ARTICLE
Auteur(s) : Alex Raffy1
1* Psychologue à l’EPSAN (Bas-Rhin, secteur I
02, service du Dr E. Perrier), 4 rue Chopin, 67000 Strasbourg
http://pedofolie.info
Je propose une discussion critique et comparative des diagnostics
de trouble hyperkinétique avec déficit de l’attention (Thada) et de
trouble oppositionnel avec provocation (TOP) définis par le DSM
[1], à partir d’une expérience psychothérapeutique en secteur
infantojuvénile. J’y mêlerai des considérations générales relatives
aux incidences de l’hypermodernité contemporaine sur les normes de
tolérance sociales et les expressions psychopathologiques. Il
paraît en effet nécessaire de marcher sur deux pieds en partant du
singulier de l’expérience clinique, sans se priver de recourir à
des hypothèses anthropologiques sur les corrélations entre la
transformation des classifications psychiatriques des dernières
décennies et les mutations du monde contemporain qui influent aussi
bien sur le psychisme que sur notre regard clinique.Par l’enfant
des limites, j’entends l’enfant tel qu’il est ou était
traditionnellement institué par la société des adultes : c’est
l’individu qui se construit à partir des limites socialisantes
posées par sa famille et ses autres partenaires (crèches,
garderies, école, voire justice). « Fabriquer l’homme, dit
Pierre Legendre, c’est lui dire la limite. Fabriquer la limite,
c’est mettre en scène l’idée du père, adresser aux fils de l’un et
l’autre sexe, l’interdit » [9]. Cet enfant, soumis aux lois et
acceptant des règles normalisantes de la vie familiale qu’il
contestera à l’adolescence, paraît être devenu une figure moins
courante, voire un idéal mythique et réactionnaire.En vingt-cinq
ans d’exercice, les consultations de secteur dans les mêmes lieux
de soin m’ont paru changer de profil. La banalisation des
consultations psychiatriques et psychologiques pour l’enfant et
l’adolescent a probablement recruté une population plus vaste, avec
des critères de gravité moindre suscitant davantage de demandes
d’essence éducative. Toujours est-il que de très nombreux
consultants se plaignent d’avoir des enfants agités, désobéissants,
coléreux, refusant les contraintes familiales, scolaires ou
sociales. Autrefois, les parents répondaient sans état d’âme à ces
problèmes en les étouffant par des moyens de coercition
(corrections, humiliations, maison de correction) que nous
condamnerions aujourd’hui. Les enfants étaient d’ailleurs si
souvent amenés à aider les parents par des travaux physiques et des
tâches ménagères qu’ils étaient a priori moins enclins aux révoltes
ou caprices des enfants de notre époque. Actuellement encore, on ne
rencontre pas nos problèmes de discipline ou d’insolence en milieu
scolaire dans les pays pauvres. En pédopsychiatrie, nous pouvons
être mis en rivalité avec l’intervention comportementaliste d’une
supernany explicitement évoquée par certains parents. Des mères,
déçues de ne pas voir disparaître assez vite les symptômes de leur
enfant, nous en font grief : « Je ne comprends pas, à la
télé, ce genre de problèmes est réglé en une fois ! »
Nous sommes moins convoqués comme sujets supposés savoir quelque
chose sur le sens des symptômes que comme techniciens éradicateurs
d’un dérangement social appelé « trouble » en novlangue
DSM2.Ces troubles – qui sont d’abord
des troubles à l’ordre familial et scolaire – ne se résument
cependant pas à des caprices d’enfant gâté pour ce qu’on nomme
« Thada ». L’exercice du principe de réalité et la
capacité de sublimation ouvrant à une intériorisation de la
pensée sont souvent durablement entravés chez ces enfants qui,
comme le nourrisson, veulent tout tout de suite et se laissent
aller à leurs affects indépendamment des exigences extérieures. Le
moindre stimulus visuel ou auditif les détourne de leur tâche, d’où
les problèmes de concentration invoqués ! La découverte de
molécules stimulant la vigilance et apportant le calme est tombée à
pic pour répondre aux nouvelles
exigences sociales !L’enfant du DSM évoque l’enfant
attendu par notre société avancée qui décourage, voire condamne,
les rapports de force3 et réclame
l’arrivée au baccalauréat de 85 % des nouvelles générations.
Les jeunes ne s’inscrivant pas dans ce schéma désespèrent en effet
les parents dont la progéniture est devenue l’idéal et l’horizon.
« Il ne veut pas comprendre que c’est pour lui qu’il doit
travailler ! On n’a plus rien sans le bac ! » se
désolent-ils. Les exigences de notre société ne sont en effet plus
les mêmes qu’à une époque où l’enfant n’avait qu’à suivre la voie
de ses parents (reprendre la ferme, le petit commerce) ou à devenir
ouvrier ou garçon de ferme lorsqu’il était rétif à l’école. Avec la
montée des exigences scolaires, l’informatisation des services
économisant les déplacements, la mécanisation des travaux de force,
l’invention des jeux vidéo et la télévision comme troisième parent,
l’individu standard n’est plus le paysan ni le prolétaire :
c’est le citadin qui doit rester assis le plus clair de son
temps ; autant de facteurs favorisant l’obésité
infantile ! Car le rapport au temps et à la nourriture ayant
aussi changé, les enfants qui supportent mal l’attente tuent le
temps en grignotant devant l’écran, sur le modèle généralisé de
l’american way of life.
