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Les troubles psychiques au cours de la puerpéralité


l'Information Psychiatrique. Volume 80, Number 8, 627-33, Octobre 2004, PÉRINATALITÉ


Résumé   Summary  

Author(s) : Odile Cazas, Psychiatre, praticien hospitalier, service de psychiatrie, hôpital Paul-Brousse, 12, avenue Paul Vaillant-Couturier, 94800 Villejuif. E-mail : ao.cazas@wanadoo.fr.

Summary : Psychic disorders during puerperium.Pregnancy and childbirth constitute a turning point in the life of a woman. This evolutionary phase necessitates a major process of adaptation, as is testified by the psychiatric complications that can occur. Thus, for a non negligible number of women, childbirth is unfortunately associated with a first psychiatric episode, a relapse or the aggravation of a pre-existing psychiatric disorder.

Keywords : puerperium, puerperal psychosis, postnatal depression, baby blues, postpartum

ARTICLE

Auteur(s) :, Odile Cazas*

Psychiatre, praticien hospitalier, service de psychiatrie, hôpital Paul-Brousse, 12, avenue Paul Vaillant-Couturier, 94800 Villejuif. E-mail : ao.cazas@wanadoo.fr

La grossesse et la naissance d’un enfant constituent une étape charnière dans la vie d’une femme. Cette phase évolutive chez la future mère demande un grand effort d’adaptation et ne constitue pas toujours une aventure heureuse. Les complications psychiatriques sont là pour en témoigner, complications au cours de la grossesse et, surtout, en postpartum. Ainsi, pour un nombre non négligeable de femmes, la naissance est malheureusement associée à un premier épisode psychiatrique, à la rechute ou à l’aggravation d’un trouble psychiatrique préexistant [4, 11, 18].Certains troubles débutent au cours de la grossesse et auront le temps de guérir spontanément avant l’accouchement. D’autres se pérennisent au-delà de la naissance avec ou sans intervalle libre. Il en est qui se développent soudainement en post-partum immédiat ou apparaissent insidieusement dans les mois qui suivent l’accouchement. Ils peuvent être d’intensité modérée, comme ils peuvent être sévères et persister de longs mois.Si l’on compare, pour une femme en âge de procréer, le risque qu’elle encourt d’être hospitalisée pour un épisode psychiatrique au cours de son existence, ce risque est multiplié par 15 ou 20 dans les 3 mois qui suivent un accouchement [17]. Un phénomène semblable ne se retrouve à aucun autre moment de l’existence, même après un événement de vie grave comme un deuil. Ce fait ne doit pas faire oublier que les principaux troubles psychiatriques maternels au cours de la grossesse sont les dépressions, d’apparition plus tardive, d’intensité modérée et touchant 10 à 15 % des femmes accouchant [29]. Cette haute incidence du postpartum alimente une discussion toujours vive et actuelle : existe-t-il une spécificité des troubles puerpéraux, sont-ils une entité clinique autonome dont la puerpéralité serait l’agent causal, ou bien la puerpéralité n’est-elle qu’un événement de vie précipitant l’émergence de syndrome psychiatrique chez une femme vulnérable [4] ?L’on peut également comparer l’incidence des troubles psychiatriques survenant chez l’homme quand il devient père [2].

Les découvertes en périnatalité

Le renouveau d’intérêt pour la période périnatale est directement lié aux découvertes dans des disciplines très variées, survenues ces cinquante dernières années, toutes dans le champ de la périnatalité, à partir de deux sources, l’une ayant pour origine la mère, l’autre partant de la clinique du nourrisson.

Concernant la mère

C’est en France, au XIXe siècle, qu’apparaissent les premiers écrits consacrés à la folie puerpérale. Ils sont le fait des aliénistes français Étienne Esquirol (1838) et Louis Victor Marcé [26] (1858) qui publie De la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices. Puis, durant un siècle, dans toute l’Europe et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’intérêt pour la puerpéralité est pratiquement inexistant. Les choses changent dans les années 1950-1960 : en France, Racamier [32], psychiatre d’adultes et psychanalyste, s’intéresse aux psychoses puerpérales ; il réalise les premières hospitalisations ponctuelles conjointes mère-bébé en service de psychiatrie adulte à Prémontré dans l’Oise en 1960. Il repère combien la séparation d’une mère, même malade psychiquement, et de son nourrisson, ce fait si banal et fréquent, est souvent nuisible pour les deux partenaires. Aux États-Unis, il faut citer les travaux de Zilboorg [40] en 1931 sur les réactions dépressives en rapport avec la puerpéralité.

