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Hospitalization in psychogeriatrics and role of other structures


l'Information Psychiatrique. Volume 86, Number 1, 33-8, janvier 2010, Psychiatrie du sujet âgé : enjeux cliniques et institutionnels

DOI : 10.1684/ipe.2010.0575

Résumé   Summary  

Author(s) : Philippe Nubukpo, Jean-Pierre Clément , Praticien hospitalier, centre hospitalier La Valette, Saint-Vaury., Professeur des universités, praticien hospitalier, pôle universitaire psychiatrie adulte, sujet âgé et urgences, centre hospitalier Esquirol, Limoges., Centre mémoire de ressources et de recherche du Limousin, centre hospitalier Esquirol, Limoges..

Summary : The psychopathology of aging confers a particular tendency as regards the expression of mental suffering in the elderly. The fragility of common social perspectives at this age requires a broader approach than at other ages, with a multidisciplinary team, a specific assessment and relevant answers which are longer to build. The psychogeriatric in-patient unit, whether “acute” or “subacute”, which is an integral part of the psychiatric sector fulfils its care-giving mission to the elderly. To be effective, it must be consistent with a number of structures upstream, as well as downstream, such as health, medico-social and social. Ignoring its specificity in the operative sector of psychiatry could create the conditions for a missed opportunity for the elderly patient. The missions of this type of unit are sometimes partly included in the new national Alzheimer plan and allocated to new units under specific names. A re-evaluation should be conducted throughout the health sector in order to promote synergies and avoid waste and a decrease in resources.

Keywords : psychiatry in the aged patient, psychogeriatrics, complete hospitalization, national Alzheimer plan

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ARTICLE

Auteur(s) : Philippe Nubukpo1,3, Jean-Pierre Clément2,3

1Praticien hospitalier, centre hospitalier La Valette, Saint-Vaury.
2Professeur des universités, praticien hospitalier, pôle universitaire psychiatrie adulte, sujet âgé et urgences, centre hospitalier Esquirol, Limoges.
3Centre mémoire de ressources et de recherche du Limousin, centre hospitalier Esquirol, Limoges.

Introduction

L’augmentation de la prévalence de la maladie d’Alzheimer et des syndromes apparentés, ainsi que des symptômes psychologiques et comportementaux qui en émaillent l’évolution, ont mis en exergue une discipline déjà vieille d’une trentaine d’années en France, la psychogériatrie. Son évolution jusqu’alors quasi confidentielle tend à s’accélérer sous différentes formes, y compris les modalités d’hospitalisation à temps complet.

L’éventail actuel des prises en charge proposées ou préconisées en psychiatrie du sujet âgé et en « alzheimorologie » est large et il peut être cité sans être exhaustif, les équipes mobiles de psychogériatrie, les équipes de psychiatrie de secteur (assurant des visites à domicile), les hôpitaux de jour psychogériatriques, les unités spécifiques Alzheimer, les unités cognitivo-comportementales, les unités d’hébergement renforcées, les maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades Alzheimer (MAIA), sans compter tout le dispositif gériatrique (court, moyen et long séjour, équipe mobile), les centres mémoires… Ainsi, face à cette complexité, il devient urgent de redéfinir la place de l’hospitalisation complète en psychiatrie du sujet âgé, notamment celle des unités d’hospitalisation de psychogériatrie « aiguë », qui a vocation à demeurer un maillon essentiel d’une véritable filière de soins du sujet âgé. Les liens avec les autres structures d’hospitalisation à orientation psychogériatrique doivent être abordés.

L’unité d’hospitalisation de psychogériatrie aiguë

Définitions

L’unité de psychogériatrie aiguë s’inscrit dans le dispositif du secteur de psychiatrie. Depuis les ordonnances du 15 mars 1960, suivies des circulaires des 14 et 16 mars 1972 et du 9 mai 1974, le secteur psychiatrique se définit comme une politique sanitaire dans laquelle une même équipe médicosociale a la charge d’un territoire géographique découpé autour d’une population ne devant pas excéder 70 000 habitants. Le secteur a vocation de soins, de coordinations de soins et développe des actions hospitalières et extrahospitalières. Il vise à maintenir le sujet dans son milieu, à traiter au plus tôt et au plus près et à assurer les préventions primaire, secondaire et tertiaire. L’unité de psychogériatrie aiguë est une unité de court séjour (deux semaines à 6 semaines).