Un enfant « Thada » : Jacques (7 ans)
Fils unique, Jacques a été d’une agitation extrême dès l’âge de la
marche et a présenté un retard de parole. Très tôt, son père, déjà
pris par des ruminations mélancoliques, a tenté de se soutenir dans
une proximité amicale avec lui, quand il ne s’absentait pas dans
l’alcool ou pour son travail. La mère a fini par divorcer et s’est
repliée sur Jacques. Les difficultés du garçon à se concentrer et à
maîtriser son impulsivité parfois violente ont provoqué un rejet à
l’école maternelle. Sa mère a noté des propos inquiétants qu’il
tenait alors : « Dans le ventre de maman, le bébé pleure.
Le bébé voudrait sortir, il n’aime pas le ventre de sa maman, il se
sentait prisonnier. Le couteau coupe la maman, puis le papa, à la
fin le bébé ». Cette impossible individuation, qui éveille
d’angoissants fantasmes de morcellement, paraît aussi provoquer en
retour des défenses hypomanes de type hyperactivité. Par instants,
le moi croit ainsi triompher : « Les fantômes ça passe
dans le ventre et ça casse le cœur. Moi, je peux les tuer ».
Jacques a suivi dès trois ans une première psychothérapie de
trois séances par semaine du fait de son agitation, de son
caractère imprévisible et de son impulsivité. La thérapie a été
vécue de façon persécutive par la mère et l’enfant.
Mme A. s’est sentie jugée et Jacques a menacé le
psychiatre de ne plus rien dire s’il continuait à interpréter tous
ses faits et gestes. Ils ont de ce fait interrompu la
psychothérapie.
Le garçon est déjà sous Ritaline® lorsqu’il vient me
voir, ce qui lui a rapidement permis de devenir un bon élève au CP.
Malgré ces progrès remarquables, il est encore traité de
« cinglé » à l’école et n’a pas d’ami. Mme
A. dit à propos de la Ritaline® :
« C’est miraculeux, mais ça ne règle pas tout. Il ne peut
pas prendre ça toute sa vie, et on ne sait pas pourquoi il est
comme ça ». Encoprétique de jour, il est aussi énurétique de
nuit malgré des traitements médicamenteux, et porte des couches.
Jacques fait des cauchemars dans lesquels il se voit entouré de
monstres.
C’est un garçon attachant qui tient des propos très cohérents et
ne laisse voir aucun élément psychotique. En séance, Jacques ne se
plaint de rien, concédant tout juste que le pipi au lit l’ennuie.
Il se lève de sa chaise pour faire de la gymnastique ou des
mouvements de karaté, les effets du médicament étant dissipés à
l’heure tardive des séances. En continuité avec sa première
psychothérapie, ses dessins de monstres et de gardiens armés
défendant des entrées de châteaux le montrent soucieux de ne pas se
livrer. Jacques se dérobe toujours aux questions et se réfugie dans
des jeux physiques. Bien qu’il nie toute signification à son
énurésie, celle-ci cessera pendant les quelques nuits suivant ma
rencontre avec son père. Peut-être influencé par des publicités
pharmaceutiques, il relate ainsi son vécu des effets
médicamenteux : « C’est la guerre dans mon corps. Il y a
des microscopiques commandants qui massacrent ceux qui font que je
les provoque. Les commandants y sont très puissants. Les microbes
d’une autre race sont ceux qui provoquent. L’armée a des
mitrailleuses, des haches. L’armée va dans tout le corps. Y’a des
gentils [Ritaline] et des méchants [microbes]. Les microbes ils ont
envie d’appeler la méchante armée ». Sa nervosité, ses sauts
et ses prises de karaté évoquent ainsi son combat
contre l’envahissement par les « armées » d’une
jouissance perturbante.
Jacques a une fonction de soutien pour son père dépressif qu’il
va voir le week-end. Confinés dans un studio enfumé, ils regardent
ensemble des cassettes de guerre. Il en repart encore plus nerveux
qu’avant. Outre le fait que Mme A. imagine qu’il doit
impérativement voir son père tous les week-ends pour le bien des
deux, elle appréhende les jours sans école parce que l’inoccupation
et l’ennui font faire à Jacques des crises d’angoisse et de colère.
Elle doit lui trouver en permanence une occupation.
Dans la seconde année du travail, Jacques prend du recul par
rapport à son père, passant d’un soutien inconditionnel à son
égard, à la formulation de critiques de plus en plus vives. Il
impose à ses parents de ne plus y aller qu’un week-end sur deux,
puis seulement à la demande, comme pour sevrer son père et rassurer
sa mère.
