ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Luc Roelandt*
* Psychiatre, Chef de service, Directeur du Centre collaborateur
français de l'OMS pour la recherche et la formation en santé
mentale, EPSA Lille-métropole, Centre Frontière, 211 rue
Roger-Salengro, 59260 Lille-Hellemmes. E-mail :
ccoms@epsm-lille-metropole.fr
Avertissement. Dans toute recherche, et bien plus encore dans
toute recherche/action, l'implication du chercheur est
obligatoirement à prendre en compte. Loureau et Lapassade l'ont
bien développé dans le corpus théorico-pratique de l'analyse
institutionnelle. La recherche anthropologique en psychiatrie est
un lieu d'excellence des bouleversements et du passage des
frontières : vie professionnelle, vie privée, histoire
personnelle, histoire nationale ou internationale, chronique du
colonialisme, frontières d'existence et de continents, identité de
l'individu et des groupes. On ne peut se lancer dans cette aventure
qu'avec prudence. Il ne s'agit pas de dévoiler, de lever des
non-dits, d'instaurer une totale transparence illusoire entre le
chercheur et son sujet d'étude. Il s'agit plutôt d'en repérer
malicieusement les clins d'œil pertinents, nécessaires à une
meilleure compréhension des uns, les chercheurs, et des autres, les
cherchés ; comprendre son histoire et l'histoire des sociétés,
voire de la psychiatrie, grâce à cette recherche et
réciproquement.
Présenter et se représenter culturellement
Peut-être que cet exposé ne peut se comprendre (comme tout ce
qui a trait à la santé mentale) qu'à partir de la culture propre de
celui qui parle. Et qui parle ici aujourd'hui en français. La santé
mentale c'est avant tout la langue, la donneuse de sens de
la culture.
Mon nom est flamand et quasiment imprononçable correctement en
français. Je le francise dans sa prononciation (Roland). La chanson
de Roland fait penser à l'Espagne de St
Jacques-de-Compostelle ! Ces Espagnols qui sont restés
75 ans en Flandre, partie la plus méridionale de l'Europe du
Nord. Du XIe au XVIIe siècle, les batailles
entre Francs et Flamands sont innombrables. Le Nord a vécu plus de
7 siècles de lutte contre les anglais, 3 guerres avec les
allemands, dont la langue nous est proche. Jean Bart, figure
emblématique de Dunkerque, a garanti l'intégrité de la France sur
les mers face à l'hégémonie anglaise. La Flandre, composée de
villes fières et indépendantes, a résisté à tous les envahisseurs.
Pas assez. Elle est donc coupée en deux de manière arbitraire. Dans
mon enfance, on ne parlait que flamand dans les fermes de Flandres
maritime française et je n'y comprenais rien. Peut-être étais-je
déjà en position d'étranger parmi les miens. Venant de la ville, je
séjournais déjà dans des colonies rurales. Mes grands-parents
ressemblaient à des Espagnols et parlaient couramment
flamand ; mes parents ressemblaient à des Suédois et
comprenaient le flamand.
J'ai failli naître à Madagascar (où on ne parle pas
flamand) : la France, après avoir gagné la seconde guerre
mondiale grâce aux soldats de ses colonies, refusa l'indépendance
aux Malgaches en 1947. Des massacres sanglants s'en suivirent.
L'Eldorado où ma famille voulait émigrer étant devenu difficile à
vivre, je suis donc né à Dunkerque, parmi plein de petits Français
à noms flamands. C'est là que, beaucoup plus tard, j'ai milité à
l'auberge de jeunesse, avec des amis malgaches et mauriciens !
Dans cette auberge des années post-soixante-huit soufflait un vent
d'espoir, d'espérance, de liberté, d'internationalisme et de
fraternité entre les jeunes du monde entier.
Aujourd'hui, psychiatre et citoyen du monde, je pense avoir
appliqué les principes des auberges de jeunesse à la psychiatrie.
J'exerce encore en Flandres, à la frontière de Lille. Dans ce
septentrion qui a brûlé 50 000 sorcières lors de
l'Inquisition. Il en reste encore quelques-uns, au mont des Cats et
à côté du mont Noir. Leur étude détaillée fait le délice des
anthropologues locaux.
La formation psychiatrique des années 1970, c'est d'abord
l'Europe et la rencontre de la psychiatrie italienne en 1974, à un
moindre titre de la psychiatrie anglaise. Puis, l'apprentissage de
la « psychiatrie sans frontière » va prendre ses racines
en 1980, lors du congrès de Nice, juste après la mort du Pr H.
