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Sleep and sleep disorders in the elderly


l'Information Psychiatrique. Volume 86, Number 1, 57-65, janvier 2010, Psychiatrie du sujet âgé : enjeux cliniques et institutionnels

DOI : 10.1684/ipe.2010.0574

Résumé   Summary  

Author(s) : VH Nguyen-Michel, XY Lâm, C Sebban , Hôpital Charles-Foix, Service d’explorations fonctionnelles, 7 avenue de la République, 94200 Ivry-sur-Seine, France, Hôpital Charles-Foix, Service de gériatrie, 7 avenue de la République, 94200 Ivry-sur-Seine, France.

Summary : Sleep complaints are common among elderly persons. They are secondary to somatic or psychiatric comorbidities and iatrogenic causes but not to aging per se. The prevalence of intrinsic sleep disturbances (sleep apnea, periodic limb movement in sleep, restless legs syndrome) increases with age. Other age-related situations such as neurodegenerative diseases, the life in the nursing home worsen sleep disturbances in older people. Psychotropic medication use therefore increases and is often chronic in this population with more risk than benefit.

Keywords : elderly, sleep, sleep disorders

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ARTICLE

Auteur(s) : VH Nguyen-Michel1, XY Lâm2, C Sebban1

1Hôpital Charles-Foix, Service d’explorations fonctionnelles, 7 avenue de la République, 94200 Ivry-sur-Seine, France
2Hôpital Charles-Foix, Service de gériatrie, 7 avenue de la République, 94200 Ivry-sur-Seine, France

Généralités

Le sommeil est un état physiologique survenant en alternance avec celui de veille. D’un point de vue comportemental, il est caractérisé par une activité motrice réduite, une réponse aux stimuli externes diminuée, une posture stéréotypée, et une réversibilité. Il est indispensable à la survie. La privation de sommeil est associée à une altération des fonctions intellectuelles chez l’homme, et chez le rat, une altération de l’état général, une perte de poids et peut conduire à la mort [11].

L’appréciation du caractère normal ou pathologique du sommeil repose sur des critères cliniques et neurophysiologiques. En clinique, on détermine si le sujet s’endort facilement quand il le souhaite et selon un rythme circadien normal, s’il dort de façon continue ou se réveille souvent pendant la nuit, ainsi que d’après la sensation de récupération le lendemain. Du point de vue neurophysiologique, grâce à l’enregistrement simultané de l’électroencéphalogramme, des mouvements oculaires et du tonus musculaire, on arrive à déterminer différents paramètres : la latence d’endormissement (le temps écoulé entre l’extinction de la lumière et l’apparition du premier endormissement), la durée totale du sommeil, l’efficacité du sommeil (le rapport entre le temps total du sommeil et le temps passé au lit) et l’index des micro-éveils (le nombre des réveils ayant une durée entre 3 et 10 secondes par heure de sommeil). L’enregistrement permet aussi de décrire l’architecture du sommeil : le nombre de cycles (ensembles sommeil lent-sommeil paradoxal), les quatre stades de profondeur croissante et leurs pourcentages : stade I et II (sommeil lent léger 50-55 %), stade III et IV (sommeil lent profond 15-20 %) et le V (sommeil paradoxal 17-23 %).

Les modifications physiologiques du sommeil avec l’âge commencent dès l’enfance et au long de la vie [43]. Au cours du vieillissement normal, on note une altération de la continuité du sommeil avec une augmentation du nombre d’éveils, une réduction de l’index d’efficacité du sommeil, l’apparition d’une somnolence diurne et des siestes dans la journée, une modification de l’architecture du sommeil avec diminution du sommeil lent profond, des ondes lentes et des fuseaux de sommeil, une altération du rythme veille-sommeil avec en particulier un phénomène d’avancement de phase. Ces modifications, plutôt négatives, sont-elles responsables des troubles du sommeil chez le sujet âgé (SA) ? En fait, plus de 50 % des SA ≥ 65 ans se plaignent de leur sommeil [26]. Parmi eux la plupart ont une comorbidité médicale, psychiatrique ou des traitements médicamenteux [25, 26]. Lorsque les sujets présentant des pathologies médicales et/ou psychiatriques sont exclus, la prévalence de l’insomnie est très faible chez les SA en bonne santé [60]. Les troubles du sommeil du SA ne semblent donc pas liés à l’âge mais secondaires aux pathologies chroniques préexistantes et fréquentes dans cette population. Malgré un déclin du sommeil significatif, l’absence de plaintes le concernant chez les SA en bonne santé est expliquée probablement par un mécanisme d’adaptation [59].

