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Schizophrénies : actualités thérapeutiques


l'Information Psychiatrique. Volume 81, Number 9, 833-5, Novembre 2005, actualité



Author(s) : Anne-Laure Simonnot.

ARTICLE

Auteur(s) : Anne-Laure Simonnot**

Parmi les acquis thérapeutiques de ces cinquante dernières années dans le domaine de la schizophrénie, les avancées des traitements psychotropes sont incontestables. Elles se situent bien évidemment dans un abord global et pluridisciplinaire de la prise en charge des patients et s’inscrivent dans un environnement en changement (évolution des pratiques et de la pharmacothérapie, importance des soins ambulatoires et des alternatives à l’hospitalisation).Ainsi, la prise en compte des attentes des patients et de leur entourage proche fait partie intégrante de l’abord de la pathologie schizophrénique.À ce sujet, même si cette pathologie conserve son caractère de gravité, mener une vie « la plus ordinaire possible » au sein même de la société doit être reconnu comme une aspiration légitime assez largement exprimée par les patients.Les objectifs thérapeutiques doivent donc tenir compte de l’ensemble de ces éléments et s’inscrire dans une dynamique individuelle et collective. Les innovations en matière d’antipsychotiques atypiques sont à ce titre importantes pour soigner et faciliter la réussite d’un programme thérapeutique. C’est dans cette perspective que souhaite se situer l’aripiprazole, Abilify®, nouvel antipsychotique atypique commercialisé en France depuis plusieurs mois.Nous illustrerons ces remarques par un cas clinique et quelques caractéristiques concernant l’utilisation dans notre pratique de l’aripiprazole.

Illustration clinique

Il s’agit d’une patiente de 33 ans, dont les troubles ont débuté à l’adolescence. Signes productifs et crises clastiques avec abus d’alcool et de cannabis inaugurent l’entrée dans la maladie. Ces symptômes l’empêchent de poursuivre sa scolarité au-delà de la terminale et un suivi psychiatrique débute en 1991.

De son histoire personnelle et familiale, on retient le divorce de ses parents dans la petite enfance, son père est marocain et sa mère française. À l’âge de 11 ans, elle vit chez son père au Maroc, ce dernier étant décrit comme violent, obligeant sa fille à porter le voile. La patiente ne revient vivre avec sa mère que deux ans plus tard et son retour en France s’effectue de façon quasi clandestine sans l’autorisation du père. Ses souvenirs de cette période de sa vie gardent encore aujourd’hui un caractère traumatique et ont contribué à la construction délirante de la jeune femme.

Sont-ils en partie à l’origine des conflits avec sa mère ? Il est difficile de le certifier mais la relation mère-fille est emprunte d’ambivalence, de destructivité et d’inséparabilité. Une thérapie familiale est entreprise en 1996, permettant d’apaiser le climat et de réaménager les relations entre la patiente et sa mère.

Au niveau de l’anamnèse, on peut distinguer trois périodes dans l’histoire de la maladie. Une première période se situe de 1991 à 1998 ; elle est marquée par des hospitalisations itératives motivées par la répétition d’épisodes délirants, de troubles du comportement et de consommation de toxiques. Le suivi s’instaure difficilement du fait d’un déni des troubles de la part de la patiente et de l’ambivalence maternelle.

La seconde période va de 1998 à 2000. Durant ces deux années, la jeune femme séjourne dans un foyer thérapeutique en région parisienne. Mais la persistance de l’activité délirante et les transgressions répétées du cadre de soins (alcool, cannabis) obligent à mettre fin à ce séjour en mai 2000.

Enfin, une dernière période s’étend de l’année 2000 jusqu’à aujourd’hui. En septembre 2000, ont lieu conjointement une admission dans un foyer et un atelier thérapeutiques à Paris. Cette période marque un tournant dans le parcours de cette patiente car un suivi médicopsychologique régulier peut avoir lieu, tout comme une alliance thérapeutique avec la mère. À ce sujet, on note une amélioration nette des relations familiales.

En revenant à l’histoire clinique de la patiente, de 1991 à 1998, le tableau est marqué par une symptomatologie délirante et dissociative. Parmi les signes positifs, on retient l’existence d’un syndrome d’influence avec le sentiment d’être manipulée à distance par son père et par un psychiatre consulté à l’âge de 17 ans. La patiente se sent observée, suivie dans la rue et décrit des hallucinations auditives (voix du psychiatre). Concernant les signes négatifs, on relève une discordance idéo-affective avec des rires immotivés, une froideur du contact et un retrait social. Des troubles des conduites avec des errances nocturnes, une forte addiction au cannabis et à l’alcool complètent ce tableau vécu dans un déni total.

Le diagnostic retenu est celui de schizophrénie paranoïde avec abus de substances toxiques.

Sur un plan thérapeutique et évolutif, nous abordons ici essentiellement la question des traitements médicamenteux et, pour la clarté de l’exposé, nous nous référons aux différentes périodes énoncées ci-dessus. Ainsi, en 1991, le traitement de la patiente alors âgée de 19 ans comprend de l’halopéridol et de la chlorpromazine avec une efficacité réduite. En 1997, le traitement est changé pour un antipsychotique de seconde génération avec, là encore, une efficacité limitée associée à une prise de poids de 10 kg.

