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L’enfant des limites, l’enfant du DSM 1


l'Information Psychiatrique. Volume 82, Number 9, 723-30, Novembre 2006, L’enfant complexe

DOI : 10.1684/ipe.2006.0054

Résumé   Summary  

Author(s) : Alex Raffy , Psychologue à l’EPSAN (Bas-Rhin, secteur I 02, service du Dr E. Perrier), 4 rue Chopin, 67000 Strasbourg http://pedofolie.info.

Summary : Children as in the DSMThe DSM concepts of attention deficit and hyperactivity disorder (ADHD) and oppositional defiant disorder (ODD) are criticised on the basis of clinical experience combined with a theoretical, psychoanalytical and anthropological approach. These syndromes, linked by hypothesis to the effects of loss of parental authority, are correlated with the current social and institutional condemnation of the exceptional position of the teacher. The failure in the exercise of paternal function encourages a tendency to a lack of differentiation between adult and child and shows itself through an empathic repugnance on the part of the former to impose symbolic castrations on the latter. Medicinal prescriptions for these syndromes instituted into illness are in danger of masking the contradictions and interfamily psychic conflicts by making children carry the responsibility for an unacknowledged malaise in hypermodernity.

Keywords : hyperkinetic disorder with attention deficit, oppositional defiant disorder, castration, DSM, child, paternal function, infantilism

ARTICLE

Auteur(s) : Alex Raffy1

1* Psychologue à l’EPSAN (Bas-Rhin, secteur I 02, service du Dr E. Perrier), 4 rue Chopin, 67000 Strasbourg http://pedofolie.info

Je propose une discussion critique et comparative des diagnostics de trouble hyperkinétique avec déficit de l’attention (Thada) et de trouble oppositionnel avec provocation (TOP) définis par le DSM [1], à partir d’une expérience psychothérapeutique en secteur infantojuvénile. J’y mêlerai des considérations générales relatives aux incidences de l’hypermodernité contemporaine sur les normes de tolérance sociales et les expressions psychopathologiques. Il paraît en effet nécessaire de marcher sur deux pieds en partant du singulier de l’expérience clinique, sans se priver de recourir à des hypothèses anthropologiques sur les corrélations entre la transformation des classifications psychiatriques des dernières décennies et les mutations du monde contemporain qui influent aussi bien sur le psychisme que sur notre regard clinique.Par l’enfant des limites, j’entends l’enfant tel qu’il est ou était traditionnellement institué par la société des adultes : c’est l’individu qui se construit à partir des limites socialisantes posées par sa famille et ses autres partenaires (crèches, garderies, école, voire justice). « Fabriquer l’homme, dit Pierre Legendre, c’est lui dire la limite. Fabriquer la limite, c’est mettre en scène l’idée du père, adresser aux fils de l’un et l’autre sexe, l’interdit » [9]. Cet enfant, soumis aux lois et acceptant des règles normalisantes de la vie familiale qu’il contestera à l’adolescence, paraît être devenu une figure moins courante, voire un idéal mythique et réactionnaire.En vingt-cinq ans d’exercice, les consultations de secteur dans les mêmes lieux de soin m’ont paru changer de profil. La banalisation des consultations psychiatriques et psychologiques pour l’enfant et l’adolescent a probablement recruté une population plus vaste, avec des critères de gravité moindre suscitant davantage de demandes d’essence éducative. Toujours est-il que de très nombreux consultants se plaignent d’avoir des enfants agités, désobéissants, coléreux, refusant les contraintes familiales, scolaires ou sociales. Autrefois, les parents répondaient sans état d’âme à ces problèmes en les étouffant par des moyens de coercition (corrections, humiliations, maison de correction) que nous condamnerions aujourd’hui. Les enfants étaient d’ailleurs si souvent amenés à aider les parents par des travaux physiques et des tâches ménagères qu’ils étaient a priori moins enclins aux révoltes ou caprices des enfants de notre époque. Actuellement encore, on ne rencontre pas nos problèmes de discipline ou d’insolence en milieu scolaire dans les pays pauvres. En pédopsychiatrie, nous pouvons être mis en rivalité avec l’intervention comportementaliste d’une supernany explicitement évoquée par certains parents. Des mères, déçues de ne pas voir disparaître assez vite les symptômes de leur enfant, nous en font grief : « Je ne comprends pas, à la télé, ce genre de problèmes est réglé en une fois ! » Nous sommes moins convoqués comme sujets supposés savoir quelque chose sur le sens des symptômes que comme techniciens éradicateurs d’un dérangement social appelé « trouble » en novlangue DSM2.Ces troubles – qui sont d’abord des troubles à l’ordre familial et scolaire – ne se résument cependant pas à des caprices d’enfant gâté pour ce qu’on nomme « Thada ». L’exercice du principe de réalité et la capacité de sublimation ouvrant à une intériorisation de la pensée sont souvent durablement entravés chez ces enfants qui, comme le nourrisson, veulent tout tout de suite et se laissent aller à leurs affects indépendamment des exigences extérieures. Le moindre stimulus visuel ou auditif les détourne de leur tâche, d’où les problèmes de concentration invoqués ! La découverte de molécules stimulant la vigilance et apportant le calme est tombée à pic pour répondre aux nouvelles exigences sociales !L’enfant du DSM évoque l’enfant attendu par notre société avancée qui décourage, voire condamne, les rapports de force3 et réclame l’arrivée au baccalauréat de 85 % des nouvelles générations. Les jeunes ne s’inscrivant pas dans ce schéma désespèrent en effet les parents dont la progéniture est devenue l’idéal et l’horizon. « Il ne veut pas comprendre que c’est pour lui qu’il doit travailler ! On n’a plus rien sans le bac ! » se désolent-ils. Les exigences de notre société ne sont en effet plus les mêmes qu’à une époque où l’enfant n’avait qu’à suivre la voie de ses parents (reprendre la ferme, le petit commerce) ou à devenir ouvrier ou garçon de ferme lorsqu’il était rétif à l’école. Avec la montée des exigences scolaires, l’informatisation des services économisant les déplacements, la mécanisation des travaux de force, l’invention des jeux vidéo et la télévision comme troisième parent, l’individu standard n’est plus le paysan ni le prolétaire : c’est le citadin qui doit rester assis le plus clair de son temps ; autant de facteurs favorisant l’obésité infantile ! Car le rapport au temps et à la nourriture ayant aussi changé, les enfants qui supportent mal l’attente tuent le temps en grignotant devant l’écran, sur le modèle généralisé de l’american way of life.