Ces données de la littérature mettent en évidence une baisse de la capacité de dormir chez le SA, notamment en terme de qualité du sommeil. Concernant la durée du sommeil, les SA ne dorment pas tellement moins que les sujets jeunes (environ 7 heures en moyenne) [44]. Il n’est en revanche pas certain que le besoin de dormir soit moins important chez le SA [15].

De nombreux facteurs spécifiquement liés à l’âge peuvent contribuer aux perturbations du sommeil (tableau 1). Il est important de noter que chez le SA, il n’y a souvent pas qu’un seul facteur mais plusieurs qui coexistent et aggravent simultanément les troubles du sommeil.

Malgré les plaintes de sommeil fréquentes chez le SA, les troubles du sommeil sont souvent sous-diagnostiqués [42] et pourtant leurs conséquences sont nombreuses et particulièrement néfastes. À partir des données de la littérature, nous abordons dans cet article les troubles du sommeil chez les SA en discutant les particularités propres à cette population.

Tableau 1 Facteurs spécifiquement liés à l’âge pouvant contribuer aux perturbations du sommeil chez le SA.

Modifications physiologiques des synchroniseurs internes

- sécrétion avancée de mélatonine au début de la soirée et diminuée rapidement au cours du nycthémère, sécrétion plus faible de l’hormone de croissance pendant le sommeil lent profond, sécrétion augmentée de cortisol avec l’âge avec pic corrélé aux réveils nocturnes - avance de phase pour la température - activité physique absente ou abaissée

Modifications non physiologiques (synchroniseurs externes : environnementales, sociales, familiales)

- retraite, pas de contrainte horaire pour le coucher, le lever, les repas, pas d’horaires professionnels - isolement social - faible exposition à la lumière - changement de lieu de vie en cas d’hospitalisation ou d’institutionnalisation - perte de proches

Comorbidités

- médicales : douleurs chroniques au cours de maladies musculo-articulaires, insuffisance cardio-pulmonaire avec dyspnée nocturne, troubles gastro-intestinaux, reflux gastro-œsophagien, adénome prostatique avec nycturie, etc. - neuro-vasculaires et dégénératives : accidents vasculaires cérébraux, maladie de Parkinson avec douleurs, crampes, difficulté de mouvements, dystonie nocturne, démence d’Alzheimer, démence à corps de Lewy, etc. - psychiatriques : dépression, anxiété - troubles intrinsèques du sommeil : insomnie, syndromes d’apnées du sommeil, syndrome des jambes sans repos, syndrome des mouvements périodiques au cours du sommeil, syndrome d’avancement de phase, etc.

Médicamenteux

- corticoïdes, théophylline, bêta-bloquants, carbidopa, levodopa, diurétiques, antidépresseurs, consommation prolongée de benzodiazépines, etc.

Le syndrome d’apnée du sommeil (SAS)

Il est caractérisé par des épisodes répétés d’obstruction des voies aériennes supérieures entraînant des apnées (pauses respiratoires complètes pendant plus de 10 secondes) et/ou hypopnées (diminution de la respiration d’au moins 50 % pendant plus de 10 secondes, associée à une désaturation en oxygène et/ou à des réactions d’éveil). Ces événements respiratoires au cours du sommeil entraînent une hypoxie intermittente, une fragmentation du sommeil et une somnolence diurne. On parle de SAS minime lorsque le nombre de ces événements par heure de sommeil (ou l’index par heure) est compris entre 5 et 15. Un index ≥ 30/heure signifie un SAS sévère. La prévalence de SAS dans la population adulte de 30 à 60 ans est de 2 % à 4 % [63]. Elle augmente avec l’âge [14]. Chez les SA ≥ 65 ans, 24 % ont un index d’apnées (IA) ≥ 5/heure et 62 % ont un index d’apnées et d’hypopnées (IAH) ≥ 10/heure [5]. La prévalence de SAS est dramatique en institution, touchant jusqu’à 70 % des SA [2]. Les patients schizophrènes âgés ont plus de SAS sévère que ceux non schizophrènes (31 % IAH> 20 contre 19 %) [6]. La perturbation de l’architecture du sommeil chez le SA > 65 ans atteint de SAS est plus importante que celle des sujets < 65 ans ainsi que la désaturation en oxygène [33].

