ARTICLE
Auteur(s) : F Caroli
Ce sinistre vendredi d’octobre, quand la nouvelle s’est
répandue, beaucoup d’entre nous se sont trouvés sidérés, anéantis,
face à une situation injuste. Nous venions de perdre un frère, un
grand frère ; même pour ceux qui sont plus âgés que lui.
Il avait 59 ans.
Les images se mirent à défiler sous nos yeux : cet homme calme
et placide, si vivant, si bon vivant, véritable épicurien, que nous
avions connu venant de Rouen vers Paris pour accompagner
Bailly-Salin, auquel il a succédé avec talent ; son travail s’est
sans cesse appuyé sur un trépied fondamental : Secteur, Clinique et
Psychanalyse, sans négliger l’enseignement et le soin aux
toxicomanes.
Il était entré en syndicalisme lentement et sûrement, pour
devenir naturellement le 4e président du Syndicat des
psychiatres d’exercice public, le Spep. À aucun moment il n’a
utilisé cette position pour des ambitions personnelles, mais il a
toujours cherché à unir et servir.
Comme un grand frère, il était à l’écoute et ramenait dans le
droit chemin quelques individualités exacerbées. Il se
montrait à la fois sévère et indulgent, maintenant toujours la
cohésion du groupe. Si quelqu’un a toujours fait preuve d’autorité
naturelle et incontestée, sans jamais faire preuve d’autoritarisme,
c’est bien lui.
Nous l’avons tous à l’esprit, même en son absence : depuis
longtemps, nous avions pris l’habitude, en cas de difficultés, de
nous interroger avant d’agir : « Qu’en penserait Malapert ? »
Il répondait, usant de sa voix profonde, posant sur chacun un
regard bienveillant avec toujours une pointe distanciée d’ironie.
Jamais dupe, Éric.
Il fut un président consciencieux. Il avait développé une
sorte de veille syndicale qui en faisait un chef d’orchestre aux
réactions immédiates.
Il fut un président de conviction, redoutable dans la
discussion. Quelle énergie n’a-t-il pas développée pour éviter avec
succès qu’aucune loi ne criminalise les malades mentaux.
Il fut un président de conciliation. En menant à bien la
première étape du regroupement syndical vers un nouveau grand
mouvement unitaire dont il devait devenir le premier président
constituant.
Ses projets d’avenir ne s’arrêtaient pas là, puisqu’il se
rapprochait de plus en plus de l’association scientifique ANCRE
PSY, où il se montrait de plus en plus présent, rappelant sans
cesse qu’il en était membre fondateur. Nous avions tous compris et
souhaité que cela fût son avenir post-syndical, comme un retour aux
sources.
Nous le croyions indestructible, car sans doute nous le
souhaitions, tant il était solide auprès de sa famille et de ses
amis. Mais les structures qu’il a mises en place sont suffisamment
robustes pour éviter que l’orage d’une nuit ne jette à bas la
maison tout entière.
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