Collomb. Nice était devenu le lieu de toutes les expérimentations
culturelles, le lieu de la libération de la parole du fou, grâce à
l'action de Collomb et de ses élèves, qui avaient transformé le
service de l'Abbaye en un grand centre de psychiatrie ouverte et
transculturelle. Le film N' Doep de Collomb a marqué toute
notre génération. Il y montre comment on peut guérir un trouble
mental par une action magique et communautaire. (Ou comment on
« pouvait » guérir, car aujourd'hui cette technique tient
plus du folklore pour touristes férus d'ethnologie). C'est à Nice
que j'ai rencontré Dom Toumane, chasseur de sorciers
anthropophages. Je l'ai retrouvé un an plus tard dans la banlieue
de Lille. Il voulait guérir les possédés issus des nouvelles
migrations. Car les sorciers anthropophages étaient encore bien là,
au bout du long voyage qui les avait menés de leur terre Woloff
vers ce bout de Flandre francophone. Et ça semblait fonctionner
aussi bien que notre psychiatrie laïque et républicaine. Question
de confiance, question de foi certainement.
Dans l'aller et retour des croyances et des convictions, des
techniques et des modes de soins, la psychiatrie relativiste et
transculturelle produit des découvreurs et des bâtisseurs de
mythes.
N'oublions pas que Franco Basaglia n'était pas originaire de
Trieste. Aujourd'hui Sashi Sashidharan, pur produit de Pondichery,
ancien comptoir français aux Indes adapté à la folie du
XIXe siècle, travaille à Birmingham, ville
multi-ethnique, et Felipe Costa, émigré mozambicain, développe des
pratiques innovantes de psychiatrie au sud de Stockholm !
C'est peut-être cet ailleurs de l'individu qui le conduit à
toujours questionner, interroger et modifier les institutions.
L'exilé ne tient qu'à un fil et il le sait.
Comprendre l'histoire de la psychiatrie à la lumière de celle
du colonialisme et de l'ethnocentrisme [1]
Des préjugés
L'utilisation de la science psychiatrique dans le contexte
colonial fut particulièrement dévastatrice et dévalorisante pour
l'œuvre civilisatrice de l'Occident. La normalité mentale de
l'Africain « en totalité autre » était sans importance
pour le colonisateur. Et Foucault d'ajouter : « si le
fou était Autre en France, en Afrique le sauvage est autre, et le
fou n'est qu'une catégorie infime de cet autre radical »
[1].
Dès les années 1930, c'est le thème de la déculturation qui va
expliquer la folie : « L'Africain, comme la femme
européenne de l'idéologie bourgeoise de la fin de siècle, n'est pas
équipé mentalement pour faire face à la civilisation »
[1].
L'instruction des indigènes va mettre en évidence que la folie
était cachée derrière cet autre radical. Sorcellerie et
acculturation en deviennent alors les deux mamelles et la
jurisprudence des tribunaux au pénal est restée difficile dans les
matières telles que la sorcellerie, les pratiques magiques, les
crimes rituels ou la folie. Dans ce même ordre d'idée, Carothers,
qui travaillait pour l'OMS, a dit que l'Africain est caractérisé
par un manque de synthèse mentale : « la ressemblance
entre le malade européen leucotomisé et le primitif africain est
complète ». La paresse frontale de l'Africain, son manque
de synthèse sont donc ainsi prouvés... [2].
Heureusement Franz Fanon luttera avec vigueur contre cette
thèse, à l'époque où l'univers colonial est obsédé par la
différence [3]. Zempleni montrera la différence évidente entre le
fou agité et le fou calme en Afrique – il en est
certainement de même en France [1]. La folie déambulatrice pose
question et les coloniaux pensent que les structures coloniales
proposées pour les fous doivent essentiellement être faites pour
les empêcher de déambuler. Malgré tout cela, en 1970, Henri Collomb
peut affirmer que « si l'indigène a été colonisé, la folie
ne l'est toujours pas ! »
Des pratiques psychiatriques dans les colonies
Face à l'érosion des structures traditionnelles africaines - du
fait de l'urbanisation qui a fait voler en éclats les structures
sociales habituelles - la mise en place des asiles d'aliénés a été
un garant pour l'ordre colonial. Ce n'est que très tardivement que
les indigènes et les populations noires utilisèrent (et très peu)
ce type d'asile.
Notons bien que les pratiques de déportation des aliénés
d'Algérie et du Sénégal vers Marseille furent courantes jusqu'en
1912, entraînant une surmortalité extrêmement importante chez ces
déportés. Par contre, il était parfois noté que les tirailleurs
sénégalais qui revenaient de France guérissaient même de
« démence précoce » et cela très rapidement.
En fait, la psychiatrie de l'époque considérait que les
problèmes mentaux étaient essentiellement l'apanage des Européens
et des personnes dites « civilisées » : la folie
était corrélative de la civilisation, l'état de
« sauvage » protégeant de la folie. Ainsi l'asile
d'aliénés de Guadeloupe a d'abord été créé pour les colons blancs
de l'époque. Ce n'est que progressivement que la population noire y
fut soignée, au fur et à mesure qu'elle fut « éduquée »
et donc « susceptible » d'accéder à la folie...
