dans l’institution : les liens entre la « notion d’autorité » et les « stratégies de décision »

Dans cette optique, l’orientation psychanalytique nous a permis de repenser la « notion d’autorité » et de la relier à un aspect fondamental de la pratique clinique : les « stratégies de décision » face à la demande du malade. Prenons appui chez A. Kojève [4] qui distingue quatre formes de l’autorité tout au long de l’histoire : l’autorité du père sur le fils, du maître sur l’esclave, du chef sur la bande et celle du juge sur celui ou ceux qui sont jugés. À leur tour, ces types sont articulés à d’autres formes d’autorité : l’autorité du père, à la tradition ; l’autorité du maître, à celle du noble ; l’autorité du chef, à celle du supérieur hiérarchique ; l’autorité du juge, à celle du confesseur. C’est un fait : dans le contexte actuel on peut ressentir le déclin de l’autorité du père sur la famille et l’éducation. Ainsi, le mythe œdipien, représentant la figure du père comme celui qui incarne la loi et dont la parole pourrait interdire et distribuer la jouissance, ainsi qu’établir une loi à son égard, cette figure ne fonctionne plus comme un moyen de situer une interdiction, une limite.

Ce que l’on constate maintenant c’est qu’il n’y a pas de limites. Il semblerait que rien ni personne ne puisse poser une limite. Cela atteint le pouvoir de la parole. Ce pouvoir est érodé au point que, si les psychothérapies comptaient sur la parole pour apaiser les tensions érotico-agressives de l’imaginaire, c’est maintenant l’image qui prend le dessus sur le symbolique.

De quelle institution avons-nous besoin ?

Nous pensons, quoi qu’il en soit, que c’est la parole qui institue un espace et une temporalité. Une institution, qui puisse loger sans obstacles bureaucratiques « l’urgence subjective » et faire fonctionner l’Autre du langage dansles registres de l’espace et du temps, demeure donc indispensable. Elle est fondamentale pour la résolution du vide panique qui se produit « pour les foules » (comme s’exprime Freud) lorsque toutes les garanties tombent.

Un fait qui ressort maintenant, à l’époque du déclin du maître et du père, est la façon dont la justice et la religion apparaissent comme lieux de la vérité, au-dessus des autres formes d’autorité. Le droit tente de donner une réponse au phénomène fréquent du soupçon. Bien qu’il ne puisse éviter d’être insuffisant face à la violence. La religiosité, prend de plus en plus une place importante dans les liens communautaires. Son succès se résume à fournir une identité qui rend lisible l’existence des personnes dans ce contexte d’« errance » subjective.

Pas de décision sans risque

C’est alors que, face à la demande de réponses de celui qui souffre d’une « urgence », il n’est plus possible d’incarner l’autorité sous les espèces des idéaux traditionnels, qui impliquaient aussi une certaine façon de décider. Maintenant, nous considérons que dans notre travail quotidien, qui consiste à établir une action pour résoudre le « trauma généralisé » [7], il faut repenser les stratégies de décision à la lumière des nouveaux contextes. À l’analyse de certains postulats utilitaristes [3], il y a trois formes dechoix rationnel : a) décision avec certitude ; b) décision avec risque ; c) décision avec incertitude. De cette manière, on pourrait conclure que dans la plupart des cas les thérapeutes doivent se positionner en sachant que la décision comporte un risque.

La pratique face à une totalité manquée

L’avantage de ces approches est le fait qu’elles tiennent compte des conséquences sur la pratique quotidienne de lamondialisation ainsi que des différentes stratégies pourappréhender et opérer dans le cadre des nouvelles conditions qui se développent et qui traversent les différentes identités, à la fois dans leur continuité comme dans leurs ruptures et leurs hybridations.

À cet égard, E. Laclau [6] attribue à l’hétérogénéité un rôle constitutif dans le social. Pour E. Laclau, l’une des caractéristiques qui définissent l’hétérogénéité est la dimension de « totalité manquée ». Par conséquent, toute décision prendrait comme point de départ l’« exception » et non la gestion de normes universelles. En outre, le moment de la décision ne correspond pas au savoir total, mais la décision repose sur un indécidable, et c’est dans l’après-coup de l’acte que l’on sait.

L’angoisse du praticien

Remarquons que ce contexte hétérogène fait échouer les algorithmes décisionnels proposés par le modèle DSM, qui prétend être capable d’établir un standard « pour tous ». En outre, notons que c’est l’échec de ce programme qui traumatise le thérapeute, car la surprise de la contingence est l’une des causes de l’angoisse du praticien. Cependant, il est possible d’examiner à partir d’une autre praxis les postulats qui tendent à l’homogénéisation des sujets. À partir de l’enseignement de Lacan, la pragmatique de la psychanalyse part du principe qu’il y a un trou dans l’Universel, et que le symbolique trouve une limite dans un réel impossible dont témoigne chaque patient, un par un. Cette pragmatique implique un exercice de conversation, et d’abduction qui prend en compte la contingence et le possible dans un contexte qui se traduit dans l’organisation quotidienne par une approche du cas « à plusieurs », en particulier dans le cadre de la garde et de la consultation de liaison en urgence. Sur le même mode, n’oublions pas que le désir de l’analyste est un désir de non-action opposé au monde de l’utile, qui rend possible la manœuvre qui vise à pousser l’Autre à décider par lui-même.