La mère, complément indispensable du puzzle à reconstituer,
participe à la cure. Dans tous les rêves maternels, Jacques est un
bébé portant des couches, souvent torse nu. Il meurt généralement
sous ses yeux, emporté par une vague ou par des inconnus
l’empêchant de lui porter secours. Dans un cauchemar, son fils lui
échappe sous sa forme de bébé, en étant dans une voiture en pente
qui descend seule sans qu’elle arrive à l’arrêter. Dans les
derniers mois de la cure, elle rêvera pour la première fois de
Jacques en grand garçon : « Il y a un homme qui peint un
train en blanc, mais c’est en fait un avion blanc. Je veux le
montrer à Jacques qui est grand comme maintenant, mais je le
surprends à se rouler dans la neige [blanche aussi]. Furieuse, je
lui enlève son anorak et il redevient bébé ». Autrement dit,
en dépit de toute sa bonne volonté consciente, Mme A. ne
supporte pas qu’il s’émancipe et grandisse en empruntant un trait à
une image masculine/paternelle. Toute séparation d’avec elle
équivaut inconsciemment à la mort de Jacques. Elle l’embrasse
toujours sur la bouche et s’étonne de ma surprise. Tout en
reconnaissant les interdits de notre société, elle imagine un monde
pur où les parents initieraient sexuellement leurs enfants
« sans y voir mal ». Jacques se trouve ainsi poussé à
être le parent/copain de son père et le bébé/partenaire incestueux
de sa mère.
Mme A. décide de son propre chef d’arrêter la
Ritaline® le week-end et les vacances, tandis qu’il
arrive à Jacques d’oublier de prendre son comprimé auquel il dit
tenir. Lorsqu’elle lui fait arrêter de son propre chef le
traitement, malgré mon incitation à la prudence, l’instituteur
soutenu par Jacques lui demande instamment de reprendre le
traitement, ce qu’elle fera. Quelques mois après, elle
l’interrompra à nouveau sans que cette fois l’enseignant s’en rende
compte ou en tout cas ne réagisse ! Dans une sorte de
relation gémellaire, cette décision de sevrage médicamenteux a été
contemporaine à celle qu’elle a prise d’arrêter de fumer. Peu
après, elle interrompra la psychothérapie – que Jacques n’avait
jamais voulu engager –, arguant de la nécessité qu’il ne vive pas
toujours en assisté. Celui-ci a désormais des amis, l’encoprésie a
cédé, il sait s’occuper seul et ses résultats scolaires sont encore
corrects après l’arrêt de la Ritaline®. Le fait que sa
mère le rêve désormais en enfant de son âge m’a paru de bon augure.
Jacques reste toutefois un garçon agité, tourmenté et
énurétique.
Un cas de TOP : Jérôme (6 ans)
La famille vient sur l’insistance de l’école, leur fils unique ne
tenant pas en place, refusant de faire tout exercice en classe
(CP), donnant des coups de pied dans les cartables des autres. Il
aime amuser la galerie et insulte la maîtresse lorsque celle-ci
essaie de le cadrer. Cela ne l’empêche pas de donner de bonnes
réponses quand on ne l’attend pas ! Il explique ses
comportements asociaux par l’indisponibilité de la maîtresse
lorsqu’il a besoin d’aide, ce qui fait dire aux parents qu’il lui
faudrait une institutrice pour lui tout seul ! À la maison, il
reste collé à sa mère et ne fait rien seul, pas même s’habiller.
Lorsque sa mère s’éloigne, fût-ce pour aller aux toilettes, elle
doit le lui dire sous peine d’une crise de colère. Il estime que ce
savoir sur l’autre parental est un dû et ne laisse voir aucune
phobie majeure susceptible de justifier un tel comportement. Il
mange aussi difficilement, quand bon lui semble et seulement ce
qu’il aime. Ses parents évitent de l’emmener en ville ou chez des
amis parce qu’il y fait des caprices à tout propos et veut prendre
ou acheter tout ce qui l’intéresse.
La mère banalise la situation, allant jusqu’à trouver
« normal » d’habiller son fils de 6 ans et de se
faire suivre partout à la maison. La réserve armée maternelle ne
permet pas d’apprendre grand-chose sur l’histoire familiale, sinon
que ses propres parents ne peuvent rien refuser à leur petit-fils.
Jérôme, qui vient avec réticence, reste dans la dissimulation et le
déni. Avec une voix surfaite de tout-petit, il reproche à sa mère
de « tout me raconter ». « Si j’allais pas à
l’école, dit-il, je serais tranquille ! ». Pour cette
famille – je ne verrai pas le père – tout va bien sauf à l’école où
le milieu scolaire les persécuterait. Dans ce fonctionnement
familial saturé de jouissance dont le père semble absent, aucun
engagement psychothérapeutique n’a été possible. Comme l’évoque la
description clinique du TOP, ce cas renvoie à une problématique
d’enfant gâté pris dans l’empathie d’un amour maternel qu’il
appelle et défie4.