En 1912, à Tunis, au congrès de neurologie et de psychiatrie de
langue française, les aliénistes Reboul et Régis ont annoncé leur
l'intention « d'éradiquer les pratiques indigènes, de
combattre le charlatanisme » - avec comme conséquence
d'éduquer l'indigène et de sélectionner l'Européen [5]. Il fallait
alors débarrasser l'indigène de toutes ses pratiques fétichistes.
Selon leurs préceptes, la mise en place des dispositifs
d'assistance dans les colonies nécessitait un programme en six
points :
1) formation des psychiatres coloniaux,
2) établissement auprès des colonies d'une législation sur
les aliénés,
3) création et organisation d'établissements spéciaux pour
les aliénés,
4) rapatriement et transfert des aliénés coloniaux en
France,
5) assistance aux aliénés des troupes coloniales,
6) lutte préventive contre les psychoses coloniales.
Les coloniaux avaient peur de voir les hôpitaux psychiatriques
pris en otage par une population qui ne devait pas y être :
ils souhaitaient une sélection et n'admettaient que les fous
furieux et les déments dangereux. Par contre, une prophylaxie
devait être mise en place pour les coloniaux qui venaient en
Afrique.
En 1924, Cazenove visite Gheel en Flandres. C'est un lieu de
pèlerinage ancestral à St Dymphe, qui fut tué par son père pour
avoir refusé l'inceste. Les Flamands y amenaient leur
« fous » et les laissaient aux villageois. Un accueil
religieux et solidaire y existe donc depuis le Moyen Âge. Les
« aliénés » vivent librement dans des familles d'accueil.
Cazenove note alors que l'assistante familiale est également
envisagée pour les aliénés indigènes ! Il constate néanmoins
qu'elle existe de façon spontanée en Afrique, qu'il n'est pas
besoin de la mettre en place de manière institutionnelle. Dès lors
il convient qu'il est possible de tirer partie des usages locaux.
Il s'agissait à la fois de mettre en œuvre une médecine adaptée au
milieu qui répartit ressources positives et solidarités locales,
tout en manifestant la volonté de protéger les patients lorsque
leur comportement ou leurs propos les exposent au rejet, voire à
des mesures sévères de contention et à des mauvais traitements
graves1.
Cazenove a proposé, en 1930, pour l'Afrique occidentale
française (AOF) une assistance à deux degrés :
– pour les cas aigus et les malades en observation, des locaux et
chambres d'isolement dans les hôpitaux des territoires sont à
mettre en place ;
– pour les chroniques indigènes, prévoir des asiles sur le mode de
colonie agricole, ou laisser dans la famille.
Le principe retenu en 1938 fut le suivant : « soigner
l'aliéné au plus près de son terroir ».2
1 Notons bien que, grâce au
travail et au traitement moral, les religieux qui ont travaillé
dans l'hôpital psychiatrique de Dar-et-Salaam arrivaient à
quasiment ne plus utiliser de contentions.
2 C'est-à-dire le principe
essentiel de la sectorisation psychiatrique, repris dans la notion
de proximité développée par le plan santé mentale de
B. Kouchner en 2001.
La situation actuelle de la psychiatrie dans les pays africains
à la lumière de l'histoire coloniale
Soixante et onze ans plus tard : si on reprend le programme
d'actions pour la santé mentale voté par les 192 pays membres
de l'OMS lors de l'année mondiale de la santé mentale en 2001, on
retrouve en partie les préconisations faites par les médecins de
santé publique de l'époque pour l'Afrique. Rappelons que Cazenove
proposait de ne faire d'institutions que pour les furieux et
dangereux (les centres de crises) et de laisser les autres dans
leur famille (tableau 1).
