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Suicide in prison. Statistics, observations, questions


l'Information Psychiatrique. Volume 79, Number 4, 335-46, Avril 2003, QUESTION OUVERTE


Résumé   Summary  

Author(s) : Alain Poirier, Hôpital de La Colombière, 34295 Montpellier.

Summary : For the past thirty years, the death rate by suicide in prison has been steadily rising. An epidemiological study shows a particularly high death rate in the case of remand prisoners, first offenders and in solitary confinement. The causes of this overly high suicide rate in prison include the recent growth in the number of people incarcerated for moral offences and mentally ill prisoners. This phenomenon raises not only clinical, but also social and ethical questions, not all of which are tackled by current prevention measures.

Keywords : suicide, prison, epidemiology, guilt, responsibility, prevention.

ARTICLE

Auteur(s) : Alain Poirier*

* Hôpital de La Colombière, 34295 Montpellier

Si la sexualité et la folie font aujourd’hui l’objet de discours et de représentations multiples, la mort en revanche reste un sujet tabou dans notre société. Elle est reléguée dans la langue de bois des services de cancérologie ou dans l’oubli des mouroirs que sont certaines maisons de retraite ou services de gérontologie. Aujourd’hui on se console de ce que le défunt soit parti dans son sommeil, sans souffrir, sans se rendre compte. 
La mort est évacuée dans sa dimension tragique, que ce soit par la banalisation statistique des catastrophes ou par une mise en spectacle qui déréalise la violence. Or le suicide nous confronte à des questions que nous préférons éviter : le sens de l’existence, la finitude humaine... Il paraît scandaleux, inimaginable d’interrompre délibérément une vie que l’on sait pourtant fragile et de toutes façons précaire. La culpabilité des survivants n’en est que redoublée. Aussi nombre de suicides sont-ils dissimulés ou déclarés comme mort naturelle ou accidentelle, en particulier ceux des jeunes. Les statistiques concernant la population générale ne sont donc qu’approximatives. Par contre celles de la prison sont précises et mises à jour car l’Administration exige un enregistrement soigneux de tout incident. La dissimulation est difficile sinon impossible vu le nombre d’acteurs impliqués et l’enquête qui suit. Dans ce milieu par ailleurs si secret, tout suicide comme toute agression fait l’objet d’un rapport, voire d’une expertise médico-légale et d’une enquête policière et judiciaire s’il y a plainte ou mort suspecte. 
Le suicide prend donc ici une signification et une dimension particulières qui méritent d’être étudiées à part. Il soulève des questions non seulement existentielles, éthiques, mais aussi psycho-pathologiques, juridiques, sociales et politiques. Si le suicide d’un proche nous interpelle et nous touche affectivement, en prison la mort de ceux dont surveillants et médecins ont la garde peut nous responsabiliser légalement. 
La mort ainsi que la « longue et douloureuse maladie » qui la précède ne sont évoquées qu’avec réticence. Concernant le suicide, on se réfugie dans le mutisme, on s’abrite derrière des allusions gênées. Pourtant, et en particulier chez les jeunes, il est souvent et justement le corollaire d’un silence : de conflits non dits, de menaces et d’humiliations voilées. Une souffrance qui n’est pas entendue ou ne peut s’exprimer, une détresse tue qui finit par tuer. On sait que lorsque les parents ne se parlent pas, les enfants deviennent fous et les adolescents se suicident. 
Rien de ce qui se passe en prison ne peut être appréhendé hors de sa dimension institutionnelle. Certains la désignent parfois comme une grande famille. Pour des raisons de sécurité, les détenus y sont à des degrés divers isolés et la communication s’y trouve réduite et strictement réglementée. Courrier et téléphone, lorsque celui-ci est autorisé, font l’objet de censure et d’écoute. À cela répondent de multiples stratégies et modes de liaison parallèles et artisanaux : le chuchotement, les hurlements par les fenêtres, le yoyo1Il n’en demeure pas moins que l’isolement et la difficulté de communiquer avec les proches, le défenseur ou même le personnel de l’établissement suscitent une grande détresse morale. 
Foucault [6] rappelle que si l’incarcération a pris au cours des âges d’autres fonctions (rééduquer ou plutôt amender et réhabiliter le délinquant d’un côté, dissuader tout un chacun de l’imiter dans l’infraction et protéger les citoyens de l’autre), la punition en reste la première vocation. Elle représente en quelque sorte la sanction qu’inflige la société par l’intermédiaire du système judiciaire à ceux qui ont attenté à ses valeurs fondatrices. L’incarcération est l’héritière du supplice par lequel était vengée l’insulte faite au pouvoir du monarque. Même si nous refusons de nous l’avouer, elle comporte donc intrinsèquement une intention de faire mal. La peine capitale n’était que le degré suprême de la sanction. Entre la mort et la perpétuité, il n’y avait pas juridiquement une différence qualitative. Comment éviter alors que dans la prison se manifestent plus qu’ailleurs et de manière plus ou moins inconsciente des pulsions mortifères, tant de la part des détenus que de la part du personnel ? En tant qu’honnêtes citoyens, surveillants et soignants ne peuvent qu’être horrifiés par le crime, que réprouver les atteintes à la dignité et aux droits de l’homme. Quant aux délinquants, dénoncer la faute de l’autre permet de mettre à distance la sienne propre et d’alléger un éventuel sentiment de culpabilité. Frapper ou mettre à l’amende les délinquants sexuels donne une sorte de caution morale à ceux qui ne s’en sont par ailleurs guère encombrés. 
On n’épiloguera pas ici sur la question éthique, la liberté de disposer de soi et de sa vie. Les religions chrétienne et musulmane ne reconnaissent pas ce droit au croyant car la vie est donnée par Dieu et lui seul peut en disposer. Il semble qu’en prison des réalités plus prosaïques et plus immédiates, des facteurs matériels et surtout affectifs feront passer outre ces considérations. Les statistiques témoignent de l’ampleur du problème. Chesnais [3] et Bénézech [1] notaient déjà l’augmentation régulière du nombre de suicides en prison depuis 1950 avec une accélération importante depuis 1972. Celle-ci n’a fait que se confirmer durant les quinze dernières années. Il a donc été important d’analyser les causes de cette hécatombe afin d’élaborer éventuellement quelques mesures préventives. 
On peut tout d’abord être surpris de cette évolution alors que la réglementation pénitentiaire s’est progressivement libéralisée, probablement en écho aux mouvements sociaux qui ont marqué cette période. Les surveillants ne manquent d’ailleurs pas de se plaindre de cet assouplissement de la discipline souvent vécu comme une démission. L’emploi du temps devient presque libre : plus de lever ni de promenade obligatoires, plateau repas livré en cellule... La mise en place de parloirs libres a favorisé le maintien des contacts avec la famille et les proches. Les conditions matérielles (confort des cellules, hygiène...), d’une manière générale, se sont grandement améliorées, n’en déplaisent aux médias si prompts à scandaliser ou à attendrir. La possibilité de faire des études et de suivre une formation a sorti les détenus de leur engourdissement intellectuel. La prison s’est ouverte non seulement aux professeurs, mais à toutes sortes d’intervenants extérieurs aux motivations diverses. On y a construit des installations sportives que leur envieraient certains collégiens. L’accès aux médias (télévision, journaux, radio, bientôt internet ?) a permis aux détenus de ne pas rester isolés du monde. La possibilité de « cantiner » donne de plus en plus accès aux objets de consommation courante, voire à des produits plus luxueux comme survêtements, chaussures de marques et autres signes survalorisés par la mode. Mais peut-être cette ouverture de la prison sur le monde libre ne fait-elle que rendre plus insupportable encore la privation de liberté. 
L’accès à des soins de plus en plus spécialisés a permis entre autres aux psychiatres de découvrir des clients pas comme les autres et de se poser de nouvelles questions éthiques. Justice et médecine ont ainsi l’une et l’autre évolué dans ce dialogue difficile mais pourtant pas si inédit. Mais on tend à oublier ce que l’introduction de ces nouveaux acteurs dans le jeu pénitentiaire a modifié dans les mentalités et le fonctionnement institutionnel. S’ils étaient déjà présents depuis quelques décennies, plus souvent d’ailleurs à titre d’experts que de thérapeutes, les psychiatres sont désormais devenus des acteurs incontournables de l’institution pénitentiaire. De plus en plus impliqués, ils gardent pourtant un statut administratif d’intervenants extérieurs. Leur présence suscite des réactions ambivalentes et il s’avère parfois difficile de définir des objectifs communs et de séparer clairement ce qui relève des attributions de chacun. 
Il peut paraître présomptueux au regard du nombre restreint de cas de tirer des conclusions. On se contentera, après avoir analysé les statistiques, de proposer quelques hypothèses. Cette étude s’appuie sur le Rapport sur le suicide des détenus présenté par Guillonneau [8] et publié par l’Administration pénitentiaire concernant les 244 cas survenus en 1998 et 1999. À titre comparatif, on s’est aussi référé à des études plus anciennes comme celle de Bourgoin [2] concernant 621 suicides sur 10 années (1982 à 1991) et l’article de Bénézech [1], lui-même étayé sur trois études, en particulier le rapport de Tournier et Chemithe [13] sur les années 1975 à 1978. Enfin, on a aussi tenu compte de notre expérience dans une maison d’arrêt de 700 places du Sud de la France entre 1996 et 2002 (12 suicides en 7 ans). On présentera ici quelques caractéristiques socio-démographiques du suicide en prison avant d’étudier les facteurs d’une sur-suicidité carcérale incontestable mais pas si surprenante. Il faut en effet la replacer dans son contexte institutionnel et psychologique. C’est dans ce cadre qu’une politique de prévention, certes limitée, a pu être entreprise.