Un enfant « Thada » : Jacques (7 ans)

Fils unique, Jacques a été d’une agitation extrême dès l’âge de la marche et a présenté un retard de parole. Très tôt, son père, déjà pris par des ruminations mélancoliques, a tenté de se soutenir dans une proximité amicale avec lui, quand il ne s’absentait pas dans l’alcool ou pour son travail. La mère a fini par divorcer et s’est repliée sur Jacques. Les difficultés du garçon à se concentrer et à maîtriser son impulsivité parfois violente ont provoqué un rejet à l’école maternelle. Sa mère a noté des propos inquiétants qu’il tenait alors : « Dans le ventre de maman, le bébé pleure. Le bébé voudrait sortir, il n’aime pas le ventre de sa maman, il se sentait prisonnier. Le couteau coupe la maman, puis le papa, à la fin le bébé ». Cette impossible individuation, qui éveille d’angoissants fantasmes de morcellement, paraît aussi provoquer en retour des défenses hypomanes de type hyperactivité. Par instants, le moi croit ainsi triompher : « Les fantômes ça passe dans le ventre et ça casse le cœur. Moi, je peux les tuer ».

Jacques a suivi dès trois ans une première psychothérapie de trois séances par semaine du fait de son agitation, de son caractère imprévisible et de son impulsivité. La thérapie a été vécue de façon persécutive par la mère et l’enfant. Mme A. s’est sentie jugée et Jacques a menacé le psychiatre de ne plus rien dire s’il continuait à interpréter tous ses faits et gestes. Ils ont de ce fait interrompu la psychothérapie.

Le garçon est déjà sous Ritaline® lorsqu’il vient me voir, ce qui lui a rapidement permis de devenir un bon élève au CP. Malgré ces progrès remarquables, il est encore traité de « cinglé » à l’école et n’a pas d’ami. Mme A. dit à propos de la Ritaline® : « C’est miraculeux, mais ça ne règle pas tout. Il ne peut pas prendre ça toute sa vie, et on ne sait pas pourquoi il est comme ça ». Encoprétique de jour, il est aussi énurétique de nuit malgré des traitements médicamenteux, et porte des couches. Jacques fait des cauchemars dans lesquels il se voit entouré de monstres.

C’est un garçon attachant qui tient des propos très cohérents et ne laisse voir aucun élément psychotique. En séance, Jacques ne se plaint de rien, concédant tout juste que le pipi au lit l’ennuie. Il se lève de sa chaise pour faire de la gymnastique ou des mouvements de karaté, les effets du médicament étant dissipés à l’heure tardive des séances. En continuité avec sa première psychothérapie, ses dessins de monstres et de gardiens armés défendant des entrées de châteaux le montrent soucieux de ne pas se livrer. Jacques se dérobe toujours aux questions et se réfugie dans des jeux physiques. Bien qu’il nie toute signification à son énurésie, celle-ci cessera pendant les quelques nuits suivant ma rencontre avec son père. Peut-être influencé par des publicités pharmaceutiques, il relate ainsi son vécu des effets médicamenteux : « C’est la guerre dans mon corps. Il y a des microscopiques commandants qui massacrent ceux qui font que je les provoque. Les commandants y sont très puissants. Les microbes d’une autre race sont ceux qui provoquent. L’armée a des mitrailleuses, des haches. L’armée va dans tout le corps. Y’a des gentils [Ritaline] et des méchants [microbes]. Les microbes ils ont envie d’appeler la méchante armée ». Sa nervosité, ses sauts et ses prises de karaté évoquent ainsi son combat contre l’envahissement par les « armées » d’une jouissance perturbante.