Hypothèses psychanalytiques sur les symptômes du Thada et du
TOP
Sans prétendre m’étayer sur des statistiques, j’ai rencontré avec
une étonnante régularité chez les enfants étiquetés Thada ou TOP,
des sujets dont l’histoire dans la constellation familiale et la
place dans la fantasmatique parentale n’avaient pas permis l’accès
à une fonction paternelle suffisamment castratrice5. Contrairement à Melman qui considère que
l’enfant hyperactif n’a aucune place dans l’économie psychique
maternelle et que « l’enfant sent bien qu’il n’a pas de place
chez elle et qu’il n’en a pas non plus du côté du père, même si ce
dernier le voit, le reçoit » [10]6, mes observations montrent plus souvent une
configuration familiale où la mère est inséparée de son enfant pris
comme bijou phallique. Une mère déprimée sera susceptible de se
replier sur son enfant en le gâtant pour le/se consoler d’un homme
qui les a tous deux abandonnés. La situation s’enkystera d’autant
si la mère reste seule à éduquer son enfant (divorce, père pris
ailleurs, sous diverses addictions) ou si elle doit s’échiner à
contrer l’éducation laxiste du père ou de grands-parents
omniprésents. La constitution de cette robuste dyade symbiotique
mère-enfant autorisera tous les excès à ce dernier, le laissant
désarmé pour affronter le monde extérieur sans angoisse ou
explosion affective incontrôlable. Il arrive aussi qu’une mère
ayant vécu des violences physiques dans l’enfance se soit jurée de
ne jamais donner la moindre fessée ni de laisser personne toucher à
ses enfants. Dans un cas de TOP, il s’agissait d’une femme dont le
père avait négocié à son adolescence des rapports sexuels
incestueux, pour le prix d’un droit de sortir et d’avoir de
l’argent de poche. Une génération après cette grave défaillance
paternelle, cette femme se trouvait dans l’incapacité de dire
« non » à son fils, alors qu’elle savait défendre ses
positions au travail. Elle prit conscience qu’elle reproduisait
avec lui ce qui s’était passé à la génération précédente :
elle ne pouvait rien refuser au mâle de la famille. Pour ce garçon
agité et désobéissant, une prescription médicamenteuse efficace
aurait participé à l’occultation d’un secret de famille se jouant
sur trois générations7.
Ce cas de défaillance de la fonction paternelle8 est toutefois bien moins courant que le cas
de figure du père en position de doublure maternelle
hyperprotectrice, de « copain » ou de grand frère de son
enfant, trichant ainsi avec la généalogie. Combien de mères se
plaignent d’avoir « un enfant supplémentaire » en parlant
de leur conjoint !
Au-delà des vicissitudes de chaque situation, je propose ici le
concept de « père suffisamment castrateur » comme le
pendant paternel à la « mère suffisamment bonne » de
Winnicott. L’absence ou le peu de prise des castrations
symboligènes sur un enfant n’en fera pas un psychotique mais un
sauvageon immature !9 D’un point
de vue clinique, ces enfants psychiquement peu organisés paraissent
en souffrance – en attente – de castrations symboligènes. Ces
dernières sont des vaccins de rappel aidant à l’intériorisation du
principe de réalité, permettant d’amorcer un renoncement à des
satisfactions pulsionnelles archaïques et à un objet de désir
incestueux. Pour ce profil d’enfant, les frustrations constituent
d’insupportables piqûres à un moi idéal désireux de rester dans
l’illusion de la toute-puissance du nourrisson. Les voies de la
sublimation paraissent barrées et ne permettent pas l’ouverture à
une envie ou à un plaisir d’apprendre, raison pour laquelle c’est
très souvent au moment des apprentissages du CP que le Thada est
diagnostiqué. Contrairement au TOP, le Thada n’implique pas un
refus généralisé, mais traduit la souffrance désordonnée et le
désarroi d’un enfant à l’Œdipe irrésolu, inapte à développer une
attention soutenue et à orienter sa libido vers une voie
exogamique. Le défaitisme dépressif (« je suis
nul ! », « j’y arriverai pas ! ») permet
d’échapper à l’effort et au risque, tout en apportant la
satisfaction de mettre l’autre en échec. Lorsque l’hyperkinétisme
est enkysté au point de n’avoir plus d’adresse, la prescription de
Ritaline® peut constituer la solution la plus
appropriée. Cette prescription n’impose pas pour autant d’attribuer
à l’enfant un statut de malade, s’agissant d’un phénomène nocif qui
dépasse à ce stade l’enfant et les adultes qui s’en occupent,
psychiatre compris.
Les difficultés des enfants instables témoignent – quelle que
soit leur structure psychique10 –
d’un mode de fonctionnement à l’égard des frustrations et des
privations qui révèlent une position de déni de la castration.