1 Instrument de transmission d’objets et de signes de tous ordres, confectionné de bric et de broc, plus particulièrement de drap, balancé ou projeté à travers les barreaux de cellule à cellule. 

Analyse et commentaire socio-démographique

En tenant compte de l’évolution comparée des suicides en France de 1980 à 2001 (tableau 1) et des études précédentes, on peut constater que le nombre de suicides en prison a progressé jusqu’en 1985 pour se stabiliser autour de 65. Il a brusquement à nouveau augmenté à partir de 1992 pour ensuite plafonner autour de 120. La population carcérale de son côté a augmenté de manière relativement constante depuis 1984 pour atteindre un palier autour de 53 000 en 1994, puis fléchir régulièrement en 2000 et 2001 et, enfin, nettement remonter en 2002. On relève des creux correspondant aux grâces qui suivent chaque élection présidentielle, sauf celle de 2002.

Tableau 1. Évolution comparée des suicides en France de 1980 à 2001, en métropole et outre-mer dans la population pénitentiaire et dans la population générale
  
Année Nombre de suicides

en prison
Taux de suicide pour 100 000 en prison Taux de suicide déclarés 
pour 100 000 dans 
la population générale
Sur-suicidité carcérale
1980 39 101 19,4 5,2
1981 42 117 19,6 6,0
1982 55 163 20,9 7,8
1983 57 150 21,8 6,9
1984 59 140 22,1 6,3
1985 64 145 22,7 6,4
1986 64 137 22,7 6,1
1987 60 120 21,9 5,5
1988 77 158 20,8 7,6
1989 62 135 20,9 6,4
1990 59 125 20,3 6,2
1991 67 135 20,3 6,6
1992 95 189 20,4 9,3
1993 101 196 21,3 9,2
1994 101 190 20,7 9,1
1995 107 196 20,4 9,6
1996 138 252 19,4 13,0
1997 125 231 19,0 12,2
1998 119 223 17,9 12,4
1999 125 239 17,5 13,7
2000 120 242 chiffres non connus
2001 104 216 Idem
2002 122 235 Idem