Dans les années qui suivent, les psychiatres anglais décrivent le baby blues [39] et Pitt, en 1968, individualise la dépression postnatale (DPN) [30].

Concernant le bébé

Parallèlement, est apparue, dans la deuxième moitié du XXe siècle, une clinique du nourrisson qui n’existait pas jusque-là ; elle s’est développée autour des travaux très divers : Spitz [34] en 1946 décrit la « dépression anaclitique » du nourrisson séparé brutalement de sa mère autour de l’âge de 6 mois ; ce sont les travaux de psychanalystes sur l’étude des interactions précoces mère-bébé (Stern [35], Cramer [10], Lebovici [21], Soulé), des recherches de pédiatres sur les compétences du nourrisson (Brazelton [3]), des travaux en psychologie expérimentale sur les processus d’attachement (Bowlby, Ainsworth) [23] et de transmission transgénérationnelle (Lebovici [21]). Winnicott, pédiatre et psychanalyste d’enfants, souligne à la même époque l’importance des soins maternels pour le développement psychique du jeune nourrisson [37].

On a alors commencé à mieux saisir de quelle manière un trouble psychique pouvait rendre une femme défaillante dans sa fonction maternelle et à en mesurer les conséquences sur le développement de son bébé : retentissement immédiat, mais aussi différé sur les performances cognitives d’un enfant âgé de quelques années, dont la mère aura été déprimée de manière prolongée au cours de la première année de sa vie [16, 27]. Ainsi seront ciblées des questions essentielles : Quel avenir psychique pour une femme qui a décompensé lors de l’enfantement ? Un trouble psychique antérieur à la grossesse ou qui apparaît au cours de la grossesse retentit-il sur l’évolution de la grossesse même ? Si c’est le cas, on doit pouvoir le mesurer avec des paramètres obstétricaux (mortalité périnatale, césarienne imprévue, durée du travail). Quelles sont les conséquences pour un fœtus d’être porté par une mère troublée psychiquement ; avec quels paramètres pertinents faut-il les appréhender (retard de croissance in utero, prématurité plus fréquents, état neuro-comportemental) ?

Le préjudice pour les aînés et le conjoint d’un trouble psychique maternel a également été mesuré. Des difficultés conjugales, des divorces se font probablement dans le cadre d’une dépression postnatale non reconnue et non traitée.

Clinique puerpérale

Schématiquement, on oppose « l’avant » et « l’après » accouchement.

Pendant la grossesse

Il est habituel d’opposer la relative accalmie de la grossesse au postpartum plus troublé. Cette affirmation est à moduler. La grossesse semble jouer un rôle protecteur vis-à-vis des états psychiatriques majeurs : les premiers accès ou les rechutes mélancoliques sont rares, les épisodes maniaques sont exceptionnels. On observe peu de poussées schizophréniques.

Par contre, l’influence de la gravidité sur d’autres troubles psychiatriques préexistants moins graves, tels une anxiété, un trouble panique, une anorexie ou une boulimie, est très variable. Le début d’un trouble obsessionnel compulsif survient dans un nombre non négligeable de cas au cours d’une grossesse. On peut observer une symptomatologie qui s’amende, reste inchangée ou s’aggrave, ce qui pose alors de sérieux problèmes thérapeutiques.

Cette notion de répit pendant la grossesse est à moduler : bon nombre de troubles existent pendant la grossesse, essentiellement dépressifs et restent cachés. La fréquence de ces états dépressifs est inférieure à 10 %. Ils surviennent plus particulièrement aux premier et troisième trimestre ; ils sont en règle d’intensité modérée, non psychotiques, souvent anxieux. La femme se déprécie, se sent incapable, fatiguée et dort mal. Elle regrette d’avoir mis en route cette grossesse. Le risque d’un trouble anxieux-dépressif réside dans la consommation d’alcool, la prise d’anxiolytiques et la poursuite du tabac. Il est peu probable qu’une dépression du troisième trimestre ait le temps de guérir avant l’accouchement [24].