Phénoménologiquement, le TOP relève d’une organisation défensive
plus sthénique et mieux structurée que le Thada. L’enfant paraît
avoir plus de ressources intellectuelles mobilisables, même si
celles-ci sont occupées à provoquer, en refusant tout ce qui
révèlerait sa castration : perdre au jeu ou dans les conflits,
perdre la face (« même pas mal ! » après une
fessée). À travers ces provocations jouissives, on perçoit chez lui
des traits pervers – processus de déni et de dénégation – mis en
scène avec une théâtralité exhibitionniste. Pour déployer sa
problématique, l’enfant TOP réclame un autre demandeur – souvent la
mère – qu’il puisse accaparer et tourmenter en s’y opposant. Dans
le Thada et le TOP, l’envers de l’empêchement à sublimer touche aux
circuits interlopes de la jouissance11. Nombre d’enfants ou adolescents
paraissent ainsi s’épuiser dans des stratégies d’autosabotage
venant contrer le projet parental, sans pouvoir construire ni même
imaginer un projet d’avenir. Sans savoir encore ce qu’ils veulent,
ils savent déjà ce qu’ils ne veulent pas et leur narcissisme blessé
pourra les mener aux pires extrémités : « C’est pas lui
qui va me calmer ! » disait de moi l’un d’eux à sa
mère.
Mais tout n’est pas noir ni bouché puisque nous savons que,
derrière la jouissance de ces jeux sadomasochistes de
toute-puissance, il y a des signifiants à tenter de saisir et
travailler. L’enfant instable et opposant est, comme le suggérait
Charles Melman, un sujet qui cherche sa place. Ces comportements
sont un « pré-texte », à la fois question et réponse en
acte adressées à la cantonade. Il le fait en interrogeant la
castration de l’Autre, il appelle et convoque l’adulte en le
sommant de reprendre sa place et de le remettre lui, à la sienne.
Fin observateur, l’enfant connaît très bien les limites de chacun
et, en l’absence d’accord entre leurs paroles et leurs actes, il
les teste incessamment dans une surenchère qui attend une
résolution. Mais son triomphe ne le calmera pas nécessairement,
voire stimulera ses provocations, comme s’il pressentait l’impasse
de cette victoire à la Pyrrhus12.
Dans sa prétention perverse à l’autofondation (négation de sa
dette généalogique, de son clivage subjectif), j’ai vu un enfant
faire taire sa mère qui le complimentait, pour se féliciter
lui-même à la deuxième personne ! Même si le ratage structurel
de sa toute-puissance est retardé par la faiblesse ou la complicité
des adultes qui l’entourent, l’enfant inapte à l’effort de penser
finira par se dégonfler du fait d’un cruel retour de la réalité.
L’échec scolaire, la déconsidération par ses pairs, les retours
agressifs des enseignants mis en échec, la déception de ses
parents, l’isolement social finiront par l’atteindre
narcissiquement, pour le faire entrer dans un cycle dépressif. Ces
moments sont les plus favorables pour susciter une demande
psychothérapique.
L’impact des facteurs sociétaux sur l’expression
psychopathologique
On notera que la première littérature psychiatrique évoquant
l’hyperactivité date de la fin du XIXe siècle, ce
qui correspond à l’essor industriel occidental et à la
généralisation des valeurs induites par le système capitaliste.
L’avancée concomitante du discours de la science a eu un effet
décisif sur le déclin du patriarcat. La perte de crédibilité aux
yeux des enfants n’atteint pas seulement le père, mais aussi la
parole des adultes, parents ou partenaires sociaux (école, police,
justice).
La science a importé l’épiphénomène scientiste et, avec lui,
l’idée que la nouveauté dans tous les domaines (culturel, éducatif,
juridique, scientifique, technique) constituerait une valeur
absolue. La parole de vérité – qui serait celle du sage – est
surclassée, voire confondue, avec l’efficience technique13. Avec le déclin du patriarcat et de sa
tyrannie, la représentation de l’ancien s’estompe pour se muer en
image de vieux radoteur encombrant le système productiviste. Qui
n’a observé l’air de triomphe ou le regard de compassion porté par
l’enfant sur ses parents se démenant avec un ordinateur, un jeu
vidéo ou le magnétoscope ! L’enfant est bien plus en phase
qu’eux, avec une technologie née en même temps que lui !
L’invention de la formation continue révèle la
« ringardise » du vieux qui tente de rester dans le coup
face à la génération montante. Dans les organes consultatifs ou
décisionnels psychiatriques européens, les décideurs et chercheurs
qui prétendent à l’objectivité scientifique en santé mentale jugent
suspecte, voire caduque, toute référence à des articles et travaux
datant de plus de dix ans. Le « jeune » et le
« nouveau » étant devenus les valeurs sociales
dominantes, les adultes opèrent une course à l’envers vers la
jeunesse (recul de la mort biologique, chirurgie esthétique, modes
jeunistes, fantasmes de clonage ou de congélation). Les parents
devenant toujours plus empathiques avec leur progéniture
s’interdisent toute position d’autorité ou de pouvoir.
« L’enfant, dit Lacan [7], ne manque jamais de concrétiser
l’écœurement qu’il ressent de l’infantilisme de ses parents ».