Missions

La psychopathologie du vieillissement souvent dominée par la régression, le surinvestissement du corps et le deuil, confère une coloration particulière aux manifestations de la souffrance psychique du sujet âgé. La fragilité fréquente des repères sociaux à cet âge impose une approche plus globale qu’à d’autres âges, avec une équipe pluridisciplinaire et des réponses pertinentes.

Ce travail de psychogériatrie aiguë nécessite une évaluation. Cette évaluation est plus difficile pour les patients avec des troubles psychiatriques majeurs entravant la sociabilité. L’unité de psychogériatrie aiguë a cette vocation d’évaluation.

Elle est réservée aux situations de crise (pathologie organique cérébrale, troubles graves du caractère, épisodes dépressifs sévères, etc.) plus ou moins associée à des troubles somatiques du fait de la polypathologie fréquente à cet âge.

Un grand nombre de pathologies mentales peuvent être prises en charge : décompensations de personnalités névrotiques, troubles anxieux et dépressifs, maladies démentielles. Cette liste n’est pas limitative.

L’hospitalisation se décide au cas par cas avec les différents intervenants : médecins de famille, psychologues, psychiatres, infirmiers et assistantes sociales, personnels des unités d’hospitalisation de jour.

Elle est souvent faite en urgence, mais une hospitalisation programmée est préférable. Elle peut se faire sur le mode de l’hospitalisation libre ou de l’hospitalisation sous contrainte, mais cette deuxième modalité est plus rare en psychogériatrie.

Cette évaluation va durer de 15 à 45 jours. Elle nécessite une observation souvent plus longue que chez l’adulte, des examens somatiques, des bilans complémentaires, ainsi que des enquêtes auprès des familles.

L’unité de psychogériatie aiguë peut garder la possibilité d’organiser des visites des patients à leur sortie de l’unité, notamment pour les pathologies à risque de récurrence (troubles thymiques, psychoses) ou de vulnérabilité personnelle ou familiale (pathologie du vieillissement en situation familiale précaire), cela dans des limites géographiques et pour une durée à définir en lien avec les équipes sectorielles de visite à domicile (VAD).

Ressources humaines

Compte tenu de la complexité biopsychosociale des décompensations psychiatriques du sujet âgé, l’évaluation doit impliquer une équipe pluridisciplinaire et elle doit être multidimensionnelle. Cette équipe inclut au moins idéalement un psychiatre du sujet âgé avec des compétences en gériatrie, voire également un gériatre,un psychologue, un psychomotricien, une assistantesociale, un kinésithérapeute, un ergothérapeute, des infirmiers, des aides-soignants, des aides médico-psychologiques et des agents des services hospitaliers avec une sensibilisation aux fonctions logistiques et hôtelières.

Les soins prodigués

La prise en charge se fait avec l’accord de l’équipe pluridisciplinaire. Les objectifs de l’hospitalisation seront définis après une période d’observation et après réalisation d’entretiens avec le malade et sa famille, et de différents bilans (tests psychologiques, bilan de personnalité) adaptés à chaque type de patient. Les orientations thérapeutiques seront décidées par l’équipe et devront être réévaluées régulièrement.

Différents types de soins pourront être dispensés. Certains patients bénéficient d’une prise en charge individuelle (psychothérapie de soutien, d’inspiration analytique) ou de groupe (groupe de parole). Une approche corporelle par des massages, de la relaxation peut être discutée. Les prises en charge psychomotrices permettent un maintien ou une augmentation de la force musculaire, de l’amplitude des mouvements et de l’équilibre nécessaires à la réalisation des actes de la vie quotidienne. Un autre objectif est pour le sujet âgé de s’adapter à l’évolution de son image corporelle.