Le postpartum

Le postpartum est une période où le risque de décompensation psychiatrique est majeur. Il est habituel et pragmatique de diviser les troubles psychiatriques du postpartum en trois catégories, division largement fondée sur le caractère plus ou moins sévère des troubles, sans qu’on puisse affirmer, en l’état de nos connaissances, si l’on a affaire à trois troubles différents ou s’il s’agit de trois degrés sur un continuum. Cette classification comprend : le blues, les psychoses aiguës du postpartum et les dépressions postnatales [18].

L’anxiété

Une certaine anxiété est normale au cours de la grossesse et du postpartum immédiat ; elle représente, quand elle reste modérée, un témoin de la conscience qu’a la mère de son rôle face à un nouveau-né. Mais de réels troubles anxieux peuvent se développer, croître et conduire à des troubles particulièrement handicapants pour la relation mère-enfant.

Le blues

Il constitue un épisode dysthymique mineur à résolution spontanée et rapide, qui ne dure que de quelques heures à 48 heures maximum. Sa fréquence est élevée, appréciée différemment selon les auteurs (30 à 70 %). Les symptômes associent une humeur dysphorique avec accès de pleurs, anxiété, insomnie, ruminations concernant l’enfant avec sentiment de découragement, d’incapacité. Discret, il peut passer inaperçu. Son pic d’intensité est maximal au troisième ou cinquième jour. Sa résolution rapide est favorisée par l’attitude chaleureuse des proches. Trouble transitoire, le blues n’est pas considéré comme pathologique et n’est pas codé dans les classifications nosographiques internationales. Il reste néanmoins un petit événement très intrigant, posant aux chercheurs et aux cliniciens bien des questions. Il est contemporain de phénomènes très disparates, physiologiques et psychologiques (tels la montée laiteuse, l’effondrement hormonal), et du moment où se développe la préoccupation maternelle primaire [37], cet état d’hypersensibilité qui permet à la mère de pressentir au mieux les besoins de son nouveau-né. Ainsi, il existerait un aspect positif du blues comme préparant la mère à sa tâche. Mais, s’il perdure, s’il est sévère, il fait craindre une évolution vers une dépression d’un seul tenant ou après un intervalle libre de quelques semaines [12, 14, 36, 39].

Les psychoses aiguës du postpartum ou psychoses puerpérales [6]

Les troubles psychiatriques aigus et sévères du postpartum sont les moins fréquents mais les plus bruyants ; ils touchent 2 ‰ des femmes accouchant [17]. Ils surviennent en règle la première semaine, le premier mois du postpartum. Ils sont la cause des hospitalisations des premières semaines. Leur fréquence est restée remarquablement fixe au fil des décennies, comme insensible aux progrès de la médecine, de l’obstétrique, à l’élévation du niveau de vie et à l’amélioration du statut de la femme [13].

Sur le plan clinique, après une courte phase prodromique, ils réalisent une bouffée délirante polymorphe avec des éléments confusionnels, de grandes oscillations thymiques et une anxiété extrême. Selon le symptôme dominant, délire ou trouble de l’humeur, et surtout selon les préférences des écoles de psychiatrie de chaque pays, ces états pathologiques sont répertoriés dans des catégories nosographiques différentes.

L’école française s’est longtemps attachée à maintenir l’entité « psychose puerpérale » au sein des bouffées délirantes aiguës, avec leur pronostic immédiat bon mais incertain à moyen et long terme, sans que la clinique lors de l’épisode aigu permette de trancher. Les Américains ont rangé, dans leur Manuel de classification des troubles mentaux (DSM), les psychoses aiguës du postpartum (PPP) dans la catégorie des « troubles psychotiques brefs » en spécifiant le début en postpartum strict. Les Anglais ont mis en évidence le caractère très fréquemment thymique des psychoses aiguës du postpartum avec le risque ultérieur de rechute, en dehors ou non du contexte de la puerpéralité, rechute nettement maniaque ou mélancolique qui permettra d’affirmer le caractère thymique du trouble. L’avis actuel consensuel de la communauté médicale s’est rallié à l’opinion anglaise pour reconnaître que les PPP font partie majoritairement du spectre des troubles de l’humeur.

La note confusionnelle est constante. La malade apparaît perplexe, avec des illusions perceptives et des fausses reconnaissances.