Listons de façon non exhaustive les facteurs amenant les grandes
personnes à rejeter la position d’adulte qui répond de ses paroles
et de ses actes :
- – avec l’avancée du capitalisme, on est ce qu’on
a ; le corps devient un capital à entretenir, voire à assurer,
la parole d’autorité est battue en brèche par le prestige de
l’argent et des biens de consommation ;
- – il en résulte une gadgétisation de notre être-au-monde
et une difficulté croissante à résister aux tentations
mercantiles ;
- – avec le développement des technosciences, les experts
– « psy » inclus – tiennent une place croissante dans les
décisions de la vie quotidienne. On ne sait plus faire grand-chose
sans leur recours et l’on se reporte sur eux avec
soulagement ;
- – le lien social se judiciarise en attendant du juge –
expert du droit – la désignation d’un responsable à tous les
événements gênants ou traumatisants (décès, accident) ;
- – la position d’autorité ou de vecteur de la castration
se décrédibilise. Les parents répugnent à tenir le « mauvais
rôle » à la maison, tandis que des modifications
institutionnelles achèvent le travail de sape de la représentation
des adultes ;
- – la suspicion que la société, les médias et les
spécialistes portent sur l’adulte font de celui-ci un majeur
susceptible d’être irresponsable et auquel l’enfant ne doit pas
faire aveuglément crédit. Les discours de prévention contre les
abus sexuels font en effet de tout adulte ou parent un abuseur
potentiel.
L’important accroissement des diagnostics de TOP et de Thada et
de leur traitement médicamenteux paraît montrer que nous touchons à
un phénomène de société susceptible de toucher toutes les familles.
L’enfant sans limite n’est pas seulement pris dans une
fantasmatique familiale, mais il est aussi enserré comme ses
parents dans des dispositifs institutionnels compliquant la
résolution de leurs difficultés, car les relais instaurés par la
société (enseignants, éducateurs, textes législatifs) sont aussi
atteints par ces mutations. Quelle que soit la gêne occasionnée par
ces comportements infantiles, est-il alors raisonnable de faire de
traits spécifiques à notre époque une déviance
pathologique sous prétexte, comme le pose l’Inserm, de
prévenir d’ultérieurs « troubles des conduites »14 ?
La conjugaison de l’infantilisme des grandes personnes et de
l’« adultisation » des enfants comme facteurs entrant
dans l’étiologie du Thada et du TOP ?
Les différences entre enfant et adulte s’estompent avec
l’infantilisation des grandes personnes et
l’« adultisation » des enfants :
- – au niveau anthropologique, on observe une disparition
progressive des rites de passage (retraite de la communion, service
militaire, condamnation des bizutages devenus plus traumatisants
que symboligènes) ;
- – nous avons fait ailleurs l’hypothèse que la phase de
latence se raccourcirait, voire s’estomperait [13, 14]. Les enfants
de 7-9 ans semblent déjà ouverts aux us et coutumes des
adolescents où l’expression d’une sexualité crue n’est pas toujours
absente (fillettes disant « vouloir faire l’amour avec leur
chanteur préféré », sous-vêtements et tenues sexy, boum entre
enfants des deux sexes, participation de garçons prépubères à des
viols collectifs). Des parents nous rapportent fréquemment que le
discours contestataire et le comportement de leur enfant – parfois
dès l’âge de 5-6 ans – leur évoquent une problématique
adolescente ;
- – les adultes partagent les goûts des enfants :
trottinettes et patins à roulette, dessins animés nommés
« films d’animation », bandes dessinées « pour
adultes », gameboy, magasins de bonbon, etc. ;
- – dans le domaine législatif, l’enfant tend à être
considéré comme un adulte miniature, voire comme le membre d’une
minorité opprimée sur le modèle du prolétaire. L’invention de la
Convention internationale des droits de l’enfant – quelle que soit
la légitimité de ces mesures pour les enfants exploités des pays
défavorisés – dépouille les parents de leur autorité dans l’espace
familial en les obligeant à rendre des comptes de plus en plus
circonstanciés à la société. Le concept d’un « intérêt
supérieur de l’enfant » met l’enfant au-dessus de
l’adulte en position de fétiche.
L’ensemble de ces modifications anthropologiques nivelant la
différence adulte/enfant – que je désigne du néologisme de
pédofolie [14] – alimente la crise de l’autorité des premiers et
l’inaccessibilité aux limites des seconds. L’actuelle tendance à la
démocratie intégrale en famille soulage les adultes qui répugnent à
tenir la position du maître en place d’exception. La violence
psychopathique et l’incivilité (« troubles des
conduites ») renverraient ainsi à l’extension au champ social
de la désobéissance des enfants incastrés en famille.
Conclusions
Nous devons nous garder d’idéaliser les adultes des temps passés
qui ne devaient pas mieux remplir leur fonction parentale,
préoccupés qu’ils étaient alors de nourrir la famille. L’expression
psychopathologique varie avec les styles de défaillance parentale
et le contexte idéologique du moment [15].