Tableau 1. Comparaison entre les
recommandations de l'OMS de 2001 et les préconisations des
aliénistes coloniaux
| Préconisations des
aliénistes coloniaux |
| Traiter les
troubles mentaux au niveau des systèmes de santé primaire |
Il faut vivre
dans la communauté (Cazenove) |
| Rendre les
médicaments psychotropes accessibles |
Très peu de
médicaments disponibles à l'époque, seul le traitement moral est
préconisé |
| Associer les
communautés, les familles et les usagers |
C'est la
préconisation de l'Afrique occidentale française : offrir des
structures de soins communautaires (proposé par Cazenove après sa
visite à Gheel) |
| Eduquer le
grand public |
--- |
| Associer la
communauté des familles et les consommateurs |
C'est ce qui se
passe « naturellement » quand il n'y a pas d'asiles |
| Adopter des
politiques, des programmes et une législation au niveau
national |
Un siècle
après, toujours le même problème. |
| Développer les
ressources humaines |
Nécessité de
former des psychiatres coloniaux (proposé en 1926 par
Cazenove) |
| Etablir des
liens avec d'autres secteurs |
Travailler en
lien avec les missionnaires |
| Surveiller la
santé mentale des communautés |
» Surveiller la coloniale et lutter préventivement contre les
psychoses coloniales ». Ce qui est proposé pour les
coloniaux : avoir une action prophylactique et bien les
sélectionner. |
| Soutenir la
recherche |
Pas à l'ordre
du jour à l'époque, sauf pour les maladies à causalité organique
(syphilis, maladies parasitaires, etc). |
Ce qui a changé en 71 ans, c'est que les pays de la zone
sont devenus indépendants mais sont restés pauvres pour la
plupart et que la mondialisation est en œuvre, accélérant les
migrations. Les principes de la psychiatrie restent les mêmes, mais
ils se sont adaptés. L'évolution reste très lente et pousse
aujourd'hui à plus de modestie. Le fait que la prévalence des
« troubles psychiques » soit importante dans le monde
entier est un appel à un réexamen général du système d'aide, de
soins et d'assistance sur un pied d'égalité entre les pays. C'est
peut-être le seul champ médical où il y a tout à apprendre les uns
et des autres. Notons pourtant que le retour au culturalisme
conduit à l'ethnopsychiatrie, dont le champ géographique d'action
s'est inversé : c'est la France dorénavant qui reçoit les
migrants qu'il faut civiliser, éduquer et sélectionner. Le nombre
de psychiatres étrangers travaillant dans les hôpitaux français est
considérable. La colonisation à l'envers fait que, pour des raisons
économiques, une nouvelle fois, les peuples d'Afrique, d'Asie et de
l'Europe de l'Est émigrent vers l'« Eldorado
occidental ». Intéressant renversement des perspectives par
rapport aux années coloniales. L'ethnopsychiatrie n'est peut-être
qu'une tentative de lutte contre la mondialisation des techniques
de soins, des médications, de la compréhension de la
psychiatrie.
Présenter et représenter l'enquête, les sites et leurs
cultures
Le psychiatre occidental est un anthropologue de l'individu. Il
scrute l'histoire des gens ; il renoue les ponts avec les
ancêtres ; il redonne aux histoires de vie leur sens
perdu ; il intègre le sujet dans sa culture. Il fait
généralement deux impasses dans ses conceptions laïques et
ethnocentrées :
– les croyances, sauf si elles sont trop prononcées et alors elles
deviennent objet de la psychiatrie (délires mystiques) ;
– et l'économique, le symptôme passant bien entendu au-delà de la
pauvreté.
L'enquête dont parle ce numéro de l'Information
Psychiatriqueremet à l'honneur les croyances par le biais de
l'anthropologie et l'économique par le biais de la sociologie et de
l'épidémiologie. En 1995, pour avoir mené une des expériences les
plus abouties du désaliénisme en France 3, je suis chargé par le ministère des Affaires
étrangères d'une enquête épidémiologique à Madagascar, aux Comores,
à l'île Maurice et en France (métropole + Guadeloupe + Réunion).
Cette enquête a pour objectif de mieux connaître en population
générale, d'une part, les représentations de la folie, de la
maladie mentale et de la dépression, d'autre part la prévalence des
troubles mentaux.
L'axe épidémiologique de l'enquête a été demandé par les
collègues malgaches qui manquent de tout, de médicaments comme de
psychothérapeutes, mais veulent faire reconnaître la santé mentale
comme une priorité de santé publique. Même chose pour les collègues
mauriciens, qui veulent faire évoluer l'hôpital psychiatrique
colossal de Brown Séquard (un produit du colonialisme anglais), et
par les Comoriens, qui n'ont pas de psychiatrie (mais ont eu le
mercenaire Bob Denard). Les Réunionnais, « français de l'Océan
indien », suivent. L'enquête se situant à l'époque dans le
cadre d'un appel d'offres du ministère des Affaires étrangères, ce
dernier met à disposition des chercheurs issus de ses structures
(consulats, ambassades, délégations santé). L'enquête étant
parrainée par le centre collaborateur de l'OMS de Paris, il
s'agissait évidemment de coopération d'État à État. Malgré ce
cadre, les volontaires de cette recherche ont dû faire leur place
dans leur pays respectif pour la mise en place effective de
l'enquête.
• À l'Ile Maurice, c'est un psychiatre francophone, formé en
France avec le Pr Israël à Strasbourg, et s'intéressant donc à la
psychothérapie analytique, qui s'engage. Les psychiatres mauriciens
sont diplômés de plusieurs pays (Angleterre, Inde, Australie,
Tchécoslovaquie) et les approches thérapeutiques sont très
diverses, la majorité utilisant les thérapies brèves et la
pharmacologie. L'accord officiel d'enquête sera obtenu après
2 ans de négociations avec les ministres de la Santé
successifs.