Le tableau clinique de SAS peut être difficile à reconnaître chez le SA. La somnolence diurne est rarement ressentie : seulement 25 % des hommes ≥ 60 ans ayant un SAS sévère ont un score d’Epworth (évaluation subjective de la somnolence diurne) pathologique. En revanche, l’altération de la vigilance est souvent bien objectivée chez ces patients ; elle peut l’être aussi dans la population générale des SA mais de façon moins fréquente : 64 % des hommes avec SAS sévère versus 33 % sans SAS (Deblois P, et al., Communication personnelle). L’évaluation objective de la somnolence semble être donc plus fiable que celle subjective chez le SA. Kezirian et al. (2009) ont démontré que chez les hommes âgés présentant un SAS, l’IAH est très modérément corrélé au score d’Epworth ; sa sévérité n’est pas corrélée aux scores de qualité du sommeil [32].

Les deux autres symptômes cardinaux de SAS qui sont les ronflements et les arrêts respiratoires au cours du sommeil, sont souvent rapportés par le conjoint du malade. Malheureusement, beaucoup de personnes âgées vivent seules à domicile et n’ont pas de témoin de ces symptômes. Si l’obésité est fréquemment associée au SAS chez les sujets jeunes, cette association est moins importante chez les SA [64, 65]. La nycturie est beaucoup plus fréquente chez les hommes âgés avec SAS par rapport à ceux avec insomnie sans SAS (31/60 patients contre 1/28) [29]. Cependant comme les autres symptômes de SAS – la fatigue, les maux de tête, l’impuissance, etc. –, ils ont peu de spécificité chez le SA et peuvent être rencontrés dans de nombreuses autres pathologies. La comorbidité peut aussi masquer les symptômes liés au SAS. Enfin le SAS peut également s’exprimer sous forme atypique comme des troubles cognitifs, une dépression, une perte d’autonomie, des chutes, etc. Bailes et al. (2005) ont montré chez les femmes âgées une absence de différenciation possible entre le SAS et l’insomnie. Il existe un chevauchement symptomatique entre les deux entités : les insomniaques rapportent des ronflements, des problèmes respiratoires pendant le sommeil et une somnolence diurne alors que les patients avec SAS se plaignent surtout d’insomnie et de fatigue [10]. De plus les SAS légers peu symptomatiques sont extrêmement fréquents chez les SA et sont difficiles à dépister par la clinique seule [5].

Chez le SA, le SAS est associé à une mauvaise qualité de vie, aux troubles neurocognitifs, à la nycturie, aux maladies cardiovasculaires, à la dépression, au risque d’insulino-résistance [15], à un taux de cholestérol HDL diminué [53] et à une exacerbation des crises épileptiques chez les patients épileptiques [19].

Les résultats concernant la mortalité liée au SAS chez le SA sont discordants selon les études : l’association entre la mortalité et un IAH > 20 a été significative seulement chez les hommes < 50 ans [30]. Au contraire, dans une autre étude l’association entre la mortalité et un IAH> 30 est trouvée chez les hommes dans la tranche d’âge 40-70 ans [50]. Dans une population mixte de SA vivant en institution, il existe une forte relation entre la mortalité et le SAS chez les femmes surtout avec IAH > 50. La mortalité précoce est plus élevée chez les hommes mais ne semble pas être liée au SAS [3].

Au total, le SAS est très fréquent chez le SA mais avec des symptômes souvent trompeurs. Attendre un tableau clinique typique peut retarder le diagnostic de SAS. L’exploration du sommeil doit être proposée dès la suspicion de SAS que le tableau clinique soit typique ou non [41]. L’âge ne doit pas être un motif de renoncement au bilan de SAS et au traitement par pression positive continue (PPC). Celui-ci s’avère bénéfique et bien toléré même chez les patients atteints de démence légère ou modérée [61]. La figure 1 montre un enregistrement polysomnographique (PSG) sans et avec PPC dans une même nuit chez un patient âgé de 75 ans présentant un SAS sévère.