Jacques a une fonction de soutien pour son père dépressif qu’il va voir le week-end. Confinés dans un studio enfumé, ils regardent ensemble des cassettes de guerre. Il en repart encore plus nerveux qu’avant. Outre le fait que Mme A. imagine qu’il doit impérativement voir son père tous les week-ends pour le bien des deux, elle appréhende les jours sans école parce que l’inoccupation et l’ennui font faire à Jacques des crises d’angoisse et de colère. Elle doit lui trouver en permanence une occupation.

Dans la seconde année du travail, Jacques prend du recul par rapport à son père, passant d’un soutien inconditionnel à son égard, à la formulation de critiques de plus en plus vives. Il impose à ses parents de ne plus y aller qu’un week-end sur deux, puis seulement à la demande, comme pour sevrer son père et rassurer sa mère.

La mère, complément indispensable du puzzle à reconstituer, participe à la cure. Dans tous les rêves maternels, Jacques est un bébé portant des couches, souvent torse nu. Il meurt généralement sous ses yeux, emporté par une vague ou par des inconnus l’empêchant de lui porter secours. Dans un cauchemar, son fils lui échappe sous sa forme de bébé, en étant dans une voiture en pente qui descend seule sans qu’elle arrive à l’arrêter. Dans les derniers mois de la cure, elle rêvera pour la première fois de Jacques en grand garçon : « Il y a un homme qui peint un train en blanc, mais c’est en fait un avion blanc. Je veux le montrer à Jacques qui est grand comme maintenant, mais je le surprends à se rouler dans la neige [blanche aussi]. Furieuse, je lui enlève son anorak et il redevient bébé ». Autrement dit, en dépit de toute sa bonne volonté consciente, Mme A. ne supporte pas qu’il s’émancipe et grandisse en empruntant un trait à une image masculine/paternelle. Toute séparation d’avec elle équivaut inconsciemment à la mort de Jacques. Elle l’embrasse toujours sur la bouche et s’étonne de ma surprise. Tout en reconnaissant les interdits de notre société, elle imagine un monde pur où les parents initieraient sexuellement leurs enfants « sans y voir mal ». Jacques se trouve ainsi poussé à être le parent/copain de son père et le bébé/partenaire incestueux de sa mère.

Mme A. décide de son propre chef d’arrêter la Ritaline® le week-end et les vacances, tandis qu’il arrive à Jacques d’oublier de prendre son comprimé auquel il dit tenir. Lorsqu’elle lui fait arrêter de son propre chef le traitement, malgré mon incitation à la prudence, l’instituteur soutenu par Jacques lui demande instamment de reprendre le traitement, ce qu’elle fera. Quelques mois après, elle l’interrompra à nouveau sans que cette fois l’enseignant s’en rende compte ou en tout cas ne réagisse ! Dans une sorte de relation gémellaire, cette décision de sevrage médicamenteux a été contemporaine à celle qu’elle a prise d’arrêter de fumer. Peu après, elle interrompra la psychothérapie – que Jacques n’avait jamais voulu engager –, arguant de la nécessité qu’il ne vive pas toujours en assisté. Celui-ci a désormais des amis, l’encoprésie a cédé, il sait s’occuper seul et ses résultats scolaires sont encore corrects après l’arrêt de la Ritaline®. Le fait que sa mère le rêve désormais en enfant de son âge m’a paru de bon augure. Jacques reste toutefois un garçon agité, tourmenté et énurétique.

Un cas de TOP : Jérôme (6 ans)

La famille vient sur l’insistance de l’école, leur fils unique ne tenant pas en place, refusant de faire tout exercice en classe (CP), donnant des coups de pied dans les cartables des autres. Il aime amuser la galerie et insulte la maîtresse lorsque celle-ci essaie de le cadrer. Cela ne l’empêche pas de donner de bonnes réponses quand on ne l’attend pas ! Il explique ses comportements asociaux par l’indisponibilité de la maîtresse lorsqu’il a besoin d’aide, ce qui fait dire aux parents qu’il lui faudrait une institutrice pour lui tout seul ! À la maison, il reste collé à sa mère et ne fait rien seul, pas même s’habiller. Lorsque sa mère s’éloigne, fût-ce pour aller aux toilettes, elle doit le lui dire sous peine d’une crise de colère. Il estime que ce savoir sur l’autre parental est un dû et ne laisse voir aucune phobie majeure susceptible de justifier un tel comportement. Il mange aussi difficilement, quand bon lui semble et seulement ce qu’il aime. Ses parents évitent de l’emmener en ville ou chez des amis parce qu’il y fait des caprices à tout propos et veut prendre ou acheter tout ce qui l’intéresse.