• À Madagascar, le responsable de recherche le plus
dynamique à l'époque est « malheureusement » neurologue
et non psychiatre. Originaire des hauts plateaux (Antananarivo), il
travaillait sur la côte (Mahajanga). Quand l'accord de recherche
est signé, il est alors brutalement « déplacé » à
Antananarivo. L'enquête ne put avoir lieu que lorsque deux sites
furent acceptés par les autorités locales : Antananarivo
et Mahajanga. Les rivalités sont historiquement et
culturellement très fortes entre la côte et les hauts plateaux.
(Pour exemple : En 1995, le palais de la Reine, mémoire du
peuple malgache, a brûlé. Les gens des hauts plateaux ont alors
accusé les côtiers). Les enjeux malgaches autour de cette enquête
ont souvent été au-delà de l'imaginable : plusieurs centaines
de questionnaires ont été séquestrés par un des responsables. La
police et les huissiers sont intervenus, un procès a eu lieu. Nous
avons failli rapatrier la sociologue envoyée sur place pour
encadrer le travail de recueil de données, car elle subissait une
forte pression psychologique. L'enquête s'est quand même faite,
mais nous ne pouvons garantir qu'une partie des résultats.
• Aux Comores, nous eûmes à trouver les bons
interlocuteurs (il n'y avait pas de psychiatre), à traverser la
guerre entre les îles (sécession d'Anjouan) lors de notre première
mission et le décès du président comorien lors de notre deuxième
mission.
• À la Réunion, des difficultés ont été organisées par le
responsable d'enquête lui-même, qui nous traitait couramment de
« chien d'évaluateurs » ou de
« néo-colonialistes » dans la presse locale. Après avoir
quitté l'enquête de lui-même, il expliquera dans les journaux
communistes réunionnais que nous l'avions évincé... Un
comble !
C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit : du colonialisme,
avec toute son histoire, tragique souvent, bonne parfois. De
l'amour/haine envers l'ancienne puissance coloniale. D'un paradoxe
fondamental : il faut à la fois organiser « pour
eux » et écouter la revendication d'indépendance. Nous sommes
de facto mis en position de « blanc/vasa/zoreil »,
porteurs de toutes les ambivalences de l'inconscient collectif
forgé lors des années coloniales, puis de l'indépendance.
L'héritage colonial consiste essentiellement en l'érection
d'hôpitaux psychiatriques sur le mode occidental, qui, comme
partout ailleurs, concentrent une grosse partie des moyens et des
personnels et génèrent les mêmes conséquences en termes de
stigmatisation, d'internement, de réclusion, et frein à la mise en
place d'une psychiatrie communautaire. Néanmoins, après avoir été
mis en place et installés par le colonisateur, l'ex-colonisateur
conseille maintenant de les supprimer, au profit de cette même
psychiatrie communautaire. Cette autocritique peut faire sourire en
Afrique, étant donné l'histoire...
Ajoutez à cela le double langage et la double langue : le
français souvent fédérateur et le malgache, 4 langues
comoriennes, 2 langues mauriciennes (l'anglais et le créole)
et les créoles réunionnais et guadeloupéen.
• En France, quand nous avons débattu de l'opportunité de
cette recherche dans l'établissement où je travaille,
l'Etablissement public de santé mentale Lille-Métropole, la
question était évidemment : On veut bien connaître l'ampleur
des troubles en Océan indien, mais qu'en est-il chez nous ?
Que se passe-t-il ici (avec des moyens considérables, par rapport à
là-bas) alors que nous sommes débordés par les troubles du
comportement, l'alcool, les toxicomanies, les troubles chez les
enfants. (Le nombre de personnes prises en charge par la
psychiatrie a doublé en 8 ans). Quelle leçon pouvons-nous donc
donner aux sociétés du sud, nous qui produisons tant de troubles et
de demandes de soins ? Quelle est la production de notre
système de soins en santé mentale ? Que répond-on à la
population, et comment, et pourquoi ?
Il a donc fallu mettre en place des ponts méthodologiques et
amicaux entre les sites d'enquête, les pays et les personnes,
trouver des financements et formaliser des contrats courts, se
donner la possibilité de traverser les frontières avec ce bout de
culture commune qui nous unissait. Traverser aussi les frontières
de la science, des sciences et des champs différents qui
nourrissaient cette recherche.
3 La psychiatrie citoyenne
mise en place avec les élus locaux, les travailleurs sociaux et les
associations d'usagers de la banlieue est de Lille, validée site
pilote de l'OMS pour la psychiatrie communautaire.
Intégrer la mondialisation culturelle en cours : métisser
les savoirs et les méthodes
La France a été la mère de tous les asiles dans le monde, au nom
de la liberté et des droits de l'homme et du citoyen. C'est au nom
de ces mêmes droits que l'on prône aujourd'hui la fermeture des
concentrations asilaires. Le mal est fait en termes de
stigmatisation. Comment s'inspirer des lieux qui n'ont pas
encore d'asile, pour permettre cette évolution fondamentale de
l'humanité ? Si la politique de santé française, suivant
en cela celle de l'OMS, propose de remettre « l'usager au
centre du système de soins » [4], cela aura des
répercussions évidentes sur la manière même de communiquer avec les
autres États et d'envisager des recherches en santé mentale. Non
plus une conception sécuritaire du soins, mais une conception de
démocratie sanitaire en quelque sorte.