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR)

Il est caractérisé par un besoin urgent de bouger les jambes souvent accompagné d’une sensation désagréable. Ce besoin de bouger ou les sensations désagréables commencent ou augmentent au repos ou pendant l’immobilisation. Ils sont soulagés par les mouvements et s’aggravent le soir ou la nuit. Les sujets avec SJSR rapportent plus de troubles du sommeil, de dépression, d’hypertension et de problèmes cardiaques [58]. Les mouvements périodiques des membres inférieurs au cours du sommeil (MPMS) sont présents chez plus de 80 % des patients porteurs de SJSR. De plus chez les patients ayant un SJSR, le nombre de MPMS augmente de façon importante avec l’âge [22]. Le diagnostic de SJSR est un diagnostic clinique reposant sur la description des symptômes par le malade. Celle-ci va être extrêmement difficile chez le malade âgé avec troubles des fonctions cognitives et du langage. Le « test d’immobilisation suggéré », un moyen d’aide du diagnostic de SJSR, ne peut être appliqué que chez les sujets âgés coopérants. C’est pourquoi, le Groupe international d’étude sur le SJSR a proposé de nouveaux critères adaptés à cette population [1]. Par manque de description subjective du malade, ces critères reposent sur l’observation d’un comportement inhabituel type frottement des jambes ou agitation motrice, sur d’autres critères accessoires et sur l’élimination d’autres pathologies entraînant des symptômes similaires : neuropathie douloureuse, troubles rhumatologiques des membres inférieurs, prurit, insuffisance veineuse, etc.

La prévalence de SJSR augmente de 1,2 % (sujets de 18-24 ans) à 10,5 % (sujets de 55-64 ans) [58] et atteint 19 % des patients âgés de plus de 80 ans [48]. Les situations favorisant le SJSR comme l’insuffisance rénale, la carence martiale, la consommation médicamenteuse (antidépresseurs, lithium, antagonistes dopaminergiques), les pathologies neurodégénératives [31] sont fréquentes chez le SA. De plus le SJSR peut se développer à n’importe quel âge mais guérit rarement [15]. Tout cela explique probablement l’importance de la prévalence de SJSR chez le SA. Plusieurs mécanismes seraient impliqués dans le SJSR : un dérèglement du métabolisme du fer central (au niveau cérébral), de la dopamine, des systèmes contrôles de la douleur et une susceptibilité génétique. Le traitement de première ligne est l’application de règles d’hygiène, un traitement martial et dopaminergique (pramipexole, ropirinole) [31].

Les MPMS

Ils se manifestent par une extension du gros orteil et une dorsiflexion du pied avec parfois une flexion du genou et de la hanche, d’apparition périodique au cours du sommeil. La prévalence de MPMS est de 5 % chez l’adulte. Elle augmente avec l’âge [13] et touche 45 % des sujets âgés [4].

Le phénomène est fréquent chez les sujets en bonne santé ne s’en plaignant pas et sans conséquence notable sur l’organisation générale du sommeil [13]. L’existence du MPMS n’est pas toujours pathologique. Il est défini comme un syndrome de MPMS si les mouvements surviennent en dehors du contexte de SJSR et ont un impact sur la continuité du sommeil ou sur le fonctionnement diurne [12]. Le diagnostic de MPMS est difficilement évoqué par la clinique. Le malade peut être totalement inconscient des événements nocturnes. Le témoignage par le conjoint de « coups de pied » fréquents dans la nuit est évocateur. La PSG avec capteurs jambiers permet de faire le diagnostic.

Les troubles du comportement liés au sommeil paradoxal (TCSP)

Ils sont caractérisés par une disparition de l’atonie musculaire au cours du sommeil paradoxal. Elle entraîne des mouvements parfois violents, voire des comportements complexes au cours du sommeil. Le diagnostic de TCSP est fondé sur l’anamnèse et l’enregistrement vidéo-PSG qui permet la mise en évidence des troubles du comportement ou une simple persistance de l’activité musculaire pendant le sommeil paradoxal. La PSG est indiqué dans les troubles comportementaux violents et potentiellement dangereux. Il n’y a pas d’estimation valable pour l’incidence des TCSP dans la population générale [55]. Cependant chez le SA, ceux-ci sont fréquents avec une prédominance masculine ; ils sont souvent associés à des pathologies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson, les démences de type Alzheimer [45, 55], ou à corps de Lewy [17]. Les TCSP peuvent être le premier symptôme de ces pathologies [45, 55], il est devenu le critère diagnostic de démence à corps de Lewy [36]. Chez le SA, la confirmation du diagnostic de TCSP peut permettre de suspecter certaines maladies neurodégénératives et incite à suivre régulièrement le malade lorsque le TCSP reste isolé. Le Clonazépam est un traitement de première intention en absence de contre-indication ainsi que des mesures de protection contre les traumatismes physiques dus à des mouvements violents sur le lieu de sommeil du patient.