La mère banalise la situation, allant jusqu’à trouver « normal » d’habiller son fils de 6 ans et de se faire suivre partout à la maison. La réserve armée maternelle ne permet pas d’apprendre grand-chose sur l’histoire familiale, sinon que ses propres parents ne peuvent rien refuser à leur petit-fils. Jérôme, qui vient avec réticence, reste dans la dissimulation et le déni. Avec une voix surfaite de tout-petit, il reproche à sa mère de « tout me raconter ». « Si j’allais pas à l’école, dit-il, je serais tranquille ! ». Pour cette famille – je ne verrai pas le père – tout va bien sauf à l’école où le milieu scolaire les persécuterait. Dans ce fonctionnement familial saturé de jouissance dont le père semble absent, aucun engagement psychothérapeutique n’a été possible. Comme l’évoque la description clinique du TOP, ce cas renvoie à une problématique d’enfant gâté pris dans l’empathie d’un amour maternel qu’il appelle et défie4.

Hypothèses psychanalytiques sur les symptômes du Thada et du TOP

Sans prétendre m’étayer sur des statistiques, j’ai rencontré avec une étonnante régularité chez les enfants étiquetés Thada ou TOP, des sujets dont l’histoire dans la constellation familiale et la place dans la fantasmatique parentale n’avaient pas permis l’accès à une fonction paternelle suffisamment castratrice5. Contrairement à Melman qui considère que l’enfant hyperactif n’a aucune place dans l’économie psychique maternelle et que « l’enfant sent bien qu’il n’a pas de place chez elle et qu’il n’en a pas non plus du côté du père, même si ce dernier le voit, le reçoit » [10]6, mes observations montrent plus souvent une configuration familiale où la mère est inséparée de son enfant pris comme bijou phallique. Une mère déprimée sera susceptible de se replier sur son enfant en le gâtant pour le/se consoler d’un homme qui les a tous deux abandonnés. La situation s’enkystera d’autant si la mère reste seule à éduquer son enfant (divorce, père pris ailleurs, sous diverses addictions) ou si elle doit s’échiner à contrer l’éducation laxiste du père ou de grands-parents omniprésents. La constitution de cette robuste dyade symbiotique mère-enfant autorisera tous les excès à ce dernier, le laissant désarmé pour affronter le monde extérieur sans angoisse ou explosion affective incontrôlable. Il arrive aussi qu’une mère ayant vécu des violences physiques dans l’enfance se soit jurée de ne jamais donner la moindre fessée ni de laisser personne toucher à ses enfants. Dans un cas de TOP, il s’agissait d’une femme dont le père avait négocié à son adolescence des rapports sexuels incestueux, pour le prix d’un droit de sortir et d’avoir de l’argent de poche. Une génération après cette grave défaillance paternelle, cette femme se trouvait dans l’incapacité de dire « non » à son fils, alors qu’elle savait défendre ses positions au travail. Elle prit conscience qu’elle reproduisait avec lui ce qui s’était passé à la génération précédente : elle ne pouvait rien refuser au mâle de la famille. Pour ce garçon agité et désobéissant, une prescription médicamenteuse efficace aurait participé à l’occultation d’un secret de famille se jouant sur trois générations7.

Ce cas de défaillance de la fonction paternelle8 est toutefois bien moins courant que le cas de figure du père en position de doublure maternelle hyperprotectrice, de « copain » ou de grand frère de son enfant, trichant ainsi avec la généalogie. Combien de mères se plaignent d’avoir « un enfant supplémentaire » en parlant de leur conjoint !

Au-delà des vicissitudes de chaque situation, je propose ici le concept de « père suffisamment castrateur » comme le pendant paternel à la « mère suffisamment bonne » de Winnicott. L’absence ou le peu de prise des castrations symboligènes sur un enfant n’en fera pas un psychotique mais un sauvageon immature !9 D’un point de vue clinique, ces enfants psychiquement peu organisés paraissent en souffrance – en attente – de castrations symboligènes. Ces dernières sont des vaccins de rappel aidant à l’intériorisation du principe de réalité, permettant d’amorcer un renoncement à des satisfactions pulsionnelles archaïques et à un objet de désir incestueux. Pour ce profil d’enfant, les frustrations constituent d’insupportables piqûres à un moi idéal désireux de rester dans l’illusion de la toute-puissance du nourrisson. Les voies de la sublimation paraissent barrées et ne permettent pas l’ouverture à une envie ou à un plaisir d’apprendre, raison pour laquelle c’est très souvent au moment des apprentissages du CP que le Thada est diagnostiqué. Contrairement au TOP, le Thada n’implique pas un refus généralisé, mais traduit la souffrance désordonnée et le désarroi d’un enfant à l’Œdipe irrésolu, inapte à développer une attention soutenue et à orienter sa libido vers une voie exogamique. Le défaitisme dépressif (« je suis nul ! », « j’y arriverai pas ! ») permet d’échapper à l’effort et au risque, tout en apportant la satisfaction de mettre l’autre en échec. Lorsque l’hyperkinétisme est enkysté au point de n’avoir plus d’adresse, la prescription de Ritaline® peut constituer la solution la plus appropriée. Cette prescription n’impose pas pour autant d’attribuer à l’enfant un statut de malade, s’agissant d’un phénomène nocif qui dépasse à ce stade l’enfant et les adultes qui s’en occupent, psychiatre compris.