Pour cela, l'étude comparative des systèmes culturels et
anthropologiques, des variations dans les appellations et les modes
de prise en charge du problème suivant les cultures, est
fondamentale. Nous n'avons rien gagné en étant riches en Occident,
en termes de santé mentale. Les troubles mentaux restent massifs et
nécessitent un système de soins très anthropologiquement situé.
Dans l'Océan indien, pour sortir de la mendicité ou de la recherche
de responsabilité vis-à-vis d'un ancien colonisateur, il faut
pouvoir étudier en quoi le système de soins est plus ou moins aussi
efficace que le nôtre, ce qui contraint tout le monde à une forte
modestie.
Quelle que soit leur théorie de référence, les psychiatres n'ont
cessé de se heurter à la mondialisation et de rechercher des
invariants de par le monde. Kraepelin à Java, Freud puis Maed et
Devereux à la recherche du complexe d'dipe. La schizophrénie hier,
la drogue aujourd'hui, les dépressions demain.
Tous perçoivent bien le décalage entre les discours lénifiants
concernant la « folie », la « maladie mentale »
et la « dépression », et le potentiel d'exclusion inclus
dans chacun de ces mots. Quand on vous traite de « fou »,
voire de « malade mental » aujourd'hui, on vous exclut du
champ du sens et de la citoyenneté. Cette affirmation est si forte
que, en même temps, il est nécessaire de mettre en place des
processus mentaux d'anti-exclusion, l'exclusion de l'autre pouvant
être la mienne aussi. Pourtant, le fantastique champ sémiotique et
scientifique de la santé mentale, ces milliers de planificateurs,
d'universitaires, de communications, de congrès, ne modifient que
très peu les perceptions. C'est plus la presse féminine et la
découverte des antidépresseurs qui ont créé un changement
sémantique majeur. Mais certainement pas avec les outils
conceptuels du champ de la psychiatrie. Ces nouvelles définitions
de champ vont bouleverser la société et avoir des conséquences en
termes politiques.
Le travail en commun mérite plus que des anathèmes et des
frontières, délimitant des vérités toutes faites. Aux figures du
psychiatre, agent de contrôle social, répond l'attitude prédatrice
de l'anthropologue, descriptif de phénomènes médicaux séduisants,
mais jamais évalués, et la superbe du discours circulaire
sociologique qui, comme le discours psychiatrique, se délite dans
les lieux communs du discours populaire ou politique.
Par rapport à un problème commun, dénommé différemment et
intégrant les champs de discours cloisonnés, le travail de
recherche et de coopération nécessite évidemment un dépassement des
frontières et de soi-même4.
Chaque discipline doit suivre ses principes méthodologiques
propres - mais se doit d'intégrer les questionnements de ses
voisins. Car s'il y a plus d'une logique dans les approches
sociologiques psychiatrique, anthropologiques et épidémiologiques
de la folie et des troubles mentaux, il y en a certainement moins
que deux.
Il faut donc se mettre d'accord sur les mots et sur la
méthodologie. Cette dernière se doit d'être plurielle, métisse et
imparfaite. Celle que nous avons utilisée pour cette enquête est
commune à tous les sites et élaborée en commun (tableaux 2 et 3), elle se
teinte d'approches multiples mais a su trouver sa cohérence propre.
Elle a été élaborée par des psychiatres, des psychologues, des
sociologues et des anthropologues. Elle a bénéficié pleinement du
pluralisme culturel que nous a apporté l'anthropologie, qui,
elle-même, s'est nourrie de l'universalisme de l'épidémiologie
psychiatrique, très réductrice mais assez efficace. Toutefois, au
bout du compte, la méthodologie est tout de même élaborée par une
élite culturelle et économique, ayant accès aux concepts et à la
novlangue universitaire et mondiale.