Il faut par ailleurs corriger les chiffres de la sur-suicidité en tenant compte :
– de la sous-déclaration en « milieu libre » (pour des raisons familiales ou religieuses, par crainte d’une action médico-légale...), estimée entre 20 et 50 %, beaucoup plus concernant les jeunes selon Chesnais [3] citant Haim [10] ;
– des caractéristiques socio-démographiques de la population carcérale : plus de 96 % d’hommes, d’âge plutôt jeune (moyenne actuelle 33 ans), une majorité de célibataires et de gens à l’insertion professionnelle précaire ou inexistante ; on obtient ainsi en 1999 après correction un coefficient de sur-suicidité de 6,5. À titre de comparaison, ce coefficient est de 2 pour l’hôpital psychiatrique.
La mortalité par suicide a durant ces années d’après guerre aussi augmenté dans la population libre jusque vers 1985, en particulier chez les jeunes, mais pas dans les mêmes proportions. Elle s’est par contre stabilisée ensuite autour de 11 à 12 000 par an. Sur le plan européen, la France se situe en position intermédiaire pour les suicides dans la population générale, entre les pays d’Europe centrale et du Nord d’un côté, les pays d’Europe méridionale de l’autre. La répartition régionale dans l’hexagone recoupe un peu cette tendance culturelle puisque le Nord, l’Ouest et le Centre ont des taux significativement supérieurs à ceux du Sud.
Il n’en est pas de même pour le taux de suicide carcéral, maximal dans la Direction régionale de Lyon, minimal dans celle de Bordeaux. Sur le plan européen, la sur-suicidité carcérale non corrigée varie de 4 en Finlande (pays qui a cependant un des plus forts taux de suicide dans la population générale) à 12 en France, en position médiane et à 24 en Irlande (un des plus faibles taux dans la population libre). Si on dispose de peu de statistiques fiables, elle semble par contre plus faible en Afrique et en Amérique latine, continents où la mortalité carcérale est pourtant plus importante, mais pour d’autres raisons : malnutrition, maladies, agressions.
On envisagera successivement différents items caractérisant la morbidité suicidaire : le sexe, la nationalité, l’âge, le lieu et le mode de détention, le moment, le type d’infraction, le statut socioprofessionnel et le mode opératoire. On étudiera ensuite les particularités carcérales des tentatives de suicide.
Le taux de suicides est légèrement supérieur chez les femmes. Le petit nombre de cas (10 pour 234 hommes) pour une population réduite (3,8 %) rendrait la comparaison peu fiable s’il n’était surdéterminé par le fait qu’en milieu libre on compte au contraire 2,7 hommes pour une femme parmi les décès par suicides. Les raisons ne manquent pas pour expliquer cette fragilité particulière de la femme en prison : d’abord une agressivité plus souvent tournée contre soi, ce qui explique la fréquence des états dépressifs, automutilations et suicides. Ensuite des crimes souvent sous-tendus par des troubles mentaux graves : psychoses avérées ou masquées par des comportements antisociaux, voire hystériformes, et par des addictions, lesquelles génèrent à leur tour toutes sortes de délits. Enfin on peut penser que les femmes souffrent peut-être plus encore que les hommes de la rupture d’avec les liens familiaux et l’environnement habituel.
L’étude de 1987 notait un taux de suicide plus élevé chez les détenus étrangers autres que les Nord-Africains, alors que le rapport publié en 2000 conclut à un taux plus important chez les Français. Une étude plus détaillée permettrait de distinguer s’il s’agit de Français de souche ou d’adoption et de quelle origine étaient les étrangers décédés. Quant aux Africains, ils semblent moins épargnés qu’autrefois. On peut penser que la religion protège de moins en moins une population de plus en plus déculturée (des valeurs traditionnelles) et acculturée (non tant aux valeurs fondatrices du pays d’accueil qu’à une pseudo-culture internationale, « prête à porter » qui comporte plus des modes de faire qu’un ensemble de vraies valeurs sur lesquelles l’être peut s’appuyer). Aussi le phénomène tend à se modeler plutôt en fonction des personnalités que des nationalités.
Les étrangers interdits de territoire sont particulièrement fragiles car l’incarcération signe l’échec d’un désir d’être adoptés et souvent le terme d’un long et difficile parcours. Leur tentative d’insertion est elle-même quelquefois déjà maladroite, voire inadaptée, soit du fait de l’urgence d’une menace personnelle ou socio-politique, soit du fait d’une problématique psycho-pathologique souvent déniée. Mais la perspective de l’expulsion peut entraîner des réactions violentes auto- ou hétéro-agressives, dans la mesure où ils se sentent, à tort ou à raison, en danger vital. En effet, la quête de papiers sous-tend parfois un questionnement identitaire. La « double peine », incarcération suivie d’expulsion, entraîne un effondrement narcissique qui peut se manifester par une réaction suicidaire devant une situation sans issue.
Ce sont ceux qui ont le plus à perdre qui se suicident le plus en prison, c’est-à-dire ceux qui avaient un conjoint et des enfants, un métier, bref une inscription socioprofessionnelle valorisée, et ce d’autant plus que l’acte dont ils sont accusés est susceptible de jeter l’opprobre sur eux et leur famille et qu’ils ont la perspective d’une longue peine : crimes de sang ou affaires de mœurs. À la déstabilisation des couples engendrée par la détention, à la douleur d’être séparés des enfants s’ajoutent souvent des difficultés matérielles, parfois une véritable ruine qui, jointe au casier judiciaire, compromettra la réinsertion. À côté des fonctionnaires, cadres et professions libérales, les illettrés, peut-être de par leur difficulté à élaborer ce qui leur arrive ou à faire face à la complexité administrative, et les retraités, qui n’ont plus beaucoup d’espoir, sont des détenus particulièrement exposés. Les délinquants politico-financiers semblent « rebondir » plus facilement, peut-être parce que leur délit atteint moins leur image de marque et qu’ils bénéficient de plus de soutien à l’extérieur. Quant aux « braqueurs » (auteurs d’attaques à main armée de banques, bijouteries, transports de fonds...), ils témoignent de facultés d’adaptation étonnantes au regard des mesures strictes d’isolement et de sûreté qui leur sont imposées. Mais ils continuent souvent à bénéficier de soutiens financier et affectif de l’extérieur, tout en étant gratifiés d’une aura particulière à l’intérieur.
Les adultes de plus de 40 ans semblent plus atteints, ce qui concorde avec les données en milieu libre. Comme au dehors, ce sont les tentatives de suicide qui dominent chez les jeunes. Mais, proportionnellement, ceux-ci meurent beaucoup plus en prison. Les enfants nés durant le boom économique d’après-guerre et plus encore depuis la libéralisation des mœurs des années 1970 ont été élevés avec moins de contraintes. Il s’en suit une plus grande vulnérabilité aux variations du milieu ambiant et une plus grande intolérance aux frustrations. Par contre, les mineurs semblent proportionnellement moins touchés en prison, ce qui tient peut-être à la sollicitude toute spéciale (encadrement plus nombreux et motivé, activités socioculturelles et sportives, vie en groupe...) dont ils font l’objet en détention.
Le suicide a lieu dans 90 % des cas en maison d’arrêt et majoritairement dans les premiers mois : 16 % dans les 15 premiers jours, 50 % dans les 6 premiers mois. Il concerne surtout les primaires, en particulier les détenus inculpés de crimes de sang et délits sexuels, et ce d’autant plus que la victime est un proche. Cela montre l’importance de l’accueil et de l’évaluation initiale dont on parlera plus loin. Le suicide est réactionnel au choc de l’incarcération, en particulier pour ceux qui n’ont jamais connu la prison. L’éloignement de la famille au moment de l’écrou ou à l’occasion d’un transfert aggrave le sentiment d’abandon. Il se produit par la suite, mais de façon très variable selon les individus, à la fois une sorte d’adaptation aux conditions de détention et un positionnement dans l’affaire. Les visites de l’avocat et la rencontre du psychiatre peuvent aider dans ce sens. La prise en charge médicale et socio-éducative a pu se mettre en place ainsi qu’un mode de vie : travail, formation, sport, parloirs... Mais tout incident ou mauvaise nouvelle peuvent faire basculer ce fragile équilibre.
On peut aussi penser que la rotation rapide des détenus en maison d’arrêt ne permet pas au personnel d’encadrement de les connaître aussi bien qu’en établissements pour peine (centres de détention, maisons centrales) et donc de repérer une éventuelle détresse. La disponibilité du personnel de surveillance et socio-éducatif a une incidence essentielle. Par contre l’incidence de la vétusté de la prison prête à des conclusions divergentes. Il ne semble pas que l’insalubrité et la surpopulation soient des facteurs suicidogènes, au contraire de la solitude. Il y a plus de suicides dans les prisons modernes du plan 13 000 que dans les établissements classiques [8]. La vidéo-surveillance et l’électronique diminuent le contact avec les surveillants. Pour beaucoup de jeunes vulnérables et dépendants, la possibilité d’échanges avec les autres détenus et avec le personnel d’encadrement a une valeur de soutien et de protection. Le fait de disposer d’une cellule individuelle augmente pour certains le sentiment d’abandon. Pour ces détenus, si le travail ou les activités scolaires, socioculturelles et sportives ne viennent pallier la solitude et l’ennui, la modernisation des établissements a parfois des effets délétères.