Les difficultés des enfants instables témoignent – quelle que soit leur structure psychique10 – d’un mode de fonctionnement à l’égard des frustrations et des privations qui révèlent une position de déni de la castration. Phénoménologiquement, le TOP relève d’une organisation défensive plus sthénique et mieux structurée que le Thada. L’enfant paraît avoir plus de ressources intellectuelles mobilisables, même si celles-ci sont occupées à provoquer, en refusant tout ce qui révèlerait sa castration : perdre au jeu ou dans les conflits, perdre la face (« même pas mal ! » après une fessée). À travers ces provocations jouissives, on perçoit chez lui des traits pervers – processus de déni et de dénégation – mis en scène avec une théâtralité exhibitionniste. Pour déployer sa problématique, l’enfant TOP réclame un autre demandeur – souvent la mère – qu’il puisse accaparer et tourmenter en s’y opposant. Dans le Thada et le TOP, l’envers de l’empêchement à sublimer touche aux circuits interlopes de la jouissance11. Nombre d’enfants ou adolescents paraissent ainsi s’épuiser dans des stratégies d’autosabotage venant contrer le projet parental, sans pouvoir construire ni même imaginer un projet d’avenir. Sans savoir encore ce qu’ils veulent, ils savent déjà ce qu’ils ne veulent pas et leur narcissisme blessé pourra les mener aux pires extrémités : « C’est pas lui qui va me calmer ! » disait de moi l’un d’eux à sa mère.

Mais tout n’est pas noir ni bouché puisque nous savons que, derrière la jouissance de ces jeux sadomasochistes de toute-puissance, il y a des signifiants à tenter de saisir et travailler. L’enfant instable et opposant est, comme le suggérait Charles Melman, un sujet qui cherche sa place. Ces comportements sont un « pré-texte », à la fois question et réponse en acte adressées à la cantonade. Il le fait en interrogeant la castration de l’Autre, il appelle et convoque l’adulte en le sommant de reprendre sa place et de le remettre lui, à la sienne. Fin observateur, l’enfant connaît très bien les limites de chacun et, en l’absence d’accord entre leurs paroles et leurs actes, il les teste incessamment dans une surenchère qui attend une résolution. Mais son triomphe ne le calmera pas nécessairement, voire stimulera ses provocations, comme s’il pressentait l’impasse de cette victoire à la Pyrrhus12.

Dans sa prétention perverse à l’autofondation (négation de sa dette généalogique, de son clivage subjectif), j’ai vu un enfant faire taire sa mère qui le complimentait, pour se féliciter lui-même à la deuxième personne ! Même si le ratage structurel de sa toute-puissance est retardé par la faiblesse ou la complicité des adultes qui l’entourent, l’enfant inapte à l’effort de penser finira par se dégonfler du fait d’un cruel retour de la réalité. L’échec scolaire, la déconsidération par ses pairs, les retours agressifs des enseignants mis en échec, la déception de ses parents, l’isolement social finiront par l’atteindre narcissiquement, pour le faire entrer dans un cycle dépressif. Ces moments sont les plus favorables pour susciter une demande psychothérapique.

L’impact des facteurs sociétaux sur l’expression psychopathologique

On notera que la première littérature psychiatrique évoquant l’hyperactivité date de la fin du XIXe siècle, ce qui correspond à l’essor industriel occidental et à la généralisation des valeurs induites par le système capitaliste. L’avancée concomitante du discours de la science a eu un effet décisif sur le déclin du patriarcat. La perte de crédibilité aux yeux des enfants n’atteint pas seulement le père, mais aussi la parole des adultes, parents ou partenaires sociaux (école, police, justice).

La science a importé l’épiphénomène scientiste et, avec lui, l’idée que la nouveauté dans tous les domaines (culturel, éducatif, juridique, scientifique, technique) constituerait une valeur absolue. La parole de vérité – qui serait celle du sage – est surclassée, voire confondue, avec l’efficience technique13. Avec le déclin du patriarcat et de sa tyrannie, la représentation de l’ancien s’estompe pour se muer en image de vieux radoteur encombrant le système productiviste. Qui n’a observé l’air de triomphe ou le regard de compassion porté par l’enfant sur ses parents se démenant avec un ordinateur, un jeu vidéo ou le magnétoscope ! L’enfant est bien plus en phase qu’eux, avec une technologie née en même temps que lui ! L’invention de la formation continue révèle la « ringardise » du vieux qui tente de rester dans le coup face à la génération montante. Dans les organes consultatifs ou décisionnels psychiatriques européens, les décideurs et chercheurs qui prétendent à l’objectivité scientifique en santé mentale jugent suspecte, voire caduque, toute référence à des articles et travaux datant de plus de dix ans. Le « jeune » et le « nouveau » étant devenus les valeurs sociales dominantes, les adultes opèrent une course à l’envers vers la jeunesse (recul de la mort biologique, chirurgie esthétique, modes jeunistes, fantasmes de clonage ou de congélation). Les parents devenant toujours plus empathiques avec leur progéniture s’interdisent toute position d’autorité ou de pouvoir. « L’enfant, dit Lacan [7], ne manque jamais de concrétiser l’écœurement qu’il ressent de l’infantilisme de ses parents ». Listons de façon non exhaustive les facteurs amenant les grandes personnes à rejeter la position d’adulte qui répond de ses paroles et de ses actes :