On pourra avoir recours dans certains cas et de manière brève, lorsque l’agitation est incoercible et compromet la sécurité du patient, à la pratique d’un maintien de protection et de sécurité pour un sujet âgé présentant un comportement à risque à condition de connaître les risques liés à l’immobilisation, de réaliser une évaluation régulière des besoins et des risques et de mettre en place un programme individualisé de soins et de surveillance [5, 6].

Organisation architecturale

L’hospitalisation psychogériatrique aiguë est réalisée dans des petites unités de 15 à 25 lits avec des chambres individuelles et des espaces de vie confortable, ainsi que des zones d’activité pour la sociothérapie, l’ergothérapie, la kinésithérapie. Il faut également un espace de déambulation. L’espace soignant doit être au cœur du dispositif [10].

Articulations

L’unité d’hospitalisation psychogériatrique aiguë doit s’articuler avec un certain nombre de structures d’amont et d’aval.

Les services d’accueil et d’urgences (SAU)

Les SAU, mode d’entrée de plus en plus fréquent des personnes âgées dans les soins hospitaliers, répondent bien aux nécessités d’une évaluation globale médico-psychosociale de la crise chez le sujet âgé [11]. Les principales difficultés rencontrées dans la pratique de l’urgence psychogériatrique sont liées à la complexité de la démarche diagnostique psychiatrique multidisciplinaire, au travail indispensable avec les familles ou les institutions, au temps et à l’énergie indispensables pour trouver des solutions pratiques.

Le temps de cette urgence doit être plus lent que celui de l’adulte plus jeune. Si cette évaluation peut se faire assez vite dans un certain nombre de cas, elle est souvent plus difficile pour les patients avec des troubles psychiatriques majeurs entravant la sociabilité. L’existence de lits de crise pour une évaluation de 24 à 72 heures (en hospitalisation complète, de jour ou de nuit selon les cas) pourrait être un atout. Il s’agit là aussi, d’une mission possible de l’unité d’hospitalisation de psychogériatrie aiguë [9].

Les services de gériatrie

L’unité d’hospitalisation psychogériatrique aiguë doit avoir une convention avec un service de gériatrie proche afin d’assurer la réorientation de patients dont le problème somatique se révèle beaucoup trop important par rapport aux troubles psychiatriques, compromettant à terme le pronostic vital en l’absence d’une prise en charge somatique plus spécialisée.

L’équipe mobile de gériatrie

Elle peut constituer une interface intéressante pour les situations décrites dans le paragraphe précédent, permettant une évaluation somatique avec des propositions de solution graduées pouvant aller des conseils thérapeutiques à la préconisation d’un transfert du patient vers une unité gériatrique ou d’hospitalisation somatique.

L’équipe mobile de psychogériatrie

L’équipe mobile de liaison psychogériatrique a pour mission d’évaluer une situation de crise ou de pré-crise au domicile, à son substitut ou en hôpital général, chez des patients qui sont pressentis pour être admis en psychogériatrie. Elle a idéalement une compétence pluridisciplinaire (psychogériatre, psychologue, infirmier, assistante sociale, etc.). L’objectif est de repérer et de finaliser l’hospitalisation des patients adéquats pour une orientation en psychogériatrie et de proposer d’éventuelles orientations différentes (gériatrie, soins de suite et de réadaptation) pour les autres.

Les équipes de psychiatrie de secteur

En complément des précédentes ou parfois confondues avec elle, leur vocation, par des visites au domicile ou en institution, est d’assurer à moyen et long terme le rôle de suivi du patient et d’interface entre l’unité d’hospitalisation psychogériatrique aiguë et les autres partenaires extrahospitaliers intervenant au domicile ou son substitut afin de maintenir la qualité de vie de la personne âgée malade.

Les consultations mémoires et les centres mémoires de recherche et de ressource

Le diagnostic de la MA est encore souvent réalisé trop tard. Il nécessite dans certains cas un bilan neuropsychologique spécialisé. Afin que chacun, en France, puisse y accéder, un dispositif hospitalier « mémoire » complète, depuis les deux premiers plans Alzheimer, le maillage des neurologues libéraux. Les unités d’hospitalisation psychogériatrique aiguë doivent conventionner avec des centres mémoires, afin de faire bénéficier d’un diagnostic pointu, les patients hospitalisés et dont les troubles du comportement récents peuvent être imputés à une maladie de la mémoire débutante.

Maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades d’Alzheimer (MAIA)

Actuellement en phase expérimentale, elles doivent assurer au sein de cette filière leur rôle d’information de guidance et de coordination.

Les autres structures d’hospitalisation à vocation psychogériatrique

Unités spécifiques maladie d’Alzheimer

Les unités spécifiques MA, dont la création est recommandée par le nouveau plan MA 2008-2012, doivent accueillir une douzaine de résidents présentant des troubles du comportement modérés. Tous les résidents de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) concernés pourront bénéficier de ce dispositif un à plusieurs jours par semaine. Des activités sociales et thérapeutiques, tant individuelles que collectives, leur seront proposées.

En ce qui concerne ses unités spécifiques MA en Ehpad, cinq critères peuvent être retenus pour les définir [1] : une population ciblée, c’est-à-dire ayant une MA ou des syndromes apparentés, et présentant des symptômes psychologiques et comportementaux (SPC) « productifs », « perturbateurs » ou « gênants » compromettant la sécurité et empêchant le maintien d’une vie autonome dans une structure Ehpad classique, un personnel suffisant formé et volontaire, un projet spécifique de soins associé à un projet de vie personnalisé, une participation de la famille et des projets d’aide aux aidants, un environnement architectural adapté et indépendant du reste de la structure.

Par leur définition, elles correspondent en fait aux missions jusqu’alors dévolues aux unités d’hospitalisation psychogériatrique aiguës. Il reste à faire la démonstration de leur pertinence à être localisées au sein des structures Ehpad.

Unités de soins de longue durée

Lorsque les troubles sont durablement installés et que l’hospitalisation de courte ou moyenne durée n’a pas suffi à régler le problème des troubles du comportement, le sujet âgé sera orienté en unités de soins de longue durée (USLD), trop souvent réservées aux patients en perte d’autonomie physique. Il serait intéressant que la réforme des USLD prenne en compte les besoins psychogériatriques dans ces structures souvent peu adaptées aux troubles psychiatriques. À moins que les unités d’hébergement renforcées (UHR) préconisées par le plan Alzheimer remplissent cette mission. Cela paraît a priori difficile, car cela reviendrait à transférer des moyens de l’hôpital psychiatrique déjà sous-doté vers le médicosocial, ce qui correspondrait à un risque de dispersion des savoirs et compétences.

Unités cognitivo-comportementales

Afin d’éviter un trop long passage par les services de psychogériatrie aiguë, le nouveau plan Alzheimer 2008-2012 prévoit la création de 120 unités cognitivo-comportementales dans les services de SSR. Dotées d’un projet médical et de soins spécifiques, elles doivent assurer des programmes de rééducation cognitive et de réhabilitation, afin de permettre un retour à domicile ou en institution. Il s’agirait donc en quelque sorte d’unités d’hospitalisation psychogériatrique « subaiguë », permettant des séjours plus longs (2 à 4 mois), ce qui est déjà le cas pour un certain nombre de patients dans les unités « aiguës ».

Unités d’hébergement renforcé

Les unités d’hébergement renforcé sont, elles, conçues pour les malades présentant des troubles sévères qui altèrent la qualité de vie de la personne et des autres résidents des Ehpad.

Hôpitaux de jour psychogériatriques

L’hôpital de jour fait maintenant partie intégrante des structures de soins en psychiatrie du sujet âgé. L’hospitalisation de jour s’adresse à toutes les pathologies psychiatriques compatibles avec un maintien à domicile. On doit pouvoir y trouver une réelle fonction soignante pour des prises en charge de groupe, mais aussi individuelle.

Ce n’est ni un centre de jour, ni un accueil de jour, qui sont des structures sociales dont l’objectif est de rompre la solitude et l’isolement des personnes âgées en leur proposant des activités de groupe.