En effet beaucoup de jeunes multirécidivistes trouvent en prison un cadre, certes contraignant, mais aussi contenant. Pour certains, il est même plus rassurant que la rue. Ils peuvent bénéficier d’un rythme de vie régulier, d’activités et de formations, de soins médicaux et dentaires, voire d’un statut ou d’un accueil qui leur fait défaut dehors. Les toxicomanes en galère trouvent des produits de substitution. Pour les jeunes habitués à vivre en bande, ce n’est pas tant l’incarcération que la coupure des liens qui s’avère difficile à supporter. Ils subiront donc de façon moindre le choc de l’incarcération, mais seront plus particulièrement vulnérables lors d’une éventuelle mise en cellule d’isolement disciplinaire.
Les prévenus se suicident 2 fois plus que les condamnés. Mais il s’agit surtout de ceux en procédure criminelle et de primaires pour lesquels l’acte et l’incarcération entachent l’image de soi et signifient l’effondrement de toute une existence. Se tuer volontairement est un moyen d’échapper à la honte du procès, d’éviter de revivre les détails d’une affaire et d’une vie qu’on a tenté un certain temps d’oublier pour tenir le coup, voire de défier le pouvoir de la justice ou de la société de les punir. On ne s’étonnera pas que le plus fort taux de suicide se retrouve chez les détenus condamnés à une peine supérieure à 10 ans.
La nature de l’infraction reste l’élément déterminant. Les prévenus pour crime de sang et pour agression sexuelle sur mineur se suicident 7 fois plus que ceux inculpés de vol sans violence [9]. Un tiers des suicides concernent les accusés d’atteinte contre les personnes (meurtre, coups et blessures,...), un autre tiers ceux accusés de crimes ou de délits sexuels alors que ces deux groupes ne forment respectivement que 17 % et 21 % de la population pénale [9]. Du fait que leur acte est plus mal assumé et/ou qu’il entraîne l’opprobre générale, ils sont plus exposés à l’autodestruction que les inculpés d’atteintes aux biens et d’infraction à la législation sur les stupéfiants. Cela montre l’importance du choc de l’incarcération, bien plus décisive que les conditions réelles de vie en prison et que l’usure physique ou mentale. Il y a au contraire une adaptation que l’on pourrait juger étonnante si on ne tenait compte du profil psychosociologique de la population pénale.
On a remarqué une augmentation des actes autodestructeurs en fin de semaine et aux veilles de vacances : perspective d’interruption des activités dans la prison, de moins de visites et de courrier, majoration de la solitude. Ils semblent aussi plus fréquents la nuit, quand on est seul, qu’on ne peut dormir, que l’angoisse resurgit faute de pouvoir partager et oublier. Le petit matin semble un moment plus particulièrement à risque, peut-être à cause du réveil précoce et de la majoration de l’angoisse chez le dépressif.
Le retour du tribunal avec une lourde peine et même l’approche du procès ont une incidence notoire : réveil d’une culpabilité parfois endormie par l’adaptation au quotidien carcéral et surtout honte d’affronter un public inconnu comme de retrouver les proches. Il est difficile d’entendre l’exposition de l’affaire dans ses plus sordides détails, le déballage public jusque dans ses plus intimes recoins d’une vie ratée dont le crime constitue la conclusion tragique. Les proches qui viennent porter leur témoignage, le défenseur qui argumente, tout échappe à l’accusé dans ce spectacle rituel dont il est le héros maudit. Pareillement, des rejets de demande de mise en liberté provisoire ou conditionnelle, des transferts qui comportent un éloignement supplémentaire de la famille, la suppression des parloirs ou plus encore le refus des proches de venir en visite sont susceptibles de déclencher un passage à l’acte, tant l’équilibre du détenu est souvent précaire.
Enfin et surtout, il faut relever la sur-suicidité au quartier disciplinaire : les détenus punis pour une faute commise dans le cours de leur détention (tentative d’évasion, insulte ou agression envers le personnel, bagarres, trafic...) passent au prétoire et se retrouvent sanctionnés par un enfermement dans des conditions rustiques que certains ne supportent pas. Proportionnellement, il y a environ 7 fois plus de suicides au mitard qu’en détention commune. L’isolement ne suffit pas à expliquer ce phénomène d’autant qu’au même étage, au quartier d’isolement, dans des conditions de confort certes moins dures, mais pour des durées beaucoup plus longues, le suicide est bien plus rare. Ici sont enfermés pour la plupart des criminels endurcis disposant d’aménagements de personnalité qui leur permettent de résister de longues années à des conditions de détention très sévères. Si certains événements peuvent amener de leur part des réactions violentes aux conséquences graves, ils demeurent exceptionnels.
On rencontre par contre au quartier disciplinaire des détenus impulsifs, instables, dont les comportements anomiques [5] se poursuivent même au sein de ce milieu très encadré qu’est la prison. La répétition des actes transgressifs traduit souvent une tendance autopunitive et donc une dépressivité pas toujours apparente derrière l’agressivité. Le risque suicidaire est donc a priori important. De plus ce sont des sujets dépendants qui, s’appuyant sur une forte identification au groupe, seront d’autant plus fragilisés par l’isolement. Cela montre l’importance primordiale des facteurs individuels (vulnérabilité de la personnalité antérieure, résonance subjective de l’affaire) par rapport aux conditions objectives de détention.
Le mode opératoire le plus fréquent reste la pendaison (90 %). Chesnais [3] souligne qu’il correspond à un suicide réfléchi et préparé. Autrefois répandu chez les paysans et les vieillards, il témoigne d’une profonde misère morale. La progression des intoxications volontaires (7 %) semble liée à l’inflation de prescriptions dont le trafic est de moins en moins contrôlable. Le nouveau mode de distribution et d’administration des médicaments préconisés par la réforme de santé veut respecter la liberté du détenu de gérer ses soins. Cependant, il affaiblit le contrôle et donc souvent l’observance. Le feu, l’étouffement et les automutilations mortelles sont plus rares. Quant aux précipitations dans le vide, elles semblent disparaître, peut-être du fait des nouvelles architectures. La vidéo-surveillance permet de se passer de la disposition panoptique de Bentham [6] avec ses étages de cellules en galeries qui donnent sur une cour centrale.
On compte en prison environ 8 tentatives de suicide pour un acte fatal, proportion identique à celle du milieu libre pour les hommes. Elles se partagent entre pendaisons, intoxications, automutilations et ingestions de produits et d’objets divers. On peut les définir comme des actes qui ont mis en danger la vie de leurs auteurs, pour les différencier de manœuvres auto-agressives le plus souvent dépourvues de gravité mais spectaculaires et qui ont pour objet de faire pression sur l’autorité judiciaire ou pénitentiaire, ou bien encore sur le corps médical. Cette distinction reste subjective et on sait que l’intensité du désir de mort n’est pas corrélée à la gravité de l’acte. Des morceaux de doigts amputés sont ainsi adressés aux juges, l’Administration enregistre des grèves de la faim et l’infirmerie reçoit des détenus aux bras et à l’abdomen tailladés. Les uns demandent une révision de leur procès, d’autres un transfert dans un hôpital ou une autre prison, certains enfin des psychotropes, en particulier des produits de substitution. Il faut faire la part, toujours difficile dans ce contexte d’urgence vitale et de crise psychologique, entre le désir de mort et la manipulation. On a tendance, parfois à tort, à évaluer la soi-disant « authenticité » de l’acte suicidaire en fonction du moyen employé ou de la gravité des lésions. Mais on connaît des jeux qui ont mal tourné, des simulacres de pendaison ou des incendies de matelas dont le contrôle a échappé à leurs auteurs. Au dehors, le suicidé agresse souvent et à son insu un autre avec lequel il se confond imaginairement, son conjoint ou sa mère par exemple. En prison, l’agression de l’autre est plus délibérée : le sujet peut ainsi par désespoir tenter d’interpeller l’institution qui reste sourde à ses requêtes ou d’appeler sa conjointe au secours quand elle fait mine de le délaisser.
Contrairement aux suicides accomplis, les tentatives concernent préférentiellement des jeunes, toxicomanes, récidivistes et incarcérés pour atteintes aux biens. Ceux-ci présentent souvent un même profil psychopathique : labilité émotionnelle, instabilité, impulsivité, impossibilité de gérer la frustration, l’attente ou le conflit. Se couper leur permet de soulager la tension qu’ils ne peuvent élaborer. La décharge partielle des pulsions qui s’opère ailleurs dans l’acte délictueux ou dans la prise toxique trouve ici une issue quasi rituelle : le sang qui coule évacue le mal [12]. Mais, de même que les cicatrices qui seront plus tard exhibées, il adresse aussi un message à la fois agressif et implorant au personnel médical, investi comme une mère archaïque et réparatrice : recoudre les plaies, procurer le produit apaisant, éventuellement aider à obtenir un bénéfice secondaire.
Il faut aussi rester attentif aux équivalents suicidaires qui en prison comme ailleurs président ou se substituent à un acte fatal : grèves de la faim ou simple refus de soins, repli, voire incurie, souvent inaperçus dans un milieu où on n’est guère incité à l’action, maladies psychosomatiques négligées ou traitées ponctuellement, troubles du caractère et même tentatives d’évasion sans issue.