  • avec l’avancée du capitalisme, on est ce qu’on a ; le corps devient un capital à entretenir, voire à assurer, la parole d’autorité est battue en brèche par le prestige de l’argent et des biens de consommation ;
  • il en résulte une gadgétisation de notre être-au-monde et une difficulté croissante à résister aux tentations mercantiles ;
  • avec le développement des technosciences, les experts – « psy » inclus – tiennent une place croissante dans les décisions de la vie quotidienne. On ne sait plus faire grand-chose sans leur recours et l’on se reporte sur eux avec soulagement ;
  • le lien social se judiciarise en attendant du juge – expert du droit – la désignation d’un responsable à tous les événements gênants ou traumatisants (décès, accident) ;
  • la position d’autorité ou de vecteur de la castration se décrédibilise. Les parents répugnent à tenir le « mauvais rôle » à la maison, tandis que des modifications institutionnelles achèvent le travail de sape de la représentation des adultes ;
  • la suspicion que la société, les médias et les spécialistes portent sur l’adulte font de celui-ci un majeur susceptible d’être irresponsable et auquel l’enfant ne doit pas faire aveuglément crédit. Les discours de prévention contre les abus sexuels font en effet de tout adulte ou parent un abuseur potentiel.

L’important accroissement des diagnostics de TOP et de Thada et de leur traitement médicamenteux paraît montrer que nous touchons à un phénomène de société susceptible de toucher toutes les familles. L’enfant sans limite n’est pas seulement pris dans une fantasmatique familiale, mais il est aussi enserré comme ses parents dans des dispositifs institutionnels compliquant la résolution de leurs difficultés, car les relais instaurés par la société (enseignants, éducateurs, textes législatifs) sont aussi atteints par ces mutations. Quelle que soit la gêne occasionnée par ces comportements infantiles, est-il alors raisonnable de faire de traits spécifiques à notre époque une déviance pathologique sous prétexte, comme le pose l’Inserm, de prévenir d’ultérieurs « troubles des conduites »14 ?

La conjugaison de l’infantilisme des grandes personnes et de l’« adultisation » des enfants comme facteurs entrant dans l’étiologie du Thada et du TOP ?

Les différences entre enfant et adulte s’estompent avec l’infantilisation des grandes personnes et l’« adultisation » des enfants :
  • au niveau anthropologique, on observe une disparition progressive des rites de passage (retraite de la communion, service militaire, condamnation des bizutages devenus plus traumatisants que symboligènes) ;
  • nous avons fait ailleurs l’hypothèse que la phase de latence se raccourcirait, voire s’estomperait [13, 14]. Les enfants de 7-9 ans semblent déjà ouverts aux us et coutumes des adolescents où l’expression d’une sexualité crue n’est pas toujours absente (fillettes disant « vouloir faire l’amour avec leur chanteur préféré », sous-vêtements et tenues sexy, boum entre enfants des deux sexes, participation de garçons prépubères à des viols collectifs). Des parents nous rapportent fréquemment que le discours contestataire et le comportement de leur enfant – parfois dès l’âge de 5-6 ans – leur évoquent une problématique adolescente ;
  • les adultes partagent les goûts des enfants : trottinettes et patins à roulette, dessins animés nommés « films d’animation », bandes dessinées « pour adultes », gameboy, magasins de bonbon, etc. ;
  • dans le domaine législatif, l’enfant tend à être considéré comme un adulte miniature, voire comme le membre d’une minorité opprimée sur le modèle du prolétaire. L’invention de la Convention internationale des droits de l’enfant – quelle que soit la légitimité de ces mesures pour les enfants exploités des pays défavorisés – dépouille les parents de leur autorité dans l’espace familial en les obligeant à rendre des comptes de plus en plus circonstanciés à la société. Le concept d’un « intérêt supérieur de l’enfant » met l’enfant au-dessus de l’adulte en position de fétiche.

L’ensemble de ces modifications anthropologiques nivelant la différence adulte/enfant – que je désigne du néologisme de pédofolie [14] – alimente la crise de l’autorité des premiers et l’inaccessibilité aux limites des seconds. L’actuelle tendance à la démocratie intégrale en famille soulage les adultes qui répugnent à tenir la position du maître en place d’exception. La violence psychopathique et l’incivilité (« troubles des conduites ») renverraient ainsi à l’extension au champ social de la désobéissance des enfants incastrés en famille.