Le délire — il peut être au premier plan — nie presque toujours la naissance, la filiation, le mariage et l’activité sexuelle. La femme a la conviction que l’enfant n’est pas né, qu’il est mort, qu’on lui a substitué un autre enfant, qu’il est anormal, changé de sexe. Elle se sent épiée, soumise à des tests ou à des épreuves dans une atmosphère bizarre de mystère. Elle a des sensations corporelles étranges, incomprise d’un entourage complice de manœuvres. Son angoisse est extrême, entretient l’insomnie. Son agressivité envers l’enfant est parfois manifeste, même lorsqu’elle semble apathique et indifférente.

Les troubles de l’humeur sont constants et variables à la fois, des moments dépressifs alternant rapidement avec des phases d’excitation euphorique et des conduites ludiques. Ces troubles de l’humeur peuvent être aussi au premier plan, réalisant un tableau d’état maniaque ou de mélancolie délirante. On peut se méfier de phrases laconiques d’une jeune accouchée, telles que : « Je gêne ma famille, j’encombre mon époux ». La patiente peut affirmer avoir tué son bébé. Les hallucinations dirigées contre elle sont accusatrices : « Tu vas l’infecter (le bébé)… ». Elle se sent nuisible. Les interprétations mélancoliques contaminent le comportement : l’enfant pleure si elle s’approche du berceau, il ferme les yeux car il ne supporte pas le regard mauvais de sa mère, s’il ne fait pas son rot ni une selle en temps voulu, c’est qu’en le serrant dans les bras elle entrave le fonctionnement du tube digestif, etc. Des visions funèbres la hantent, mettant en scène des catastrophes dont elle se sent responsable, mort ou maladie d’un proche.

Le danger est extrême : suicide, suicide à deux [1]. Le réflexe médical est immédiat : l’enfant est écarté de cette mère dangereuse, elle-même est hospitalisée afin de recevoir les traitements nécessaires, les psychotropes et surtout l’électroconvulsivothérapie sont efficaces.

Le pronostic immédiat est souvent bon. Néanmoins, les PPP peuvent évoluer d’un seul tenant ou par récidive à court terme vers un état mixte, un accès franchement mélancolique ou maniaque (signant le diagnostic de trouble bipolaire). Le risque ultérieur est celui de la rechute. Une évolution vers la chronicité est possible. Il existe indéniablement des schizophrénies à début puerpéral.

Se discute, dans ces cas de PPP, l’intérêt éventuel d’une hospitalisation conjointe mère-bébé en milieu psychiatrique, afin de ne pas séparer à un âge si vulnérable un nourrisson de sa mère [28].

Il n’y a pas que la mère qui décompense au moment d’une naissance. Certains pères se retrouvent hospitalisés en psychiatrie en période de postpartum pour une éclosion délirante, avec doute sur leur paternité et exprimant des préoccupations homosexuelles.

Les dépressions postnatales

Les dépressions du postpartum sont de deux types :
  • les dépressions majeures d’allure mélancolique, précoces, qui entrent dans le cadre des psychoses aiguës du postpartum décrites ci-dessus ;
  • les dépressions postnatales (DPN) proprement dites.

Elles ont été individualisées en 1968 par un psychiatre anglais, B. Pitt [30], dont le travail a eu le mérite de préciser leur sémiologie et leur évolution. Leur fréquence est grande : 10 à 15 % des femmes accouchant d’un enfant présenteront une dépression postnatale mais, en même temps, elle n’est pas supérieure ou de très peu à la prévalence et à l’incidence des états dépressifs survenant en population non puerpérale [9, 29].

La DPN n’a pas ou que peu de particularités sémiologiques et ressemble à n’importe quelle dépression survenant dans un autre contexte. Tout au plus peut-on noter l’importance du ralentissement psychomoteur si gênant pour le maternage. La spécificité de la DPN tient à son contexte de survenue, c’est-à-dire celui de la naissance où la mère et son bébé représentent une unité indissociable.

Les mères dépressives sont psychiquement et émotionnellement absentes et ne parviennent pas à s’engager dans l’interaction avec leur bébé, que ce soit par le regard, la voix, le contact cutané. Elles restent en retrait et/ou intrusives, silencieuses souvent, le visage triste, sans sourire. Les soins sont délivrés d’une manière terne qui prive l’enfant d’une expérience relationnelle et affective. La présence fréquente de phobies d’impulsion pousse davantage encore la mère à se décharger des soins sur l’entourage. La mère dépressive se trouve en grande difficulté pour donner à son enfant le sentiment de continuité psychique et de sécurité interne dont il a besoin pour son développement [10, 31].