Motifs du suicide, facteurs de sur-suicidité

Le suicide n’est pas un acte logique. Les explications recherchées à grand peine servent de paravent pour apaiser la culpabilité. On voudrait comprendre l’impossible à croire. Le contexte familial, social ou professionnel est souvent questionné en vain. La prison fournit par contre un surcroît de motivations. Il n’en reste pas moins que celui qui se suicide ne sait pas toujours pourquoi il le fait. Son geste est parfois assez peu prémédité et le temps entre la décision et l’acte s’avère souvent relativement court. On peut donc dépister une vulnérabilité, mais il est difficile de déjouer des préparatifs.

Bourgoin [2], après avoir analysé les lettres qu’ont laissé 32 % des 621 détenus de son étude, conclut : « même si tout suicidé emporte son secret dans sa tombe, le suicide carcéral obéit à une certaine rationalité ». Les facteurs objectifs y sont donc en apparence plus précisément déterminants que dans le milieu libre. Il arrive que le suicide prenne l’apparence altruiste d’une volonté de libérer l’autre d’un fardeau (un conjoint ou des enfants), ou bien de se punir soi-même pour se racheter d’un acte trop horrible, ou bien encore de rejoindre la victime en cas de crime passionnel. Mais plus souvent, il s’avère un moyen ultime et désespéré pour retrouver un pouvoir et éventuellement infliger un préjudice moral à l’Administration ou à ses proches, en particulier la conjointe. En effet celle-ci, parfois même à l’origine de l’incarcération (plainte pour coups et blessures par exemple), est devenue libre, avec cette réserve non négligeable que constituent les menaces. Alors que le délinquant avait souvent abusé de la force envers sa victime, c’est elle qui détient désormais le pouvoir de rompre ou d’être infidèle. Ne pouvant plus user de cette emprise qui masquait sa fragilité narcissique, il n’a plus que le pouvoir de se tuer pour éviter l’effondrement. Il imagine ainsi punir l’autre en la culpabilisant de son abandon. « Si la tentation suicidaire s’anime d’un puissant élan mégalomaniaque, elle est donc aussi [...] tentative de sauvetage du narcissisme », insiste Guéguen [8]. Certains détenus enfin jouent de la peur de l’Administration ou des médecins en mettant en scène pendaisons et mutilations pour qu’on accède à leurs exigences. D’une manière générale, dans une institution où l’on tend à être privé de toute liberté mais aussi de toute responsabilité, l’acte suicidaire s’avère un moyen ultime pour se réapproprier son existence.

Cependant dans deux tiers des 244 cas étudiés en 1998-1999, aucune raison apparente ne pouvait expliquer ni ne laissait présager le geste. Bien sûr, tout dépend de l’attention prêtée au détenu et de la finesse de l’observation. On peut classer les 85 autres dossiers de deux manières :
– soit par les causes avancées : le délit ou le crime (remords...) (12 cas), des problèmes judiciaires ou de détention (24), des affections psychiques (29) ou médicales (3), des difficultés familiales (17) ;
– soit par la situation dont Guillonneau [8] dégage trois scénarios : la prise de conscience de l’acte et de ses conséquences chez les détenus écroués pour crimes de sang ou délits sexuels et encourant tant une lourde peine que l’opprobre sociale ; un état dépressif survenant chez des condamnés effectuant une longue peine et dont le vécu négatif de l’enfermement et les perspectives d’avenir réduites se surdéterminent ; les suicides réactionnels à des événements extérieurs (décès, abandon et autres soucis familiaux, ruine) ou intérieurs (incident ponctuel mais chargé émotionnellement, lassitude de n’être pas entendu de l’autorité judiciaire ou pénitentiaire).

Au-delà des motifs individuels, il y a plus généralement des facteurs de sur-suicidité carcérale. Il faut distinguer des facteurs situationnels et des facteurs personnels. Le suicide est souvent directement réactionnel au choc de l’incarcération, surtout pour les primaires et il se produit ainsi dans les premiers jours : effet direct de l’accusation sur le psychisme (honte, regret...), séparation des proches et de l’environnement habituel, désorientation dans un milieu inconnu et menaçant sur lequel on n’a aucune prise et où l’incertitude empêche d’anticiper, même à court terme. Par ailleurs, les conséquences sur l’avenir sont parfois démesurées avec la peine et ce d’autant plus que le statut socioprofessionnel était élevé. Plus la personne était respectée, plus l’effondrement est à craindre. En général, l’accusation, le procès et l’incarcération laissent des marques définitives sur l’image de soi et sur la réputation. Même si la peine est courte, le futur s’en trouve gravement entaché, voire compromis : le casier judiciaire barrera bien des possibilités de réinsertion et le chômage guette à la sortie même les plus diplômés. De plus, bien des difficultés matérielles attendent dehors : on n’a pas payé les traites ni les factures durant l’incarcération, la maison a été saisie, parfois cambriolée, la voiture indéfiniment immobilisée a été enlevée ou volée...

Ensuite, apparaissent des facteurs plus directement liés à la vie carcérale. L’insalubrité tant dénoncée n’est certainement pas le pire des maux même si elle est à l’origine de bien des dermatoses. Elle touche d’ailleurs rapidement les constructions neuves où il est bien difficile d’empêcher les jets rageurs de détritus par les fenêtres. La solitude s’avère par contre plus difficile à assumer. Beaucoup de jeunes des cités, habitués à vivre en bande, ne supportent pas la cellule individuelle, pourtant préconisée pour les mineurs. À l’inverse, des personnes plus mûres souffriront plutôt de la promiscuité : le voisin peut se révéler en effet un véritable tyran, qu’il fume ou qu’il regarde la télévision toute la nuit, voire qu’il rackette et agresse un codétenu fragile. Aussi faut-il prêter attention aux plaintes des plus vulnérables en détention. Un sentiment d’insécurité et d’impuissance ainsi que des menaces réelles peuvent les pousser à des gestes désespérés.

Au règne du caïdat s’ajoute parfois le sadisme institutionnel dont on parlera plus loin et qui se manifeste par des remarques ou des réponses blessantes, des demandes qui ne trouvent pas d’interlocuteur ou interminablement laissées en souffrance. Parfois une querelle s’envenime avec un membre du personnel et le détenu impulsif réagit par un acte hétéro- ou autoagressif. Le passage au prétoire peut l’amener à s’amender ou au contraire à faire de la surenchère par des menaces suicidaires.