Conclusions

Nous devons nous garder d’idéaliser les adultes des temps passés qui ne devaient pas mieux remplir leur fonction parentale, préoccupés qu’ils étaient alors de nourrir la famille. L’expression psychopathologique varie avec les styles de défaillance parentale et le contexte idéologique du moment [15].

Dans la théorie psychanalytique, la défaillance structurelle de la fonction paternelle œuvre à la constitution de toute névrose15, normalité incluse. Toutefois, on peut distinguer les défaillances traditionnelles favorisant la genèse des névroses de transfert (échec du refoulement avec retour du refoulé) et les nouvelles expressions psychopathologiques (Thada, TOP, certains troubles des conduites) renvoyant au non-refoulement, à la non-intériorisation des contraintes, à l’angoisse de l’autofondation et de la panne [4]16. Il s’agit d’un phénomène contemporain de la modernité [3, 8, 10, 12, 14].

Le TOP est une manifestation paroxystique appelant l’adulte à soutenir sa responsabilité dans l’humanisation du petit d’homme. Dans le même temps que la société promeut la défense de l’enfant et sa « libération », celui-ci paraît écrasé par les exigences médicopsychosociales préventionnistes faites au nom de son intérêt supérieur. L’enfant ayant adopté le Thada comme modalité d’existence pourrait bien être le produit caricatural de notre culte de la performance, de la rapidité et du zapping. Petit Charlot des temps hypermodernes, l’enfant agité et désobéissant né de l’homo zapiens [3] incarne la nouvelle forme du malaise dans notre civilisation. Lorsque la situation perdure, il devient moins accessible aux exigences socialisantes, subissant déjà les conséquences déprimantes de son incapacité à sublimer. L’enfant troublé oscille entre le triomphe maniaque d’une toute-puissance imaginaire (caprices exaucés, imaginaire des jeux vidéos, refus de l’effort intellectuel) et une réaction dépressive lorsque, faute de limites symboligènes humanisantes, les limites viennent du réel (cumul d’échecs et de rejets)17.

L’Inserm propose la mise en place précoce d’une guidance familiale sur trois mois, évoquant singulièrement les stages à la parentalité imposés par la loi aux parents des jeunes en déshérence18. Implicitement considérés comme de grands enfants, les parents doivent être formés au métier de parent par des experts en normalité. Il existe en effet une norme sociale qui est celle de l’obligation à une éducation a minima. Le pédopsychiatre ne peut échapper à sa responsabilité d’en appeler aux structures médicosociales ou judiciaires pour un enfant en danger physique ou moral. Mais avant toute option médicamenteuse, sa fonction psychothérapeutique n’est-elle pas d’aider à questionner l’histoire des défaillances familiales pour lever les répétitions pathogènes responsables des difficultés ayant amené à la consultation ? D’une autre nature est l’idée que toute déviance comportementale relèverait d’un trouble à traiter médicalement.

Ces questions cliniques touchent ici à l’éthique. Nous risquons de revenir à une psychiatrie moraliste dégénérative, sous une forme scientiste modernisée. N’en trouve-t-on pas des signes lorsque l’empêchement à sublimer est perçu par le DSM comme un déficit d’attention et que le qualificatif de « méchant » entre dans la liste des troubles du TOP ? N’en voit-on pas les prémices lorsque l’Inserm préconise d’« exploiter les travaux sur le petit animal de laboratoire » pour étudier les troubles des conduites et croit repérer « une réduction significative de l’amplitude de l’onde P300 » chez les adolescents présentant lesdits troubles ? Nous savons que nos pensées et actions s’opérant par le biais de notre encéphale, elles montreront nécessairement des modifications de son activité électrique. Il est aussi fort probable qu’il y ait constitutionnellement des enfants lymphatiques et d’autres plus actifs. Mais la définition de ce qui dérange et agresse reste hors du champ de la science ! C’est dans ce second temps que les experts classifient à leur guise les mauvaises ondes et les gènes fautifs19. Parler au nom de la science d’un cerveau dérangé pour un individu mettant en cause l’ordre social « de façon répétitive et persistante » est une démarche discutable, surtout lorsque des instances veulent gérer ces comportements à grande échelle, au nom de la santé publique. La biologisation de la psychiatrie accompagne ainsi la transformation de la vieille société disciplinaire en une société moderne de contrôle (Foucault). Bien que ces mutations historiques nous dépassent, nous avons à nous positionner comme citoyen et comme professionnel.

Références

1 American Psychiatric Association. DSM IV. Paris : Masson, 1996.

2 Bercherie P. À propos du DSM III. In : Géographie du champ psychanalytique. Paris : Navarin, 1988.

3 Dufour DR. L’art de réduire les têtes. Sur la nouvelle servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme. Paris : Denoël, 2003.