Deuxième réponse de la psychanalyse dans l’institution : le passage du symptôme social au symptôme particulier

J. Alemán [1] note que S. Freud n’a jamais nommé la civilisation qui serait la plus pertinente pour l’être parlant. En revanche, S. Freud a prévenu que si celle-ci reposait sur la satisfaction d’une minorité et n’offrait pas à la majorité les ressources pour affronter les exigences de la pulsion, cette civilisation deviendrait insoutenable. Nous pourrions en déduire que l’objectif de la psychanalyse à l’hôpital serait d’aller à contre-courant de cette misère subjective, serait de prendre en considération que « ce dont on dépouille les multitudes, c’est de la possibilité de faire l’expérience inconsciente du vide de la Chose que le surmoi comble avec sa circularité pulsionnelle » [2], avec son impératif de jouissance.

La misère, en ce sens, est celle d’être seul avec la jouissance de la pulsion de mort dans l’éclipse absolue du symbolique [2]. Dès lors, la clinique de l’acte analytique à l’hôpital public a pour horizon l’invention d’une nouvelle relation avec le surmoi. Elle cherche son démontage en passant par la grammaire pulsionnelle de l’inconscient. En définitive, dans les témoignages cliniques que nous avons étudiés, nous mettons en lien la satisfaction avec le traitement, et l’effet thérapeutique est atteint lors du passage du symptôme social au symptôme particulier. Nous vérifions ainsi ce qu’affirme J. Lacan [5] que jouir de l’inconscient est toujours particulier, et que c’est une sortie du symptôme social [8]. C’est l’ancrage à l’inconscient cequi permet la sortie du symptôme et de la misère subjective.

La logique de la cure à l’hôpital

Introduisons ici la distinction établie ici par G. Le Blanc entre « vie ordinaire » – celle qui se définit par son inscription dans le jeu des normes sociales – et « précarité » – un reste, un « hors-jeu », une exception extérieure aux normes, mais qui constitue en même temps une position d’exclusion et inclusion de l’ordre politique [9] –, car nous trouvons un intérêt précis à sa manière de poser le couple « alienation-création » pour caractériser la vie ordinaire. Dans sa perspective, l’aliénation serait l’ensemble des procédures qui fournissent une attribution subjective, c’est-à-dire les qualifications qui permettent aux sujets de rendre lisible leur existence à travers de la logique sociale dans laquelle ils sont inscrits. C’est, pensons-nous, la raison pour laquelle il s’attarde sur le problème du travail et la façon dont celui-ci contribue à la singularité des « moi », jusqu’au point où le chômage et la précarité du travail conduisent vers un processus d’attribution d’identité négative. Il reconnaît comme nécessaire cette incorporation des normes pour que le sujet puisse avoir un horizon de création, étant donné que l’expérience de la précarité dévoile le processus inverse de « décorporéisation » qui ne permet pas d’imaginer des possibilités créatrices à ceux qui pâtissent de cette position.

C’est donc au couple aliénation/création que nous nous référons pour tenter de résoudre un point problématique : le fait que l’aliénation ne soit pas seulement un processus de soumission aux règles sociales. Nous trouvons que c’est dans un sens similaire que dans les années 1960, Lacan a posé le couple « aliénation-séparation ». Et nous lui trouvons l’avantage de permettre de penser une logique de la cure qui guide nos orientations cliniques à l’hôpital. Essayons d’expliciter cette dialectique dans des termes plus propres à la psychanalyse. Comme le dit E. Laurent, nous sommes actuellement sans doute en présence d’une « pulsion désarrimée du signifiant », c’est-à-dire un moment où aucun discours ne paraît avoir la possibilité de se soutenir [8]. Dans cette situation, nous y voyons à l’horizon le risque possible de voir advenir un nouveau « maître des paroles et des corps ». Ces éléments nous ont paru indispensables à tenir en compte du fait que l’expérience analytique ébranle le fantasme ce qui appelle un maître pour obturer la faille dans l’Autre, mais aussi, d’un autre côté, en raison que nous misons sur la mise en fonction de quelque « semblant » imaginaire qui puisse permettre de nouer le pulsionnel à la langue commune. C’est-à-dire que dans notre pratique quotidienne, nous tentons à chaque fois de faire un bon usage de l’aliénation, de nous servir de quelques signifiants maîtres afin que le sujet construise une relation de respect vis-à-vis de cette « langue publique » qu’incarne l’hôpital. Mais aussi, qu’en même temps, l’hôpital devienne un instrument capable de renvoyer à la propre histoire du sujet, à la « langue privée » de chacun, afin de permettre une nouvelle subjectivation desa vie.

