ARTICLE
Auteur(s) : Charles Alezrah*
Rubrique dirigée par T. Trémine
* CHS Léon-Jean Grégory, route de Castelnau,
66300 Thuir.
En préambule, il convient de préciser que la réforme du système
de santé devient une urgente nécessité, pas seulement en raison de
l’envolée des dépenses, mais surtout parce que le dispositif actuel
apparaît de moins en moins adapté, ce qui se traduit par des
manquements de plus en plus criants aux principes pourtant
régulièrement réaffirmés d’accessibilité à des soins d’égale
qualité pour tous et partout…
Des questions comme la réorganisation du tissu hospitalier et
son fonctionnement, la place de la médecine libérale et, plus
largement, des acteurs de soins exerçant en libéral (infirmiers,
kinés et demain psychologues cliniciens…), leur implication dans
des missions de service public, leur répartition géo-démographique,
l’articulation avec l’hôpital… sont essentielles et ne peuvent être
traitées indépendamment les unes des autres.
Pour avoir oublié que sa finalité était d’abord de dispenser des
soins de qualité et d’avant-garde, l’hôpital est progressivement
devenu un monstre sclérosé, miné par les rigidités, paralysé par la
superposition des champs d’autorité et de compétences à mesure de
l’accumulation de textes réglementaires multipliant les commissions
et substituant à la logique fonctionnelle du service celle d’une
transversalité jetant le plus grand flou sur les circuits de
décision et de responsabilité.
Il ne peut y avoir de « bonne gouvernance » qui ne
soit au service du soin. Il devient donc urgent de recentrer
l’hôpital sur le soin et sur ceux qui en sont les garants :
les soignants en général, et plus particulièrement les médecins.
Toutes les mesures qui viseraient à définir l’organisation de
l’hôpital et son application sur le terrain en maintenant le corps
médical dans une certaine marginalité en matière de pouvoir
décisionnel ne peuvent aboutir qu’à la poursuite de la dérive
engagée depuis plus de 30 ans dans le sens d’une institution
caricaturalement bureaucratique, incapable d’adaptation. La
distance croissante entre les décisions « politiques »
engageant l’établissement et les acteurs du soin ne peut conduire
qu’à une démobilisation de chacun.
De ce point de vue, la constitution des équipes soignantes revêt
une importance considérable et doit impliquer en premier lieu les
responsables médicaux, de service, de pôle ou d’établissement...
Cela sous-entend qu’aucune affectation d’aucune nature que ce soit
dans un service de soin ne devrait se faire sans l’aval du
responsable du service. Cela pose clairement la question du
recrutement et de l’affectation des médecins. Ce recrutement
pourrait se faire localement, par le président de la CME,
responsable médical institutionnel, élu par ses pairs, après avis
du chef de service concerné. Le maintien d’une commission
nationale statutaire et de la nomination ministérielle restant
d’une extrême importance, comme regard extérieur neutre, pour
préserver une cohérence générale, limiter les dérives endogamiques,
traiter les cas litigieux et ouvrir d’éventuelles voies de
recours… Cela n’empêche pas le directeur de donner un avis sur
les procédures de nomination, au même titre que le président de la
CME pour le recrutement d’un directeur, le choix de l’institution
restant formulé par le président de la CME pour les recrutements
médicaux et par le président du Conseil d’administration pour celui
des directeurs.
Dans le même ordre d’idée, la présidence d’un éventuel comité
stratégique médico-administratif devrait revenir au président de la
CME. Une telle réorganisation autour d’une nouvelle répartition
entre médecins responsables pleinement de l’organisation des soins
et directeurs chargés de la gestion administrative « au
service du soin » suppose une réévaluation à intervalle
régulier, par des pairs, dans une instance technique neutre (par
exemple une commission régionale d’évaluation qui serait beaucoup
plus libre de ses appréciations et moins « affective »
que les CME ou les CA) des niveaux de compétence des acteurs en
situation de responsabilité (chefs de service, chefs de
pôles…).
Le reconnaissance d’une responsabilité et d’une autorité du chef
de pôle sur la structure qu’il dirige est indispensable. Cela
étant, le médecin n’a pas vocation à être gestionnaire. La gestion
« administrative », comme les commandes, les suivis des
comptes, doit être assurée par du personnel administratif détaché.
Par contre, il est très important que le chef de pôle supervise
cette gestion et fixe les choix en les hiérarchisant en fonction de
la politique de soins.
À propos du rapport Clery-Melin
Il s’appuie sur de nombreuses propositions de « bons
sens » et pragmatiques, formulées avec une grande clarté. La
non-reprise de la plupart d’entre elles par la profession serait
difficilement compréhensible.