Mais dans les DPN modérées, les plus fréquentes, la dépression maternelle n’est ni totale ni constante. Il existe une grande variété de styles dans l’engagement d’une mère déprimée avec son bébé, qui fait que le retentissement sur le bébé sera également très varié. Certaines mères sont affligées par leur indisponibilité et en ressentent une grande douleur morale. Elles savent bien que leurs stimulations sont insuffisantes en nombre et en qualité. Elles se forcent sans ressentir du plaisir. Le mouvement vers l’enfant n’est pas spontané mais le désir est très authentique. Pour le bébé c’est probablement mieux que rien. Pour certaines mères, l’enfant est peut-être la seule personne qu’elles peuvent encore aimer et cela se voit. D’autres mères sont en rage contre leur bébé responsable de tous leurs maux. Le risque de mauvais traitements existe bel et bien. Il faut être attentif aux propos de mères dits sans humour, pleins de reproches envers le bébé : « Il est méchant, il est rusé, il suffit que je m’allonge pour qu’il pleure ».

La moitié des DPN guérira spontanément en quelques semaines à 6 mois. Mais pour un quart des femmes, elle persistera encore un an plus tard [29].

Les DPN, si fréquentes, ne sont pas diagnostiquées ou le sont avec retard. Pourquoi ces femmes, qui à cette époque de leur vie rencontrent de manière régulière des professionnels de santé, échappent-elles à la reconnaissance de leurs symptômes et ne reçoivent-elles pas de soins ? Plusieurs ordres de faits interviennent.

Les items somatiques (poids, fatigue, sommeil), habituels dans une dépression, sont d’interprétation délicate en postpartum. La plupart des femmes ne reconnaissent pas le caractère maladif, dépressif de leurs symptômes. Elles éprouvent un sentiment de honte, d’échec, elles vont rester silencieuses car elles craignent d’être jugées incompétentes, de décevoir leur conjoint et redoutent le label de « maladie mentale ». Enfin, au cours des visites postnatales, les propres réticences des professionnels de santé (non psy) à admettre l’idée d’une dépression postnatale accentuent les difficultés diagnostiques [15].

Les DPN forment un groupe extrêmement hétérogène. Les recherches actuelles se dirigent vers une étiologie multifactorielle, tant la DPN semble profondément ancrée dans des facteurs psycho-socio-culturels, biologiques et psycho-dynamiques, tous susceptibles de la précipiter, de l’influencer, de l’aggraver, de l’entretenir.

Il existe une hiérarchie dans ces facteurs de risque. Les facteurs les plus étroitement corrélés au risque de DPN sont l’existence de troubles psychiatriques antérieurs personnels ou familiaux en rapport ou non avec la puerpéralité [7, 22].

La seconde corrélation forte quant au risque de dépression puerpérale est l’existence de troubles psychiatriques chez le partenaire et la qualité du soutien qu’il apporte à sa compagne.

Les hommes souffrant de trouble bipolaire sont aussi à risque de premier épisode ou de rechute maniaque ou mélancolique, mais dans une dispersion temporelle différente de celle des femmes : ils décompenseront au cours de la grossesse, rarement en postpartum immédiat, et également plus tard dans l’année qui suit la naissance.

Viennent ensuite tous les facteurs socio-familiaux et culturels, quand ils concourent à un isolement, à l’adversité sociale.

En résumé, une dyade mère-enfant sans soutien conjugal, sans le soutien d’une communauté culturelle, linguistique, religieuse est en grand danger et fortement à risque de DPN [8, 9].

Une des données majeures des DPN est que, dans la plupart des cas, leur diagnostic et leur traitement reviennent aux intervenants de première intention auprès des mères. Ainsi, de nombreuses femmes souffrant de DPN ne rencontreront pas de psychiatre. Comment aider alors les professionnels de terrain, généraliste, sage femme, puéricultrice, pédiatre, assistante sociale, à reconnaître une DPN, à évaluer si la situation mérite une orientation spécialisée et laquelle ? Ce fait soulève la question essentielle de la formation de ces professionnels car l’on peut, sous certaines conditions, empêcher une DPN d’apparaître ou bien la détecter précocement et en prévenir les conséquences si néfastes : la défaillance parentale avec son corollaire, la maltraitance, et son retentissement délétère sur le développement de l’enfant [27, 33].

