ARTICLE
Auteur(s) : Pierre Faraggi*
* Centre hospitalier, 89, rue Cazeaux-Cazalet, 33410 Cadillac
Dans la préparation de nos journées de Québec, l’objectif du Fil
Rouge sur le métier de psychiatre était d’abord de réaliser comme
une interface franco-québécoise aux confins du scientifique, du
professionnel et du syndical, et d’animer un débat quotidien entre
nous, débat nourri de nos expériences et de nos images respectives.
Cette ambition n’a pu se réaliser que très partiellement de par le
petit nombre de psychiatres québécois participant à nos travaux,
mais les intervenants ont bien mis en scène distance et
proximité.
C’est lors d’échanges avec Jean Hébert à un précédent congrès de
l’APA que nous avions réalisé que confrontés aux mêmes situations,
aux mêmes tensions, aux mêmes dérives de pertes démographiques
attendues, de fortes inégalités régionales, d’élargissement du
champ et de la demande très au-delà des « troubles mentaux
consistants » dans un contexte de réduction des moyens,
d’intrusion du social et des molécules dans la clinique, etc.,
confrontés aux mêmes difficultés donc, nous recherchions des
solutions parfois voisines mais avec un tempo, une place, un
positionnement stratégique, très différents pour les praticiens.
Pour aller au plus simple :
Un psychiatre français riche de l’appui identitaire de ses
héritages multiples où l’on retrouve les grandes figures aliénistes
du XIXe, les théoriciens du XXe ainsi que les
pionniers de la psychanalyse, de la psychothérapie institutionnelle
et de la psychiatrie de secteur... sans oublier les défricheurs des
neuro-sciences... Un psychiatre, homme de la relation pour une
psychiatrie du sujet qui se veut aussi pilote des organisations de
soins avec autorité sur l’équipe pluridisciplinaire, ou plus
précisément sur le secteur (art. R. 3221-5 du CSP), et bien souvent
aussi se représente comme militant du service public et de la place
du médecin à l’hôpital, qui veut conserver son indépendance et sa
capacité d’initiative. Ce psychiatre donc, qui ne renonce à rien,
se trouve confronté à un message contradictoire et
désorganisateur : alors que jamais il ne lui a été autant
demandé, qu’il est appelé partout, personne ne semble s’inquiéter
d’une disparition annoncée.
Pendant ce temps le psychiatre québécois, sans renier
l’histoire, souhaite nous apparaître comme ayant réussi la mutation
de son exercice, envisageant l’avenir avec sérénité et optimisme ne
voulant s’appuyer que sur les certitudes évaluables de notre métier
et, nos collègues nous l’ont souvent répété, très assuré d’un
prestige médical retrouvé et d’une très satisfaisante
reconnaissance pécuniaire, ce qui n’est pas sans effet sur
nous.
Il semble qu’il soit parvenu mieux que nous à baliser les
limites de son champ et sa distribution entre les lignes des
différents niveaux de soins, et au milieu des autres professions,
au prix certes d’interventions trop souvent ponctuelles laissant
aux médecins généralistes et aux psychologues des pans entiers de
prise en charge, au prix également d’une hypertrophie de la
fonction expertale. Etait-ce le bon choix ? A l’heure de nos
états généraux de la psychiatrie et des scenarii catastrophes
d’hôpital 2007, tout cela est à méditer et c’est le grand mérite
des articles de G. Jovelet et de P. A. Lafleur de mettre en
perspective ces deux approches du métier de psychiatre.
Plan théorique d’un « hôpital
d’aliénés », Monrobert architecte (1835)
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