Dans la théorie psychanalytique, la défaillance structurelle de
la fonction paternelle œuvre à la constitution de toute névrose15, normalité incluse. Toutefois, on
peut distinguer les défaillances traditionnelles favorisant la
genèse des névroses de transfert (échec du refoulement avec retour
du refoulé) et les nouvelles expressions psychopathologiques
(Thada, TOP, certains troubles des conduites) renvoyant au
non-refoulement, à la non-intériorisation des contraintes, à
l’angoisse de l’autofondation et de la panne [4]16. Il s’agit d’un phénomène contemporain de
la modernité [3, 8, 10, 12, 14].
Le TOP est une manifestation paroxystique appelant l’adulte à
soutenir sa responsabilité dans l’humanisation du petit d’homme.
Dans le même temps que la société promeut la défense de l’enfant et
sa « libération », celui-ci paraît écrasé par les
exigences médicopsychosociales préventionnistes faites au nom de
son intérêt supérieur. L’enfant ayant adopté le Thada comme
modalité d’existence pourrait bien être le produit caricatural de
notre culte de la performance, de la rapidité et du zapping. Petit
Charlot des temps hypermodernes, l’enfant agité et désobéissant né
de l’homo zapiens [3] incarne la nouvelle forme du malaise dans
notre civilisation. Lorsque la situation perdure, il devient moins
accessible aux exigences socialisantes, subissant déjà les
conséquences déprimantes de son incapacité à sublimer. L’enfant
troublé oscille entre le triomphe maniaque d’une toute-puissance
imaginaire (caprices exaucés, imaginaire des jeux vidéos, refus de
l’effort intellectuel) et une réaction dépressive lorsque, faute de
limites symboligènes humanisantes, les limites viennent du réel
(cumul d’échecs et de rejets)17.
L’Inserm propose la mise en place précoce d’une guidance
familiale sur trois mois, évoquant singulièrement les stages à la
parentalité imposés par la loi aux parents des jeunes en
déshérence18. Implicitement
considérés comme de grands enfants, les parents doivent être formés
au métier de parent par des experts en normalité. Il existe en
effet une norme sociale qui est celle de l’obligation à une
éducation a minima. Le pédopsychiatre ne peut échapper à sa
responsabilité d’en appeler aux structures médicosociales ou
judiciaires pour un enfant en danger physique ou moral. Mais avant
toute option médicamenteuse, sa fonction psychothérapeutique
n’est-elle pas d’aider à questionner l’histoire des défaillances
familiales pour lever les répétitions pathogènes responsables des
difficultés ayant amené à la consultation ? D’une autre nature
est l’idée que toute déviance comportementale relèverait d’un
trouble à traiter médicalement.
Ces questions cliniques touchent ici à l’éthique. Nous risquons
de revenir à une psychiatrie moraliste dégénérative, sous une forme
scientiste modernisée. N’en trouve-t-on pas des signes lorsque
l’empêchement à sublimer est perçu par le DSM comme un déficit
d’attention et que le qualificatif de « méchant » entre
dans la liste des troubles du TOP ? N’en voit-on pas les
prémices lorsque l’Inserm préconise d’« exploiter les travaux
sur le petit animal de laboratoire » pour étudier les troubles
des conduites et croit repérer « une réduction significative
de l’amplitude de l’onde P300 » chez les adolescents
présentant lesdits troubles ? Nous savons que nos pensées et
actions s’opérant par le biais de notre encéphale, elles montreront
nécessairement des modifications de son activité électrique. Il est
aussi fort probable qu’il y ait constitutionnellement des enfants
lymphatiques et d’autres plus actifs. Mais la définition de ce qui
dérange et agresse reste hors du champ de la science ! C’est
dans ce second temps que les experts classifient à leur guise les
mauvaises ondes et les gènes fautifs19. Parler au nom de la science d’un cerveau
dérangé pour un individu mettant en cause l’ordre social « de
façon répétitive et persistante » est une démarche
discutable, surtout lorsque des instances veulent gérer ces
comportements à grande échelle, au nom de la santé publique. La
biologisation de la psychiatrie accompagne ainsi la transformation
de la vieille société disciplinaire en une société moderne de
contrôle (Foucault). Bien que ces mutations historiques nous
dépassent, nous avons à nous positionner comme citoyen et comme
professionnel.
Références
1 American Psychiatric Association. DSM IV. Paris : Masson,
1996.
2 Bercherie P. À propos du DSM III. In : Géographie du
champ psychanalytique. Paris : Navarin, 1988.
3 Dufour DR. L’art de réduire les têtes. Sur la nouvelle
servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme. Paris :
Denoël, 2003.
4 Ehrenberg A. La fatigue d’être soi. Dépression et
société. Paris : Odile Jacob, 1998.
5 Gregoire J. Devenons-nous plus intelligents ?
Journal des Psychologues 2006 ; 234.
6 Inserm. L’expertise du trouble des conduites chez l’enfant et
l’adolescent. septembre 2005.
7 Lacan J. Ecrits. Paris : Seuil, 1966.
8 Lebrun JP. Un monde sans limite. Ramonville
Saint-Agne : Erès, 1997.