Les personnalité pathologiques de type « état limite »

Les psychiatres français ont plus particulièrement individualisé un dysfonctionnement interactif premier, un trouble précoce de l’attachement, en dehors de toute pathologie psychiatrique évidente [19]. Quel est le partenaire responsable de ce dysfonctionnement interactif ? Ce peut être le bébé qui, par son tempérament, serait temporairement inapte à l’interaction, bébé prématuré, malade ou futur autiste ?

Très souvent mais pas toujours, ces troubles se rencontrent chez des femmes présentant des problématiques souvent intriquées de carence affective, troubles de la personnalité type « état limite » et conduites addictives. Ces femmes avaient pu jusqu’alors donner l’apparence de la normalité. La présence d’un bébé va être le révélateur de leur défaillance : les besoins et fragilités du nourrisson sont mal perçus. Ces femmes supportent mal les servitudes liées à sa présence. On observe très tôt des anomalies des interactions marquées par le manque, l’excès, l’incohérence des stimulations. La confrontation avec l’enfant réel est douloureuse car frustrante de manière plus ou moins permanente. Elles éprouvent d’intenses sentiments de culpabilité, difficiles à confier parce que perçus comme contre nature et inavouables ; elles s’enfoncent dans la dépression, tout en réagissant par des manifestations de rejet ou d’agressivité envers leur bébé. Il est évident que la dépression dans ce cas-là demande un abord thérapeutique particulier.

Les patientes ayant une maladie mentale chronique

Un dernier groupe de femmes est constitué de patientes ayant une maladie mentale chronique devenues enceintes.

Ce sujet est d’actualité puisque, grâce à la politique de secteur et au traitement psychotrope, nombre de femmes schizophrènes restent insérées dans la cité. Elles ont des compagnons ou se marient plus fréquemment et ont des enfants. On estime grossièrement à 5 000 le nombre d’enfants par an naissant de mères psychotiques [20]. Cet événement, vécu hier comme une catastrophe, est devenu un problème humain.

L’étude clinique des mères schizophrènes permet de repérer qu’un investissement intense et réciproque pouvait exister entre la mère et l’enfant [5]. On ne peut nier systématiquement le vécu d’une grossesse, gommer la perception que la mère et l’enfant ont l’un de l’autre et refuser l’existence du lien mère-enfant. On ne peut non plus oublier que les enfants de mères psychotiques sont des enfants à haut risque (OMS). Ce fait invite à une démarche de prévention primaire, à la mise en place d’un dispositif de soins adaptés qui comporte, dès la grossesse, l’évaluation du risque existant et potentiel pour l’enfant en répondant, par exemple, aux questions suivantes [25] : Y a-t-il un aspect actuel de la pathologie psychique de la mère ou de son comportement qui représente une menace pour la grossesse ou pour le fœtus : manque d’assiduité aux visites prénatales, malnutrition, manque d’hygiène, automédication anarchique. Y a-t-il des dangers pour le fœtus liés aux traitements médicaux prescrits et, si c’est le cas, quelles sont les éventuelles alternatives ? Si l’on redoute un postpartum difficile, est-il nécessaire de planifier une éventuelle hospitalisation pour la mère ? Si elle est hospitalisée, où sera le bébé ? Les membres de la famille sont-ils prêts ?

L’attitude de prévention primaire qui s’avère la plus opérante, car à notre portée, face à un enfant à haut risque est d’aider la mère à établir une relation suffisamment bonne avec son bébé. Ainsi, la maternité chez une femme psychotique peut être à l’origine d’une dégradation de son état psychique. Mais elle peut être aussi, si la femme est soutenue et aidée, l’occasion d’un réaménagement de la situation tandis que s’instaure une relation mère-enfant positive et acceptable [38].

Conclusion

Le domaine de la périnatalité est très vaste et encore largement inconnu. Les recherches à mener sont nombreuses, explorant le domaine de la psychopathologie précoce chez le jeune enfant avant l’apparition du langage et, chez l’adulte, le processus de la parentalité et la défaillance parentale.

Références

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