Troubles circadiens

Dans des conditions normales, le rythme circadien se synchronise spontanément sur 24 heures sous l’influence des synchroniseurs externes. Chez le SA, il existe une désorganisation des rythmes circadiens en rapport avec un possible affaiblissement de l’horloge biologique interne et une diminution de l’impact des synchroniseurs externes [20]. Il en résulte un rythme circadien faible, désynchronisé, avec une période de veille-sommeil sur 24 heures moins consistante. Cela entraîne un sommeil décalé ou dispersé sur 24 heures (avec siestes erratiques, sommeil de nuit court et fragmenté) mais de durée totale sur 24 heures non modifiée. Le SA a plus de mal à synchroniser son rythme de veille-sommeil avec la vie sociale courante. Les prévalences des plaintes découlant d’un avancement ou d’un retard de phase du sommeil sont estimées à 7 % et 3 % respectivement dans une population entre 40 et 60 ans [9]. En institution, les troubles circadiens sont encore plus importants en relation avec des facteurs spécifiques (cf. infra).

L’insomnie

L’insomnie est une plainte subjective qui concerne un des aspects suivants : les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes fréquents, le réveil matinal précoce et un sommeil non récupérateur avec des conséquences sur la perception de fatigue dans la journée. La prévalence de l’insomnie chez le SA se situe entre 23 et 40 % [26, 37, 38] et est plus élevée que chez le sujet jeune [37]. Les formes sévères augmentent avec l’âge [37]. Le diagnostic d’insomnie repose essentiellement sur l’interrogatoire, l’agenda (le rapport rempli par le patient sur les horaires, la durée du sommeil sur plusieurs semaines) et les questionnaires du sommeil. L’ensemble permet de documenter les habitudes de sommeil dans l’environnement du patient. Cela peut être difficile voire impossible à réaliser chez les patients atteints des troubles cognitifs. L’actimétrie, qui est un examen non invasif et simple à utiliser, permet de détecter les mouvements corporels et d’estimer, de façon indirecte, la période de veille et de sommeil. Cette méthode constitue une solution alternative dans l’exploration de l’insomnie [35]. Son utilisation est particulièrement intéressante chez les malades déments, vivant en institution [8].

Pour faire le diagnostic étiologique de l’insomnie chez leSA, il est essentiel de rechercher systématiquement des facteurs pathologiques, iatrogènes et environnementaux pouvant de façon directe ou indirecte perturber le sommeil (tableau 1). De manière générale, l’enregistrement PSG n’est pas indiqué dans l’évaluation de routine de l’insomnie. Cependant cela est discutable dans le bilan d’étiologie de l’insomnie chez le SA. Les SAS, les MPMS sont très fréquents chez le SA, pouvant être la cause de l’insomnie. Edinger et al. (1989) ont démontré que la PSG a fourni d’importantes informations dans 65 % des cas d’insomnie avec des résultats positifs plus fréquents chez les patients ayant plus de 40 ans. L’exploration permet surtout d’identifier ou d’éliminer une pathologie du sommeil sous-jacente de type SAS ou MPMS, difficilement reconnue par la clinique seule. Les auteurs suggèrent la réalisation de la PSG de routine dans le cas d’insomnie chez le SA [21]. De plus, un traitement hypnotique prescrit pour une insomnie peut aggraver des apnées sous-jacentes non diagnostiquées.

Comme chez les sujets jeunes, il existe chez le SA une forte relation entre l’insomnie et la dépression [25, 26, 37, 40], et entre l’insomnie et l’anxiété [57]. L’insomnie est également un facteur prédictif de dépression (n = 2 370 ; âge > 50) [52] et son amélioration est un facteur de bon pronostic [51]. Plusieurs études ont démontré une relation entre la dépression et les troubles subjectifs du sommeil chez le SA [46, 52] alors que l’association est modeste pour les perturbations objectives (mesure par actimétrie, n = 3 051) [46].