9 Legendre P. La fabrique de l’homme occidental.
Paris : Mille et une nuits, 1996.
10 Melman C. L’homme sans gravité. Paris : Denoël,
2002.
11 Miller A. C’est pour ton bien. Racines de la violence.
Paris : Aubier, 1984.
12 Pommier G. Les corps angéliques de la postmodernité.
Paris : Calmann-Lévy, 2000.
13 Raffy A. Les psychanalystes et le développement de
l’enfant. Ramonville : Erès, 2000.
14 Raffy A. La pédofolie des grandes personnes. De
l’infantilisme des grandes personnes. Bruxelles : De Boeck,
2004.
15 Raffy A. La tentation hypermoderne du rapport sexuel
avec l’enfant. Cliniques lacaniennes n° 10, Les nouveaux
rapports à l’enfant. Ramonville Saint-Agne : Erès, 2006.
13 Les tests psychométriques sont calqués
sur le modèle de l’efficience, de la performance et de la rapidité,
d’où la montée constante du QI qui est à réétalonner tous les
15 ans. Les petits Français ont ainsi gagné un point de QI par
an entre 1949 et 1974 [5].14 L’Inserm [6]
pèche d’ailleurs par optimisme en proposant un dépistage de Thada
et TOP à 36 mois. Brazelton indique que le nourrisson est en
âge de faire des premiers caprices dès la fin de la première
année !15 Dire que ces défaillances
de la fonction paternelle ont une incidence sur la construction
d’une névrose n’en fait pas nécessairement une cause étiologique
première ou exclusive. Une fragilité psychique d’origine
indéterminée peut rendre l’enfant plus vulnérable aux défaillances
de l’environnement et l’amener à se construire avec elles.16 Le surmoi se trouve en quelque sorte
externalisé en épousant les contraintes productivistes.17 Nous avons fait ailleurs [15] l’hypothèse d’une
augmentation des problématiques maniacodépressives décrites par
Mélanie Klein, sans référence à une structure psychotique.18 L’Inserm [6] propose la mise en place du
programme Functional family therapy (FFT).19 Selon l’Inserm, le taux d’héritabilité génétique
du trouble des conduites est proche de 50 %.2 Comme dans la novlangue d’Orwell, le DSM prétend
s’affranchir des superstructures en simplifiant le vocabulaire et
la pensée psychiatriques de façon à être accessible et commun à
tous, pour éradiquer l’ambiguïté polysémique, les hypothèses
théoriques et toute référence à une histoire des idées et à des
auteurs. C’est bien entendu un fantasme ! Paul Bercherie a
déjà établi l’essence comportementaliste du DSM [2].3 Outre la mouvance d’Alice Miller [11], la Convention
internationale des droits de l’enfant, l’instauration nationale
d’un défenseur des enfants, les techniques de communication (T.
Gordon ou J. Salomé) et les mouvements d’opinion visant à interdire
tout châtiment corporel sont autant de manifestations sociales
témoignant de cette tendance à décourager toute velléité de mise en
acte d’un rapport de force.4 Cf. la liste
des troubles du TOP dans le DSM IV [1].5
Cette défaillance – par ailleurs structurelle – se manifeste dans
la réalité à travers la parole et les actes des interlocuteurs
privilégiés de l’enfant qui alimentent sa problématique œdipienne
inconsciente.6 La différence
d’appréciation pourrait tenir au recrutement des consultants. Les
parents issus d’un milieu citadin intellectuel et bourgeois ont
probablement plus tendance à mener une vie affective
individualiste.7 On arguera en langage DSM
qu’il faudrait savoir si ce garçon présentait ces
« troubles » depuis plus de 6 mois dans deux lieux.
C’était le cas, mais l’expérience montre qu’à force de rencontrer
surdité ou déni chez les adultes, l’attitude provocatrice de
l’enfant à la maison diffuse dans les lieux de socialisation.8 S’il y a lieu de distinguer le père réel du
père imaginaire et symbolique, il faut qu’il y ait un parent –
géniteur ou autre – qui intervienne dans le réel, cette fonction
paternelle ne pouvant être supportée par la seule parole.9 La métapsychologie psychanalytique distingue la
castration primordiale, problématique chez le psychotique, des
castrations secondaires opérant à chaque stade libidinal que Dolto
qualifie de « symboligènes ».10
Dans la CIM 10 le TOP n’a pas d’entité propre et est inclus dans le
trouble des conduites. Par ailleurs, le fait que, selon le DSM, ces
syndromes ne doivent pas exclusivement survenir au cours d’un
trouble psychotique, témoigne que les psychoses ne sont pas exclues
de ce profil syndromique.11 On
considérera dans l’acception lacanienne, la jouissance comme un
réel intrusif s’exprimant sur un fond originairement masochiste qui
fait barrage à la pensée, à la parole et en fin de compte à
l’échange.12 On peut considérer la
situation sur ses deux versants. Du côté productif, il attend une
réponse limitative pacifiante. Sur le versant de la jouissance, il
pousse toujours plus loin son avantage, quel que soit le prix à
payer.
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