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Les troubles bipolaires |
l'Information Psychiatrique. Volume 81, Number 10, 853-4, Décembre 2005, Éditorial
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Author(s) : Renaud de Beaurepaire. |
ARTICLE
Auteur(s) : Renaud de Beaurepaire
Les approches cliniques et thérapeutiques des troubles de l’humeur
ont considérablement changé au cours des vingt ou trente dernières
années. De nombreux facteurs, provenant d’horizons divers, ont
convergé pour produire ces changements. La clinique,
l’épidémiologie, les traitements, la neurobiologie, la génétique,
et aussi quelque chose de beaucoup plus silencieux et infaillible,
le temps, qui transforme toutes les catégories cliniques et
diagnostiques, on pourrait dire ici des citadelles : la
schizophrénie et la psychose maniacodépressive.D’une façon
générale, on sait que la fréquence du diagnostic de schizophrénie a
progressivement augmenté au cours du XXe siècle,
pour culminer dans les années soixante ou soixante-dix, où environ
les trois quarts des patients psychotiques étaient diagnostiqués
schizophrènes, alors que le diagnostic de psychose
maniacodépressive était réduit à la portion congrue, ne concernant
pas plus de 20 % des psychotiques. L’inverse est en train de
se dérouler sous nos yeux, avec une augmentation assez vertigineuse
du diagnostic de trouble bipolaire. On dira que psychose
maniacodépressive et trouble bipolaire ne recouvrent pas exactement
les mêmes catégories cliniques, la psychose maniacodépressive étant
supposée ne correspondre strictement qu’à la catégorie des troubles
bipolaires I. C’est là que prend tout son intérêt l’article de
Marc Bourgeois. Bourgeois rappelle très opportunément
l’imprécision, pour ne pas dire l’arbitraire, du concept de
psychose. Psychose maniacodépressive et trouble bipolaire ne sont
peut-être pas équivalents, mais aussi longtemps que le terme de
psychose ne sera pas convenablement défini, bien malin est celui
qui pourra établir rigoureusement ce qui les distingue.Il reste
surtout que la reconnaissance officielle de l’importance et de la
complexité du spectre de la bipolarité constitue un progrès majeur
dans le champ de la clinique. Hagop Akiskal a été le visionnaire de
cette nouvelle clinique, il en est aujourd’hui le porte-parole.
L’histoire de cette reconnaissance aura sa place dans la grande
histoire de la psychiatrie, et l’article d’Akiskal publié dans ce
numéro de l’Information Psychiatrique fera certainement référence.
Les historiens devront d’ailleurs s’attaquer aussi à la question du
bizarre impérialisme de la schizophrénie au cours du
XXe siècle, qui est nécessairement passé par un
déni de la bipolarité, c’est-à-dire par une forme d’ignorance de
l’existence des affects.La bipolarité n’était pas pour autant
absente du XXe siècle, Jean-Albert Meynard nous le
rappelle. Mais ce qui ressort largement de son article, c’est à
quel point cette histoire de la bipolarité au
XXe siècle est embrouillée, comme si la bipolarité
était plus gênante qu’autre chose. On ne savait pas où la mettre.
Finalement, Meynard le montre très bien, on a eu droit à deux
solutions. Avant les années quatre-vingt, la solution a consisté à
envelopper les cas gênants dans le paquet de la troisième psychose
(que chacun définissait comme il la sentait, c’est-à-dire un peu
n’importe comment). Et, à partir des années quatre-vingt, on a
repris l’idée ancienne du continuum, on pourrait quasiment dire,
aujourd’hui, la tarte à la crème du continuum. Comme si personne
n’avait jamais pensé que l’on pouvait très bien avoir à la fois le
cortex préfrontal d’un schizophrène et le thymostat d’un bipolaire.
Ce qui est quand même l’explication la plus vraisemblable pour
rendre compte des psychoses mixtes, c’est-à-dire de la coexistence
d’une psychose et d’une bipolarité, qui constitue le tableau le
plus courant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien de commun
entre les deux pathologies, les études de génétique, parfaitement
présentées par Frank Bellivier, sont là pour le montrer. L’idée
générale est neurodéveloppementale, le cerveau des schizophrènes
d’un côté (une pathologie préfronto-hippocampique ?), celui
des bipolaires de l’autre (une pathologie du thymostat ?),
pour des raisons génétiques et d’interactions gènes/environnement,
ne se sont pas développés de façon absolument normale, le résultat
est une schizophrénie ou un trouble bipolaire, et puis encore, bien
souvent et à des degrés divers, les deux à la fois.Les traitements
évoluent. On leur demande peut-être plus qu’ils ne peuvent
apporter. Ou alors, on ne fait pas ce qu’il faut. Les besoins sont
énormes. Les chiffres présentés par Frédéric Rouillon sont
impressionnants. Et Rouillon précise que les coûts des troubles
bipolaires sont très majoritairement des coûts indirects, par perte
de productivité liée à la maladie. Il conclut : « Leurs
coûts indirects (emploi et productivité) pourraient être
considérablement réduits en investissant dans l’amélioration des
coûts directs (soins) ». Y a-t-il des oreilles suffisamment
attentives et sérieuses chez nos gouvernants pour entendre cela et
pour suivre la logique de ce que cela implique ? Les soins, ce
ne sont pas seulement les médicaments. Le patient, la famille, les
équipes soignantes, l’environnement socioprofessionnel, tout le
monde est impliqué. Cela s’apprend. Les malades doivent
l’apprendre, les familles aussi. C’est une éducation. Christian Gay
nous propose ce qui est peut-être la meilleure méthode pour faire
passer ce message, les techniques psychoéducatives. Beaucoup de
chemin reste à parcourir. ERIE (Éthique Recherche Informatique
& Enseignement) a posé sa pierre à l’édifice.ERIE a posé sa
pierre à l’édifice en réunissant à l’hôpital Paul Guiraud à
Villejuif tous les auteurs que l’on vient de citer. Chacun a
apporté sa contribution pour faire savoir ce que sont les troubles
bipolaires, leur histoire, les questions qu’ils posent, et les
solutions que l’on peut proposer pour soulager la souffrance des
patients et de leur environnement. ERIE, une association qui
organise deux ou trois fois par an une journée scientifique à
l’hôpital Paul Guiraud. Une association qui fête ses 20 ans en
2006. Une journée sera consacrée à cet événement. Venez nombreux.* CH Paul Guiraud, 94806 Villejuif
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