La consommation des psychotropes et le sommeil chez le SA

Une étude en population générale en France (n = 5 622) montre que la consommation de psychotropes augmente dramatiquement avec l’âge : 4,8 % (15-44 ans), 15,6 % (45-64 ans), 23,4 % (65-75 ans), 32,8 % (> 75 ans). L’utilisation chronique est fréquente chez le SA âgé [42]. L’étude dans une population de SA (âge moyen 74 ans) en bonne santé et autonomes (n = 3 055) montre que chaque année au moins 13,9 % utilisent des psychotropes. Les plus utilisés sont les IRS, suivi des BZD. Dix-sept pour cent sont à la dose élevée ; 21 % ont plus de 2 types de médicament et plus de > 57 % sont traités depuis > 2 ans. L’utilisation de tous types de psychotropes augmente au cours de temps [18]. Une méta-analyse a été fondée sur 24 études randomisées, contrôlées, en double aveugles chez les SA insomniaques (n = 2 417) sans comorbidités psychiatriques et traités par des hypnotiques de nouvelle génération (zolpidem, zopiclone, zaleplon). Elle ne montre qu’une amélioration subjective faiblement significative du sommeil. Les effets secondaires sont en revanche nombreux et susceptibles de favoriser le risque de chute et d’altération des performances cognitives. Les effets indésirables sont deux fois plus fréquents que les bénéfices du traitement [28]. Une étude longitudinale sur 5 ans chez des SA (âge moyen 74) en bonne santé et autonomes (n = 3 055) montre que la consommation des psychotropes est associée de façon indépendante à des troubles ultérieurs de la mobilité [18]. Les SA sont sensibles aux hypnotiques et la conduite automobile peut être considérée comme à risque même avec une prise unique de zolpidem [16]. L’ensemble des données suggère que le bénéfice des traitements psychotropes est largement contre balancé par les risques associés à leur usage chez le SA.

SA, sommeil et pathologies neurodégénératives

Une étude longitudinale réalisée auprès de femmes âgées non démentes (n = 2 474 : âge moyen 68,9 ans) montre que les troubles du sommeil sont associés au déclin cognitif ultérieur [62].

Chez le SA ayant des pathologies neuro-dégénératives, les troubles du sommeil sont exacerbés comparativement aux SA sains avec de plus une diminution du sommeil paradoxal dans la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson. Les troubles du sommeil s’aggravent avec la progression de la maladie [47].

La maladie d’Alzheimer est souvent associée à des troubles du rythme circadien et au SAS. Dans les stades avancés de démence, le rythme veille-sommeil peut être inversé entraînant un ralentissement psychomoteur, une somnolence diurne, une augmentation de l’activité, des réveils, une agitation, des déambulations nocturnes. Dans le SAS, l’index des apnées est en corrélation avec la sévérité de la démence. Il semble exister une forte relation entre ces 2 pathologies lorsqu’elles sont sévères [2]. Les troubles du sommeil et de la vigilance semblent être plus fréquents dans la démence à corps de Lewy que dans la maladie d’Alzheimer mais il n’existe pas à l’heure actuelle d’étude objectivée par la PSG [47]. Les TCPS sont le trouble du sommeil le plus caractéristique de la démence à corps de Lewy, faisant partie du critère diagnostique. Les troubles du sommeil rencontrés au cours de la maladie de Parkinson sont nombreux : l’insomnie, les TCSP, MPMS, SJSR, les apnées du sommeil [39] ainsi que les troubles de la vigilance [34].

Sommeil du SA en institution

Les troubles du sommeil sont fréquents en institution avec une latence d’endormissement longue, des réveils fréquents, une efficacité du sommeil diminuée. Le sujet passe souvent trop de temps au lit (en moyen plus de 13 heures par jour) [23] et a un sommeil fragmenté [7].

Parmi les facteurs environnementaux pouvant contribuer aux altérations du sommeil et à la perturbation du rythme circadien (tableau 1), les effets de l’éclairage et du bruit ont été récemment étudiés en institution. Près de la moitié des patients ne sont pas exposés à la lumière dans la journée et ceux qui bénéficient de luminosité ont moins de réveils nocturnes [56]. Le bruit et l’éclairage sont associés à 50 % d’épisodes d’éveils nocturnes de plus de 4 minutes chez les patients incontinents en institution [54]. Les sujets âgés institutionalisés sont plus dépendants et fragiles, et présentent une comorbidité plus lourde. La prévalence de SAS est importante chez le SA vivant en institution (cf. infra). L’ensemble explique les troubles du sommeil fréquents dans cette population. Les troubles du sommeil chez le SA perturbent en conséquence le sommeil de son entourage et contribuent largement à la décision d’entrer à l’institution [49]. La conduite à tenir est fonction de l’étiologie. Dans le trouble du rythme circadien et les agitations nocturnes chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer en institution, la mélatonine n’a pas montré d’efficacité [27] alors que l’exposition à la lumière dans la journée améliore le sommeil nocturne [24, 56].

Références

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