Tableau 2. Les invariants culturels
et les préconisations, sur les 12 sites d'enquête
|
Invariants |
Préconisations |
|
Définition |
Les populations connaissent dans leur entourage un
« fou », un « malade mental » ou un
« dépressif » en tout lieu. Tous les actes violents sont
attribués au « fou », et encore plus au « malade
mental ». Les causes physiques sont attribuées comme étiologie
à la « maladie mentale », le malheur ambiant comme cause
à la « dépression ». |
Insister sur l'importance du phénomène, informer et dissocier la
violence de « folie » et « maladie mentale »,
mettre en œuvre une communication intelligente avec les
journalistes, les usagers de la psychiatrie et des représentants de
la société profane, syndicaliste, politique, religieuse et
philosophique. |
|
Responsabilité |
Les populations pensent que : « fou » et
« malade mental » ne sont pas responsables de leurs
actes, ni de leur état. Il faut les soigner même s'ils ne le
veulent pas. La famille du « fou » souffre, le
« dépressif » aussi. |
Centrer l'information sur les droits de l'homme et du citoyen plus
que sur la stigmatisation, insister sur la nécessité de la
participation aux soins des intéressés et sur le dialogue, plus que
sur l'obligation de soins, mettre en place des médiations sociales
et familiales, agir pour la diminution du fardeau familial. |
|
Guérison |
Les
populations pensent que la guérison est possible partout pour le
« dépressif ». On ne peut guérir seul. |
Insister sur la guérison possible pour la population quel que soit
le trouble. Message de solidarité : « on ne peut guérir
seul ». |
|
Exclusion |
La
majorité des personnes accepterait un fou, malade mental, dépressif
dans sa famille si il est suivi ou soigné. La majorité des
personnes accepterait un enfant (fou, malade mental ou dépressif).
Partout les populations pensent que l'exclusion du monde du travail
est importante. |
Mettre en évidence la protection familiale, insister sur l'aide aux
familles et la création de lieux non ségrégatifs, aider à intégrer
les enfants dans les soins de santé primaire dans l'éducation
adaptée mais non rejettante, lutter contre les préjugés, mettre en
place des programmes d'intégration dans le monde du travail. |
|
Recours aux soins |
Le
médecin généraliste et les relations sont partout des recours
privilégiés. |
Impliquer avant tout les généralistes dans l'offre de soins, les
former et les aider à soigner, insister sur l'aide des relations,
sur les soins profanes parfois aussi efficaces que les soins
officiels. |
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Epidémiologie des troubles |
Les
troubles mentaux existent partout. Il existe un gradient de
prévalence : troubles anxieux > troubles
dépressifs > addictions > psychose. La
gêne associée aux troubles est toujours plus importante pour les
troubles dépressifs. |
Développer l'information grand public sur les troubles mentaux et
l'offre de soins, faire reconnaître la dépression comme une maladie
moderne soignable et invalidante. |
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La
présence de troubles mentaux et les représentations sont
dissociées. |
Tout le monde est concerné : utiliser les décideurs dans la
lutte contre le stigma (par exemple en leur faisant admettre qu'ils
ont pu avoir un trouble mental un jour dans leur vie). Mettre en
place des structures de solidarité pour les malades. Construire des
programmes de santé mentale en commun avec des experts et des
usagers étrangers aux pays. |
Tableau 3. Les variants culturels
et les préconisations, sur les 12 sites d'enquête
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Variants |
Préconisations |
| Définition |
Les populations
de l'Océan indien déclarent beaucoup plus connaître de
« fou » et de « malade mental ». La population
française déclare plus de « dépressifs ». Les mots pour
définir la « folie », la « maladie mentale » et
la « dépression » sont variables selon les pays. La
population française considère plus que le « fou » et le
« malade mental » souffrent. Les caractéristiques de la
« dépression » sont nettes et cohérentes en France. |
Faire
reconnaître l'humanité dans la souffrance potentielle de celui qui
est « fou » ou « malade mental ». |
| Exclusion |
L'exclusion de
la famille et de la société est moins forte dans les pays de
l'Océan Indien qu'en France |
Mettre en place
des structures de solidarité pour les malades. |
| Recours aux
soins |
On connaît
d'autres lieux que l'hôpital psychiatrique pour soigner le
« fou » et le « malade mental » dans l'Océan
Indien : les temples et églises. Pas en France, où l'on pense
que l'individu doit être « interné » et médicamenté. Le
recours magico-religieux est important dans les pays de l'Océan
Indien Les recours sont multiples. |
Accepter le
religieux et le profane comme alternative et complément des soins
bio-médicaux. Promouvoir les recours multiples : quels qu'ils
soient, les résultats sont cumulatifs. La santé mentale c'est avant
tout la solidarité et l'accompagnement. |
Epidémiologie
des troubles |
Les prévalences
sont très variables selon les pays. Il n'y a pas de groupe cible.
Une légère augmentation des troubles chez les séparés/divorcés et
les personnes à faible revenu, mais pas partout. Les prévalences
varient en fonction des classes d'âge. Les personnes ayant un
trouble ont plus le sentiment d'être malades à Madagascar et à
l'Ile Maurice. |
Faire plus
particulièrement attention aux personnes seules, divorcées,
séparées et à faible revenus, mais sans les surstigmatiser, car
beaucoup n'ont pas de troubles. Pas de groupe cible
particulier : éviter la discrimination vis-à-vis des
pauvres. |
La première traduction du questionnaire de recherche par
l'Académie malgache a conduit à un texte parfaitement
incompréhensible pour la majorité des Malgaches qui ne parle pas
une langue académiquement correcte. Nous avons donc dû le faire
traduire par un groupe de psychiatres et d'anthropologues, et le
tester en population générale. Nous avons utilisé le mot
« fou » sur le conseil des anthropologues - et
heureusement car c'est le seul compris dans le monde entier. Le mot
« malade mental » est parfois intraduisible, quant à
celui de « dépression », s'il est clair pour les
Occidentaux, il l'est moins ailleurs. Pourtant l'enquête montre
qu'il gagne du terrain, c'est un concept clef de l'avenir.