Nous pourrions mieux nous retrouver dans la logique des cures à l’hôpital à partir du couple aliénation/séparation. Dans un premier temps, nous pouvons dire que l’aliénation, dans la perspective lacanienne, résulte d’une articulation entre une « identification » et l’« inscription du sujet dans l’Autre ». Elle nous paraît d’une importance clinique évidente à l’hôpital. Son efficacité réside dans la tendance « naturelle » du sujet à s’identifier, mais aussi dans le fait qu’en même temps l’identification aliène le sujet au « lieu de l’Autre » dans la recherche de son être. Le solde thérapeutique que nous attendons est à la mesure du capitonnage – c’est-à-dire le fait de faire tenir ensemble le discours –, lors d’un moment d’indétermination subjective. Cet effet de l’opération d’aliénation, rencontre précisément « la fonction » de l’hôpital public comme garantie d’inscription dans l’Autre social, la langue publique dont nous parlions plus haut.

Cependant, en nous référant au point de vue la cure psychanalytique, nous retrouvons un moment où le parcours de la cure ouvre à une tension avec le statut social de l’hôpital. Selon nous, cela intervient en raison que ce « le calcul de l’interprétation », mais aussi « la chute des identifications », déplacent au champ de l’Autre sans garantie ce que Lacan a théorisé comme le « Nom du Père ». Dans ce sens, ce qui oriente le psychanalyste repose sur une évaluation clinique de ce que le sujet peut tolérer dans les deux pôles de son action.

Si l’on aborde maintenant ce que Lacan nomme l’opération de « séparation », l’autre terme du couple séparation/aliénation, ce moment correspond au surgissement de l’opacité du désir de l’Autre. Il vient marquer l’inscription du sujet dans cet objet évanescent qu’il a nommé l’« objet a ». Nous remarquons que ce c’est à ce point qu’apparaissent les inerties majeures dans les cures institutionnelles, car c’est une temporalité qui prend plutôt en compte davantage le libidinal propre au sujet que le champ de l’Autre de l’institution. À ce point, nous trouvons comme un fait clinique remarquable la rencontre avec l’affect de « la honte », puisque, tout autant que le transfert négatif, elle éclaire cette difficulté. Concrètement, nous avons pu déduire la honte dans le cas d’un patient qui n’a pas voulu continuer à l’hôpital lorsque la cure progresse, car l’institution lui est apparue comme la continuation du ravage familial. Sur ce versant, nous sommes davantage dans le traitement de la relation d’« extimité » qu’entretient cet extérieur qui loge au-dedans du sujet lui-même, a la fois intime et au-dehors, et l’Autre social [10]. De la même façon, dans la pratique analytique la honte est un indice du transfert. Il se dessine ainsi un autre vecteur dont le thérapeute devra être averti de ces effets, et dont l’institution devra supporter le propre de l’acte analytique. Car cela tend à réveiller, à « rendre honteux », et par là, conduire l’expérience à un point où peut-être l’analyse devra se poursuivre dans un autre contexte, hors du champ « public ».

Conclusion

Pour conclure, pour nous qui exerçons dans les hôpitaux à partir d’une orientation psychanalytique, il existe une tension entre une pratique qui tente d’être une base d’opérations contre le « malaise dans la civilisation », et, à la fois, qui s’efforce de ne pas rester attrapée par la résolution de demandes sociales, comme pourrait l’être toute autre technique d’adaptation. Nous pensons que ce problème fût explicité par J. Lacan en 1946 dans son éloge à Bion et Rickman, lorsqu’il définit que la psychanalyse comporte une dimension d’effectivité sociale lorsqu’elle se présente comme un instrument de lutte contre la mort qui opère dans la civilisation. C’est dans cette perspective que nous allons tous les jours à notre institution, animés par la nécessité de réfléchir sur une éthique qui conjugue le particulier articulé aux valeurs de la société.

Références

1 Aleman J. El legado de Freud. Revista Lacaniana 2006 ; 4 : 19-23.

2 Aleman J. Nota sobre una izquierda lacaniana. Pensamiento de los Confines 2007; 20, Buenos Aires : Fondo de Cultura Económica.

3 Hoffe O. Estrategias de lo Humano. Buenos Aires : Ed. Alfa, 1979.

4 Kojeve A. La noción de autoridad, 1a ed. Buenos Aires : Nueva Visión, 2005.

5 Lacan J. Séminaire R.S.I., cours du 18 février 1975 (inédit).

6 Laclau E. Debates y combates : por un nuevo horizonte de la política. Buenos Aires : Fondo de Cultura Económica, 2008.

7 Laurent E. El tratamiento de la angustia postraumática : sin estándares, pero no sin principios. La urgencia generalizada : ciencia, política y clínica del trauma, 1a ed. Buenos Aires : Grama ediciones, 2005, p. 31-49.

8 Laurent E. Blog-note del síntoma, 1a ed. Buenos Aires : Tres Haches, 2006, p. 110-111.

9 Le Blanc G. Vidas ordinarias, vidas precarias, 1a ed., Buenos Aires : Nueva Visión, 2007.

10 Miller JA. Extimidad. El Analiticón 1987; 2, Barcelona : 13-27.

11 Nancy JL. « Tres fragmentos sobre nihilismo y política ». In : Nihilismo y política. Buenos Aires : Manantial, 2008.


 

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