Certains prisonniers se désespèrent de la lenteur et de la complexité de procédures qui leur échappent et qu’ils peuvent projeter en autant d’agentspersécuteurs. D’autres se plaignent du peu de zèle d’un défenseur qui reste souvent leur seul espoir. Tout prend une dimension démesurée : contacter un familier ou l’avocat, obtenir une audience du juge, avoir un rendez-vous médical. On n’a plus de prise sur sa propre vie, on est soumis au règlement et surtout au bon vouloir du personnel, ce qui conduit à l’exaspération ou à la résignation. L’impossibilité de prendre quelque initiative entraîne parfois des révoltes violentes, mais plus souvent des processus autopunitifs parce que le cadre annihile d’avance toute possibilité offensive : dépression, maladies psychosomatiques, réactions négatives de repli sur des défenses caractérielles et sensitives. Pour le moins on s’abandonne peu à peu à une passivité qui rendra la sortie encore plus difficile. « L’enfermement est une mort symbolique » [3].

L’évidence et le nombre des causes objectives au malheur du prisonnier ne doivent pas faire négliger les facteurs psychiques. La prison n’abrite pas que des « durs », bien au contraire. La diminution des délinquants déresponsabilisés par l’expertise psychiatrique (de 1,7 % en 1980 à 0,17 % en 1997) a eu pour conséquence l’incarcération de nombreux malades mentaux [11]. L’appréciation différente de la responsabilité pénale de ces délinquants a en effet évolué avec les idées et avec la loi. L’article 122-1 du Code pénal a pour objectif de ne pas disqualifier la personne en annulant son acte comme tendait à le faire l’ancien article 64 : « il n’y a ni crime ni délit si le prévenu était en état de démence au moment des faits... ». Moduler la responsabilité selon que le discernement était supposé aboli ou simplement altéré au moment de l’acte conduit désormais à incarcérer de nombreux psychotiques avec la volonté avouée de les confronter à la loi et tenter de les restituer dans une dimension de sujets. Ils seraient 3 à 5 %, dont trois quarts de schizophrènes avérés qui posent de multiples problèmes de prise en charge à des équipes non spécialisées. Mais il faudrait prendre en compte un plus grand nombre d’héboïdophrènes dont les comportements antisociaux masquent des troubles graves de la personnalité et qui souvent décompensent en prison, soit sur un mode délirant, soit sur un mode auto- ou hétéroagressif.

On doit encore distinguer les « états limites », personnalités instables, impulsives et dépendantes, mais non dissociées. Ils forment aussi un contingent important des décès par suicide durant l’incarcération, probablement par leur propension à s’effondrer quand l’objet surinvesti (souvent le conjoint ou les enfants) fait défaut ou quand leurs défenses agressives et mégalomaniaques sont contrecarrées ou neutralisées par l’institution. Quelques pervers se tuent lorsque leurs défenses (clivage, déni) sont mises en échec ou démasquées par l’enquête judiciaire... ou la thérapie, ce qui nécessite une extrême prudence dans l’abord de ces patients. Quelle que soit la structure, un état dépressif ancien ou récent précède souvent l’acte et semble le meilleur facteur prédictif.

Enfin, les addictions à l’alcool ou aux drogues concernent près de la moitié des suicidés. Cette corrélation existe dans le milieu libre comme en prison. À cela rien d’étonnant quand on sait que l’absorption du produit vise à combler un manque, donc à éviter la dépression ou à calmer l’anxiété. On peut se demander si, chez de nombreux jeunes présentant des carences affectives précoces, il n’y a pas un balancement entre addictions et tentatives de suicide [4]. La dimension masochiste n’est pas non plus à négliger, même si tentatives de suicide et prises de drogues peuvent traduire un désir paradoxal de vivre mieux ou autrement. On évalue dans la population carcérale à 15 % le nombre de toxicomanes, 30 % celui des alcooliques, avec une répartition régionale et culturelle particulière, qui recoupe aussi le type de crimes et délits : beaucoup de problèmes liés aux drogues (vols, trafic, agressions...) dans le sud-est et les grandes agglomérations, plus d’affaires de mœurs et autres infractions liées à l’alcoolisme dans le nord et l’ouest de la France. Par ailleurs, 30 % des gens incarcérés prennent régulièrement des psychotropes.

Le profil médico-psychologique des détenus laisse donc supposer une exposition particulière à toutes sortes de décompensations : délirantes, dépressives, caractérielles et comportementales, suicidaires, voire psychosomatiques. Pour 62 % des suicidés cependant aucun incident n’avait été enregistré durant la détention. Seuls 25 % avaient déjà fait une tentative de suicide et 13 % avaient antérieurement fait l’objet d’un rapport pour grève de la faim, automutilation, agression sur un codétenu ou un membre du personnel.

Chez 46 % des suicidés, on n’avait remarqué aucune pathologie ni même aucune souffrance particulière : soit parce qu’ils venaient juste d’arriver (11 %), soit parce qu’on ne leur connaissait aucun antécédent et que la visite d’arrivants n’avait permis de rien déceler (29 %). Tout au plus relève-t-on un certain isolement : 1 suicidé sur 3 ne recevait aucune visite. Par contre 54 % avaient été repérés pour des troubles psychiatriques, dont 36 % pour fragilité dépressive, agressivité, manifestations psychotiques ou addictions, et 18 % pour un risque plus explicitement suicidaire. Ils faisaient donc à ce titre l’objet pour la plupart d’une attention particulière : surveillance spéciale et suivi psychiatrique plus ou moins régulier selon l’acceptation. A noter que 36 détenus doublés en cellule se sont quand même donnés la mort, en l’absence ou même en présence, la nuit, de leur codétenu.

On aurait pu craindre, vu le poids des facteurs tant individuels (fragilité affective, conséquences de l’infraction...) qu’environnementaux (isolement, privations de toutes sortes...), une morbidité plus lourde encore. Mais le délinquant a, par principe, une propension à tourner son agressivité vers le dehors. Tout en constituant une conduite d’échec, l’acte est souvent une tentative d’éviter la dépression. On rencontre aujourd’hui de plus en plus de sujets dont la trajectoire oscille entre les actes délictueux et les décompensations psychiatriques. L’incarcération neutralise, de façon variable selon les sujets, ce mode défensif. Comme en liberté, ce sont les plus vulnérables qui, ne pouvant réaménager un autre mode d’existence, se suicident.