4 L'OMS l'a bien compris qui a
demandé aux États membres d'intégrer les soins donnés par les
tradipraticiens dans le dispositif de soin général en santé mentale
et les programmes nationaux.
Les variants, invariants et leurs conséquences dans les
12 sites d'enquête
La question générale est bien sûr : La science reste-t-elle
bonne pour l'homme et en quelle mesure ? Et la question
particulière : quelles sont les conséquences de cette
enquête ?
Nous avons été étonnés des similitudes et des différences entre
les représentations de la folie, de la maladie mentale et de la
dépression. Nous avons pu dégager des variants et invariants entre
les 12 sites (tableaux 2 et 3). Drôles de similitudes, drôles de concordances
[6].
À partir de l'importance des troubles, des possibilités diverses
et variées d'y remédier, du fait que les troubles décrits par
l'épidémiologie n'interfèrent quasiment pas sur les
représentations, ni ne jouent quasiment pas sur les processus de
stigmatisation des personne souffrant de trouble mental, que les
conceptions sont archaïques, mais que les troubles sont bien
présents, quelles peuvent être les conséquences en termes de
recherche ?
Conclusion
La fonction de décloisonnement a été fondamentale et
prépondérante dans cette recherche. Elle a permis la dynamisation
des équipes et l'implication des pouvoirs locaux. Il s'agit à
présent de construire en commun des programmes de santé mentale et
de mettre en place une coopération internationale qui tienne compte
des particularités culturelles et qui soit réciproque. Il n'y a
donc plus ni bonne, ni mauvaise psychiatrie, ni avancée, ni
retardée, ni blanche, ni noire. La mondialisation a fait son œuvre.
Riches et pauvres sont partout proportionnés mais pas dans les
normes. L'aide affective, l'entourage social pêchent plus en
France. Les médicaments manquent en Afrique. Le village planétaire
se met en place. La civilisation a fait son œuvre : il n'y a
apparemment plus de classes, plus de dominant. Reste la domination
économique, le taux de mortalité plus ou moins fort, les
inégalités, la pauvreté et une classe intellectuelle et possédante
identique en tous lieux. L'indigène a fait progressivement place au
fou et le mouvement d'enfermement, qui serait une attente logique
des décideurs en Afrique, fait place à la volonté d'impliquer la
communauté France. L'avance, si tant est qu'il y en ait encore une,
se rétrécit petit à petit. Le magique et le religieux sont encore
en œuvre pour maîtriser le malheur humain et ses avatars, la folie,
c'est-à-dire pour tout ce qu'on ne comprend pas ou qu'on ne guérit
pas vraiment. En France, la médicalisation est le discours dominant
porté par la médecine et la science, mais pas le seul, loin de
là.
Tous malades ? Oui possiblement dans le monde entier si
l'on en croît les résultats de notre étude référée aux autres
études internationales. Mais plus la situation économique est
difficile, plus les vulnérables le sont.
Si l'indigène n'est plus protégé, le civilisé n'est plus protégé
non plus. Dans des sociétés en restructuration sans limite, les
adaptations se font grâce aux symptômes. Ils sont massifs
aujourd'hui, et valent le coup qu'on y réfléchisse ensemble, Sud et
Nord réunis, sans anathèmes, en tentant de faire la part entre la
maladie et l'adaptation au malheur qui, notons le bien, produisent
les mêmes symptômes psychiatriques ou pas.
Cette recherche contribue à écrire en tout cas une histoire qui
devient de plus en plus commune aux pays et aux peuples du monde
entier.
Références
1. Carothers J. Psychologie normale
et pathologique de l'Africain : étude ethno-psychiatrique.
Paris : Masson, 1954.
2. Collignon R. L'autre.
Cliniques, cultures et sociétés 2002 ; 3 :
455-80.
3. Fanon F.
Peau noire, masques blancs. Paris, Collection Points Seuil,
1971.
4. Plan Santé mentale, ministère de la Santé, novembre
2001, consultable sur le site www.sante.gouv.fr
5. Reboul
R, Regis E.
L'assistance des aliénés aux colonies. Paris, Masson,
1912.
6. Roelandt
JL, Caria A, Anguis M, et al.
Rapport d'enquête phase 1, EPSM Lille Métropole, 2001.
Consultable sur le site www.epsm-lille-metropole.fr
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Roelandt JL.
Cultures et recherches en santé mental. L'Information
Psychiatrique 2003 ; 79 : 859-66.
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Recommandations de l'OMS 2001
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