L’hôpital de jour psychogériatrique est une institution médicale s’adressant à des patients résidant chez eux ou dans un domicile de substitution et dont la pathologie est adéquate au projet de soin qu’elle s’est donné. C’est une structure où sont dispensés des soins psychiatriques et/ou somatiques. Il doit être considéré comme une structure hospitalière où peuvent être programmés et organisés des bilans, des diagnostics et des traitements.

Ces unités fonctionnelles peuvent se situer à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital.

Cette structure a l’avantage de maintenir l’adaptation sociale du sujet âgé en évitant une coupure avec sa famille. Les trois principales indications sont donc les troubles dépressifs chroniques ne nécessitant pas une hospitalisation complète, les troubles de nature psychotique, qu’ils soient anciens ou d’apparition récente, les déficits intellectuels ne s’accompagnant pas de troubles majeurs du comportement rendant incompatible la vie en groupe [4].

Discussion : limites et perspectives

Est-il besoin de créer des unités d’hospitalisations psychiatriques spécifiques pour les personnes âgées ? Certains professionnels pensent que de telles unités recèlent des risques de constitution de ghettos pour personnes âgées présentant des troubles variables avec une sociabilité plus ou moins perturbée. Ainsi, les sujets âgés les plus autonomes pourraient subir des blessures narcissiques face à l’image de la dégradation que peuvent offrir les patients avec des troubles sévères de la mémoire. Une telle critique est recevable dans le sens qu’il est nécessaire de créer des sous-unités en fonction du degré de sociabilité. Mais il ne faut pas nier le fait que depuis plusieurs années, il s’est distingué progressivement une clinique psychiatrique spécifique du sujet âgé dont la méconnaissance par les équipes peut constituer une véritable perte de chance pour la personne hospitalisée.

Cette activité de soin psychogériatrique aigu doit s’enrichir d’un véritable partenariat opérationnel en amont et en aval de l’hospitalisation (des conventions entre le secteur de psychiatrie et les Ehpad, les équipes psychiatriques de visite à domicile, les services de gériatrie, les équipes mobiles de gériatrie, les médecins généralistes, les autres intervenants au domicile sont nécessaires). Le retour à domicile n’est pas une tare, ni une panacée et doit toujours être précédé d’une évaluation rigoureuse [8, 11]. Dans ce sens, le travail en lien avec le dispositif sectoriel est indispensable pour un relais de qualité sur le long terme, surtout lorsque la structure d’hospitalisation psychogériatrique est une unité intersectorielle.

Qu’en est-il du dispositif français par rapport au reste de l’Europe ? La situation est inégale au sein de l’Union Européenne où dans certains pays, la spécificité de la psychiatrie du sujet âgé n’est pas encore bien reconnue [3].

La situation de la psychogériatrie en Europe a été décrite par Bleeker et Diesfeldt [2] par rapport à quatre grands critères : l’approche pluridisciplinaire, l’orientation communautaire, une bonne couverture de la population et l’existence d’un soutien professionnalisé pour les aidants familiaux. En fonction de ces caractéristiques, le Danemark, la Finlande, l’Islande et la Suède étaient les mieux classés. En Angleterre, les normes du Collège royal de psychiatrie recommandent pour une population de 22 000 personnes âgées de 65 ans et plus, un psychiatre du sujet âgé, 20 lits de soins psychogériatriques aigus, 45 lits de soins de suite et 45 places d’hôpital de jour [3]. En Hollande, les services de psychogériatrie ont une vocation régionale offrant un éventail complet de services allant de services d’hospitalisationaux soins à domicile [7]. En Allemagne, les hôpitaux psychiatriques offrent des services de court séjour pour la psychiatrie du sujet âgé d’une durée moyenne d’hospitalisation de 3 semaines environ pour les patients présentant des troubles du comportement.