Vignettes cliniques 

Incarcéré pour viols suivi de meurtre, A. faisait pourtant l’objet d’une surveillance spéciale. De par sa profession et son statut social, tout le monde craignait l’issue fatale. Il s’est pendu après un parloir semble-t-il agité avec sa mère. Tout était préparé, la lettre à ses enfants comme le matériel. Il a profité du moment de la promenade de son codétenu pour passer à l’acte. 
B. n’était pas connu du service médical. Détenu sans histoires, il purgeait une courte peine. Il s’est pendu dans la nuit qui a suivi la nouvelle du décès de son frère. 
C. était un homme frustre, un gars de la campagne qui un jour s’était énervé contre une bande de jeunes et avait tiré dans le tas. En prison il était très effacé. Il s’est pendu au bout de 8 mois. 
D. était un jeune « sauvageon » difficile à apprivoiser : impulsif et violent, condamné pour coups et blessures. Sa mère avait également été incarcérée. Il ne cessait de réclamer un rapprochement dans la même prison. On sentait une grande détresse derrière ses provocations, mais il s’avérait difficilement accessible au dialogue. Impertinent et menaçant, il était souvent puni. C’est lors d’un de ses séjours au quartier disciplinaire qu’on l’a retrouvé pendu à la grille, malgré les précautions prises. 
E. avait été incarcéré pour un viol dont il se défendait, prétendant la victime consentante puisqu’elle était sa petite amie. Originaire du Sahara, il semblait perdu dans l’institution pénitentiaire comme dans les rouages judiciaires. Après une altercation avec un surveillant, il a été mis en cellule disciplinaire et s’est pendu avant d’avoir pu s’expliquer. 
F. avait violé sous la menace des étudiantes en cité universitaire. Garçon intelligent et cultivé, il racontait que des voix lui dictaient ses actes. Il s’est pendu à la suite de la contre-expertise qui confirmait une responsabilité atténuée et donc le mettait à la disposition de la justice. 
G. s’est pendu au retour du tribunal. Vivant une double vie, il commettait ses forfaits sous une fausse identité. Le procès a fait tomber le masque devant les siens. 
H. avait été arrêté à la suite d’une poursuite rocambolesque en automobile au cours de laquelle il avait mis en danger sa vie comme celle de nombreuses personnes. Il disait avoir bu et ne plus avoir rien à perdre. Rejeté de sa famille, épave sociale, il avait trouvé dans la prison un certain équilibre, s’inscrivant à l’école puis aux ateliers. Il fait une tentative d’évasion quelques semaines avant la date prévue de libération. On l’a retrouvé pendu au « mitard ».

On relève dans la majorité des cas une vulnérabilité narcissique, une impulsivité et une agressivité mal contrôlée. L’un des suicidés a peut-être agi sous l’emprise d’hallucinations. Deux autres présentaient des traits psychotiques, mais sans délire ni dissociation de la pensée. Pour deux cas les aménagements pervers qui avaient permis de mettre à distance l’horreur de l’acte et ses conséquences pénales et sociales ont été déjoués l’un par le procès, l’autre peut-être par une prise de conscience dans le milieu carcéral. Cela amène à se poser des questions sur le cadre et les limites thérapeutiques concernant des criminels destinés à effectuer une très longue peine.

La dimension institutionnelle : culpabilité et responsabilité

Plus encore que la mort naturelle, le suicide d’un proche soulève une culpabilité parmi les survivants, ce qui explique en partie la sous-déclaration considérable en « milieu libre ». Même si nous n’y sommes pour rien, la mort de l’autre nous bouleverse, du moins si notre psychisme comporte cette dimension de l’empathie. Le surveillant qui décroche le pendu, qu’il le sauve ou non, sera bouleversé et parfois renvoyé à sa propre histoire : un enfant accidenté à la maison, un parent disparu... Il en est de même du codétenu qui est souvent le premier à découvrir la nuit ou au petit matin le spectacle horrible qui le hantera parfois durant des années. L’infirmière qui a tenté de le ranimer, le conseiller d’insertion et de probation qui avait monté avec lui un projet de libération conditionnelle ou le psychiatre qui le suivait ressentiront aussi une culpabilité, et cela toujours en fonction de leur histoire personnelle. Quant à la famille, le fait de déposer plainte permet de projeter la faute sur l’autre et de tenter de chercher un explication rationnelle à ce qui est de l’ordre le plus souvent d’une impulsion, même si les préparatifs témoignent de la résolution à en finir.
C’est au niveau de la responsabilité que chacun va être interpellé par l’Administration pénitentiaire, éventuellement par la police et la justice si une enquête est ouverte soit du fait d’une plainte de la famille par exemple, soit du fait que cette mort s’avère suspecte. Surveillant, gradé, médecin, voire codétenu, peuvent être entendus et faire l’objet d’une mise en examen. En fait de progrès humanitaire, en prison comme à l’hôpital, le sujet est dépossédé de la responsabilité de son acte comme il l’est d’ailleurs de la plupart des autres. La conséquence est que l’on assiste, selon Bourgoin [2], à un lissage des comptes rendus d’incidents afin d’éviter de donner prise à des doutes ou des sanctions. Dans tous les cas, plutôt que de chercher un bouc émissaire, mieux vaudrait élaborer une analyse institutionnelle de l’incident. Mais cela nécessite au préalable un travail de partenariat régulier entre les différents acteurs médicaux et pénitentiaires.
La responsabilité pénale concerne une faute objective dans le service, y compris par négligence. La culpabilité, par contre, relève de la subjectivité ! Mais elle n’en est pas moins réelle. L’une et l’autre peuvent se surdéterminer. Être mis en cause par sa hiérarchie ou par les enquêteurs peut accentuer la culpabilité et entraîner parfois des réactions de défense massives qui ne favoriseront pas, bien au contraire, la cicatrisation du traumatisme. Par ailleurs, pour se protéger, les différents acteurs de la prison peuvent se réfugier dans des actes administratifs : le codétenu demandera à changer de cellule, le médecin prescrira médicaments et placements, l’Administration en appellera au psychiatre... Or ce qui aurait protégé le suicidant, ce ne sont pas tant ces actes vérifiables par une enquête éventuelle, mais la qualité d’une écoute, une bienveillance à laquelle les uns et les autres ne sont pas toujours enclins du fait du manque de temps, de la pression dont ils font l’objet, voire d’une absence d’empathie. En effet, même si ponctuellement certains détenus éveillent chez nous compassion, voire sympathie, la réprobation du crime que partage tout citoyen ne peut épargner ceux qui travaillent en prison. Elle peut se manifester par du mépris ou une agressivité d’autant plus dangereuse qu’elle est inconsciente. Il y a parfois même un désir de mort inavoué que traduit bien la majorité de gens favorables à la peine de mort, mais qui reste tabou et se cache derrière des discours humanitaires, plus conformes à l’idéal de moi.
Toute mort en prison, qu’elle soit volontaire ou pas, soulève des fantasmes de maltraitance, alimentés par un imaginaire dont les médias se font l’écho avec délectation. On a ainsi connu un hypochondriaque dont les plaintes ont fini par déclencher ce que le jargon pénitentiaire désigne sous le nom de mouvement, en l’occurrence refus temporaire de regagner les cellules après la promenade.

La prévention

Elle doit s’appuyer sur :
– La notice individuelle qui accompagne le détenu à son arrivée. Elle contient, à côté des renseignements relatifs aux faits et aux antécédents judiciaires, des éléments concernant la personnalité et l’éventualité d’un risque suicidaire
– La visite des arrivants prévue par l’article D. 285 du Code de procédure pénale. Elle comporte un accueil par le chef d’établissement ou un de ses subordonnés, la visite d’un membre du service socio-éducatif et une consultation à l’infirmerie par le médecin généraliste. Cela permet de repérer la détresse, d’observer attentivement certaines réactions et d’échanger des informations. Un signalement au psychiatre si nécessaire permettra d’aménager un cadre pour une écoute de la souffrance, d’instaurer un traitement ou même de prendre une éventuelle décision de transfert vers un établissement pénitentiaire (SMPR le plus souvent) ou hospitalier. Mais il importe avant tout d’informer rapidement et avec précision le détenu sur ses droits, sur l’organisation de sa vie en détention : soins, travail, école, cantine, parloirs.... Il serait souhaitable de lui expliquer les décisions prises à son égard, même si les impératifs de sécurité imposent justement de limiter les informations concernant par exemple transferts ou extractions.