De ce fait, un autre antipsychotique atypique est introduit en 1998 et entraîne une nette amélioration des symptômes positifs, négatifs et du contact. L’observance est meilleure et les troubles addictifs régressent. Le traitement est poursuivi jusqu’en 2005. Son résultat est relativement satisfaisant en dépit de la persistance d’une symptomatologie délirante et hallucinatoire à bas bruit et d’un effet sédatif mineur.

L’introduction, en avril 2005, de l’aripiprazole est motivée par une recrudescence hallucinatoire et la reprise d’une consommation de cannabis, faisant craindre une mise en échec du projet de soins et de réinsertion sociale (appartement thérapeutique depuis 6 mois, évaluation des capacités de réinsertion professionnelle, programme d’éducation sur la pathologie). Les modalités d’introduction de l’aripiprazole se sont effectuées en diminuant et en arrêtant l’antipsychotique précédent sur une période de 2 semaines tout en introduisant de façon simultanée l’aripiprazole à 10 mg/j en monothérapie. Ce changement a été bien toléré par la patiente. Avec un recul actuel de 7 mois, on constate la régression de la symptomatologie hallucinatoire, une absence de sédation et une amélioration du contact. De plus, la patiente verbalise mieux ses difficultés et manifeste de plus grandes capacités d’insight (revient sur son histoire personnelle et des souvenirs infantiles dont elle fournit une autre lecture…). Sa consommation de cannabis est nettement diminuée mais demeure épisodique.

Enfin, la jeune femme exprime spontanément sa satisfaction vis-à-vis de son nouveau traitement.

En résumé, on peut souligner un effet thérapeutique positif de l’aripiprazole 7 mois après le changement, facilitant l’adhésion de la patiente au programme thérapeutique. Ces résultats encourageants mettent aussi en lumière l’intérêt d’une monothérapie antipsychotique.

L’aripiprazole en pratique clinique

Nous disposons d’un recul de 7 mois concernant la prescription de l’aripiprazole. Vingt patients ont bénéficié de ce traitement. À noter que, parmi eux, deux patients résistants aux antipsychotiques n’ont pas été améliorés par l’aripiprazole et le traitement a été interrompu. Les débuts de traitement concernent six sujets tandis que les relais ou changements pour inefficacité et/ou mauvaise tolérance en concernent 14. Les doses moyennes se situent entre 10 et 15 mg/j mais peuvent aller jusqu’à 30 mg/j. On note également une absence d’effet-dose mais il faut distinguer cette notion de celle de patients répondeurs ou non répondeurs à une telle posologie. Sur un plan pratique, les changements de traitement semblent mieux s’effectuer progressivement sur 4 semaines en moyenne. L’aripiprazole paraît efficace tant en phase aiguë que chez des patients stables à plus long terme. Cette efficacité a lieu sur les signes positifs et négatifs de la schizophrénie. L’absence de sédation est susceptible de contribuer à l’amélioration du contact et des relations interpersonnelles. Au niveau cognitif, les patients nous semblent disposer de meilleures capacités d’insight et sont plus présents et actifs dans l’expression et la mise en place éventuelle de leurs projets de vie personnels et socioprofessionnels. Le profil de tolérance de l’aripiprazole semble aussi relativement favorable, en particulier pour les domaines suivants : poids, syndrome métabolique, effets extrapyramidaux. Cependant, on peut observer en début de traitement des effets secondaires transitoires. Parmi les plus fréquents dans notre expérience, il s’agit de troubles du sommeil, de céphalées et de nausées. L’association d’un traitement symptomatique est dans ces cas nécessaire.

Enfin, l’expression de la satisfaction des patients, notamment en raison de l’absence de sédation, est un point important à souligner. C’est ainsi que les bénéfices attendus concernant les avancées en matière de traitements médicamenteux, comme pour d’autres abords thérapeutiques, ne sont pas l’apanage du seul médecin et impliquent tout autant sinon plus, le patient. Ils sont la condition d’une alliance thérapeutique et d’une meilleure observance.

Conclusion

L’arrivée d’un nouvel antipsychotique atypique tel que l’aripiprazole (Abilify®) est une occasion de se pencher sur la place qu’il peut occuper au sein de notre arsenal thérapeutique. Son profil d’efficacité original selon notre expérience, certes limitée à une vingtaine de patients, autorise à penser que ce produit est prometteur. Cela d’autant plus que son mécanisme d’action est également novateur car il agit comme un agoniste partiel des récepteurs dopaminergiques D2.

La qualité de vie des patients et l’amélioration de leur insertion sociale sont aujourd’hui des préoccupations centrales du fait d’un environnement en changement. Les psychiatres en sont conscients et légitimement exigeants vis-à-vis des prescriptions qu’ils effectuent. Les patients aspirent de leur côté à bénéficier de traitements efficaces et non invalidants. Enfin, cette dynamique permet de poursuivre un questionnement clinique et thérapeutique sur la pathologie schizophrénique.

Toutes ces données doivent bien évidemment être réintégrées dans une approche globale du traitement.

Une chose est sûre, sans les cliniciens aucun produit nouveau ne peut être bien évalué. Les avancées thérapeutiques dans notre discipline sont à la fois empiriques et empreintes de rigueur médicale. Le sens clinique de chacun y est pour beaucoup, les patients en sont toujours bénéficiaires.


 

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