Face à la multiplication des unités d’hospitalisation ou du moins des prises en charge des SPC préconisée par le nouveau plan maladie d’Alzheimer 2008-2012, ne pourrait-on pas craindre une dilution des moyens, préjudiciable à la psychogériatrie dans son ensemble ? Il faut garder à l’esprit que les patients pris en charge dans les unités d’hospitalisation psychogériatrique aiguë et ou subaiguë ne se résument pas à la pathologie démentielle qui constitue à peine un tiers de la file active. Dans la dotation en moyens, il faudra rester vigilant à ne pas déséquilibrer les structures et à éviter une dispersion ou une dilution qui serait très vite préjudiciable à la qualité des soins.

Conclusion

L’unité d’hospitalisation psychogériatrique (court séjour ou soins de suite) est destinée à prendre en charge la crise biopsychosociale du sujet âgé présentant un comportement perturbé, afin d’éviter l’évolution vers une urgence médicale, psychiatrique ou mixte, en prenant le temps nécessaire à l’évaluation pluridisciplinaire et à la recherche de solutions à la crise qui demandent plus de temps et d’autres compétences que chez l’adulte plus jeune. Les missions de ce type d’unité sont parfois reprises en partie par le nouveau plan Alzheimer et attribuées à des unités nouvelles sous des dénominations spécifiques : « unités spécifiques MA », « unités cognitivo-comportementales », « unités d’hébergement renforcées ». Il sera utile en fonction des régions ou à l’échelle du territoire de santé, de réfléchir à l’articulation de toutes ces structures afin d’éviter les redondances, la dilution et la dispersion des moyens et des compétences.

L’unité d’hospitalisation psychogériatrique demeure un dispositif pertinent de cette filière psychogératrique et gériatrique, à construire à l’échelle du territoire de santé en articulation avec toutes les autres structures médicales, médicosociales et sociales dans le but de faciliter le parcours de soins du sujet âgé et d’améliorer sa qualité de vie.

Références

1 Andrieu S, Aquino JP, Armaingaud D, et al. Unités spécifiques Alzheimer en Ehpad et prise en charge des troubles sévères du comportement. Réflexion sur les critères de définition et missions. 6e Congrès national des unités spécifiques de soins Alzheimer. Paris, 19-20 décembre 2008. Serdi Éditeur, 2008, 2-15.

2 Bleeker J, Diesfeldt H. « Services for dementia in continental Europe: a Dutch view ». In : O’Brien J, Ames D, Burns A (eds). Dementia, 2nd ed. London : Arnold, 2000, pp. 300-2.

3 Burns A. The Role of the Old Age psychiatrist. Standards in Dementia Care. London : Taylor and Francis, 2000 ; pp. 171-7.

4 Clément JP, Darthout N, Nubukpo P. Guide pratique de psychogériatrie, 2e éd. Paris : Masson Médiguide, 2006.

5 HAS. Évaluation des pratiques professionnelles dans les établissements de santé. Limiter les risques de la contention physique de la personne âgée. Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé, octobre 2000.

6 HAS. Liberté d’aller et venir dans les établissements sanitaires et médicaux sociaux et obligation de soins et de sécurité (conférence de consensus), novembre 2004.

7 Isaacs A, Arie T. « A development of psychiatric services for the elderly in Britain ». In : Isaacs A, Post F (eds). Studies in geriatric psychiatry. Chichester : John Wiley and sons, 1978, pp. 251-52.

8 Moritz F, Benez F, Verspyck V, Lemarchand P, Noel D, Moirot E, et al. Comment prendre en charge les sujets très âgés aux urgences ? Évaluation de 150 patients très âgés au CHU de Rouen. Presse Méd 2001 ; 30 : 51-4.

9 Nubukpo P, Herrmann C, Clément JP. L’approche psychogériatrique au service d’accueil et d’urgences du CHU de limoges. Ann Gérontol, 2005 ; ; 267-73.

10 Tessier JF, Clément JP, Léger JM. « Principes d’organisation des soins en psychogériatrie ». In : Léger JM, Clément JP, Wertheimer J. Psychiatrie du sujet âgé. Paris : Flammarion Médecine-Sciences, 1999, pp. 491-506.

11 Zinetti J, Daraux J, Ploskas F. Urgences psychiatriques chez les personnes âgées. Rev Prat 2003 ; 53 : 1197-200.


 

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