Le Code de procédure pénale prévoit que tout détenu puni doit être visité par le médecin si possible dès sa mise en cellule disciplinaire et en tout cas deux fois par semaine au moins. La punition est suspendue si le médecin constate un danger pour le détenu. Il s’avère que le risque n’est pas facile à évaluer, d’autant que le contexte échappe souvent et que le lieu se prête peu à un échange confiant et serein. Le certificat d’incompatibilité sera en général suivi (il ne s’agit que d’un avis et la décision incombe à la direction), mais parfois de mauvaise grâce par l’Administration : sentiment du personnel d’avoir été déjugé surtout quand il a fait l’objet d’une agression, de ne plus avoir de moyen de faire respecter le règlement... Beaucoup se plaignent que les temps ont changé, que l’autorité n’est plus respectée, que les détenus ont tous les droits... Autrefois la tentative de suicide, en prison comme à l’armée, était punie de mitard. Aujourd’hui c’est le personnel soignant ou de surveillance qui peut être mis en cause dans un tel incident. Cette amertume bien compréhensible trouve sa justification dans le fait que beaucoup de ces délinquants connaissent la prison et savent que le chantage au suicide est devenu un moyen de pression tant sur les médecins que sur l’Administration. Il arrive alors que des mesures de rétorsion prennent la place de la punition suspendue. L’intervention médico-psychologique peut donner au détenu un sentiment d’impunité qui l’incitera à la surenchère et peut même l’amener à se mettre en danger. Il n’est pas interdit de penser, au vu de la place qu’ont pris les soins en prison, que l’absence de collaboration entre l’infirmerie et la détention soit à même de menacer la stabilité de l’institution.

On peut schématiquement distinguer trois niveaux de prévention : la surveillance, l’observation et l’écoute. Même si elles ont sauvé des vies, on ne peut se contenter des rondes de surveillance. Elles doivent être associées à une observation attentive et individualisée (changement de comportement, repli dépressif, incurie inhabituelle...). Il faut en plus une coordination des actions de chacun, une communication régulière entre les équipes pénitentiaire et médicale : chacun pourra indiquer aux acteurs concernés que, de par sa personnalité, son affaire ou ses antécédents médico-psychologiques, tel arrivant présente un risque suicidaire. Une bonne information permet de savoir qu’untel passe aux Assises, est convoqué chez le juge, est malade, a perdu un proche, a eu un « parloir fantôme », a reçu une lettre de rupture ou autre mauvaise nouvelle. On peut aussi de cette manière déjouer certaines tentatives de manipulation.

En prison l’écoute reste un luxe, soit parce qu’elle est réservée à des professionnels du secteur médico-social, soit parce qu’elle fait appel à des qualités et à une disponibilité qui sont à la frontière des exigences du métier. Car la mission première reste de maintenir en détention ceux qui ont été punis au nom de la société et donc d’éviter l’évasion. Une formation de secouriste ainsi qu’une sensibilisation psychologique du personnel est souhaitable car les surveillants se trouvent aux premières loges de tout incident. En cas d’arrêt cardio-respiratoire, le temps perdu en attendant les secours spécialisés sera déterminant pour le pronostic. De nombreuses tentatives de suicide ont été ainsi mises en échec par l’intervention rapide du personnel mais aussi du codétenu. Mais cette pratique très répandue de « doubler » les suicidaires ne fait pas l’unanimité. Car, si c’est déjà beaucoup de demander à un compagnon de cellule un soutien moral, il y a risque à lui incomber même implicitement une surveillance, voire une responsabilité. Toutes ces questions ont conduit à la mise en place de groupes de réflexion sur la prévention du suicide.

Il est actuellement difficile d’apprécier les résultats de cette politique de prévention dans la mesure où les facteurs tenant à la population pénale (âge, pathologie, infraction...) n’ont pas évolué favorablement.

Guillonneau [8] expliquait en effet la progression des suicides dans les prisons par une tendance au vieillissement de la population pénale (l’âge médian2 est passé de 28,4 à 33,2 ans de 1980 à 2000), l’augmentation considérable des détenus incarcérés pour affaires de mœurs et la multiplication des longues peines. Ces trois facteurs sont liés puisque les condamnés pour viols et agressions sexuelles ont une moyenne d’âge de 40 ans et sont sanctionnés par de lourdes peines. Il faudrait ajouter l’accroissement de la morbidité psychiatrique en prison, elle-même liée à une plus grande responsabilisation pénale des malades et à la désinstitutionnalisation hospitalière, plus précisément la disparition de son ancienne vocation asilaire. Par ailleurs le développement d’une comorbidité associant en particulier troubles psychotiques et conduites addictives semble à la source de crimes et délits de plus en plus nombreux et violents. Or il ne faut pas oublier que les troubles du comportement en prison conduisent souvent les détenus malades à être mis à l’écart du travail, de l’école ou du sport. Ils seront d’autre part victimes d’un fréquent refus « par précaution » de libération conditionnelle. On voit ici les limites que rencontrent le soin et la réinsertion en prison, confrontés à l’exigence de plus en plus pressante de sécurité. Plus que l’asile en voie de disparition, l’institution carcérale se fait ainsi un écho de notre civilisation.

2 Âge qui divise en deux parties égales la population.

Références

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2. Bourgoin N. Le suicide en prison. Paris, l’Harmattan, 1994, 271 pages.

3. Chesnais JC. Suicide et enfermement, emprisonnement et encasernement. In : Histoire de la violence. Paris, Robert Laffont, 1961 : 255-73.

4. Delile JM, Damade M, Pommereau X, Bourgeois M. Suicides et toxicomanies à l’adolescence. Psychologie médicale 1987 ; 19 : 663-6.

5. Durkheim E. Le suicide : étude de sociologie. Paris, PUF, coll. Quadrige, 2002, 463 pages.

6. Foucault M. Surveiller et punir. Paris, Gallimard, 1975, 318 pages.

7. Guéguen JP. Aspects du narcissisme dans la tentation suicidaire. L’Information Psychiatrique 1993 ; 69 : 347-51. 8

8. Guillonneau M. Rapport sur les suicides de détenus (1998-1999). Ministère de la Justice, Travaux et documents 2000 : 1-51.

9. Guillonneau M. Suicides en prison et infractions pénales. Cahiers de démographie pénitentiaire 2002 ; 12 : 1-4.

10. Haim A. Les suicides d’adolescents. Paris, Payot, 1969, 303 pages.

11. Macheret-Christe F, Gravier B. Schizophrénie, psychose et prison. Lettre de la schizophrénie 2001 ; 23 : 2-7.

12. Malataverne S. Un détenu se suicide. Psychologie médicale 1986 ; 18 : 941-2.

13. Tournier P, Chemithe P. Contribution statistique à l’étude des conduites suicidaires en milieu carcéral (1975-1978). Ministère de la Justice, Travaux et documents 1979 ; t. I et II.

Poirier A. Le suicide en prison : statistiques, commentaires, questions. L’Information Psychiatrique 2003 ; 79 : 335-46.

Gentleman Jim, de Raoul Walsh (1942). Photo : Les Cahiers du cinéma.


 

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