4 Ehrenberg A. La fatigue d’être soi. Dépression et société. Paris : Odile Jacob, 1998.

5 Gregoire J. Devenons-nous plus intelligents ? Journal des Psychologues 2006 ; 234.

6 Inserm. L’expertise du trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent. septembre 2005.

7 Lacan J. Ecrits. Paris : Seuil, 1966.

8 Lebrun JP. Un monde sans limite. Ramonville Saint-Agne : Erès, 1997.

9 Legendre P. La fabrique de l’homme occidental. Paris : Mille et une nuits, 1996.

10 Melman C. L’homme sans gravité. Paris : Denoël, 2002.

11 Miller A. C’est pour ton bien. Racines de la violence. Paris : Aubier, 1984.

12 Pommier G. Les corps angéliques de la postmodernité. Paris : Calmann-Lévy, 2000.

13 Raffy A. Les psychanalystes et le développement de l’enfant. Ramonville : Erès, 2000.

14 Raffy A. La pédofolie des grandes personnes. De l’infantilisme des grandes personnes. Bruxelles : De Boeck, 2004.

15 Raffy A. La tentation hypermoderne du rapport sexuel avec l’enfant. Cliniques lacaniennes n° 10, Les nouveaux rapports à l’enfant. Ramonville Saint-Agne : Erès, 2006.

13 Les tests psychométriques sont calqués sur le modèle de l’efficience, de la performance et de la rapidité, d’où la montée constante du QI qui est à réétalonner tous les 15 ans. Les petits Français ont ainsi gagné un point de QI par an entre 1949 et 1974 [5].14 L’Inserm [6] pèche d’ailleurs par optimisme en proposant un dépistage de Thada et TOP à 36 mois. Brazelton indique que le nourrisson est en âge de faire des premiers caprices dès la fin de la première année !15 Dire que ces défaillances de la fonction paternelle ont une incidence sur la construction d’une névrose n’en fait pas nécessairement une cause étiologique première ou exclusive. Une fragilité psychique d’origine indéterminée peut rendre l’enfant plus vulnérable aux défaillances de l’environnement et l’amener à se construire avec elles.16 Le surmoi se trouve en quelque sorte externalisé en épousant les contraintes productivistes.17 Nous avons fait ailleurs [15] l’hypothèse d’une augmentation des problématiques maniacodépressives décrites par Mélanie Klein, sans référence à une structure psychotique.18 L’Inserm [6] propose la mise en place du programme Functional family therapy (FFT).19 Selon l’Inserm, le taux d’héritabilité génétique du trouble des conduites est proche de 50 %.2 Comme dans la novlangue d’Orwell, le DSM prétend s’affranchir des superstructures en simplifiant le vocabulaire et la pensée psychiatriques de façon à être accessible et commun à tous, pour éradiquer l’ambiguïté polysémique, les hypothèses théoriques et toute référence à une histoire des idées et à des auteurs. C’est bien entendu un fantasme ! Paul Bercherie a déjà établi l’essence comportementaliste du DSM [2].3 Outre la mouvance d’Alice Miller [11], la Convention internationale des droits de l’enfant, l’instauration nationale d’un défenseur des enfants, les techniques de communication (T. Gordon ou J. Salomé) et les mouvements d’opinion visant à interdire tout châtiment corporel sont autant de manifestations sociales témoignant de cette tendance à décourager toute velléité de mise en acte d’un rapport de force.4 Cf. la liste des troubles du TOP dans le DSM IV [1].5 Cette défaillance – par ailleurs structurelle – se manifeste dans la réalité à travers la parole et les actes des interlocuteurs privilégiés de l’enfant qui alimentent sa problématique œdipienne inconsciente.6 La différence d’appréciation pourrait tenir au recrutement des consultants. Les parents issus d’un milieu citadin intellectuel et bourgeois ont probablement plus tendance à mener une vie affective individualiste.7 On arguera en langage DSM qu’il faudrait savoir si ce garçon présentait ces « troubles » depuis plus de 6 mois dans deux lieux. C’était le cas, mais l’expérience montre qu’à force de rencontrer surdité ou déni chez les adultes, l’attitude provocatrice de l’enfant à la maison diffuse dans les lieux de socialisation.8 S’il y a lieu de distinguer le père réel du père imaginaire et symbolique, il faut qu’il y ait un parent – géniteur ou autre – qui intervienne dans le réel, cette fonction paternelle ne pouvant être supportée par la seule parole.9 La métapsychologie psychanalytique distingue la castration primordiale, problématique chez le psychotique, des castrations secondaires opérant à chaque stade libidinal que Dolto qualifie de « symboligènes ».10 Dans la CIM 10 le TOP n’a pas d’entité propre et est inclus dans le trouble des conduites. Par ailleurs, le fait que, selon le DSM, ces syndromes ne doivent pas exclusivement survenir au cours d’un trouble psychotique, témoigne que les psychoses ne sont pas exclues de ce profil syndromique.11 On considérera dans l’acception lacanienne, la jouissance comme un réel intrusif s’exprimant sur un fond originairement masochiste qui fait barrage à la pensée, à la parole et en fin de compte à l’échange.12 On peut considérer la situation sur ses deux versants. Du côté productif, il attend une réponse limitative pacifiante. Sur le versant de la jouissance, il pousse toujours plus loin son avantage, quel que soit le prix à payer.


 

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