– Pour ce qui concerne la pratique de la psychothérapie et le
remboursement des actes des psychologues cliniciens, il convient de
suivre avec prudence le devenir de l’amendement Accoyer qui prévoit
la réglementation de la psychothérapie, ce qui est très important,
mais qui évoque également que les psychologues pourraient
directement prescrire la psychothérapie… Le projet de
remboursement des prises en charge par des psychologues pose par
ailleurs la question de la reconnaissance comme profession de santé
des psychologues cliniciens, la position des intéressés n’étant pas
simple et loin d’être unanime sur ce point.
– On ne peut que souscrire à un numerus clausus
d’installation en libéral et à des mesures d’incitation positives
qui pourraient être développées pour rendre certains postes ou
fonctions plus attractifs. Encore convient-il de préciser que ces
mesures contractuelles viendraient en complément du statut
hospitalier et ne pourraient nullement se substituer à lui.
– Il est très important de s’appuyer sur les propositions
du rapport pour que la psychiatrie redevienne prioritaire lors de
la prochaine réunion annuelle de la CNEM au début de l’année 2004
pour passer, par étapes, des 185 DES formés actuellement à 350
en 2010, ce qui devrait stabiliser les effectifs de psychiatres
autour de 12 000 (cf. l’obstruction systématique sur ce plan
de l’ancien directeur de la Direction générale de la santé).
– Il faut absolument soutenir sans réserve la proposition de
limiter les écarts en matière d’encadrement médical entre
4 ETP minimum et 10 ETP maximum par secteur, avec
possibilité de rémunération complémentaire pour les collègues
exerçant dans des services où des postes sont vacants (pp. 23-24).
Sur ce plan, il n’y a aucune place pour les positions démagogiques
visant à « préserver » les quelques services dont les
effectifs sont bien au-delà de la borne supérieure.
– La perspective de réaménager les dispositions relatives au
contenu et à la communication du dossier devrait soulever
l’unanimité. Les propositions de la Fnapsy qui avait évoqué un
dossier en plusieurs parties, dont certaines non communicables,
vont dans le même sens (cf. Mme Finkelstein, 4es
rencontres de la psychiatrie).
– L’actualisation de la loi du 27 juin 1990, qui reprend
plusieurs mesures préconisées dans le rapport Piel-Roelandt, va
dans le sens d’une adaptation de la législation aux réalités
cliniques de terrain. La suppression du 2e certificat
d’HDT, la limitation de la durée des sorties d’essai, l’obligation
de soins ambulatoires, la création d’une nouvelle disposition
d’hospitalisation d’urgence, la période d’observation de
« 72 heures » relèvent d’une cohérence d’ensemble.
Elles facilitent l’accès aux soins pour les patients qui ne sont
pas en état de le demander. Elles recentrent davantage sur le soin
plutôt que sur une pseudo-liberté relevant du déni de toute
spécificité psychopathologique... Il n’est pas inutile de rappeler
que, dans la loi de 1990, il existait déjà une disposition
prévoyant que le directeur d’un CHG avait 48 heures pour
mettre en œuvre une éventuelle hospitalisation sous contrainte
(AL332). La proposition des 72 heures vient simplement mettre
sur un pied d’égalité les établissements de santé, quelle que soit
leur nature, en laissant un temps d’observation sans préjuger du
lieu où elle doit intervenir.
– L’ouverture de missions de service public aux établissement
privés est hautement souhaitable, qu’il s’agisse d’hospitalisation
à temps partiel ou d’hospitalisations sous contrainte. Cela
pourrait limiter les risques « d’écrémage » des
admissions et de spécialisation des établissements publics dans les
hospitalisations sous contrainte Cette ouverture suppose les mêmes
garanties pour les patients, notamment en termes de recours, de
visite des CDHP.
– Les propositions d’articulation des différents territoires
méritent une réflexion approfondie. Si le « secteur »
traditionnel correspond bien à des soins de proximité, le
regroupement de moyens et la réflexion en termes de politique de
santé mariant transversalité et horizontalité supposent des bassins
de population plus vastes. L’échelle 200 à
400 000 personnes correspond approximativement à l’idée
de l’établissement public de santé mentale du rapport Demay,
reprise et développée par la Conférence des présidents de CME de
CHS de Michel Potencier.
Sur un plan général, l’occasion nous est donnée de participer à
un profond changement de l’organisation des soins. Qu’il s’agisse
du plan hôpital 2007 ou du rapport Clery-Melin, il n’est pas
question d’être pour ou contre globalement mais bien d’argumenter,
d’enrichir les points d’accord ou de marquer certaines limites en
disant ce qui peut nous sembler inacceptable mais en proposant
alors des alternatives ou des pistes nouvelles. Le chantier qui
s’ouvre nous offre la possibilité d’agir plutôt que de subir
Saurons-nous relever le défi ?
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